27/05/2011

Quel avenir pour Genève, en Suisse, dans le monde ?

Je suis en train de lire le dernier bouquin d'Attali: "Demain, qui gouvernera le monde ?". Dont le résumé de la quatrième de couverture ressemble étrangement à celui de mon "Utopie Urgente", publiée il y a quatre ans, notoriété de l'auteur en sus :-)

De fait la thèse est commune: l'unique solution aux problèmes planétaires est un Etat-monde, seul capable de réguler les excès du marché global, qu'aucun état-nation n'est en mesure de contrôler. Ce gouvernement verra le jour avant ou après la 3ème guerre mondiale, complémentaire à l'éclosion de pouvoirs locaux, plus proche des gens, pour gérer leur quotidien. Avant la guerre, ce serait mieux qu'après. Une guerre qui même si elle n'était plus militaire, mais purement commerciale, entre multinationales ayant remplacé les Etats, conserverait toujours la même chair à canon: le peuple.

Là où Attali fait très fort, c'est qu'il nous offre une Histoire des grands empires, militaires ou commerciaux, qui ont tenté de dominer leur monde depuis l'antiquité. Tout en suivant en parrallèle l'éclosion puis l'évolution de la pensée universaliste. Un gros travail de compilation, effectué avec une rimbambelle de documentalistes. On peut être d'accord ou pas sur tel ou tel détail, il y en a 2 ou 3 dont j'aimerais bien discuter avec lui, mais dans l'ensemble, la démonstration est époustouflante. Il était temps, parce que les tenants du nationalisme et du retours aux frontières tiennent de plus en plus le haut du pavé. Comme en chaque période de crise, débouchant généralement sur l'affrontement des esprits échauffés.

Ainsi en Suisse, Blocher et l'UDC, relayés par le MCG à Genève, agitent systématiquement l'étranger (respectivement le frontalier) comme cause unique de tous nos maux. C'est tellement plus simple d'avoir un coupable clairement identifiable. Cela évite d'avoir à proposer de vraies solutions aux problèmes des gens. Evidemment, le discours porte. Quand bien même diminuer le nombre d'étrangers et dénoncer les accords avec l'UE auraient pour conséquence principale et immédiate un net recul de nos conditions de vie. Ce qui d'ailleurs serait peut-être la solution pour nous ramener plus près des standards européens, supprimant ainsi l'une des causes de la surchauffe :-)

Genève affiche un taux de croissance supérieur à la moyenne suisse, elle-même supérieure aux chiffres européens. Cela n'a pas toujours été le cas. Dans les années nonante, avant les accords sur la libre circulation, c'était l'inverse. Et cela peut très vite s'inverse à nouveau. Attali montre très bien comment les "centres du monde" en rivalité perpétuelle, se succèdent depuis le Moyen âge, villes marchandes tenant le haut du pavé. Comment elles prennent de l'importance et comment elles en perdent. Blocher et les siens veulent nous embarquer dans ce cycle récessif et décroissant.  Il me semble urgent de refuser toute alliance mortifère de cette nature. A tout prendre, la gauche se bat pour ponctionner de plus grosses parts des richesses produites, mais elle ne semble pas avoir pour objectif (écolos intégristes mis à part) d'arrêter d'en produire...

