30/09/2011

Et si l'UBS avait joué contre le Franc ?

Il se murmure de drôles de trucs, dans le milieu. Celui des cambistes en l'occurrence, au sein desquels officiait à Londres le jeune Adoboly, accusé d'avoir plombé les comptes de l'UBS de 2,3 milliards... A ce qu'on dit, le gars jouait le Franc Suisse à la hausse. Avec des montants considérables. Ce qui pose plusieurs questions, si c'est vérifié, la principale banque helvétique n'étant pas censée jouer contre les intérêts économiques vitaux du pays.

Sa direction était-elle au courant ?

Pouvait-elle ne pas l'être ?

La découverte du pot aux roses est-elle due à la décision de la BNS de soutenir le cours du Franc, la semaine précédente, ce qui aurait occasionné les pertes ?

Ce genre de choses pourrait-il être évité à l'avenir et comment ?

29/09/2011

Que répond Jacques Attali aux Indignés ?

Jacques Attali était mercredi matin au Métropole, à l’invitation de Colette Célerin pour les œuvres de la légion d’honneur. Il s’y est montré brillant, devant un parterre composé du gratin de la finance genevoise, et de quelques politiques, dont un élu de l’UDC, venu écouter l’antéchrist. Le résumé qu’il en a fait dans son blog est un tel concentré d’erreurs grossières qu’il ridiculise son parti. Rétablissons brièvement les faits : Attali était là gracieusement et l’a d’ailleurs précisé. En revanche, la Légion d’honneur a besoin d’argent pour ses œuvres et le petit déj n’était pas offert par l’Hôtel, pas plus que la salle. La séance a duré 40’ ce qui est beaucoup pour des gens qui travaillent dur… Attali n’a pas évoqué une seule fois les questions religieuses… Et surtout, surtout, il ne déclare la guerre à personne, tout au contraire, il essaie de faire en sorte de l’éviter. Accessoirement, en prétendant qu’une gouvernance mondiale serait nécessairement dictatoriale, l’UDC oublie ( ?) que toutes les dictatures connues à ce jour avaient une dimension nationale forte. Au contraire des institutions multilatérales, qui ont bien trop d’équilibres à respecter pour se permettre de devenir autoritaires, sous peine d’implosion immédiate.

Le constat dressé par Attali est connu, surtout de mes lecteurs puisqu’il est aussi le mien et que je le résume ici régulièrement. L’impérieuse nécessité d’une gouvernance mondiale – pour réguler la mondialisation de fait et compenser ses défauts - ne fait guère de doute en dehors des cercles nationalistes étroits, qu’ils soient de gauche ou de droite. Les questions restant en suspens sont plutôt d’ordre pratique : comment dépasser le verrou des responsables politiques actuels, dont l’élection reste la dernière chose importante qui soit encore limitée au strict cadre national en ce début de XXIème siècle ? Un anachronisme flagrant, qui montre bien l’inadaptation de la politique contemporaine aux dimensions du monde moderne… expliquant largement la perte de son pouvoir devant les puissances de l’argent, mais aussi face à toutes les menaces : redistribution des ressources et leur éventuelle raréfaction, réchauffement climatique (anthropique ou non), déprime chronique de l’occident, crise économique et j’en passe…

Redisons-le, la mondialisation n’est pas le problème, elle comporte même toutes sortes d’avantages et de plus a déjà fait son oeuvre. En revanche, l’absence d’un corpus légal mondial et d’un état de droit capable de le faire respecter, cause de nombreux disfonctionnements. Dont la disparité croissante des richesses, qui n’est pas forcément liée à la mondialisation, bien au contraire. Attali compare le monde au Somaliland, un pays sans état central ni gouvernement réel, dans lequel règnent les bandes rivales et l’anarchie, la loi de la jungle et du plus fort, ou du plus méchant. Il n'y a plus de gendarme. La bonne nouvelle, Attali dixit, c’est que la Chine n’a pas vocation à diriger le monde, ce qui serait trop contraire à son histoire et sa culture. Elle semble prête au contraire à appuyer la création d’un échelon global de gouvernance, à commencer par la gouvernance financière, qui s’appuierait sur le modèle de la construction européenne.

