28/07/2011

Immobilier du Genevois Français: les chiffres qu'Antoine Vielliard semble ignorer

Cher Antoine, tu sais qu'en ce qui me concerne, et contrairement à l'un de mes collègues de parti, je trouve parfaitement légitime l'expression de tes points de vue dans ces blogs, même si je les combat parfois vigoureusement. J'aimerais cependant livrer à ta réflexion l'info suivante:

le prix moyen au m2 du logement ancien à Paris intra-muros (tous arrondissements confondus) vient de dépasser 8000 €. C'est 3 fois le prix moyen d'Annemasse 2500 €, Ambilly 2800 € ou 2,5 fois celui de Saint-Julien, 3100 €.

En Seine Saint-Denis (banlieue cheap) c'est 3100€, dans les Hauts de Seine (banlieue chic) 5400 €. 10 millions d'habitants vivent en Ile de France, dans une région d'une surface équivalente à celle de l'agglo franco-valdo-genevoise, où nous n'en mettons que 900 000, à priori donc dans de meilleures conditions.

Mais le plus intéressant c'est qu'Annecy est à 3200 €, Meythet à 3000 €, Annecy-le-Vieux et Epagny à 3500€. Sallanches et Thonon, comme Annemasse à 2500€. Je ne parle pas de Chamonix 5600€ ou Mégève, 6800€. Dans le Genevois, la palme revient à Collonges-sous-Salève avec 3500, en dessous de n'importe quelle station de montagne. Je te mets le lien avec une carte de tous les prix dans chaque département de France, selon les associations de notaires.

http://www.lavieimmo.com/immobilier-paris-30798/l-immobil...

Comprend moi bien, je ne nie pas le problème qu'il y a, pour des infirmières, des facteurs ou des maçons de se loger dans le secteur, mais il me semble tout de même que tu exagères fortement lorsque tu dépeins la situation comme une catastrophe telle que cela justifierait des mesures de rétorsion à l'égard de Genève. Un bon tiers des Français, dans les régions les plus dynamiques, vivent dans des logements aussi chers ou plus chers que dans le Genevois. Avec le plus souvent un environnement nettement moins agréable. Alors please, ne mets pas toute la faute sur Genève. A moins que tu ne considères que si Annecy est plus chère, c'est parce qu'elle est sous la dépendance de Genève ? Voilà qui va leur faire plaisir aux Annéciens :-).

25/07/2011

Nous sommes tous le produit du multiculturalisme

Il est effrayant de découvrir le nombre de blogueurs qui osent peu ou prou défendrent le forcené norvégien. Avec au fond, toujours la même antienne ("c'est de la faute au multiculturalisme") et en écho ce constat bidon: le multiculturalisme ne marche pas, ne peut pas marcher, n'a jamais marché. Ce qui est faux. Historiquement, quasiment dans le monde entier, hormis quelques lieux particulièrement isolés, nous sommes tous le produit d'échanges ethniques et culturels intenses. C'est particulièrement vrai en Europe continentale - moins sans doute en Scandinavie, encore que les vikings s'ils n'ont guère reçu de visites, ont bien du ramener quelques souvernirs de vacances en 6 siècles de pérégrinations méditerrannéennes et transatlantiques : de Sicile en Palestine et du Groenland au Brésil. On sait aujourd'hui que les normands descendants des vikings, y étaient bien avant les portugais. Ils y furent d'ailleurs rejoints par quelques protestants de Genève, envoyés par Calvin et Coligny.

En Romandie, les celtes Allobroges et Helvètes avaient déjà fusionnés avec les Romains. Romains qui au départ étaient des méditerrannéens (originaires d'Asie mineure selon la légende) mais avaient peu à peu intégré tout ce qui entourait la Méditerranée. Les Allobroges avaient été mercernaires d'Hannibal le tunisien et une fois vaincus par les Romains, une légion allobroge avait été combattre Jugurtha le Numide, en Libye, sous la conduite d'un oncle de César. Saint-Maurice d'Agaune, le martyr valaisan, était égyptien, tout comme la légion dont il était centurion, stationné à Octodure (Martigny), exécuté avec tous ses hommes pour avoir refusé de persécuter les locaux, devenus chrétiens.