Commentaires

D'abord, la progression de l'idée universaliste n'a rien de linéaire, n'est pas plus linéaire que la succession des empires, des "centres du monde", et ça va et ça vient, de ce point de vue: à l'époque d'Alexandre le Grand, on tendait à l'universalisme, et puis à l'époque de la féodalité, ce fut exactement le contraire. Le monde tend à respirer, de ce point de vue: ça va et ça vient, et il faudrait voir pourquoi. Ce n'est pas forcément que l'histoire tend à un empire universel. Il peut s'agir aussi de développer simultanément deux tendances profondes et majeures: individualisation, mondialisation. Or, à terme, cela veut dire qu'il n'y a plus d'empire universel, mais communion universelle d'âmes libres. Et cela veut dire, à mon avis, que tout empire qui se pose comme universel et qui suit des habitudes de fonctionnement issues d'une certaine coloration culturelle est voué à la destruction, parce que l'histoire en réalité veut aussi l'individualisation totale. Le gouvernement mondial ne saurait donc, lui non plus, être durable, surtout, je le répète, s'il se fait sur la base d'une coloration culturelle trop marquée. Or, Jacques Attali, lui-même, me paraît très occidental, dans ses réflexions. Comment penser qu'à son Etat-Monde, non théorique et rêvé, mais tel qu'il peut le concevoir concrètement, des pays comme le Pakistan, la Chine, l'Iran, vont adhérer? Cela ne tient pas forcément debout. Le véritable universalisme ne consiste certainement pas à étendre infiniment le modèle occidental qui lie l'Etat au commerce. Cela a ses limites. Et sans vouloir défendre le nationalisme, il est évident qu'il existe en Suisse même des traditions qui ne peuvent pas être réduites au rôle d'agent commercial d'un territoire. Cela dit, les Etats peuvent et devraient certainement trouver le moyen de fixer les prix et les salaires en bonne entente, voire autour d'un seul centre mondial de décision, en matière sociale. Voire l'Europe. Et d'un pays à l'autre. De la France à la Suisse, par exemple.

Écrit par : RM | 27/05/2011

Bonjour Philippe,

Le livre dont vous parlez me rappelle étrangement "Une brève histoire de l'avenir" publié chez Fayard, du même auteur.
Dans ce livre, Attali s'inspire de la naissance et du déclin des empires commerciaux qui se sont succédés au cours des âges, pour se projeter dans les cinquante prochaines années en tenant compte des évolutions scientifiques, technologiques, démographiques, les formes de marchés, etc.

Jacques Attali n'aurait-il pas remis l'ouvrage sur le métier, n'aurait-il pas réchauffé le plat publié en 2006, une resucée en quelque sorte ?

Peut-être avez-vous lu également "Une brève histoire de l'avenir" ?

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 27/05/2011

Jean, je n'ai pas lu "Une brève histoire de l'avenir", dont j'ignorais même l'existence. Sans doute a-t-il au moins en partie réchauffé le plat, comme j'aimerais d'ailleurs le faire moi-même pour le mien, si j'en avais le temps, afin d'intégrer la très riche actualité de ces quatre dernières années.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

Rémi, bien sûr que l'évolution de l'idée universaliste n'est pas linéaire, ne serait-ce que parce que la notion d'universalité a elle-même bougrement évolué depuis Alexandre le Grand, qui ignorait l'existence de la moitié de la planète... J'ai au contraire été déçu en bien par l'attitude d'Attali dans ce livre qui n'est que très peu européo-centré et relègue la France à sa juste place. Importante, mais sans plus. Il attache même un soin presque un peu affecté à évoquer les empires africains ou pré-colombiens. Affecté, car avec l'enthousiasme du béotien, il néglige des détails pourtant importants.
Il est évident qu'un gouvernement du monde ne peut être durable que s'il est représentatif des diversités des peuples qu'il entend fédérer. Attali, comme tous ceux qui réfléchissent à la question, le savent pertinemment, c'est du B-A BA.
Là où vous faites erreur, c'est en liant le commerce à l'occident. Le commerce est avec l'agriculture à la base de toute civilisation. C'est la production de surplus agricoles qui permet de libérer de la main d'oeuvre pour l'artisanat, la guerre, la religion, les arts et bien sûr le commerce, qui relie toutes ces activités.
Mais si vous lisez tous les auteurs ayant travaillé sur cette question de gouvernance du monde, depuis des siècles, vous verrez qu'il n'est nulle part question de régenter la vie des gens dans les moindres détails et d'uniformiser les coutumes. Au contraire, tous parlent de confédérations, de contrats et de législations régissant les rapports entre parties, pour résoudre les conflits et faciliter les échanges. On est à cent lieues de l'uniformité.
Certes, les marchés aiment grandir et ont besoin de normes communes, mais cela n'a jamais empêché l'originalité et la concurrence.
Pour prendre un exemple en politique, je dirais qu'au lieu de refuser l'Union Européenne par peur d'y perdre nos droits démocratiques, je crois qu'il serait beaucoup plus pertinent d'y rentrer avec la perspective de les y défendre et de les faire adopter par l'ensemble de l'Union. C'est parfaitement jouable, beaucoup plus ambitieux et bien davantage porteur d'avenir.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