Modèle européen qu’Attali ne voit pas s’effondrer mais s’attend au contraire à ce que la crise qu’il traverse le renforce en contraignant ses dirigeants à prendre enfin les mesures nécessaires, connues de longue date. Des règles fiscales, financières, solidaires, qui pourraient être mises en place en quinze jours – à l’échelle européenne comme à l’échelle mondiale - si l’abandon de souveraineté nationale que cela implique ne faisait pas reculer les gouvernants. Une souveraineté pourtant largement Canada Dry, en ce sens qu’elle est dans les faits déjà plus virtuelle que réelle. Sauf en ce qui concerne l'élection, le salaire et les limites du petit pouvoir personnel des gouvernants.

Face à la gabegie générale, la montée des réflexes identitaires, nationaux, religieux, raciaux ou même de classe augmente très sérieusement les risques d’une 3ème guerre mondiale de tous contre tous. L’ultime bonne nouvelle étant que WW3, à la fin, devrait accoucher de cette fameuse gouvernance tant attendue. C’est en tout cas ce que nous enseigne l’histoire, comme je l’expliquais déjà dans l’Utopie Urgente. Mais évidemment, si nous pouvions faire l’économie d’une guerre, cela serait beaucoup plus confortable pour tout le monde.

La question que j’aurais aimé poser à Jacques Attali, s’il n’avait pas eu un avion à prendre, pour retourner s’occuper de son PlaNet Finance (qui distribue du micro-crédit à des petits entrepreneurs dans plus de 80 pays), c’est « Une gouvernance mondiale, OK, mais pour en faire quoi ? ». D’ailleurs, je compte bien la lui poser dans mon prochain film, qui explore l’importance des entrepreneurs dans les processus de développement des pays émergents. Manière aussi de répondre aux désenchantements de l’occident et de nos jeunes.

Quelles lois mondiales mettre en place et dans quel but ? Ou dit autrement, que répondre aux Indignés qui, s’ils ont des raisons de s’indigner, n’avancent pas le moindre début de solution à leurs (nos) problèmes ? Pourtant, il y en a des solutions. Au plan écologique, outre la chasse au gaspillage, (pollueur-payeur et taxes environnementales) on est encore très loin d’avoir exploré toutes les potentialités de la planète (géothermie, fusion, énergie houlomotrice, ressources minières profondes etc…), sans compter celles de notre espace proche (solaire).

La question du jeu de l’avion qu’est devenue notre économie est plus délicate. Jacques Attali en dénonce le caractère factice en soulignant qu’une économie qui enrichit les gens sur la base de plus-values financières plutôt que sur la base de biens matériels produits est une économie bancale. Ce que Todt dénonce depuis longtemps. C’est d’autant plus dangereux que d’autres se chargent de produire à notre place de « vraies » richesses. Pendant que la crise de 2007 évaporait 10 000 milliards de dollars de capitalisation boursière occidentale, les fonds souverains orientaux (ou latinos) s’enrichissaient, eux, de 10 000 milliards de dollars.

Ce n’étaient pas ceux évaporés, il ne s’agit pas d’un simple transfert… Mais ces capitaux manquent aux entreprises occidentales qui se finançaient en bourse, tandis que les fonds d’investissements d’Etats émergents développent leurs économies respectives et prennent des participations (ou le contrôle) dans les entreprises occidentales en panne de capitaux. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, la redistribution des richesses à l’œuvre à l’échelle mondiale est globalement positive, en permettant à de larges pans de la planète d’améliorer leurs standards de vie. Et nos fonds de pension ne font pas autre chose, lorsqu’ils investissent massivement dans les pays émergents. Même si cela fait bizarre de voire une décision stratégique sur l’avenir d’UBS prise à Singapour… La roue tourne…

En même temps, la réduction de l’importance du travail, c’était tout de même une revendication gauchiste, à l’époque où l’on rêvait d’un monde où les tâches fastidieuses seraient assumées par l’automation. Nous y sommes en bonne partie et la question se pose de savoir ce que l'on va faire des gens désoeuvrés n'ayant effectivement pas tous vocation à devenir artistes, traders ou femmes de ménage... Le bon côté des crises, c’est qu’elles permettent de remettre en cause des routines que l’on croyait immuables. Que faire, donc, pour que nous ne pâtissions pas outre mesure de la redistribution mondiale des richesses et pour rendre l’espoir aux gens ? La réponse dans un prochain épisode de ce blog… Ou dans mon prochain film, « Révolutions au Village Global », dont la sortie est prévue en 2012.

