26/05/2011

UDC: après Austerlitz, la Berezina

J'ai bien aimé l'image utilisée par Ivan Perrin pour qualifier Blocher et son travail en vue des prochaines élections fédérales : "Napoléon à Austerlitz, l'Empereur au sommet de sa stratégie, etc..." Car il s'agit bien de celà: une guerre, des batailles, de la stratégie, des egos qui s'affrontent et tous les coups permis... On est là loin, très loin, de ce que devrait être la démocratie et le respect des choix du peuple. Il ne s'agit plus d'aider les gens à s'exprimer et à choisir sur des critères objectifs entre des programmes et des hommes (ou des femmes). Non, le but c'est de les enrégimenter, de les aveugler sous les rayons du soleil d'Austerlitz et d'une gloire personnelle, de transformer leurs frustrations quotidiennes en haine d'un ennemi responsable de tous les maux, qu'il s'agit d'abattre et d'humilier. Tout ce que je déteste en politique. Beurk.

Cette stratégie implique des investissements à longs terme, humains et financiers, pour occuper le terrain, les médias et les espaces publicitaires. L'idée de fond, c'est de casser la concordance helvétique, pour gouverner le pays à droite toute, une droite où bien sûr l'UDC aurait la première place. Une stratégie dangereuse. Pour la droite et le centre, mais également pour les classes possédantes qui emportées par l'euphorie de la croissance économique, auraient grand tort d'oublier l'histoire. Ce qui a fait la prospérité helvétique au XXème siècle, c'est bien sûr le secret bancaire et l'absence de guerre, mais c'est aussi le consensus social, la limitation des excès et le juste partage des fruits de la richesse. Tout ce qu'une victoire de la droite guidée par l'UDC remettrait en cause.

Après Austerlitz, il y eût la Berezina. Ce qu'Ivan Perrin plus que tout autre aurait grand tort d'oublier, car le régiment neuchâtelois des Canaris y périt jusqu'au dernier, dans des conditions héroïques, pour protéger la fuite de l'Empereur. Un million d'hommes périt dans l'affaire de Russie, du fait de la mégalomanie d'un stratège qui confondait son destin personnel avec celui du peuple... Un stratège qui avait auparavant renversé par un coup d'Etat la République française bâtie sur le modèle helvétique et plus précisément genevois: un conseil des Cinq cent et cinq directeurs, comme il y avait à Genève, le Conseil des 200 et cinq Conseillers.

Or, à moins de modifier profondément les structures démocratiques helvétiques, un Gouvernement et une Assemblée qui voudrait gouverner de manière unilatérale n'ont aucune chance de pouvoir gouverner en Suisse. Le droit d'initiative et de référendum rendent caduques avant la naissance tout projet d'envergure qui ne serait pas consensuel. Les rares "victoires" de l'UDC en votation n'infirment pas ce propos. Il s'agissait toujours d'interdire, de limiter, ce qui ne coûte rien. En aucun cas de construire et bien sûr, un pays moderne et dynamique ne peut pas se contenter de vivre sur ses acquis, en les rognant qui plus est. Il faut des projets, une volonté d'avenir qui ne soit pas que replis sur soi. Tout ce qui manque à l'UDC.

Commentaires

Combien de politiciens le sont devenus pour la gloire personnelle et combien le font pour l'amour du prochain ?

Au moins ... avec Blocher on sait pertinemment qu'il ne le fait pas pour l'argent ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 26/05/2011

Je vous remercie d'avoir rappelé ce haut fait d'histoire des chevrons du bas et des dahus du haut, c'est-à-dire des Neuchâtelois que fut l'épisode du "régiment neuchâtelois des Canaris".

Il n'en demeure pas moins vrai qu'à suivre les événements politiques de cette république et canton on doit se rendre à l'évidence que les élites et ceux d’en bas sont toujours animés par un esprit prussien qui prédomine dans les émissions d'informations de la TSR : couleurs locales et télé journal... à jusqu’à plus ras-le-bol.

Écrit par : Hypolithe | 26/05/2011

La tentation de Sainte-Hélène?

Écrit par : Azrael | 26/05/2011

Pour une fois je suis bien d'accord avec vous...on est bien loin du respect de la démocratie et des choix du peuple. Et l'exemple le plus flagrant est l'éviction du plus grand parti du pays, soit l'UDC, de sa représentation légitime au Conseil fédéral.
Sinon, toujours aveuglé par vos utopies et complètement déphasé du monde actuel. Prenez votre retraite, relisez Malraux et essayez d'appréhender le travail d'un véritable homme politique, je ne sais pas, pourquoi pas Deng Xiaoping ? Profitez de la montagne, faites des balades, etc., et laissez cette société à ceux qui en ont vraiment besoin, aux jeunes, c'est-à-dire à ceux dont vous ne cessez de faire la morale et la leçon. Un demi-siècle d'échec, c'est bien à cause de votre génération, ayez au moins la décence de passer la main, mon cher, si vous n'êtes pas capable d'auto-critique !

Écrit par : bob | 26/05/2011

Bob, et si vous arrêtiez d'empiler les âneries ? A 56 ans, je vois mal comment je pourrais être responsable d'un demi-siècle d'échec... Oui d'accord, j'étais précoce et me suis très tôt intéressé à la politique, mais là...
Quant à passer la main, de quoi parlez-vous ? Quelle place aux jeunes pourrais-je bien laisser ? En politique, je n'occupe que ce blog, qui n'existe que par les quelques milliers de lecteurs qu'il réunit chaque mois. Mais tout un chacun est libre d'en prendre un autre à côté et de se lancer. Allez-y courage, il n'y a pas d'âge légal pour cela, à ma connaissance.
En revanche, si ce que vous voulez dire, c'est que je devrais arrêter d'écrire parce que j'ai passé l'âge, permettez moi de vous dire, cher jeune homme partisan de l'UDC, que vous êtes l'incarnation même de ce que l'on peut craindre de tels partis s'ils arrivaient au pouvoir: une restriction brutale de la liberté de pensée, d'agir et de s'exprimer.
Merci donc de corroborer mes propos avec tant d'éclat.

Écrit par : Philippe Souaille | 26/05/2011

Est-ce l'UDC qui est très persuasif ou le centre droit qui n'a plus la capacité intellectuel de contrer la machine UDC?

Enfin bref! les votations importantes sur les relations Suisse-UE ont mis l'UDC au tapis. Il y a encore de l'espoir. Même si je ne suis pas un pro UDC, Mais il faut admettre que sur certain thème comme sur l'insécurité, il n'ont franchement pas toujours tort.

D.J

Écrit par : D.J | 26/05/2011

Victor, la fortune de Blocher (bien mal acquise dans son cas, en tirant parti d'une veuve éplorée) est justement l'un des problèmes. Elle est derrière lui, suffisamment importante pour qu'il n'ait plus à s'en soucier, ni même à se soucier des conditions cadres pour la faire fructifier. Tout ce qui le motive et l'intéresse, c'est son projet personnel, la conquête du pouvoir pour le plaisir. Tant pis s'il doit pour cela défendre des positions qui entraîneraient un recul pour l'économie du pays.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

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