24/10/2011

Elections fédérales: la déconfiture des extrêmes

Je ne vais pas cacher ma joie. Le centre droit se renforce, grâce à la montée en puissance des Verts'Lib et du PBD, au détriment de l'UDC qui plonge. Juste l'inverse de ce que prédisait Pascal Décaillet, qui pourtant est payé pour interviewer toute la journée des hommes et des femmes politiques. Voilà ce qui arrive lorsque l'idéologie et les tripes prennent le pas sur le flair et l'analyse...

Bon, je suis un peu triste pour mon pote Pierre Weiss, qui rate de peu le fauteuil à Berne qu'il méritait pourtant. Tout ça parce qu'un paquet de PLR ont voté pour Manuel Tornare (et ils ont eu raison)... Tandis que les socialistes ont très peu voté au-delà de la gauche. Regrettable sectarisme, qui est l'une des choses qui me déplait à gauche.

Aux Etats, mention spéciale aux deux MCG, roi et reine des emm... qui sans aucune chance de succès, n'étaient là que pour empêcher la droite et le centre de conquérrir le siège, en fait plus probablement les deux, qui devraient logiquement leur revenir si l'on tient compte des rapports de force dans le canton. L'attitude du MCG relève purement et simplement du chantage, mais c'est habituel en politique et donc non répréhensible. En revanche, on pourrait essayer d'imaginer un système qui rende mieux compte de la réalité des rapports de force, en empêchant ce type d'attitudes plus politiciennes que politiques.

Un scrutin à deux tours, par exemple. Le report des voix enverrait alors au tapis Mme Maury-Pasquier et Robert Cramer. le fin du fin serait un système qui assure à chacun une représentation équitable, soit un Conseiller d'Etat de gauche et un droite, ce qui représenterait mieux la réalité du canton. Que fait la constituante sur ce point crucial ? La gauche aurait tort de camper sur le statu quo, à ce sujet, car du jour où le centre, la droite et le MCG trouveront un accord, ses représentants auront perdu la clé de la chambre haute... Il suffit de savoir compter pour s'en persuader.

Pour le reste, je me suis amusé cette nuit à remplir le questionnaire smartvote. Sans surprise, je ne correspond de près à aucune liste ni candidat.  Mais tout de même, parmi les 15 candidats le plus éloigné de mes positions, il y a 7 UDC (dont record absolu, Eric Bertinat avec qui je ne partage que 16,7% de réponses communes !), 4 communistes, 3 PEV et un MCG (Roger Golay). Ce qui en soi ne me surprend guère.

A l'inverse, parmi les 15 dont je suis le plus proche, il y a 6 VertsLib', 4 PDC, dont Guy Mettan, qui ressort en tête de liste avec 67,8% d'opinions communes) 2 PLR (dont Hugues Hiltpold et... surprise, surprise, je ne m'y attendais pas, Olivier Jornot), 2 jeunes PLR et un socialiste (Pierre-Alain Monnet, histoire de le dénoncer aux camarades... remarquez, il était sur une liste de "socialistes de l'étranger" ce qui explique peut-être cela...)

Au niveau des listes, c'est la même chose, verts lib', PDC et PLR et jeunes PLR font un tir groupé tandis qu'en bas de mon classement, on retrouve l'UDC, les Communistes, les évangélistes et... les jeunes verts... Comme quoi je suis semble-t-il viscéralement allergique aux sectes!

Au-delà de l'anecdote et des vacheries assassines, cela a-t-il un sens ? Je pense que oui. L'échelle gauche-droite des valeurs politiques héritées de la Révolution française, basée uniquement sur le positionnement socio-économique, n'est plus vraiment pertinente au XXIème siècle. Ceux qui n'y attachent que trop d'importance sont juste des passéistes qui devraient parfois lever le nez de leurs vieux grimoires pour observer un monde qui bouge à vitesse grand V.

Tout le monde est plus ou moins d'accord pour dire qu'il faut de l'économie de marché, des règles et du social. Dans des dosages variables, soit, mais c'est en s'attaquant aux problèmes de fond, aux infrastructures que l'on pourra faire bouger utilement les choses, alors que le travail parlementaire semble habituellement rivé au réglage fin des superstructures... Nos sociétés ont besoin de changement, de grandes décisions pour rescussiter l'espoir et recréer des perspectives de développement dans des directions nouvelles.