23/09/2011

Quand l'UDC attaque la place financière

C'est encore une preuve éclatante de la schyzophrénie genevoise: les deux seuls candidats de la dernière élection à la Cour des Comptes étaient des ennemis déclarés de nos deux principaux secteurs économiques: la finance et la gouvernance mondiale. Les deux partis de ces messieurs, chacun à une extrémité de l'échiquier (mais comme chacun sait, les extrêmes se touchent), avaient appelé à voter contre l'extension de l'OMC lors du vote municipal et font aujourd'hui campagne contre les accords fiscaux qui conditionnent l'avenir de notre place financière.

Rappelons au passage que le terme RUBIK est impropre pour qualifier ces accords, l'auteur du célèbre jeu ayant rappelé ses droits de propriété intellectuelle sur le nom. Ce qu'un juriste comme M.Nidegger ne devrait pas ignorer, mais passons. L'important, c'est l'attaque en règle qu'il porte contre ces accords, au prétexte qu'ils ne réglent rien définitivement et qu'ils seraient une sorte de capitulation en échange d'avantages d'ordre économique... Ce qu'aurait voulu M. Nidegger, c'est une défense obstinée d'un droit dépassé selon les normes internationales, quitte à se mettre le reste de la planète à dos. Le fameux réflexe du hérisson qui oublie juste que même un hérisson a besoin de manger de temps à autre, que pour cela, il doit se déplier et que si par malheur il lui prend le doux délire de s'en prendre à beaucoup plus gros que lui, une voiture par exemple, cela lui fait l'effet d'un rouleau compresseur.

Trouver à manger, dans le cas du hérisson suisse, cela veut dire produire et exporter. Ce que l'on sait très bien faire. Nos entreprises sont performantes et grâce à l'argent présent dans nos coffres depuis des décennies, elles peuvent se financer à des conditions très avantageuses. L'afflux de tout cet argent finit même par poser des problèmes, parfois, mais sur la durée, nous sommes incontestablement gagnants. Pour nos entreprises financières, c'est encore plus clair. L'argent n'est pas censé dormir dans nos coffres, mais fructifier. Pour cela, il doit être investi et bien évidemment, le marché suisse n'y suffit pas. L'accès aux principaux marchés mondiaux est donc primordial. Pour y placer les fonds en dépôt et pour y récolter de nouveaux fonds.

Il y a en effet deux, voire trois types d'argent. L'argent complètement légal, dûment fiscalisé, qui représente aujourd'hui et de loin la plus grosse part de l'argent dont s'occupe notre place financière. De l'argent provenant de très riches, de moins riches et même de vous et moi, à travers les fonds de pension du monde entier, ou les fonds souverains des Etats. Nos banques gèrent une grosse part de cet argent mondial, grâce à leur savoir faire, et ambitionnent de conserver et même développer leurs parts de marché, dans un contexte très concurrentiel. Elles ont bien raison, c'est parfaitement légal et irréprochable et c'est de très loin l'essentiel de ce qui fait vivre aujourd'hui directement plus de 100 000 travailleurs en Suisse et procure 25% des revenus fiscaux du Canton de Genève. Un très gros morceau, donc.

Il y a aussi de l'argent noir, complètement illégal, fruit de pratiques maffieuses, trafics et crimes divers. Cela peut représenter des sommes colossaes, mais moins quand même que l'argent légal, heureusement. Depuis de nombreuses années, après il est vrai quelques scandales, la Suisse s'est fait le champion de la lutte contre cet argent sale, et elle a parfaitement raison. A tous points de vue, moralement bien sûr, mais aussi pragmatiquement parce que ces déposants-là traînent avec eux des pratiques et des habitudes aussi dangereuses que nauséabondes. outre que ce voisinage déplaît souverainement aux déposants honnêtes, qui ont le droit de ne pas croiser un maffieux ou même leur racketteur en sortant de chez leur gestionnaire. Ces fonds-là, j'ose espérer que même les avocats de l'UDC n'en voudraient pas.