Bonjour Philippe,

Je suis d'accord avec vous et prône une approche humaniste et régulatrice du monde.
Voir mon billet sur le livre de J.Attali, ainsi qu'un autre sur sa "Brêve histoire de l'avenir" :
http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-anne-kraft/110610/tous-ruines-dans-dix-ans-essai-de-jacques-attali-sur-la-dette-publ
http://marie-annekraftblogpolitique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/01/13/lettre-ouverte-a-jacques-attali-sur-sa-breve-histoire-de-l-a.html

Écrit par : KRAFT Marie-Anne | 27/05/2011

Voir aussi cet article au sujet d'une conférence qu'a donnée Jacques Attali mardi dernier à Cambrai sur son livre et le paradoxe de la mondialisation, qui s'appuie d'un côté sur le marché qui est sans frontière et de l'autre sur la démocratie, qui s'appuie sur une représentativité et une gouvernance locale :
http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Cambrai/actualite/Cambrai/2011/05/27/article_devant-plus-de-huit-cents-personnes-le-p.shtml

Écrit par : KRAFT Marie-Anne | 27/05/2011

"Dont le résumé de la quatrième de couverture ressemble étrangement à celui de mon "Utopie Urgente", publiée il y a quatre ans, notoriété de l'auteur en sus :-)"

Vous êtes trop modeste, Philippe ; votre notoriété est bien plus considérable que celle de l'auteur du dernier livre d'Attali, puisque presque personne ne sait de qui il s'agit.

Écrit par : carlos | 27/05/2011

Marie-Anne, je vois que vous êtes fidèle militante du Modem. Dommage que François Bayrou, s'il m'a confié être d'accord sur le fond, juge que "les gens ont besoin de se sentir appartenir à un ensemble, comme la nation". Ce qui conditionne une action politique à plus courte vue qu'il ne faudrait, à mon avis.
Le principal obstacle à l'émergence d'une gouvernance mondiale efficace, ce n'est ni la culture, ni le degré de démocratie, mais bel et bien la défense des intérêts économiques de chacun, personne n'étant prêt à lâcher du lest. Or il est bien évident que pour que le système fonctionne, il faudra réduire encore certains déséquilibres qui restent toujours clairement en faveur de l'occident.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

Cher Philippe,

Nous nous reconnaissons dans différents ensembles, communautés, de différents niveaux, qui s'emboîtent ou se chevauchent, sans qu'il y ait forcément conflit entre les niveaux : commune>agglomération>canton ou département>nation>Continent/Europe>Monde

De la même manière que l'Europe est fondée sur la subsidiarité, la gouvernance mondiale pourrait également reposer sur ce principe et ne traiter que les sujets qui ne peuvent être régulés et protégés qu'au niveau mondial (réchauffement climatique et préservation de la planète, accès aux ressources vitale en énergie et en eau, places off-shore non coopératives, ...).

La Nation doit s'inscrire dans une gouvernance mondiale d'une manière coopérative, sans que les Nations jouent les unes contre les autres pour des questions d'intérêt commun. Il faut que ces principes soient admis par les citoyens pour qu'il y ait adhésion universelle et démocratique.

