14/09/2011

Octobre noir et juillet rouge

En juillet dernier, la Norvège a vécu le drame que l'on connait. Aujourd'hui, le Parlement européen, à Strasbourg, rendait hommage aux victimes et saluait par ses applaudissements le peuple norvégien qui vient de voter ce week-end.  Les seuls élus à n'avoir pas joint leurs applaudissements à ceux de toute l'Assemblée furent ceux du Front National. Ce qui se passe de commentaire, à l'heure où Marine le Pen prétend nous la jouer aimable et mesurée...

Aujourd'hui encore, j'ai reçu une très belle BD d'un petit éditeur chablaisien, adlibris. Cela s'appelle Octobre Noir, on pourra la trouver dans toutes les bonnes librairies et bien sûr par Internet. Les auteurs sont Didier Daenninckx pour les textes et Mako pour les dessins, de toute beauté. Plus une préface de l'historien Benjamin Stora. Et une post-face d'un autre historien, Jean-Luc Einaudi, sous forme d'une longue liste de noms, près de 400 algériens, décédés à Paris de mort violente, durant le mois d'octobre 61. A priori sous les coups de la police, suite aux manifestations très sévèrement réprimées par le préfet Papon, ou victimes d'exécutions sommaires.

Pour la plupart d'honnêtes travailleurs, ou parfois des jeunes filles, sans arme et sans défense, comme dans la BD, qui n'avaient commis d'autre crime que de crier leur désir d'Indépendance. Je ne sais pas vous, mais moi, en octobre 61, j'allais avoir 7 ans. On n'est pas là dans une histoire de point Godwin. C'est plutôt une réalité malheureusement fort concrête: celle du fascisme ordinaire, de la loi du plus fort et de l'intolérant, du meurtrier imbu de son bon droit. Une réalité totalement indépendante de la couleur de peau, de la religion ou de l'idéologie. L'une des images de la BD m'a rappelé le lynchage d'un vieillard à coups de botte auquel j'ai assisté en Haïti, lors du "déchoukage" de 84, ayant abouti au départ de Baby Doc.

De ces scènes d'horreur, on a pu en voir partout dans le monde, à chaque fois que des flics massacrent des manifestants... Ou que des manifestants massacrent des flics, ce qui arrive aussi, parfois. Dans la longue liste d'Einaudi, il est d'ailleurs probable que ce soient glissés quelques victimes des réglements de compte du FLN, comme l'a très bien montré l'excellent film "Hors la Loi"... Mon père, ayant oeuvré dans le renseignement durant la guerre, me racontait son dégoût d'avoir vu les troupes françaises utiliser en 45, pour leurs interrogatoires en Allemagne, les mêmes méthodes et les mêmes cellules que celles que les SS lui avaient fait subir. Certes les camps de concentration et les chambres à gaz manquent à leur palmarès, mais si l'extermination de masse est un point culminant de l'horreur, la torture et la violence gratuite sont tout de même franchement détestables.

Peut-on y remédier ? La guerre est une saloperie, qu'elle soit militaire ou civile. Et lorsque la haine et la peur se mêlent, les pulsions humaines deviennent difficilement contrôlables. Les lois de la guerre, c'est très bien, mais le mieux c'est tout de même de faire ce qu'il faut pour l'éviter. Ce qui implique d'abord d'apprendre à se parler. Et de surveiller les fauteurs de guerre, qui sont partout. Parce qu'il est tellement plus facile d'appeler à la haine que de proposer des solutions. Ni Breivik, ni fürher, ni raïs, la haine de l'autre est un fléau mortel. Quelle que soit l'enveloppe doucereuse sous laquelle elle se dissimule.

 

Commentaires

"Ni Breivik, ni fürher, ni raïs, la haine de l'autre est un fléau mortel."

La haine des juifs, ainsi que des mécreants prescrite par le Coran, ce livre qui devrait être interdit en Europe au moins est très claire.

La haine et le sentiment de vengeance des Noirs envers les Blancs, appelé racisme anti-blanc existe aussi.

Écrit par : Victor Winteregg | 15/09/2011

J'apprends à l'instant qu'Octobre Noir vient de se voir décerner le label "Coup de coeur" par la FNAC en France. Joli coup pour un petit éditeur de Thonon.

Écrit par : Philippe Souaille | 16/09/2011

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