04/05/2011

Conseil d'Etat, Chômeurs, Cherpines Charrotons, Chyclistes...

Grâce au MCG et ses affiches, les Genevois sauront désormais que CH signifie autre chose que Confoederatio Helvetica... J'ai dit hier en quoi cela distinguait formellement le Conseil d'Etat d'une mouvance politique élevant la vulgarité en sacerdoce et l'agressivité en ligne de conduite...

Je veux dire aujourd'hui pourquoi, sur le fond, les mesures du Conseil d'Etat me semblent discutables. Certes, il revient au berger de travailler au bien-être de ses moutons, et les moutons des élus genevois ne résident à priori pas en France. Sauf que:

- quelques dizaines de milliers de résidents du genevois français ont la nationalité suisse, souvent genevoise. Ils ne devraient pas être concernés par la mesure, d'autant que pas mal d'entre eux sont des patrons, petits ou grands. Mais cela ne va certainement pas faciliter les rapports au sein de l'agglomération. Ni la stabilité, indispensable aux marchés de l'emploi, de l'immobilier, etc...

- les européens ont le droit d'habiter en Suisse. Ce qui rend illusoire toute velléité de leur interdire l'accès au marché de l'emploi local. Inciter les employeurs à prendre en compte prioritairement les chômeurs résidents revient au contraire à inciter les demandeurs d'emplois à se loger à Genève.  Ce qui n'est pas la meilleure manière de réduire la pression sur l'immobilier.

- s'il est évident que certains cas sociaux sont dramatiques et que la plupart sont pour le moins attristants, il est tout aussi patent que d'autres, suisses ou étrangers, profitent délibérément du système. Passagèrement ou à long terme. Tandis que les frontaliers, à priori, bossent. Ils sont là pour ça.

- Carlos Medeiros s'étonnait de ce qu'un français fraîchement débarqué de Bordeaux pouvait aujourd'hui voler un emploi à un Portugais arrivé en Suisse il y a 20 ans. Je lui retourne le compliment: en quoi un résident genevois, arrivé de l'Alentejo en 2009, devrait-il avoir davantage de droits à l'emploi qu'un chômeur frontalier ayant payé des impôts à Genève (et des cotisations-chômage, à perte puisqu'il est indemnisé par la France) durant 30 ans...

- La réponse de Patrice Mugny à propos du cas d'une animatrice culturelle est symptômatique: cette femme, permis B à Genève, déménage dans le Genevois français avec son compagnon suisse, afin de s'y mieux loger. Ce changement de permis ferait d'elle une frontalière, aux droits amoindris... Ce n'est ni juste, ni logique! Et des cas comme cela, il risque d'y en avoir bien davantage encore que les 20 000 chômeurs incompressibles, si l'on ne prend pas garde à maintenir les meilleures relations transfrontalières possibles.

La priorité aujourd'hui me semble être de construire du logement, d'améliorer nos infrastructures de transport et d'inventer des emplois pour les plus de cinquante ans, les jeunes sans formation, les personnes peu qualifiées et celles qui sont déstabilisées par un chômage de longue durée.

C'est dans ce cadre que le déclassement des Cherpines me parait prioritaire. En construisant non pas d'horribles barres passées de mode, même avec des espaces communs au rez-de-chaussée, mais de l'habitat coquet et néanmoins populaire, protégé des nuisances de l'autoroute. Et surtout accessible à la classe moyenne qui n'a pas droit au logement aidé, sans avoir les moyens d'accéder à la PPE en Suisse. Prioritaire, au contraire de l'extension des pistes cyclables sur TOUS les axes principaux et secondaires, comme le réclame l'IN144, qui ressemble davantage à une machine de guerre déguisée en bisounours qu'à une volonté d'optimiser les transports.

Il est évident qu'un quartier d'habitation est plus agréable à vivre si le trafic y est limité, le vélo encouragé et si les enfants peuvent y jouer en liberté. De même, les cyclistes doivent pouvoir se rendre d'un point à un autre en empruntant des itinéraires sécurisés. Mais pas forcément TOUS les axes. Il faut aussi des axes de transit efficaces et fluides. C'est une nécessité urbaine. Pas forcément partout, mais permettant de contourner la ville - en bouclant la boucle - et d'y pénétrer ou d'en sortir. Le vélo n'est pas accessible à tous et c'est aussi une grande cause écologiste de limiter les embouteillages, gros producteurs de CO2.

Pour cela, un cycliste doit accepter parfois de faire un détour, qui doit être balisé, sur et pratique, ce qui n'est de loin pas encore le cas. Comme les automobilistes ont accepté le fait de devoir poser leur voiture pour accéder en certains points. Le jour ou une initiative cycliste intègrera cette notion d'équilibre, et pourquoi pas la traversée de la rade (avec une passerelle cycliste, puisqu'il est encore temps de l'y prévoir), je la signerai sans hésiter.

Nous vivons dans une agglomération commune. La construire et l'améliorer ensemble devrait être notre objectif commun. Pas les uns contre les autres.

Commentaires

Zut, pour une fois, je crois être d'accord avec vous Souaille, en tout cas plus ou moins. Le fait que les frontaliers soient, souvent, des suisses, chassés de Genève par l'aveuglement politique en matière de logement, devrait faire réfléchir. Je rappelle ici que l'arrêt retentissant du Tribunal fédéral il y a pas longtemps sur les déductions des frontaliers taxés à la source concernait un comptable genevois établi en France. Intéressant, non? Cela devrait faire réfléchir les politiciens... ou peut-être pas vu le niveau, tous partis confondus, de nos "élites politiques".

Écrit par : caton | 04/05/2011

Priorité et hiérarchisation. Voici deux valeurs - ou systèmes, ou questions, ou ou... - qui, mine de rien, évoquent à eux seuls la difficulté de la gouvernance dans notre République. Je pense, ce soir, au Chef du DIPCS (n'oublions ni la culture ni les sports, les socialistes ont l'air d'y tenir tant, même en Ville de Genève)qui s'est récusé (ce qui signifie qu'il s'est déclaré incompétent) pour juger et révoquer cet enseignant anonyme ici, et nommé là.
Ce n'est pas parce qu'il était son employeur, parce qu'il avait signé son contrat que le Chef du DIPCS s'est récusé. Non! Il s'est récusé car ils sont tous deux membres du même parti. L'appartenance idéologique prime la fonction. Voici une question de "priorité" et de hiérarchisation qui, pour moi, évoque tout le malaise de la gouvernance actuelle. On ne sait plus ni qui, ni quoi on défend. Les questions territoriales et urbanistiques ne font que suivre ce mouvement.

Écrit par : perdus? | 05/05/2011

Perdus?, voilà bien un commentaire d'architecte ou de chorégraphe... Bref de quelqu'un d'habitué(e) à travailler dans un espace à trois dimensions, là où la pensée politique est trop souvent bipolaire. Polarisation qui fait beaucoup de tort à l'urbanisme, comme à la culture et au final au quotidien des Genevois.
Mais comme le disait Edith de Nantes, ce n'est pas en protestant qu'on fera passer le tram 12 à Bâle... Mais en installant des aiguillages et des passerelles...

Écrit par : Philippe Souaille | 06/05/2011

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