Nous avons besoin d'intelligence, de courage, d'ouverture et de progrès, plutôt que de conservatisme, de peur de l'autre et de repli sur soi. Pour ma part, je dis oui à l'Europe, oui au monde, au contrôle des naissances et aux énergies renouvelables. Non à l'armée, sauf à sa participation dans de plus grands ensembles, mais oui à une sévérité accrue envers les contrevenants qui empoisonnent le quotidien. Oui au glissement des systèmes d'assistance sociale vers des formules plus incitatives et oui à leur extension au monde entier. Deux fois oui à la libre entreprise et au moins d'Etat, mais aussi oui à un resserrement de l'éventail des revenus.

Oui à une politique fine d'incitations fiscales à investir dans les secteurs utiles au progrès et à la collectivité, et défavorables aux secteurs jugés nuisibles. C'est là que l'Etat doit intervenir, mais ensuite, il doit laisser faire les marchés et l'initiative individuelle. Qui doit être encouragée et récompensée, dans de saines limites, plutôt que brimée ou laissée sans bride...  Face à ces idées qui forgeront le XXIème siècle et nous permettrons d'affronter un monde où tous les peuples auront le droit à la parole et aux actes, on trouve en face des idéologues n'ayant que le repli, la protection et le conservatisme à la bouche.

La Suisse n'est pas un peuple de nourrissons ayant besoin d'être suprotégés. Nous sommes une société d'adultes, capables de prendre leurs responsabilités. C'est à ce prix que nous parviendrons à maintenir notre rang dans la compétition internationale.  A armes égales, et sans agressivité. Sportivement, sans à priori et sans haine ou défiance de l'autre...

Commentaires

A mon sens ce n'est pas l'UDC qui plonge, mais bel et bien le PLR qui continue sa descente aux enfer. D'ailleurs, les électeurs PLR ont certainement votés massivement PBD, peut-être pour sanctionner cette droite trop proche des banques et de la finance. Autres perdants les Verts, qui subissent l'arrivée de Verts libéraux composés non pas de bobos en vélo, mais de pragmatiques (ingénieurs, entrepreneurs,...). Concernant Pierre Weiss.... c'est n'est pas un mal de s'en passer tant sa croisade biblique au DIP est risible.

Écrit par : Riro | 24/10/2011

J'ai du mal à comprendre comment un membre du PLR, parti qui prend une claque historique tant à Genève qu'en Suisse, peut dire qu'il est joyeux...

Écrit par : Urs Anker | 24/10/2011

En Valais, Oskar Freysinger fait un tabac. C'est ce que Pascal Décaillet aurait peut-être écrit. A ce sujet je voulais lui laisser un message et aussi l'informer qu'il s'était lourdement trompé avec avec ses prévisions pour le PLR, mais il ne me donne pas la voix au chapitre. Mes écrits sur son blog s'envolent.
Alors je profite de votre bienveillance pour faire part de ma joie au sujet de ses élections et je n'ai rien d'autres à apporter à votre analyse.
Pour le Valais, l'UDC Oskar Freysinger obtient de nombreuses voix au Conseil des Etats, mais IL N'EST PAS ELU! En défintive, c'est ce qui compte.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 24/10/2011

Philippe, si tu cherches une nouvel dichotomie, je te propose une qui correspond mieux à l’évolution de notre société : progressistes / conservateurs

Écrit par : charly schwarz | 24/10/2011

Cher Monsieur Anker, si vous ne comprenez toujours pas après voir lu mon texte, cela me semble peine perdue... M'enfin, j'essaie: les partis, en soi, je m'en fiche. Je reste au PLR, car il a des individualités que j'apprécie grandement, notamment au niveau de ses exécutifs genevois. et qu'à quelques dixièmes de pourcent près, il est aussi compatible que d'autres, Verts-lib ou PDC en l'occurrence. En plus je ne suis pas croyant, donc pas chrétien et sans être fan du nucléaire, je n'y suis pas forcément irrémédiablement hostile.
Je pense que dans un monde idéal, les gens devraient voter par décision personelle plutôt que par consigne partisane. Et sur le fond, le centre droit se renforce, alors qu'on annonçait la victoire écrasante de l'extrême-droite, j'en suis heureux.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2011

