10/08/2011

Agences de notation et fonds de pension: un duo mortel

Nos retraites sont en bonne partie responsables de la crise actuelle. Pour une raison de fond, économique, et une raison de forme, purement technique: les fonds de pension, assurances et autres, dans de nombreux pays, sont soumis à des règles très strictes les obligeant à une gestion de "père de famille". Ce qui est plutôt rassurant à priori, sauf quand des lois les empêchent de détenir des titres mal notés. Ce qui les contraint à se débarasser des obligations émises par des pays "downgradés" par les agences de notation. Du coup, tout le monde est obligé de vendre en même temps, au plus mauvais moment, ce qui amplifie la crise et l'accélère. Le garde-fou devient piège mortel, car les fonds de pension sont de loin aujourd'hui les plus gros investisseurs des marchés mondiaux.

C'est le même paradoxe pour la raison de fond: le financement des systèmes sociaux des pays occidentaux plombe notre économie face aux pays émergents, qui ne souffrent pas des mêmes obligations sociales. Nos systèmes sociaux ont largement contribué à notre prospérité, en assurant la stabilité politique et en offrant à nos concitoyens la possibilité de consommer. Mais ils sont aujourd'hui notre talon d'Achille. Bien davantage que la fortune des très riches, qui est certes excessive, mais coûte moins cher, les très riches étant très peu nombreux.

Paradoxe toujours, les pays émergents ayant pour objectif de parvenir à notre niveau de confort social, finiront fatalement par devenir nos égaux sur ce point... Avec les avantages et les inconvénients qui en découlent. La Chine en fait déjà l'expérience, qui voit certaines entreprises délocaliser vers le Vietnam ou l'Inde, où les conditions sociales sont encore plus précaires. Mais tout cela est le prix à payer, car ces pays ne se déveloperont jamais s'ils se privent de leur principal avantage concurrentiel, leur main d'oeuvre bon marché, en essayant de se mettre d'entrée de jeu à notre niveau social.

 

Commentaires

Dans la série paradoxes, on peut relever aussi le conflit qui oppose les banques axées sur le marché intérieur suisse à celles qui vivent de la gestion de fortune off-shore... Sans compter, celles, nombreuses, qui jouent sur les deux tableaux. Comme le révèle Le Temps aujourd'hui, l'accord sur la fiscalité de l'épargne (que l'on n'a plus le droit d'appeler "RUBIK") prévoit en effet le versement à l'Allemagne d'une somme préalable de 2 milliards (libellée en Francs plutôt qu'en Euro, pas de bol :-) qui devra être financée par les Banques.
Le Temps ne le dit pas, mais l'accord avec la Grande Bretagne prévoit lui une somme initiale de l'ordre de 500 millions, les avoirs britanniques en Suisse étant nettement moins fournis que les allemands.
Le problème, c'est que les Banques qui n'ont pas fait de recel d'évasion fiscale, ou qui en ont très peu fait (si, si il y en a...), ne voient pas pourquoi elles devraient cracher au bassinet... Que ce serait en quelque sorte une prime à l'inconduite morale. Même si elles ne le disent pas ouvertement en ces termes, du moins en public.
Un problème que Patrick Odier devra résoudre très très vite. L'idéal serait bien sûr que les banques paient au prorata des sommes d'origine allemande, ou britanniques, qu'elles ont pu conserver dans leurs coffres. Ce qu'il sera possible d'évaluer désormais, avec le système de fiscalisation mis en place avec la Confédération. Ce qui semble plus délicat pour les avoirs passés.
D'un autre côté, toutes les études économiques le prouvent, toute l'économie suisse, et l'économie financière en particulier, a largement profité depuis plus d'un demi-siècle de la protection offerte chez nous aux fortunes étrangères. Il parait aujourd'hui un peu hypocrite, voire radin, de faire la fine bouche en affectant de s'en laver les mains, comme le font certains, du côté des caisses Raiffeisen par exemple.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/08/2011

Monsieur Philippe Souaille vous semblez oublier que l'argent géré par les Fonds de pensions est de l'argent appartenant aux travailleurs. Or, ces derniers ont le droit d'exiger que les placements de leurs fonds soient effectués en "bon père de famille".

A l'approche de la soixantaine, en gérant seul mes propres deniers "en bon père de famille", j'ai réussi à ne jamais perdre un sou et à faire fructifier mes économies. Le seul argent que j'ai perdu c'est au travers de Caisses de pensions, notamment :
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parce que les membres dirigeants des Caisses de pensions ne gèrent les fonds des travailleurs avec la vigilance que l'on est en droit d'attendre d'eux;
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parce que la Caisse de pensions de mon dernier employeur (que je ne citerai pas puisque j'ai subi des pressions de la part de mon ex-employeur), a tout simplement ignoré toutes les dispositions de la 1ère révision de la LPP. Les membres du Conseil de fondation ont dirigé la Caisse de pensions en véritables despotes notamment en méprisant leur obligation d'organiser une élection paritaire, exigée pourtant par la loi, avec semble-t-il la bénédiction du Service de surveillance des fondations et des institutions de prévoyance;
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parce que la Caisse de pensions de mon avant dernier employeur, une banque privée, ne contrôlait pas avec toute la vigilance voulue les placements effectués par une autre banque privée, laquelle achetait un titre pour le revendre à perte 2 ou 3 mois plus tard, pour racheter exactement le même titre peu après en le revendant à nouveau à perte 2 à 3 mois plus tard. La banque qui effectuait les placements touchait évidemment sa commission à chaque opération, même lorsque le titre était vendu à perte. Il faut tout de même savoir que les banques ont l'habitude de se rétrocéder une partie des commissions. Ceci explique peut-être cela...

