14/07/2011

Hier, les verts ont tué le père Cramer

Pendant que la planète se prépare à affronter la chute de l'avion de l'économie mondiale (ici), ou plutôt se calfeutre et encaisse en espérant qu'il ne tombe jamais (là), les jeunes verts de Genève ont réglé leur Oedipe hier, en tuant le père Cramer. Comme beaucoup de manifestations adolescentes, celle-ci semble répondre à un désir immédiat, sans guère voir plus loin que le bout de son nez.

Refuser la construction de logements, c'est maintenir la ceinture verte qui éloigne du centre administratif et des zones d'emploi des dizaines, en fait aujourd'hui des centaines de milliers de travailleurs. Qui ne pourront pas tous rentrer dans le CEVA qui ne sera de toute manière pas là tout de suite. Or les trams ne suffisent pas, les trains sont archi-bondés aux heures de pointe et dans le Genevois français, certains - pour l'heure minoritaires - menacent de bloquer les projets d'extension du tram si les logements ne sont pas construits. Refuser les logements, c'est clairement forcer les travailleurs à continuer d'utiliser leurs voitures, et à encombrer toujours davantage l'agglomération de ses bouchons. Ce qui fournit au MCG - au moins autant que les questions d'emploi - une grosse partie de ses bataillons électoraux.

La logique voudrait qu'au moins, les verts acceptent la Traversée, pour désenclaver la rive droite et faciliter le contournement de la Ville, mais il n'en est rien. Arc-boutés sur leur refus de toute nouvelle construction routière, même lorsqu'elle répond à un besoin évident, ils n'en veulent à aucun prix. Clairement minoritaires au tiers de l'opinion genevoise si l'on en croit tous les sondages depuis 20 ans. Et non la traversée n'a jamais été refusée en votations, celle-ci a juste été tellement mal conçue que les partisans du pont ont flingué le tunnel et vice versa...

A vrai dire, c'est même probablement le projet de Mark Müller d'inclure la Traversée dans la 2ème phase du projet d'agglo, dès 2012 - ce que n'avait pas osé faire Cramer - qui a mis le feu aux poudres. Et qui explique peut-être aussi le feu roulant et anonyme - quoique multipartis - subi par Müller depuis quelques temps. Certains veulent sa peau, parce qu'il incarne une Genève qui avance et projette des infrastructures à sa mesure, celle d'une petite capitale mondiale, ilôt de prospérité dans un monde en débandade.

Pourtant l'enjeu dépasse les questions personnelles. La construction de logements ET de la Traversée, comme du CEVA et des trams (avec en plus un volet Transports publics consistant dans la Traversée) sont une nécessité pour le canton, la région, son économie et le bien être au quotidien de ses habitants. La vision décroissante agitée par une frange de plus en plus large de l'éventail politique reviendrait à enclencher la marche arrière en plein sprint. Au mieux, on cale, au pire, le moteur explose.

Il y a de la place dans le canton, plein de place. 63% de sa surface est en zone agricole ! Et même si l'on admet le nouveau dogme sur l'agriculture de proximité, il est plus logique, plus économique et plus écologique faire venir carottes et patates de France voisine tous les jours que les travailleurs. Sans oublier des zones villas à densifier, y compris sur la rive droite, mais avec une Traversée. Et des immeubles en ville à réhausser. Il y a largement assez de place et de possibilités pour construire 20% de logements en plus en 20 ans. Logement qui dès à présent nous manquent et constitueraient à l'évidence le meilleur moyen de faire baisser les loyers et les prix, étranglés par la raréfaction de l'offre.

Il ne s'agit de loin pas de tout bétonner, mais de constuire la ville à la Praille, de réduire la zone verte de quelques pour cents (sur 63) , de densifier en Ville (la plus forte densité du Canton est au centre de Carouge, y vit-on si mal ?) mais aussi dans les grands ensemble (à Onex, au Lignon, il y aurait de la place pour des petites unités de logements et de commerce qui amélioreraient la convivialité), sur les rails de Cornavin et aussi quelques zones villas transformées en petits immeubles de standing. Parce qu'il est illusoire de vouloir supprimer la notion de quartiers chics ou populaires, qui existent partout dans le monde.

Il faut aussi mettre en place les infrastructures de transport correspondantes. Pour conserver à Genève son caractère de ville à la campagne, qui fait son charme et son attractivité, au moins autant que sa fiscalité. Sans tout bloquer et déconstruire.

Commentaires

Ainsi, nous voilà à l'orée de la sagesse. Celle de l'expression démocratique. Après les palabres politiciennes qui ont débouché sur le Machin, que l'on a nommé "le plan d'agglo", Machin qui n'a aucune valeur contraignante pour la Suisse, non pas parce qu'il n'existerait pas de moyen de droit pour le faire respecter, comme aime à le laisser sous-entendre Antoine, mais bien parce que ce machin, n'engage pas la Suisse pour ne pas, entre autre, être un traité (cf.traité de Vienne sur le droit des traités). Maintenant se pose la question de savoir s'il y a lieu de donner force de loi, en Suisse, au Machin, entre autres, par une modification du plan directeur cantonal.

