25/10/2011

Les propos rouge masqué d'un cardon fâché...

Julien Nicolet fut le symbole de la défense des cardons des Cherpines contre les méchants bâtisseurs qui vont y construire des logements. Il n'a semble-t-il pas compris sa défaite, suivie de celle des verts ce week-end. Pour lui l'écologie, c'est prendre aux riches, pour donner aux pauvres. Sauf que ça, ce n'est pas du tout écologique, au contraire, c'est le meilleur moyen de faire exploser le bilan carbone de la planète toute entière... Dans son dernier texte, sur son blog, il n'y a qu'une phrase honnête: "l'Etat demandant aux nantis de produire des efforts particuliers, dans le but de rendre acceptables les efforts demandés aux démunis". Tout le reste est d'une rare mauvaise foi, en laissant entendre que sa politique améliorerait le niveau de vie des plus pauvres. C'est faux, et il le sait.

Les électeurs n'étant pas stupides, ils le devinent et il n'est guère étonnant que les verts prennent des vestes, quand bien même les électeurs et moi-même pourrions être d'accord sur les buts ultimes: réduire la pollution et promouvoir un développement durable!

Quand il parle de "réduire les inégalités sociales", il faut traduire par "niveler par le bas", soit réduire les revenus supérieurs et intermédiaires, mais en aucun cas augmenter les plus bas. A la vérité, en Suisse et en Europe en général, même les plus bas salaires, il faudra les baisser encore si l'on se contentait de sa logique, la décroissance.

En effet, l'empreinte écologique (=la consommation) croit certes avec le revenu, mais pas de manière proportionnelle au revenu. Assez rapidement, l'épargne rentre en jeu, qui réduit la consommation, donc l'empreinte écologique. En tout cas pour un temps, et pour une partie d'entre elle (qui sera transmise par héritage), définitivement. Sans compter que plus on a de revenus, plus on peut se permettre de consommer "écologique", ce qui généralement coûte plus cher que le produit polluant de la supérette du coin.

En clair, un foyer qui gagne 5000 CHF/mois va dépenser en consommation tout son revenu, de manière peu écologique, tandis qu'un foyer gagnant 15 000 CHF/mois va en dépenser 12 000, de manière plus écologique, sauvegardant au bénéfice de la planète au moins 1/5ème de son revenu. C'est encore plus vrai avec un vraiment riche, genre 50 000 CHF/mois qui lui ne va dépenser que 25 000 CHF/mois chaque mois. Sa grosse maison et ses trois voitures, polluent plus que le 3 pièces et la Twingo d'un foyer à 5000CHF/mois, mais pas dix fois plus.

Avec un milliardaire, gagnant de l'ordre de 5 millions CHF/mois (en comptant uniquement 5% d'intérêt sur ses placements) cela devient flagrant. Personne ne claque 5 millions par mois, tous les mois, en consommation et en frais d'essence... Même pas le roi d'Arabie Séoudite. Peut-être seulement le 10% et encore... En revanche, si vous répartissez ces 5 millions entre disons 5000 pauvres, en leur donnant 1000 CHF/mois supplémentaires, là vous pouvez être certain qu'ils partiront intégralement en consommation, donc en pollution supplémentaire.

Pour réduire la pollution, donc la consommation, il n'y a pas d'autre moyen que de réduire les revenus. Le détournement des-dits revenus vers des consommations de biens et services non polluants est certes une piste intéressante, mais malheureusement non suffisante.

La logique de l'histoire, c'est que si l'on en reste à une vision millénariste et décroissante de l'écologie, ce n'est pas tant les quelques riches qu'il faudrait empêcher de consommer que les millions, les milliards de pauvres... De consommer et de faire des enfants... Seulement, rien qu'à le dire, cela fait peur moralement, alors M. Nicolet et ses amis ne le disent pas...

L'alternative, ce n'est bien sûr pas de continuer à consommer comme si de rien n'était, mais d'inciter massivement par de gros investissements financiers à consommer plus efficacement, de manière responsable, et de développer la recherche tous azimuths sur ce qui pourra réduire notre empreinte écologique aussi bien que sur le développement de nouvelles sources d'énergie. Tout le contraire que de tout arrêter.

Pour cela, franchement le discours des verts lib' ou des radicaux-libéraux me parait autrement plus taillé que celui des jeunes verts, dont la logique laisse pour le moins à désirer. Julien Nicolet nous a cassé les pieds sur les Cherpines, alors que le logement est le problème Numéro 1 des Genevois. Et que l'un des buts de la densification du canton est de réduire les mouvements pendulaires, fort nuisibles à l'écologie. Une contradiction flagrante, dictée par des motifs idéologiques absurdes, qui a probablement coûté quelques pour cent aux verts genevois ce dimanche.

Qu'est-ce qui peut bien pousser des jeunes verts à vouloir cultiver à tout prix des chardons au coeur d'une agglo de 900 000 habitants, capitale mondiale en bien des domaines, où le coût de la vie est anormalement élevé et le logement rare, au lieu d'aller le faire dans des prairies jurassiennes où l'espace est abondant, le logement bon marché et le coût de la vie bien moindre??? La rationalité ne fait-elle pas partie de leur mode de vie ?

Ce n'est pas avec 1% des voix qu'ils vont pouvoir changer le monde... Ils ne se sont apparemment même pas demandé ce qui se serait passé si, au lieu des discours sectaires à la Ueli Leuenberger, qui ont fait fuir l'électeur (chez eux comme à l'extrême-gauche) les verts avaient suivi la voie pragmatique et responsable d'un Hiler ou d'un Cramer ? Ou d'un Hodgers... Le parti vert serait probablement à 12 ou 15% à Genève, et sans verts libéraux, qui les auraient rejoints ?

Commentaires

Au delà des péripéties électorales, à la recherche d'un extrême centre qui permette de cuisiner une financiarisation, saupoudrée d'un soupçon d'aide sociale, tout en respectant le temps de cuisson forcément durable, il convient de s'interroger sur ce qui semble l'hypothèse la plus probable à moyen terme , dans quel état sera la cuisine avec un taux de croissance en dessous- de 1 % ,hypothèse légitimée par l'observation faite depuis plus de quarante ans à savoir un tassement de la profitabilité des investissements compensée par un endettement croissant privé et publique.
les nouvelles technologies sensées succéder à une industrie européenne en lambeaux "exception faite de l'Allemagne" ne permettent de relancer le four à croissance. il s'agit donc de faire des choix et c'est précisément ce que ne propose pas la nébuleuse centriste. J'ajoute que je ne joue pas dans la cour de récréation avec des "experts" économistes mais en tant qu'observateur lambda, je ne vois pas quoi d'autre dire au lendemain d'un nano-tsunami, qui semble exciter les correspondants gastronomiques.

Écrit par : briand | 25/10/2011

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