Et puis il y a l'argent gagné honnêtement, mais dissimulé au fisc. On peut épiloguer sur le caractère moral ou non de cette évasion, d'un point de vue poltique, toujours est-il que c'était légal en Suisse pour un étranger d'y dissimuler ses avoirs, dès lors qu'il n'y avait pas de malversation, et que la communauté internationale tolérait ce fait. Cela n'est plus le cas. On peut le déplorer, ou s'en réjouir, mais c'est un fait. L'OCDE a décidé que cela suffisait comme ça, que la Suisse (et d'autres paradis fiscaux, même si certains trusts résevés aux très grosses fortunes demeurent - sans doute provisoirement - intouchables) avait assez profité de l'argent appartenant en fait à ses divers Etats membres et que dorénavant, elle devrait se contenter de faire fructifier des avoirs dûment déclarés et fiscalisés.

Face à ce message fort et appuyé, le petit écureuil Patrick Odier a pris son bâton de pélerin et entrepris de convaincre les capitales européennes d'accepter un mode de transition qui soit supportable pour tout le monde: place financière suisse, gouvernements étrangers et clients de nos banques. Aidé par le SECO, il semble en voie d'y parvenir.  Sa double casquette, de Président des banquiers suisses mais aussi de Vice-président d'Economie suisse le prédestinait à comprendre plus vite que certains de ses collègues banquiers l'urgence qu'il y avait, pour toute l'économie de trouver un accord acceptable, susceptible de rompre un isolement mortel pour la Suisse. Cet accord va certes coûter passablement de noisettes, mais il sauvegarde l'essentiel, la possibilité de continuer à en récolter en Suisse, mais aussi sur tous les noisettiers des environs. Des noisettes légales, qui pourront ensuite être transformées par nos entreprises en délicieux Nutella, qui sera revendu par nos industries exportatrices... Oui je sais, Nutella c'est Ferrero, pas Nestlé, mais c'est une image...

Certains banquiers et intermédiaires financiers n'ont pas compris assez vite que les temps avaient changé. Ils continuent d'essayer de récolter des noisettes dissimulées au fisc ou même illégales, fruit de rapines, au risque de se retrouver condamnés à de lourdes amendes, voire en prison. L'attitude de politiciens responsables devrait être de soutenir  ces accords, qui assurent l'avenir. Yves Nidegger, à l'UDC, pense lui au contraire que la stratégie du hérisson était préférable: faire le gros dos, sortir ses piques... et se retrouver réduit à l'état de tâche sur le bitume. Parce qu'au delà du fait qu'en droit international, il serait tout de même très compliqué de prouver qu'un Etat a le droit de s'immiscer dans la manière dont son voisin impose ses propres ressortissants, on n'en est plus à des questions de droit, mais de business et de rapports de force. Qui d'aucune manière ne sauraient être en faveur de la Suisse contre le reste du Monde, ou même contre les puissants de ce monde: UE, USA, Chine etc...

La petite Suisse a besoin de pouvoir vendre ses produits - financiers ou industriels - au monde, bien davantage que le Monde n'a besoin de la Suisse. Les accords fiscaux sont une chance inouïe de parvenir à continuer de le faire sans trop de casse en préservant l'image de la Suisse à tous points de vue, y compris à l'égard des déposants. L'attitude irresponsable de certains ténors de l'UDC à cet égard met en danger les fondamentaux de notre économie, donc de la Suisse. Et tout ça pour quoi ? Pour un peu de gloriole personnelle et l'espoir de récolter les voix des esprits revanchards. Quelle futilité ! L'étonnant demeure que de tels égos aient pu séduire une partie de la droite républicaine, au mépris de ses valeurs les plus essentielles.

20/09/2011

Merci au 3/4 des Genevois qui ont voté comme moi...

On s'y attendait, les grands vainqueurs de l'élection d'un juge intérimaire à la Cour des Comptes sont... les abstentionnistes, qui avec ceux qui ont voté blanc ou nul représentent les 3/4 du corps électoral. Me voilà donc auto-proclamé porte-parole officieux de tous ceux qui ne votent pas, sytématiquement ou occasionellement, pour des raisons les plus diverses. De loin le plus grand parti de Genève, six fois plus nombreux que les partisans de Nidegger... ou de Devaud, tous partis confondus.