Riro, Je suis athée. Militant. Mais considère que TOUS les textes religieux ou philosophiques doivent être approchés à l'école. TOUS, y compris le Nouveau Testament. Si le DIP l'a mis en 10ème plutôt qu'en 9ème, c'est OK, mais s'il ne l'a pas mis du tout, c'est au mieux un oubli stupide, qu'il importe de corriger, au pire un aveuglement coupable. Errare humanum est, perserverare diabolicum.
Pierre Weiss a fondamentalement raison.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2011

Charly, tu as raison. Pour une fois :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2011

J'ajoute qu'il y a toujours des choses qui me déplaisent dans tous les partis. Je n'apprécie pas, par exemple, que le PLR ait mis au placard la demande d'adhésion à l'UE. Qui selon moi demeure plus que jamais d'actualité. Si la Suisse aujourd'hui frappait à la porte de Bruxelles, ce serait un signal fort, très fort, pour tous, de nature à aider largement à la résolution de la crise. Un geste de solidarité aux répercussions psychologiques énormes.
Certes, cela nous coûterait de l'argent. Mais si la crise s'aggrave, elle va nous coûter bien davantage encore. Ce que les conservateurs rétrécis de l'UDC ne parviennent pas à comprendre.
De même, le programme anti-immigration des verts lib alémaniques (et vaudois ?) me laisse des plus sceptiques. Il leur a sans doute valu de nombreuses voix, que je préfère voir chez eux qu'à l'UDC... Mais si c'est pour avoir la même politique sous un autre nom, à quoi bon ?

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2011

L'ensemble de votre analyse me convient. Mon seul commentaire concerne la représentation du canton au Conseil des Etats. Dans mon canton (Vaud), pendant des décennies on avait deux radicaux. Lorsque le PS a commencé à émerger et revendiquait un siège, l'argument-massue de la droite pour conserver leur monopole était : "Avoir aux Etats un représentant de droite et un de gauche serait catastrophique, leurs votes s'annulant."
Bizarre tout de même que cette même droite estime qu'il n'est pas normal que la gauche conserve les deux sièges car une partie des citoyens ne sont pas représentés. C'est ce retournement de veste dans l'utilisation des arguments qui m'a toujours empêchée de voter pour un parti. J'utilise en général le bulletin sans dénomination qui permet de composer sa propre liste.

Écrit par : gamine | 24/10/2011

Gamine, à l'époque ancestrale dont vous parlez, j'étais moi-même encore à l'extrême-gauche, alors... Mais sur le fond, je suis d'accord avec vous. Ce qui me dérange le plus, dans un parti, c'est de devoir être contre une bonne idée parce qu'elle vient d'en face, ou vice versa. Moi je suis pour les bonnes idées. Enfin celles que je trouve bonnes.-

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2011

En marge des commentaires qui peuvent se résumer à; pour que tout change ,il faut que rien ne change, il serait instructif de connaitre le coût de chaque siège aux deux chambres et surtout celui de Ch.B .

Écrit par : briand | 24/10/2011

J'en profite pour préciser que le score de M. Poggia, glorifié par Pascal Décaillet qui frise la désinformation, n'est qu'une construction artificielle. Tous les bulletins de son parti lui rapportaient deux voix, car ils n'ont présenté que cinq candidats. Du coup avec 7875 votants MCG, Poggia part avec un socle de 15 750 voix, là où les socialistes ou les libéraux, avec 11 000 votants, partent avec ces 11 000 voix de base. Si l'on ôte ces 7875 voix de trop, Poggia se retrouve bon dernier, au coude à coude avec Ueli Leuenberger, ce qui traduit bien la position des extrémistes dans le classement des élus genevois !
C'est peut-être un calcul habile, mais cela ne révèle en rien une popularité exemplaire. Tout au contraire, c'est juste un attrape-gogos, à l'image de la propagande habituelle du MCG et de Me Poggia, qui laissait entendre qu'avec lui à Berne, nous n'aurions plus d'assurance maladie à payer !!!