Les politiciens s'engagent et passent, exit Cramer. Seuls ont quelque pérennité les Etats et les traités.

Le Machin est mauvais. Déjà l'alternative "EPFL" est moins mauvaise.

De plus, le Machin est démesuré. Il n'y a pas lieu de peupler Genève en recourant à une population d'immigrés sans qualification qui seront amener à travailler dans des secteurs à faible valeur ajoutée, s'ils ne finissent, voire ne commencent pas, par bénéficier des aides sociales d'un canton généreux.

Trop de social et pas assez de substance fiscale. Le danger guette. Genève doit attirer ce qui à de mieux, et Genève le peut, et non tous les expulsés économiques d'Europe.

Comme vous le relevez PS, la donne à changé depuis les flonflons du plan d'agglo. Une crise financière avec de nombreux soubresauts, un renversement planétaire, une déglobalisation commerciale, et, qui sait, une déglobalisation financière.

La donne a aussi changé en Europe. L'Union européenne des prétendus bisounours, c'est terminé ! L'union européenne considère la Suisse comme une vache à lait, un protectorat, qu'il faut traire en proférant des exigences financières commandées non pas par la morale, mais par la cupidité. Le bouquet : ils s'en prennent à la Suisse et y provoquent une désindustrialisation durable par l'adoption de politiques monétaires, entre autre la monétisation indirecte de la dette publique, qui ne peut qu'entraîner une dévaluation compétitive de l'Euro. (NB Si la Fed achète les emprunts US, en Europe la BCE distribue l'argent aux banques pour quels achètent les titres étatiques.)

Immigration choisie. Population choisie. Vous me direz nationaliste. Les principes de civilisation s'opposent au banissement des citoyens, mais permettent la régulation des étrangers. D'ailleurs, donner la priorité au communautaire sur le ressortissant d'un pays africain est raciste. Pourquoi refuser à un médecin africain de rester en Suisse après 10 ans de séjour légal s'il est autonome, intégré ? C'est le cas actuellement. C'est du racisme et n'honore pas la Suisse. L'immigration choisie est plus juste et favorables aux extra-européen. La mondialisation humaniste se résumerait-elle à l'Union européenne ?

Donc point trop d'habitant à Genève.

Expulsons les malfaisants, selon les normes usuelles sans privilège pour les communautaires.

Expulsons les assistées sociaux indignes. Les traines savates et non les victimes d'un accident du travail, cela va de soit.

Soumettons les permis de séjour des communautaires au droit commun.

On peut être pénalement condamné si on paye pas les pensions alimentaires dues, quand bien même on n'a pas de moyens financiers, dès lors que l'on pourrait, en faisant preuve de bonne volonté les acquérir. Même principe, expulsion de ceux qui ne payent pas d'impôts parce qu'ils ne travaillent pas, alors qu'ils en ont la capacité et la possibilité.

Écrit par : CEDH | 14/07/2011

Vous êtes passablement à côté de la plaque, CEDH.
Le "machin", comme vous dites, n'est pas un traité entre Etats, mais une convention entre collectivités locales. Si la chose n'est pas prévue par le droit international, c'est une lacune de ce dernier, à laquelle il est plus que temps de remédier, car ce genre de choses va se développer de plus en plus, ici et ailleurs, pour régler les problèmes concrets des gens et notamment de voisinage à l'échelle régionale.
Entre parenthèses, dans notre région, cela fait des siècles que ces questions se posent et sont résolues parfois devant les tribunaux. Si elle n'existe pas, il y aurait une thèse passionnante à faire sur l'histoire des traités et des conflits tranfrontaliers dans le Genevois.
Surtout, le contrat d'agglo traite essentiellement des questions d'aménagement. Pas du contrôle des flux d'immigration, ce n'est pas son rôle et ce n'est pas prévu par la loi, ni en France, ni en Suisse. L'agglo grossit et va grossir, c'est inévitable. C'est la conséquence naturelle et imparable de sa bonne santé économique dans un monde en crise. Le seul moyen de l'éviter serait de plomber l'économie au point de la mettre au niveau du reste du monde, à commencer par nos voisins. voire même en dessous, le temps de contrebalancer l'énorme effet de la notoriété positive de Genève à l'échelle mondiale.
Quant à vos délires consistant à remettre en cause les accords de libre-circulation, c'est juste un non-sens économique. Oserais-je vous rappeler l'étroitesse des liens qui nous lient à l'UE et notre dépendance à son égard ? Une intégration accrue dans un ensemble dont nous faisons de fait partie me semble nettement préférable, pour y jouer pleinement notre rôle et faire avancer nos intérêts dans un cadre commun plutôt que l'un contre l'autre. Dans un vrai conflit, il est rare que ce soit David qui gagne. Surtout lorsqu'il est plein aux as de l'argent sorti des poches de Goliath...

Écrit par : Philippe Souaille | 15/07/2011

@ PS

1.
"Le "machin", comme vous dites, n'est pas un traité entre Etats, mais une convention entre collectivités locales."