Christianisme qui entre parenthèses, n'est pas précisément une invention occidentale, puisqu'elle est née en Palestine, d'une secte juive.

A la chute de Rome, les Burgondes héritent de la Romandie. Ils viennent de Poméramie, à la limite de la Pologne et ont été décimés en Belgique par des romains alliés aux Huns, qui sont eux même originaires de l'Ouest de la Mongolie. Le Roi Burgonde Gondebaud, qui pratique l'arianisme, religion chrétienne aujourd'hui disparue, d'entente avec l'évêque catholique Avit, promulgue la loi gombette, première législation connue d'intégration nationale: contrairement à ce qui se faisait dans les autres royaumes ariens barbares (Francs, wisigoths, vandales, ostrogoths) elle donne des droits équivalents aux burgondes et aux gallo-romains et encourage les mariages mixtes. Si un différent oppose un romain et un burgonde, il doit être jugé par deux juges de concert, un Romain et un Burgonde. Ce qui va cimenter l'Unité nationale, comme le montre très bien Justin Favrod dans ses divers ouvrages.

Dès le début du VIIIème siècle, l'Islam s'installe en Provence, et régulièrement des bandes sarasines remontent le Rhône et la Saône jusqu'à Autun. La cavalerie burgonde va aider le Comte de Toulouse à remporter la première victoire sur les sarrasins en 721, mais les Sarrasins s'accrochent durablement sur les cols des Alpes, notamment Petit et Grand Saint Bernard. Ils y assurent la sécurité (et empochent les droits de passage) pour le comte des Rois ostrogoths d'Italie, vivant en bonne intelligence avec les villages des vallées. Ils n'en sont délogés par les comtes de Savoie que plusieurs siècles plus tard. Entretemps, les Burgondes sont devenus catholiques.

Et les croisés nous ont ramenés pléthore de connaissances conservées dans l'Empire Romain d'Orient et dans le monde judéo-musulman, que nous avions perdues. A cela s'ajoutent les foires de Genève et Thonon, qui font courir toute l'Europe, les banquiers juifs ou florentins, les commerçants d'épices levantins, les protestants venus de toute l'Europe du Sud... bref ethnies, cultures et religions se sont entrecroisées sur nos territoires depuis la nuit des temps. Et c'est heureux, car c'est le moteur de l'évolution et du progrès. L'intégration ne s'est jamais faite en six mois. Il a fallu une ou plusieurs générations avant que l'osmose s'installe. Chacun y mettant du sien. Si nous devions rejeter tout ce qui nous a été apporté par ces vagues de migrations successives, il faudrait redevenir animistes et vivre comme des hommes de caverne ou peu s'en faut, la principale invention  celtique résidant dans la maîtrise du fer. Ce qui n'est pas rien, mais de loin pas tout.

A voir ici sur youtube, le trailer de mon prochain film "Comment l'Esprit vint à Genève", qui raconte entre autres, l'épopée du peuplement de la région.

Moi, je n'ai pas envie de vivre comme un celte. Je n'ai pas envie de vivre sous la charia non plus. Et la majorité des musulmans de Suisse n'en ont pas davantage envie que moi. Je peux comprendre que les gens aient peur de devoir abandonner leurs habitudes, leurs coutumes, leur quotidien. C'est le même réflexe qui a poussé Khomeiny au pouvoir en Iran, parce que les réformes du Shah allaient trop vite... Et que les richesses étaient mal réparties.