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2011

Encore une fois d'accord avec vous. On reproche souvent au PS et à l'UDC de s'allier pour faire échouer un projet. Si le projet leur paraît mauvais à tous les deux, pour des raisons différentes, bien sûr, ils ne vont tout de même pas l'accepter simplement pour faire enrager l'autre bord.
Que de fois avons-nous vu des projets balayés par une partie parce qu'émanant de leur adversaire, reproposés ensuite presque pareils par cette même partie. C'est du gâchis, ça fait perdre du temps et de l'argent. Et ça rebute certains citoyens qui préfèrent s'abstenir de participer à la vie civique.

Écrit par : gamine | 24/10/2011

Etre engagé en politique, c'est défendre ses idées, représenter une souche de la population, selon ses croyances, sa vision du monde, mais pratiquer la politique c'est aussi savoir faire preuve d'intelligence dans les choix, dans les personnes et dans les stratégies.

Expliquez moi donc pour quelles raisons le PLR n'a pas proposé une liste 5 cinq candidats doublés, augmentant ainsi le nombre des suffrages de chacun, comme le MCG a su si bien le pratiquer ? A cause de la vanité des uns ou l'ambitions des autres ?

Après, il ne suffit plus de croire que l'élite mérite mieux, que l'élu sera l'élu, il faut aussi réfléchir et demeurer à l'écoute du peuple, pour mieux le comprendre, pour mieux le servir et pour le manipuler, certes, mais en engendrant des voix !

Le PLR genevois est malade, il souffre des errements de ces deux Conseillers d'Etat, il souffre des rivalités tribales en son corps parlementaire, il souffre des conflits de personnes et il est affecté par des personnalités institutionnalisées qui ne représentent pas les plus nombreux, mais juste une certaine image du pouvoir libéral.

Pourtant, au PLR genevois il y a des gens de grandes qualités, qui pensent avenir du parti en envisageant un changement de comportement, d'attitude, sans renier leurs idées et leurs convictions, mais en les adaptant aux siècle nouveau et à une population qui demande de plus en plus à être écoutée, entendue.

On a encore jamais vu une affiche électorale nous écouter, nous entendre, nous répondre et nous convaincre dans nos choix.

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

Écrit par : Walter Schlechten | 25/10/2011

Merci de votre visite, Walter Schlechten. Je ne nie pas qu'il y ait des rivalités de personnes et même de clans au sein du PLR, encore qu'il y en a peut-être moins que dans les anciens PRG et PLG... Mais l'histoire du score de Poggia, c'est juste une rigolade. Cela n'est pas sur cette base que se fait le calcul du nombre de sièges pour un parti, sinon ce serait trop facile, et vous pensez bien que tout le monde ferait la même chose, puisque personne n'est assez sot pour espérer aujourd'hui faire passer plus de 5 conseillers nationaux...
Cela ne sert même pas à départager les gens au sein d'une liste, puisque par définition, toute la liste est doublée. Non c'est juste un signe attrape-gogos pour pouvoir dire ensuite que l'on a fait le meilleur score, ce qui est objectivement faux. C'est très représentatif de la manière dont M. Poggia et le MCG conçoivent la politique: montrer aux gens des vessies en leur racontant qu'il s'agit de lanternes... Le pire, c'est que ça marche. Même vous et Décaillet, qui êtes plutôt bons observateurs de la vie politique locale êtes tombés dans le piège...
Mais à long terme, mon vieux fonds judéo-chrétien me fait penser que le mensonge ne paie pas...
Pour le reste, je pars à l'étranger quelques jours et les commentaires et autres de ce blog ne seront pas tous vus rapidement. Mille excuses.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/10/2011

Aucun piège dans lequel je suis tombé, je vous rassure, raison pour laquelle je demande dans mon premier commentaire pour quelles raisons le PLR, et d'autres partis, n'ont pas utilisé cette astuce électorale de la double notation du candidat sur la liste.

C'est un droit démocratique que d'accorder, dans ce cadre là, deux voix à un élu, en aucun cas un piège.

Le piège, c'est justement de ne pas proposer ce droit !

Walter Schlechten.

Écrit par : Walter Schlechten | 27/10/2011

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