Bien sûr, les abstentionnistes sont extrêmement divers, allant de celui (ou celle) qui ne comprend rien à la politique à celui (ou celle) qui la comprend trop bien. Pour ma part, j'admets évidemment, comme à peu près tout le monde je suppose, qu'il faut des dirigeants à une collectivité, et que la moins mauvaise manière de les désigner est la démocratie. Ce qui implique malheureusement des partis politiques, ayant pour fonction de faire élire des gens, au service d'une politique ou d'un groupement d'intérêts. Plus rarement de l'intérêt général.

A tout prendre, je préfère cependant un élu défendant clairement les intérêts d'un groupe (que ce soient les travailleurs, les fonctionnaires, les petits patrons ou les banquiers et payé pour, donc soumis à une forme de contrat) qu'un élu ne défendant que ses seuls intérêts personnels, sous couvert de vouloir protéger le peuple, ce qui ne veut rien dire et qui est généralement le cas des populistes. L'idéal étant bien sûr un élu qui saurait prendre en compte l'intérêt général avant tout, mais ceux-là sont rares. Ceux que je connais sont quasiment tous au centre, gauche ou droite.

Un centre qui s'est gentiment rappelé à l'existence d'un fringant candidat, ce dernier week-end, qui se plaisait à en nier l'existence ou à l'insulter. Du coup c'est le candidat moins fringant, à la mèche poisseuse, dérisoire cache-sexe d'une calvitie accomplie, qui s'est retrouvé élu. Poisseux, le terme est fort, me direz-vous, mais moins que la douteuse plaisanterie du triste sire, qui sitôt élu remercie la droite, sachant qu'il a été élu, sur un fil (dentaire, restons dans le cache sexe), grâce aux voix des cadors du MCG. Beurk.

Sur le terrain de la morale, l'extrême-gauche genevoise n'a de leçon à donner à personne.  A commencer par cette élection où l'on accepte les voix du MCG que l'on prétendait refuser au socialiste Longet, ce qui fit capoter sa candidature. Tout en clamant à la victoire de classe comme le fait Vanek, qui traite Nidegger d'ultra-libéral. Ce qui est soit mensonger, soit la preuve que Vanek ne sait pas de quoi il parle quand il cause politique et qu'il devrait revoir ses classiques. Elève Vanek, vous me recopierez le Capital, douze fois, dans sa version intégrale...

Nidegger est un vrai ... (  censuré) ... corporatiste, partisan d'une alliance verticale entre les classes, sur des bases nationales. Sur bien des points, son discours rejoint celui de l'extrême-gauche altermondialiste actuelle. Tout le contraire d'un ultra-libéral. Mais c'est sans doute un peu trop compliqué à expliquer aux camarades, alors on préfère simplifier: UDC=Blocher=milliardaire=ultra-libéral... En oubliant le combat frontal avec les libéraux sur l'Union Européenne et la mondialisation. M. Vanek fait du populisme de gauche et de la magouille politicienne. A priori plus habilement que la droite, puisqu'il est parvenu à placer Devaud. D'avoir faim, ça donne des ailes...

14/09/2011

Octobre noir et juillet rouge

En juillet dernier, la Norvège a vécu le drame que l'on connait. Aujourd'hui, le Parlement européen, à Strasbourg, rendait hommage aux victimes et saluait par ses applaudissements le peuple norvégien qui vient de voter ce week-end.  Les seuls élus à n'avoir pas joint leurs applaudissements à ceux de toute l'Assemblée furent ceux du Front National. Ce qui se passe de commentaire, à l'heure où Marine le Pen prétend nous la jouer aimable et mesurée...

Aujourd'hui encore, j'ai reçu une très belle BD d'un petit éditeur chablaisien, adlibris. Cela s'appelle Octobre Noir, on pourra la trouver dans toutes les bonnes librairies et bien sûr par Internet. Les auteurs sont Didier Daenninckx pour les textes et Mako pour les dessins, de toute beauté. Plus une préface de l'historien Benjamin Stora. Et une post-face d'un autre historien, Jean-Luc Einaudi, sous forme d'une longue liste de noms, près de 400 algériens, décédés à Paris de mort violente, durant le mois d'octobre 61. A priori sous les coups de la police, suite aux manifestations très sévèrement réprimées par le préfet Papon, ou victimes d'exécutions sommaires.