La conjugaison de la crise économique, de la très probable baisse du niveau de vie des classes moyennes occidentales et de l'afflux d'immigrants est explosive. Mais il faut en passer par là, car s'isoler ne mêne à rien et certainement pas à maintenir un niveau de vie ad hoc. On n'a guère de prise sur la variable "crise économique et disponibilité des resources naturelles", sauf à essayer de gérer les choses en bon père de famille, en évitant toute décroissance brutâle et incontrôlée. Nous n'avons plus non plus les moyens d'augmenter le niveau de vie de tous, ni même sans doute de le maintenir. La seule pédale sur laquelle on puisse avoir de l'effet, c'est le contrôle des hyperriches et du maintien d'un minimum d'équité dans la répartition des richesses. Ce qui en pratique n'arrangera pas grand chose, mais psychologiquement, pour le moral des populations, demeure fondamental. Et donc justifié, qu'on le veuille ou non.

 

14/07/2011

Hier, les verts ont tué le père Cramer

Pendant que la planète se prépare à affronter la chute de l'avion de l'économie mondiale (ici), ou plutôt se calfeutre et encaisse en espérant qu'il ne tombe jamais (là), les jeunes verts de Genève ont réglé leur Oedipe hier, en tuant le père Cramer. Comme beaucoup de manifestations adolescentes, celle-ci semble répondre à un désir immédiat, sans guère voir plus loin que le bout de son nez.

Refuser la construction de logements, c'est maintenir la ceinture verte qui éloigne du centre administratif et des zones d'emploi des dizaines, en fait aujourd'hui des centaines de milliers de travailleurs. Qui ne pourront pas tous rentrer dans le CEVA qui ne sera de toute manière pas là tout de suite. Or les trams ne suffisent pas, les trains sont archi-bondés aux heures de pointe et dans le Genevois français, certains - pour l'heure minoritaires - menacent de bloquer les projets d'extension du tram si les logements ne sont pas construits. Refuser les logements, c'est clairement forcer les travailleurs à continuer d'utiliser leurs voitures, et à encombrer toujours davantage l'agglomération de ses bouchons. Ce qui fournit au MCG - au moins autant que les questions d'emploi - une grosse partie de ses bataillons électoraux.

La logique voudrait qu'au moins, les verts acceptent la Traversée, pour désenclaver la rive droite et faciliter le contournement de la Ville, mais il n'en est rien. Arc-boutés sur leur refus de toute nouvelle construction routière, même lorsqu'elle répond à un besoin évident, ils n'en veulent à aucun prix. Clairement minoritaires au tiers de l'opinion genevoise si l'on en croit tous les sondages depuis 20 ans. Et non la traversée n'a jamais été refusée en votations, celle-ci a juste été tellement mal conçue que les partisans du pont ont flingué le tunnel et vice versa...

A vrai dire, c'est même probablement le projet de Mark Müller d'inclure la Traversée dans la 2ème phase du projet d'agglo, dès 2012 - ce que n'avait pas osé faire Cramer - qui a mis le feu aux poudres. Et qui explique peut-être aussi le feu roulant et anonyme - quoique multipartis - subi par Müller depuis quelques temps. Certains veulent sa peau, parce qu'il incarne une Genève qui avance et projette des infrastructures à sa mesure, celle d'une petite capitale mondiale, ilôt de prospérité dans un monde en débandade.

Pourtant l'enjeu dépasse les questions personnelles. La construction de logements ET de la Traversée, comme du CEVA et des trams (avec en plus un volet Transports publics consistant dans la Traversée) sont une nécessité pour le canton, la région, son économie et le bien être au quotidien de ses habitants. La vision décroissante agitée par une frange de plus en plus large de l'éventail politique reviendrait à enclencher la marche arrière en plein sprint. Au mieux, on cale, au pire, le moteur explose.

Il y a de la place dans le canton, plein de place. 63% de sa surface est en zone agricole ! Et même si l'on admet le nouveau dogme sur l'agriculture de proximité, il est plus logique, plus économique et plus écologique faire venir carottes et patates de France voisine tous les jours que les travailleurs. Sans oublier des zones villas à densifier, y compris sur la rive droite, mais avec une Traversée. Et des immeubles en ville à réhausser. Il y a largement assez de place et de possibilités pour construire 20% de logements en plus en 20 ans. Logement qui dès à présent nous manquent et constitueraient à l'évidence le meilleur moyen de faire baisser les loyers et les prix, étranglés par la raréfaction de l'offre.