Écrit par : KRAFT Marie-Anne | 27/05/2011

Philippe, je pense que vous parlez d'une façon trop générale. Le problème n'est pas ce que vous appelez "toute civilisation". Mais les Etats. Or, il est complètement faux qu'un Etat soit forcément fondé sur le commerce. Ce n'est pas du tout le cas. La "civilisation", c'est vague, ça s'accompagne de jugements de valeur, et d'ailleurs, les concepts en sont issus de l'Occident, de l'ancienne Rome. C'est donc bien que le prétendu "universalisme" de certains est en fait le prolongement obscur de l'impérialisme romain. Le problème est d'ailleurs qu'on ne parvient pas à penser l'universel sans relation à cette "civilisation", c'est à dire aux "valeurs" issues de l'ancienne Rome et de l'ancienne Grèce. Je vous en donne la preuve: je pense, moi, que l'Etat devrait ne s'occuper que des salaires et des prix, et vous répondez en disant que les subdivisions administratives pourront continuer à s'occuper de la culture dans la diversité de ses manifestations. Mais en ce cas, si on en est là, il ne peut pas y avoir de gouvernement plus mondial qu'actuellement. Si on veut un gouvernement mondial, il faut justement que les Etats arrêtent de s'occuper de ce qui ne les regarde pas: la culture, par exemple. S'ils sépuraient jusqu'à ne plus s'occuper que d'Egalité, c'est à dire de ce qui les regarde, ils pourraient justement s'unir, car les prix et les salaires peuvent être réglementés sur le plan mondial. Mais sinon, pour l'économie, ce n'est pas le cas, car le désir suscité par les produits dépend de la culture, et la culture est l'affaire des citoyens, elle doit être complètement libre. Pour qu'un Etat mêlé au commerce (et vous dites que tout Etat civilisé l'est) devienne mondial, il faut aussi qu'il intervienne dans l'appréciation subjective des produits, dans le désir qu'ils inspirent, c'est à dire dans la culture. Et c'est la définition même de l'impérialisme. En tout cas, Philippe, mis à part dans des déclarations d'intention qui ne me semblent pas recevoir des applications claires, je ne vois pas la différence, dans ce dont vous parlez, entre l'universalisme et l'impérialisme. D'ailleurs, il n'y a que Dieu qui soit universel. La seule chose que puisse être un gouvernement soi-disant "universel", c'est "mondial". Il règle les salaires et les prix des produits effectivement désirés (et mis sur le marché par les commerçants, dont c'est le rôle), il le fait d'autorité, pour garantir l'Egalité universelle. Le reste me paraît un peu creux, et dissimuler l'impérialisme occidental, pour ne rien vous cacher: l'habiller de blancheur pure et d'innocence.

Écrit par : RM | 27/05/2011

Marie-Anne, entièrement d'accord, à ceci près, comme je l'explique dans mon livre sur la question, que l'importance de l'échelon "Nation" est appelé à se réduire, au profit des échelons locaux, ou se gère la démocratie de proximité et de l'échelon global, qui traite des problèmes d'envergure planétaire.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

"Le principal obstacle à l'émergence d'une gouvernance mondiale efficace, ce n'est ni la culture, ni le degré de démocratie, mais bel et bien la défense des intérêts économiques de chacun"

Soyons sérieux: Le principal obstacle à l'émergence d'un gouvernement mondial, efficace ou non, c'est que les Etats, les nations, les empires et leurs gouvernements sont constitués par la violence, sous forme physique ou symbolique. Ils naissent de la guerre, de la conquête, de la menace et de l'extorsion, parfois de la corruption. Et aucun pouvoir aujourd'hui n'est matériellement en mesure de déchaîner la quantité phénoménale de violence qui serait nécessaire à l'unification et à la conservation d'un Etat mondial.

Écrit par : carlos | 27/05/2011

Rémi, tous les Etats ont un lien fort au commerce. Ils le taxent, en tirent leurs revenus et ne pourraient fonctionner s'il n'existait pas. Certains le favorisent, à l'intérieur et à l'extérieur, d'autres (rarissimes... En dehors du Bouthang ?) l'interdisent avec l'extérieur, mais personne ne s'en passe. Même François de Salle a utilisé le commerce (et les commerçants) pour répandre la contre-réforme.
Par ailleurs, comme le rappelle Marie-Anne, tout est affaire de subsidiarité. Il ne saurait y avoir d'Etat planétaire monolithique, mais bien plutôt une succession de couches assumant des fonctions différentes.
Réguler les salaires et les prix devrait être la seule tâche de l'Etat, dites-vous. Et sur un plan mondial ? Il faudrait expliciter parce que dit comme ça, cela me parait totalement contraire aux réalités économiques. La difficulté à les réguler entre disons la Suisse et le Togo sont même le principal obstacle à la gouvernance mondiale, avec les inégalités que cela entraîne.
Par ailleurs que faites-vous de la construction des routes, de la répartition des matières premières et des ressources, de la régulation des conflits et du contrôle de l'usage de la force ? Entre autres. Bref, il y a un monde entre la lecture des vieux grimoires et la réalité des fonctionnements qui nous permettent aujourd'hui de communiquer en tapotant sur nos claviers.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