Monsieur Souaille, j'estime que ce n'est pas aux épargnants du 2ème pilier à soutenir l'économie. Dans l'immense majorité des cas, l'entrepreneur ne partage pas ses profits avec ses employés dans les années fastes. En période de vaches maigres, ce n'est pas aux employés à subir les risques de l'entreprise. "Gouverner c'est prévoir" (Emile de Girardin).

Pour conclure, je me permets de citer une phrase provenant d'un article paru dans l'hebdo : http://www.hebdo.ch/scandale_swissfirst_comment_on_joue_avec_nos_retraites_23631_.html

"Le deuxième pilier est une épargne forcée. Les épargnants doivent remettre à d'autres l'argent qu'ils ont durement gagné. Le moins qu'ils puissent exiger est de ne pas se faire détrousser".


Frédéric Vahlé

Écrit par : Phénix le retour | 10/08/2011

Je n'oublie rien, M. Vahlé, et suis bien d'accord que les fonds de pension ont de lourdes responsabilités vis-à-vis des épargnants forcés dont ils gèrent les fonds. Mais le fait est que dans le cas présent, la réglementation est contre-productive, puisqu'elle les force à vendre au pire moment, ce qui accentue le phénomène et donc les pertes, alors qu'une gestion de bon père de famille pourrait se satisfaire d'attendre un peu que les bourses remontent.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/08/2011

Monsieur Souaille, je concède que la protection des épargnants prévue par la LPP peut avoir des effets néfastes dans des circonstances particulières. Toutefois cela a été voulu par le législateur afin de protéger les avoirs de ces épargnants. Ce type de protection a notamment pour but que les retraités aient un revenu suffisant afin qu'ils ne soient pas à la charge de la société plus tard.

En ce qui concerne votre affirmation selon laquelle un bon père de famille peut attendre que les bourses remontent, permettez moi de vous dire que c'est de la théorie qui peut se défendre sur une très longue période (au moins 25 ans). A ce sujet, je vais vous donner un nouvel exemple.

J'étais titulaire d'un avoir de libre-passage auprès de la Fondation Pictet de libre passage (2ème pilier), comportant 25 % d'actions, provenant d'un reliquat d'avoir de prévoyance professionnelle d'avant l'entrée en vigueur de la LPP.

Durant une dizaine d'années, cet avoir n'a cessé de perdre de sa valeur. Combien d'années devais-je encore attendre jusqu'à ce que je récupère l'intégralité de mon avoir initial ? (sans compter l'absence de rendement durant toutes ces années).

En date du 15 juillet 2011, j'ai considéré que la plaisanterie avait assez duré et j'ai demandé à la Fondation précitée de me rembourser mes parts et de virer les fonds ainsi libérés sur un compte de libre de passage "traditionnel" lequel est actuellement rémunéré, sauf erreur de ma part, à un taux d'au moins 1.5 % et surtout sans risque de perte du capital !

Le fait que j'aie fait cesser une telle hémorragie juste avant la chute colossale de la bourse est-il un acte de gestion d'un bon père de famille (ayant eu du flair ou beaucoup de chance) ou d'un irresponsable qui a favorisé la chute de la bourse ?

Je persiste à dire que ce n'est pas aux employés et épargnants du 2ème pilier à assumer les conséquences de la crise actuelle. Comme déjà dit, Gouverner c'est prévoir. A notre époque, au moyen d'ordinateurs, il est très facile de faire des simulations prenant en compte les possibles variations du taux de change. Nos gouvernants ont failli, c'est à eux qu'il incombe de trouver des solutions.

Je ne veux pas jeter de l'huile sur le feu mais si la monnaie de la Suisse était l'euro, les entreprises exportatrices ne seraient pas dans la situation qu'elles connaissent actuellement.

Frédéric Vahlé

Écrit par : Phénix le retour | 10/08/2011

Très longue ou assez courte, M. Vahlé. Après le big plongeon de 2007, les bourses s'étaient largement regonflées jusqu'à la nouvelle décompression de ce week-end...
Désolé pour vos actions, mais dix années consécutives de perte, c'est franchement pas de bol. Ou alors elles avaient vraiment été mal choisies.
Cela étant, sur votre dernière phrase, je suis bien d'accord avec vous. La Suisse devrait rentrer dans l'Euro. Mais nous sommes encore assez peu nombreux à le penser. Je crois même que tôt ou tard, il n'y aura plus qu'une seule monnaie mondiale, laissant juste de côté deux ou trois pays hermétiques. Le plus tôt sera le mieux.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/08/2011

Je ne serais pas contre que l’argent épargné du 2ème pilier, et placé dans les caisses de pension soient ensuite placés (on ose plus parler, fructifié, par les temps qui courent) dans l’économie réelle, mais pas dans des établissements du style « Edge Fonds » ou autres fonds purement spéculatifs.

Il faut exiger la transparence des caisses de pensions. Certes, vous pouvez consulter où et dans quoi votre argent est placé, vous pouvez connaître les noms des établissements, banques, entreprises, assurances, etc… mais je vous souhaite beaucoup de chance, de courage et de persévérance pour connaître ou sont placés vos, nos avoirs propres à ces dernières !

De toute façon, votre, notre argent est devenu une dette. C’est le système actuel qui veut ça.

Bravo banquiers et gouvernants, vous ne manquez pas de responsabilités dans l’effondrement de l’Économie mondiale et tout ce que cela implique. Vous avez permis la prolifération mondiale des morpions et autres bestioles suceuses d’économies.

Allons-nous encore longtemps être esclaves et payer pour notre propre esclavage... ?

Écrit par : Benoît Marquis | 11/08/2011

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