Il ne s'agit de loin pas de tout bétonner, mais de constuire la ville à la Praille, de réduire la zone verte de quelques pour cents (sur 63) , de densifier en Ville (la plus forte densité du Canton est au centre de Carouge, y vit-on si mal ?) mais aussi dans les grands ensemble (à Onex, au Lignon, il y aurait de la place pour des petites unités de logements et de commerce qui amélioreraient la convivialité), sur les rails de Cornavin et aussi quelques zones villas transformées en petits immeubles de standing. Parce qu'il est illusoire de vouloir supprimer la notion de quartiers chics ou populaires, qui existent partout dans le monde.

Il faut aussi mettre en place les infrastructures de transport correspondantes. Pour conserver à Genève son caractère de ville à la campagne, qui fait son charme et son attractivité, au moins autant que sa fiscalité. Sans tout bloquer et déconstruire.

08/07/2011

"UDC + ATTAC" vs "UE + GLOBAL Inc"

Il y a toujours plusieurs lectures possibles d'un évènement. Celles que font ces jours les deux ténors de l'UDC genevoise des crises secouant les deux rives du bassin méditerranéen  n'est pas nouvelle. Cela ne l'empêche pas d'être aussi fausse qu'inquiétante.

En gros ces crises démontreraient la faillite de la mondialisation et de l'union européenne, et l'urgent besoin de relever des frontières à l'intérieur desquelles les peuples pourront disposer d'eux-mêmes. Ce n'est pas nouveau, c'est même récurrent et c'est aussi  le discours d'une bonne partie de l'extrême-gauche, d'ATTAC aux ex-trotskystes ayant oublié qu'ils étaient internationalistes. Une confusion et un mélange des genres que l'on retrouve un peu partout en Europe.

C'est inquiétant, parce qu'à chaque fois que l'on a connu ce regroupement des extrêmes sur des thèmes à la fois sociaux et nationalistes, généralement sur fond de crise économique, cela s'est très mal terminé. En dépit du caractère poli des différents personnages concernés, il n'y a aucune raison de penser qu'il puisse en aller différemment cette fois, les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets.

Ceci n'empêche d'ailleurs nullement le centre-droit de pouvoir travailler avec ces gens dans des domaines précis, qu'ils soient de droite extrême ou d'extrême gauche d'ailleurs, tant qu'ils restent respectueux des règles de la démocratie, comme le fait incidemment la gauche elle-même. Le problème étant cependant de savoir sur quels thèmes, tant leur posture cumulant décroissance et préférence nationale peut rapidement devenir nocive dans presque tous les domaines.

En quoi leurs analyses sont-elles fausses ? Eric Bertinat, pourfendeur ultra-catholique de la franc-maçonnerie et de l'avortement, félicite les agences de notation économiques, que l'on sait d'obédience anglo-saxonne, pour le travail de sape qu'elles mènent en Europe. Selon lui, elles seraient le révélateur de la réalité économique, défendant vertueusement le citoyen de base contre l'endettement excessif des gouvernements. Il n'en est rien. Elles sont au service de l'empire étasunien et du dollar, permettant à Washington d'être le plus gros débiteur du monde.

L'UE va désormais mettre en place ses propres agences de notation, et elle a raison. Car l'UE, dans son ensemble, reste bien plus stable et responsable que les Etats-Unis. Trois pays européens, la Grèce en tête (avec 120% de dette relativement à son PIB), l'Italie et la Belgique sont endettés davantage que les Etats-Unis, qui en sont à 95%. Officiellement. Car selon des études jugées crédibles par des gens comme Paul Volcker, ex-grand argentier étasunien, la dette publique US serait plus proche de 500% si l'on comptabilisait tout, sans pour autant inclure la dette des ménages, elle-même gigantesque... Une dette astronomique, détenue en grande partie par la Chine.