Pas d'accord, Carlos, cela fait quelques siècles que des gens s'échinent à faire progresser l'idée qu'on peut s'organiser autrement qu'en se tapant dessus. Et petit à petit, on y arrive. Il n'est pas un Etat membre de l'UE qui n'y soit entré de force. Idem de l'ONU. Qui sont certes insuffisant, mais on avance dans le bon sens.
Le nombre d'Etats démocratiques progresse depuis quelques décennies et c'est par la volonté des peuples, leur volonté de dire non aux guerres, que l'on parviendra à un tel gouvernement.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/05/2011

L'usage de la force est bien sûr l'apanage de l'Etat. D'ailleurs, sans la force, il est impossible d'imposer à l'économie les prix et les salaires. Mais justement, c'est ce qu'il faut faire. De même qu'une montagne entre deux villes accroît les coûts d'un marchand qui veut passer de l'une à l'autre, de même, le principe d'Egalité imposé par l'Etat doit soumettre le marchand, qui ensuite fait comme il veut. Si, dans les faits, il y a peu de croissance, parce que les acteurs économiques sont ineptes ou peu inventifs, l'Etat n'en impose pas moins l'Egalité, et réduit ses propres coûts, parce qu'en réalité, si peu de richesses sont créées, les problèmes d'égalité deviennent simples à résoudre. On peut donc inviter des fonctionnaires à faire autre chose, à créer des richesses en rejoignant une corporation quelconque. Car l'important, dans un tel système, est bien sûr la mobilité. Les routes sont naturellement à construire par ceux qui les empruntent, regroupés en associations ou en corporations, s'il s'agit de commerçants. L'Etat peut toujours aider à résoudre les conflits advenant à l'intérieur d'une telle association ou d'une corporation, conflits empêchant les réalisations concrètes d'aboutir, mais il ne doit pas se substituer à ces groupements de citoyens.

Mais voyez le paradoxe, Philippe, pour ne pas dire plus: entre la Suisse et le Togo, on n'arrive pas à réguler, dites-vous; donc, si on y va par là, on n'arrivera pas à créer ce gouvernement mondial. Mais la vérité est inverse: le gouvernement mondial consiste justement à parvenir à réguler les choses entre la Suisse et le Togo, et non à créer artificiellement un collège de prétentieux diplômés qui disent qu'ils ont constité et qu'ils représentent un gouvernement mondial. Car dans ce dernier cas, on va vers l'impérialisme. L'élan universaliste se mêle alors au nationalisme occidental, et cela ne mène nulle part.

Écrit par : RM | 28/05/2011

UDC = maux de tout selon M. Souaille...Et pourtant, les conditions de vie dans notre pays se détériorent, encore et toujours, et ce n'est pas l'UDC qui gouverne. Donc toujours aucune remise en question de votre part Philippe...
Pour citer Jean Zigler, que je n'apprécie pas du tout, un intellectuel ne sert à rien (discours de départ de l'UNIGE de ce cher Jean), et je rejoins sur ce point le commentaire de RM...

Bob

Écrit par : bob | 29/05/2011

Rémi, et si vous essayiez de rendre votre discours un peu moins fumeux et un peu plus concret ? Parce que là, franchement, ce que j'en comprend me semble tellement loin de la réalité que je ne vois franchement pas l'utilité de vous répondre.
Bob, vous n'êtes pas très clair non plus. Mais au moins, je comprend vos propos, qui sont évidemment faux. L'UDC n'est pas responsable de tous les maux. Elle développe juste une idéologie nationaliste que j'estime éminemment dangereuse. Quant à prétendre qu'il suffirait de remplacer ceux qui nous gouvernent par l'UDC pour que les choses aillent mieux, c'est évidemment de la très haute fantaisie. Structurellement, l'occident est sur le déclin, et la Suisse, fer de lance de l'occident avec. Dans ce contexte, le pouvoir des gouvernants est très limité et qu'on le veuille ou non, ceux qui dirigent la Suisse (et Genève) s'en sortent plutôt mieux qu'ailleurs. Parce qu'ailleurs c'est pire.
Mettre l'UDC au pouvoir serait non seulement contraire aux intérêts supérieurs de l'humanité, qui doit aujourd'hui s'affranchir du nationalisme si elle veut parvenir à résoudre les problèmes graves qui sont les siens, mais aussi contraire aux intérêts à court terme de cette petite portion d'humanité qu'on appelle la population suisse, car cela aurait des effets remarquablement nocifs sur notre économie et nos équilibres sociaux.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/05/2011

Quelle place pour les arriérés, les primitifs, les sauvages et les barbares, dans la gouvernance de la planète ? Les ministères des sports et de la culture, comme font les Brésiliens pour qu'il ne soit pas dit que les "bronzés" ne participent pas à la direction du pays ?