Ni le Grand Conseil, ni le peuple, ne sont liés par une "convention", qui a été signée en violation des droits démocratiques des citoyens, et qui n'engage pas la Suisse. Si cela était, force serait de constater une violation de nos droits démocratiques, qui sont protégés par l'article 25 du Pacte II. Voulez-vous violer le Pacte II, traité en bonne et due forme, portant sur les droits de l'Homme et dont l'ONU est le gardien du temple ?

Je rappelle que le Machin (remarquez la respectueuse majuscule) s'insère dans un traité d'où il ressort qu'Il (remarquez la respectueuse majuscule) ne peut qu'être compris comme engageant le Conseil d'Etat à proposer les modifications législatives nécessaires. Il l'a fait. C'est bien.

Moi je dis non au plan directeur tel que proposé. Le Conseil d'Etat aurait été mieux inspiré de procéder à la modification du plan directeur avant de signer le plan d'agglo. Démocratie oblige.

Je cite, extrait du blog de la tdg, un échange avec votre ami Antoine, le politicien (à plein temps ?) de Saint-Julien.

"Monsieur Veilliard,

Pour votre édification, je vous invite à prendre connaissance de la :

"Convention-cadre européenne du 21 mai 1980 sur la coopération transfrontalière des collectivités ou autorités territoriales (avec annexe)"

Et notamment de son article 2, où on y lit :

"2...(..)..La coopération transfrontalière s’exercera dans le cadre des compétences des collectivités ou autorités territoriales, telles qu’elles sont définies par le droit interne. L’étendue et la nature de ces compétences ne sont pas affectées par la présente Convention."

Le plan d'agglo ne déroge donc certainement pas aux ordres constitutionnels français ou suisse. Il est tout au plus un "memorandum of understanding", qui nécessite la prise de mesures législatives, planificatrices et décisionnelles tant en France qu'en Suisse. Lesdites mesures sont, en Suisse, largement de la compétence du Parlement et du Peuple. Le Conseil d'état ne peut constitutionnellement se substituer aux autorités compétentes. Il ne peut qu'introduire dans les procédures législatives, planificatrices et décisionnelles le projet d'agglo, la détermination finale ne lui revenant pas. C'est d'ailleurs ce que stipule textuellement le projet d'agglo en prévoyant : "Les collectivités partenaires s'engagent à mettre en oeuvre la présente Charte dans le cadre des procédures décisionnelles de leurs entités respectives."

Dès lors, au vu des accusations que vous avez portées contre le Conseil d'Etat et le Conseiller Mark Müller, je vous saurai gré d'indiquer quand le Conseil d'Etat ou le Conseiller Müller ont failli aux obligations résultant du plan d'agglo.

http://www.admin.ch/ch/f/rs/c0_131_1.html"

"@CEDH,

Il me semble pourtant vous avoir deja repondu. L'engagement est un engagement politique et pas un engagement juridique."

Il faut être malhonnête pour voir dans le plan d'agglo, ne fusse que sur le plan politique, autre chose qu'un engagement politique du seul Conseil d'Etat. Prétendre le contraire reviendrait à prétendre qu'un traité signé engagerait un Etat. Or tel n'est pas le cas. Le traité doit encore être ratifié selon les formes constitutionnelles des pays signataires.

2.
"Surtout, le contrat d'agglo traite essentiellement des questions d'aménagement. Pas du contrôle des flux d'immigration, ce n'est pas son rôle et ce n'est pas prévu par la loi, ni en France, ni en Suisse."

Exact.


3.
"Quant à vos délires consistant à remettre en cause les accords de libre-circulation, c'est juste un non-sens économique."

A quoi va ressembler l'Europe après la bataille de l'Euro ? Qui vivra verra. Mais la bataille d'Espagne, mère des batailles de l'Euro et donc de l'Europe, semble se porter en Italie. Pas très bon signe. La même monnaie en Allemagne et dans le Sud, pour combien de temps encore ? Schengen entre le Nord et le Sud, pour combien de temps encore ? La libre circulation étendue du Nord au Sud, pour combien de temps encore ? La Suisse doit-elle tisser des liens avec le Nord ou le Sud ? Je milite pour le Nord. La France sera-t'elle rattachée au Sud ou au Nord ? Où passera la frontière entre le Nord et le Sud ?

Après l'Allemagne et la Grande-Bretagne, la Grèce semble être attirée par le prélèvement à la source, pourtant honni par l'UE.

En attendant pas besoin de faire de zèle en matière de libre circulation. Des modifications législatives sont possibles par ci, par là. Et des violations aussi. Imitons la France en matière d'assurance décanale. Imitons la France en matière de titres de séjour. La France refuse de délivrer les titres de séjours prévus par les accords internationaux, la loi française, les décrets français et les circulaires française. Réponse d'Antoine : recourez au Tribunal administratif ! Et bien que les communautaires fassent de même à Genève. Refus guichet et désinformation en matière de titre de séjour en France ? Idem au guichet communautaire de l'Hospice général.

Conclusion : "Nous voilà à l'orée de la sagesse. Celle de l'expression démocratique."

Écrit par : CEDH | 15/07/2011

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