Côté européen, tous les autres pays sont en dessous (la France est à 85%, en augmentation sévère depuis deux ans) et la moitié des membres de l'UE sont entre 30 et 50%. Huit sont en-dessous de la Suisse, qui est à 38,3%. L'UE a donc les reins solides, une partie de l'endettement de ses grands pays étant d'ailleurs du à l'aide apporté aux petits frères de l'Est, qui aujourd'hui participent à sa prospérité. Depuis 2007, son économie - la première de la planète - a bien moins reculé que celle des Etats-Unis.

Ce qui manque à l'UE, c'est en réalité davantage d'outils de gestion commune et d'intégration financière. Pas l'inverse. Les experts de Bruxelles y travaillent, et l'Euro s'en trouvera renforcé. Ce qui passe aussi par un renforcement de l'intégration politique. Qui au niveau européen comme au niveau mondial, ne signifie par l'abandon des prérogatives locales, mais au contraire leur consolidation, là où c'est nécessaire, où c'est pertinent de traiter les problèmes à l'échelle de la commune ou de la région. Mais pour les problèmes relevant de solutions globales, continentales ou mondiales, il faut bien évidemment des structures de gouvernement ad hoc. ET démocratiques. C'est essentiel et c'est le seul point sur lequel Yves Nidegger, l'autre ténor, issu lui du syndicalisme mooniste, ne s'égare pas.

De Madrid au Caire, les manifestants rejettent une certaine forme de mondialisation, celle qu'il est facile d'assimiler à leurs problèmes. Même si les choses sont en réalité plus complexes. Mais en même temps, ils se vautrent dedans, de leurs tenues à leurs slogans en passant par leurs modes d'actions, qui font peur jusqu'à Pékin... Ils réclament davantage de démocratie, de justice sociale et le droit au respect. Ce en quoi ils ont parfaitement raison. Mais en aucun cas le relèvement des frontières, nationales ou régionales, ne saurait être la solution. Difficile de savoir ce que donnerait un gouvernement mondial démocratique (et restreint aux problèmes d'envergure mondiale), qui n'a encore jamais existé. En revanche, on sait que les frontières nationales n'ont jamais été un frein à la spéculation, à la dictaure, à l'exploitation du peuple, au fascisme, aux camps de travail, à la corruption, aux lobbys etc...

La seule chose de sûre, c'est qu'une gouvernance mondiale réduirait considérablement les risques de conflit et de dictature, dont la caractéristique commune est toujours de s'en prendre à l'ennemi d'en face. Dans un système de gouvernance mondiale, il n'y a plus d'ennemi d'en face, mais juste des partenaires avec lesquels on est bien forcé de s'entendre. Comme dans n'importe quelle communauté démocratique. Ce qui est bien la base de l'idée.

Si la mondialisation de l'économie est désormais incontournable, elle reste plus limitée qu'on pourrait le penser. Le 3ème client de l'UE (dérrière Washington et Pékin) est un petit pays: la Suisse. Qui est aussi son 4 ème fournisseur (derrière les mêmes plus  la Russie). On échange donc d'abord entre voisins. Pour la Suisse, évidemment, l'UE reste le partenaire nuéméro un, absolument vital, puisque l'UE assume à elle-seule les 3/4 des échanges extérieurs, représentant plus de la moitié de l'activité économique helvétique (quasi 80% pour le Canton de Genève).

Ce qui nous amène à l'autre grave erreur des raisonnements de l'UDC, d'ATTAC et consorts: prétendre que l'on peut améliorer le sort des gens en réduisant le champ de l'activité économique et en cultivant l'autarcie. C'est un odieux mensonge qui jamais ne s'est réalisé. Nulle part. C'est le développement des échanges et des spécialisations qui permet le développement personnel et sociétal. Depuis la nuit des temps.