Pour la plupart d'honnêtes travailleurs, ou parfois des jeunes filles, sans arme et sans défense, comme dans la BD, qui n'avaient commis d'autre crime que de crier leur désir d'Indépendance. Je ne sais pas vous, mais moi, en octobre 61, j'allais avoir 7 ans. On n'est pas là dans une histoire de point Godwin. C'est plutôt une réalité malheureusement fort concrête: celle du fascisme ordinaire, de la loi du plus fort et de l'intolérant, du meurtrier imbu de son bon droit. Une réalité totalement indépendante de la couleur de peau, de la religion ou de l'idéologie. L'une des images de la BD m'a rappelé le lynchage d'un vieillard à coups de botte auquel j'ai assisté en Haïti, lors du "déchoukage" de 84, ayant abouti au départ de Baby Doc.

De ces scènes d'horreur, on a pu en voir partout dans le monde, à chaque fois que des flics massacrent des manifestants... Ou que des manifestants massacrent des flics, ce qui arrive aussi, parfois. Dans la longue liste d'Einaudi, il est d'ailleurs probable que ce soient glissés quelques victimes des réglements de compte du FLN, comme l'a très bien montré l'excellent film "Hors la Loi"... Mon père, ayant oeuvré dans le renseignement durant la guerre, me racontait son dégoût d'avoir vu les troupes françaises utiliser en 45, pour leurs interrogatoires en Allemagne, les mêmes méthodes et les mêmes cellules que celles que les SS lui avaient fait subir. Certes les camps de concentration et les chambres à gaz manquent à leur palmarès, mais si l'extermination de masse est un point culminant de l'horreur, la torture et la violence gratuite sont tout de même franchement détestables.

Peut-on y remédier ? La guerre est une saloperie, qu'elle soit militaire ou civile. Et lorsque la haine et la peur se mêlent, les pulsions humaines deviennent difficilement contrôlables. Les lois de la guerre, c'est très bien, mais le mieux c'est tout de même de faire ce qu'il faut pour l'éviter. Ce qui implique d'abord d'apprendre à se parler. Et de surveiller les fauteurs de guerre, qui sont partout. Parce qu'il est tellement plus facile d'appeler à la haine que de proposer des solutions. Ni Breivik, ni fürher, ni raïs, la haine de l'autre est un fléau mortel. Quelle que soit l'enveloppe doucereuse sous laquelle elle se dissimule.

 

03/09/2011

Que faire pour Genève ?

Accepter le postulat qu’une révolution nationale serait parfaitement contraire aux intérêts de la communauté genevoise, pour les raisons expliquées précédemment, implique de combattre les forces qui tirent dans ce sens, qu’elles soient à l’extrême gauche ou à l’extrême-droite. Cette dernière, sous un paravent anti-communiste primaire, remettant en réalité en cause tous les fondamentaux du libéralisme.

Un accord des forces de droite et du centre avec l’extrême-droite a tout d’un piège mortel pour les libéraux.

1) Sitôt les accords signés, ou les rapprochements opérés, l’extrême-droite, habile, après avoir fait mine de se laisser dévorer, sort pêle-mêle des accords secrets et des affiches insupportables.

L’assemblée du PLR genevois a certes accepté l’accord (présenté apparemment incomplet ?) à une large majorité, car il semblait passé avec une UDC à l’agonie, dont il ne restait plus que les membres fréquentables. Les radicaux en particulier ont voté de bon cœur, voyant dans cette alliance transitoire visant à faire passer Lüscher, un joli cadeau de mariage à déposer dans la corbeille.

Je ne suis pas certain que le vote aurait été le même après l’affichage de ces horribles bottes et la révélation d’une clause à deux tours concernant Nidegger. En tout cas, personnellement, j’ai voté pour mais ne le ferais plus aujourd’hui.

2) Le but du rapprochement, clairement exprimé par certains de ses plus chauds partisans, est de mettre fin au système suisse du consensus, qui laisse une large place aux impondérables, pour se rapprocher des autres systèmes démocratiques occidentaux, bi-partisans.

Etonnant tout de même que les tenants d’une soi-disant indépendance de la Suisse – face à l’UE et au reste du monde - soient en réalité ceux qui se battent au quotidien, avec machiavélisme et opiniâtreté, pour en dénaturer les institutions, pour en ôter l’un des deux éléments essentiels la différenciant du reste du monde : la collégialité.