Et si vous nous parliez du net recul de nos conditions de vie quand, sous un gouvernement mondial, nous devrons consacrer les trois quarts de nos efforts à l'assistance aux sous-développés ?

Écrit par : Scipion | 29/05/2011

Mais on en parle, Scipion, on en parle. Tous les jours même ou presque, d'autant que ce recul a déjà commencé. Il est par ailleurs inéluctable. Les pays pauvres ont commencé à émerger et cela ne s'arrêtera plus. Les ressources de la planète n'étant pas illimitées, il va nous falloir partager. Et comme nous nous gavions de la plus grosse part et que cela ne sera plus possible, il faudra nous contenter de parts plus petites.
La seule alternative, la guerre, n'en est pas une. En dehors de son aspect foncièrement immoral, les pauvres sont plus nombreux que nous et la plupart des ressources naturelles sont chez eux. Le fascisme intégral et monstrueux qui serait nécessaire pour se livrer à ce genre de guerre - perdue d'avance - contre le reste de la planète serait bien plus insupportable que d'apprendre à partager et à inventer de nouvelles manières d'améliorer notre quotidien.
Par ailleurs, une fois de plus, vous faites la démonstration du racisme primaire de certains UDC. Rien de que de la haine qui suinte la peur. CQFD

Écrit par : Philippe Souaille | 30/05/2011

Bah, Philippe, je pense la même chose de ce que vous dites, en fait. Je dis que l'Etat doit chercher à fixer les prix et les salaires de façon égalitaire, et le faire de façon globale. Sinon, tout gouvernement mondial n'est qu'une coque vide, et ne sert qu'à se faire mousser. Quand les Etats se mettront d'accord pour imposer des salaires normaux aux patrons et rééquilibrer ceux des travailleurs chinois, quand les prix eux-mêmes seront fixés en fonction des salaires réels, on pourra parler de gouvernement mondial. Sinon, il s'agit seulement de dire que les Etats cherchent à améliorer l'économie pour gagner eux-mêmes plus d'argent et organiser leur propre "croissance". Or, les Etats sont en réalité en concurrence. Une croissance de ce genre ne peut en aucun cas créer un gouvernement mondial; elle ne peut que renforcer les antagonismes. Quand un Etat essaie de croître, il entre bien en conflit avec les autres.

Écrit par : RM | 30/05/2011

Rémi, les Etats nations ne pourront jamais rééquilibrer les salaires mondiaux précisément parce qu'ils sont en concurrence les uns avec les autres et que leurs responsables sont élus pour assurer la plus grosse part à leurs ressortissants, forcément aux dépens des autres. C'est aussi simple que cela.
Le seul qui le pourrait, c'est un Etat mondial. Mais même pour ses gouvernants, ce sera long, complexe et difficile, parce qu'un niveau de prix ou de salaire ne se décrète pas comme ça. Prenons le cas des matières premières agricoles et même des plus simples d'entre elles, pain et maïs. J'écrivais dans l'Utopie Urgente, qu'il serait bon que ces prix montent, pour entraîner tout le reste de l'économie dans les pays les plus pauvres (à commencer par l'agriculture), et réduire l'écart considérable entre eux et nous (de l'ordre de 1 à 100).
C'est juste en théorie. En pratique, lorsque les prix montent, cela arrange les paysans petits et gros producteurs locaux dont les prix de vente de leurs denrées alimentaires augmente aussi. Mais avant que tout le système ne se rééquilibre, cela peut devenir catastrophique dans les bidonvilles urbains, dont les population n'ont pas de ressources bien définies et encore moins de salaires officiels qu'on pourrait augmenter. Donc famine, émeutes, etc...
Et de notre côté, si notre niveau de vie en occident, baisse trop brutalement, nous aurons aussi des émeutes, révolutions, gouvernements populistes etc...