Ce que veulent tous ces jeunes du Caire à Madrid en passant par Genève, c'est une vie meilleure, un pouvoir d'achat plus élevé, moins de stress et de pression, pouvoir choisir un bon job, aimer un garçon ou une fille, s'exprimer librement... Rien de tout cela n'est possible dans une société autarcique, forcée de produire elle-même tous les éléments de son confort, en utilisant les matières premières locales. Et surtout pas en bossant 35 ou 40 heures par semaine en s'arrêtant à 60 ans...

On ne peut pas s'imaginer que l'on pourrait reprendre les bons côtés du XIXème siècle, sans les mauvais, le travail des mômes de 10 ans 15 heures par jour dans les mines... C'est faux. Les conquêtes sociales n'existent pas ad vitam eternam. Elles ont été rendues possibles par la croissance économique (et le pillage des ressources du sud) qui les ont financées. Ces conquêtes sociales coûtent infiniment plus chères, pèsent nettement plus lourd, dans nos économies, que tous les prélèvements - certains justifiés, d'autre parfaitement indus - prélevés par les patrons et les capitalistes. Pour les financer, il faut des économies dynamiques, en croissance.

Arrêter le jeu de l'avion mené par les Etats-Unis est une chose, de toute manière tôt ou tard il explosera en vol, la seule question étant de savoir dans quelle mesure il entrainera la Chine, l'UE et le reste du monde dans l'explosion. Mais on ne peut rêver de décroissance et de frontières relevées sans se réveiller dans un merdier innomable. Ou plutôt si: la guerre, la vraie, à moyen terme. Pour l'éviter, il faut d'urgence élaborer les stratégies de remplacement - notamment écologiques - permettant de poursuivre le développement en dépit des ressources limitées de la planète. Et lutter pour le développement des contacts et de l'amitié entre les peuples, par-delà des frontières appelées à devenir de plus en plus symboliques.

ps: le titre "Global Inc" est une boutade et un raccourci. Pratique pour un titre, ce qui fait la fortune des médias et des populistes. En réalité la mondialisation n'est en aucun cas une entreprise et encore moins une entreprise étasunienne. Mais comme titre, c'est joli et râcoleur...

05/07/2011

Soviet sur Léman

Les choses semblent limpides: pour une partie de la classe politique genevoise, la liberté d'entreprendre et de faire des affaires, la concurrence, la liberté de commerce, le droit à la propriété individuelle, la récompense du mérite et des efforts consentis, toutes ces valeurs qui fondent notre prospérité, c'est du passé. Place à la propriété collective des sols, des murs et des moyens de production, à la République des Soviets plus l'électricité (bleue ou verte) et à la répartirtion des fromages et des prébendes par les caciques du comité de quartier, en fonction de critères qui vont de l'appartenance politique à l'incapacité notoire à s'assumer par soi-même.

Soyons clairs: ni Christian Lüscher, ni Mark Müller, ni Jean Murith n'ont commis quoi que ce soit d'illégal. Ni même de moralement répréhensible. Ils travaillent, paient des impôts, entretiennent leurs familles, se logent et les logent en fonction des occasions qui se présentent. Il y a dans la République des logements régis par les collectivités publiques qui sont réservés à des familles aux revenus limités. Ce n'est pas le cas des logements concernés. C'est la loi (stupide, parce que limitatrice et n'incitant pas à construire) voulue par la gauche qui limite le montant du loyer de Mark Müller, mais elle ne dit rien quant aux revenus des personnes censées y habiter. Et dans un monde libre, un propriétaire a le droit de choisir son locataire. C'est évidemment son intérêt de choisir une personne qui ne devrait pas lui poser de problème. Contrairement à une famille dans le besoin. Le propriétaire paie des impôts, il n'a pas à se susbsituer aux services sociaux.

Et la loi est la même pour tous. Que l'on soit pour ou contre. Sinon, si l'on devait refuser d'appliquer une loi à l'avantage de quelqu'un sous prétexte que cette personne est contre la dite loi, pour rester cohérent, il faudrait prévoir la possibilité pour cette personne de ne pas se plier à la-dite loi.