Nul doute qu’une fois au pouvoir, ils fouleraient aux pieds l’autre spécialité suisse, la consultation populaire, qui ne peut que contrecarrer le gouvernement d’un régime trop unilatéral pour rassembler de vastes majorités.

3) Les ténors de l’UDC ont parfaitement compris qu’ils stagneraient toujours, au mieux, entre un quart et un tiers du corps électoral. Ce qui est beaucoup (trop à mon avis), mais les écarte du pouvoir réel dans un système de consensus.

Leur sous-représentation dans les exécutifs cantonaux et l’éviction de Blocher du Conseil Fédéral marque leurs limites, comme un plafond de verre. Au contraire d’un système bipolaire de style 51 vs 49%, dans lequel ils deviendraient la plus grosse force des 51% dominants. Et pourraient dès lors espérer tenir les rennes réelles. Ce qui serait une catastrophe pour l’équilibre et l’économie de ce pays. Sans même évoquer les précédents des années 30, vade retro Godwin J

4) Entre deux tiers et trois quarts des électeurs ne veulent pas d’une Suisse régentée et représentée par l’UDC (et ses satellites MCG ou Lega). C’est là l’expression d’une majorité bien réelle sur un problème essentiel. Tandis que la bipolarisation, c’est offrir la majorité à l’UDC sur un plateau.

Après un demi-siècle de gouvernement collégial avec la social-démocratie, qui est aujourd’hui l’ennemi retors d’une formule magique synonyme de prospérité, prêt à étreindre le libéralisme d’un baiser mortel ? Sur l’Europe et l’immigration, la gauche responsable partage grosso modo les valeurs du centre-droit. Tandis qu’en matière d’économie et de croissance, l’UDC partage de plus en plus… les valeurs de la gauche extrême. A commencer par la fermeture des frontières, qui nous amène droit à la décroissance. Rappelons tout de même que l’UDC en ville de Genève avait appelé à voter contre l’extension de l’OMC, avec Solidarités.

Certes tout n’est pas parfait dans la situation actuelle, loin de là. Mais comparé à la crise gravissime qui attaque le reste du monde, la Suisse et Genève s’en sortent plutôt mieux. Au point que cela leur pose problème. Il ne s’agit pas dés lors de jeter le bébé avec l’eau du bain et de suivre à l’aveuglette des raisonnements populistes aux lendemains qui déchantent, mais simplement de corriger ce qui doit l’être, dans la mesure des possibles. Quitte à changer vraiment ce qui pose problème, par exemple la politisation extrême du débat, à Genève.

Par exemple dans l’immédiat, faute de candidature convenable à la Cour des Comptes, je songe personnellement à m’abstenir. La Cour des Comptes est un organe de contrôle, une sorte d’audit permanent des comptes publics, complémentaire au travail politique effectué par la commission des finances du Grand Conseil. Je ne vois pas l’utilité d’y nommer des juristes, encore moins des politiques. Et surtout pas des politiques issus de partis extrémistes, susceptibles de partialité dans leurs choix d’enquête et dans leurs conclusions. En général, dans les cabinets d’audits, on recrute plutôt des comptables et des spécialistes de la gestion, ce que ne sont aucun des deux candidats, tous deux juristes. L’abstention donc.

Pour ce qui concerne le Conseil des Etats, la seule représentation équitable du canton serait un ticket gauche-droite. Cramer / Lüscher, en ce qui me concerne. Ou à défaut Cramer / Barthassat, mais Lüscher me parait plus affûté. Cramer me semble incontournable à gauche, face à une Maria Roth-Bernasconi bien gentille, mais… gentille. J’ai particulièrement apprécié le pragmatisme de Cramer sur le nucléaire, lui qui fut un opposant des plus résolus à Creys-Malville… En refusant d’aliéner toute possibilité d’évolution plus sûre du nucléaire (vers la fusion par exemple) il prend une stature d’homme d’Etat qui lui sera essentielle dans sa course au Conseil Fédéral. Genève aurait bien besoin, à ce poste, d’un Genevois partisan d’une traversée du lac autoroutière J, car comme il le fait remarquer, la décision se prendra à Berne. MCR étant sur le départ, un Conseiller fédéral genevois me parait essentiel. Et la place est prise à droite, pour un moment. Souhaitons juste que Cramer sache rendre à Genève ce qui lui revient, s’il obtient le job.