Écrit par : Philippe Souaille | 30/05/2011

Je n'ai sûrement pas dit qu'il faudrait tout changer d'un coup et attendre des résultats probants dans l'immédiat, mais moi, je pense qu'un Etat doit chercher à contrôler les prix et les salaires et à les arracher à la loi de l'offre et de la demande, et non pas à faire gagner à ses ressortissants le plus d'argent possible. Le but d'un gouvernement mondial ne peut être, à terme, que ce contrôle des prix et des salaires et leur arrachement à la loi de l'offre et de la demande, et ce n'est pas parce que c'est difficile que c'est impossible et pas parce que ça ne donnera pas de résultats miraculeux dans des délais brefs qu'il ne faut pas s'y employer - si c'est juste, et ça l'est, vous-même l'admettez. Il est en tout cas certain que les Etats peuvent à terme se mettre d'accord sur des salaires et des prix globaux, s'ils ont la préoccupation de l'Egalité, tandis que s'ils ont des préoccupations économiques essentiellement, il est justement impossible de créer un gouvernement mondial, car les Etats ne sont pas en concurrence d'un point de vue moral ou légal, mais seulement d'un point de vue économique, précisément, et il serait ridicule d'imaginer un gouvernement global dont les éléments internes seraient en concurrence entre eux. Justement parce que vous admettez que la concurrence entre Etats est normale, et dites qu'on ne peut rien faire contre, votre idée d'un gouvernement mondial créé par les Etats n'a pas de sens, sauf à considérer que les Etats les plus forts se serviront d'un gouvernement mondial de pacotille pour imposer leur volonté. Mais les Orientaux ne s'y plieront pas, et cela ne fera que renforcer les antagonismes. Ce qui est juste, c'est ce qu'il faut rechercher. Pour ce qui est de s'enrichir, c'est la tâche des particuliers, et non des Etats.

Écrit par : RM | 30/05/2011

Rémi, qui a dit que le gouvernement mondial serait forcément créé par les Etats ? Certainement pas moi. La transformation de l'ONU est l'une des possibilités pour y arriver, certainement pas la seule, ni la moins probante. Je mise sur les opinions publiques, ce qui est bien différent.
Mais fondamentalement, je ne crois pas que le contrôle des prix et salaires soit le but d'un gouvernement mondial, et pas davantage son mode opératoire. Je penche plutôt pour un encadrement, la fixation de normes évitant les trop grands écarts. De 1 à 10 au sein d'une même région (contre 1 à 800 aujourd'hui) et de 1 à 100 à l'échelle de la planète entière (le coût de la vie réel venant réduire cet écart de manière significative) contre 1 à 10 000 aujourd'hui. Cela me semblerait un objectif réaliste pour les décennies à venir.

Écrit par : Philippe Souaille | 30/05/2011

Je ne comprends pas votre raisonnement: comment un gouvernement peut éviter les trop grands écarts s'il ne contrôle pas minimalement les prix et les salaires? Les grands écarts de quoi? Je n'ai pas parlé de contrôle absolu, et j'ai dit que c'était le but à fixer, qu'on l'atteigne ou non n'est pas le problème. Ce qui serait mauvais, c'est qu'on dise qu'on ne peut pas aller dans ce sens pour ne pas nuire à l'économie, car sinon, cela veut dire qu'on veut que l'économie dirige les gouvernements: c'est à dire les riches, et non les "opinions publiques".

Écrit par : RM | 30/05/2011

Il ne s'agit pas de contrôler tous les prix et tous les salaires, ce qui serait contre-productif (les économies planifiées ont toutes été des échecs), mais de fixer des normes minimales et maximales et d'user d'incitations, afin de préserver la concurrence, qui reste et de loin le meilleur moteur à la créativité et à l'innovation, dont l'humanité aura grand besoin pour faire face aux gigantesques défis qui seront les siens.

Écrit par : Philippe Souaille | 30/05/2011

Il ne s'agit pas d'économie planifiée, mais d'économie conditionnée par une soumission à l'Egalité. Ensuite, l'Economie doit aller librement son train: pourquoi pas? Moi, je suis contre l'Etat qui incite, car l'Etat n'a pas à juger de ce que doivent faire les gens. S'ils n'ont pas envie de gagner beaucoup d'argent, c'est leur problème.