Quant à l'argument prétendant qu'en acceptant le chef du DCTI comme locataire, le promoteur-régisseur a barre sur lui, c'est du grand-guignol. Le bail a été signé. Il est en vigueur. Pour le promoteur-régisseur, il est préférable d'avoir ce locataire-là, plutôt prestigieux dans l'immeuble et peu susceptible de laisser courir des loyers en retard. Cela ne lui coûte rien au promoteur-régisseur, au contraire. Mark Müller ne se sent pas le moins du monde lié, et il a raison. D'ailleurs il bloque un gros projet de logements de ce même promoteur à Bellevue (ma commune d'origine) parce qu'il souhaite que le projet prévoit davantage de logements. Il ne faut pas mélanger les business. Ou alors cela signifierait que si l'on obtient un logement de la GIM, on est redevable à Mme Salerno ? Jusqu'à quel point? Risque-t'on de perdre son logement si l'on dit du mal de l'ASLOCA ou si l'on appelle à voter contre M. Sommarugga ?

Des dizaines de milliers de foyers, à Genève, paient des loyers inférieurs, voire très inférieurs aux prix du marché, tout simplement parce qu'ils sont dans leur appartement depuis des lustres. Cela fait-il d'eux des profiteurs ou des malhonnêtes ?  J'ai vu il y a 3 jours un 4 pièces en plein centre, pour CHF 700.- Soit deux fois moins cher qu'en LUP. Pas dans les petites annonces évidemment: il a été sous-loué hors marché, avec la bénédiction des services sociaux et de la régie à un jeune orphelin de 18ans qui en avait bien besoin, qui avait juste la chance d'avoir des relations qu'il s'était faite lui-même et de savoir les utiliser.

Dans le monde libre, il est encore permis de faire des affaires et d'acheter à bon prix, si l'on en a l'occasion. L'interdire, c'est transformer Genève en satellite anachronique d'un astre heureusement disparu: l'URSS. Est-ce bien cela que veulent les socialistes, qui lorsqu'ils en ont l'occasion savent très bien, comme tout le monde, essayer d'obtenir le meilleur au meilleur prix...

01/07/2011

DSK: c'était bien un complot. Ou plutôt une magouille, deh !

Wallaï ! Quel scoop !

Rendons à César ce qui lui appartient, en l'occurrence à CEDH, blogueur et juriste (dont l'identité demeure mystérieuse) qui le premier m'a alerté sur cet article du New York Times d'hier... D'où il ressort que l'accusation a fini par faire son travail et vérifié elle-même les allégations et la personnalité de la femme de chambre guinéenne. Les Africains avaient donc raison, qui étaient nombreux à crier à la magouille, avant que la chape de plomb du communautarisme ne les fasse taire.
Il s'avère que "la bonne musulmane" a des contacts très étroits avec un détenu, gros trafiquant de marijuana, avec qui elle a eu une conversation téléphonique, enregistrée, le lendemain de la soi-disante agression de DSK dans laquelle elle détaille les avantages qu'elle entend tirer de l'affaire. Par ailleurs elle a trempé directement dans le trafic de marijuana, en recevant plus de 100 000 dollars sur son compte, de diverses villes des Etats-Unis, dans les deux années précédantes.
Le reste, édifiant, est ici :

http://www.nytimes.com/2011/07/01/nyregion/strauss-kahn-c...

On aimerait bien rendre justice aussi à la justice des Etats-Unis... Qui finalement à fini par démmêler le vrai du faux... Mais là, tout de même, on a du mal. Certes l'erreur judiciaire est évitée, mais les dégâts sont bien là... A moins que tout aille très vite et que DSK, au final se présente ? Serait-il élu, maintenant que l'on sait qu'il est un homme à femmes, mais pas un violeur ? Je doute qu'il ait encore le pep pour se lancer dans la bagarre. Mais la question est intéressante. J'aimerais bien qu'il aille au moins jusqu'aux primaires socialistes, pour le savoir.