Écrit par : RM | 30/05/2011

Une économie, ou une société, ayant pour but l'égalité, c'est une société figée et triste à en mourir, probablement incapable de faire face à ses démons intérieurs et extérieurs. Rien dans la nature n'est égal, et pas un être humain n'est égal à l'autre. La vie est faite de différences et ce sont ces différences qui nous permettent, ensemble d'être plus performants.
Cependant, pour la cohésion du groupe, qu'il s'agisse d'une région, d'une nation, ou de l'humanité toute entière (qui demeure à mes yeux le groupe ultime, le seul vraiment légitime), il importe que les différences ne soient pas trop importantes et surtout soient perçues comme une juste conséquence de l'attitude de chacun face à la vie.
Une société et une économie ayant pour but l'équité plutôt que l'égalité, voilà ce qu'il faut construire.

Écrit par : Philippe Souaille | 31/05/2011

Par ailleurs, l'Etat a vocation à inciter, non pas pour conduire les gens à devenir plus riches, ça c'est leur problème et en général, il n'est nul besoin de les inciter à ça, mais pour induire et orienter la société dans les voies les plus utiles. Le développement des énergies renouvelables par exemple.

Écrit par : Philippe Souaille | 31/05/2011

La meilleur façon d'encadrer les salaires des employés reste sans conteste les accords entre partenaires sociaux. Quand à l'encadrement des salaires faramineux des dirigeants d'entreprises tel les multinationales doit revenir sans contest aux actionnaires.

Et cela vaut autant pour une société dirigé par un gouvernement mondial ou un monde tel qui l'est aujourd'hui.

D.J

Écrit par : D.J | 31/05/2011

L'économie n'a certainement pas pour but l'Egalité, Philippe, et je parle seulement de l'Etat. L'Etat a pour but l'Egalité, mais l'Etat ne doit pas tout envahir. Il n'est pas vrai que l'ennui ne cesse que s'il y a des gens plus ou moins riches. L'ennui cesse quand les jours apportent du nouveau. Or, ce nouveau n'est pas forcément le plaisir qu'on peut avoir en se retrouvant plus riche que son voisin! D'ailleurs, un régime inégalitaire peut aussi créer l'ennui, si justement il reste identique à lui-même. Ce qui apporte chaque jour du nouveau, c'est l'inventivité humaine. L'ennui cesse quand l'Etat ne la brime pas, c'est à dire quand l'Etat laisse entièrement libre l'activité culturelle. Car l'inventivité est liée à une vie culturelle libre. Le défaut du socialisme étatique est bien sûr d'avoir voulu contrôler l'activité culturelle.

L'économie n'est au fond rien d'autre que le désir de partager son inventivité avec les autres, en la matérialisant par des produits nouveaux. Mais l'argent n'est là que comme un droit, comme le droit de se procurer ce dont on a besoin. Il n'a pas de valeur en soi. Il n'est qu'un droit, il doit donc être contrôle par l'Etat. Celui qui trompe son ennui en gagnant beaucoup d'argent est dans l'illusion complète. La vraie nouveauté n'est pas dans le changement d'un chiffre à l'autre, le suivant fût-il plus grand que le précédent. Il s'agit ici de vanité, de pur égoïsme.

Enfin, les différences peuvent être aussi grandes qu'elles le veulent, elles doivent même l'être, l'Etat ne doit pas intervenir dans ces questions. Mais les différences ne peuvent pas consister en des chiffres différents qu'affichent les comptes en banque. Il ne s'agit pas de cela. Ce serait ridicule. Il s'agit de variations proprement humaines, les différents tempéraments, les différentes colorations culturelles, etc. L'Etat n'a vraiment pas à intervenir dans cela, car la différence, à cet égard, est un droit.

Écrit par : RM | 31/05/2011

(Un droit que garantit l'Etat, s'entend. Pas qu'il contrôle. Et il va sans dire que tout salaire doit contenir sa part de "consommation culturelle": la culture est aussi un besoin.)

Écrit par : RM | 01/06/2011

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