27/10/2011

De l'épaisseur du cuir des avocats

25/10/2011

Les propos rouge masqué d'un cardon fâché...

Julien Nicolet fut le symbole de la défense des cardons des Cherpines contre les méchants bâtisseurs qui vont y construire des logements. Il n'a semble-t-il pas compris sa défaite, suivie de celle des verts ce week-end. Pour lui l'écologie, c'est prendre aux riches, pour donner aux pauvres. Sauf que ça, ce n'est pas du tout écologique, au contraire, c'est le meilleur moyen de faire exploser le bilan carbone de la planète toute entière... Dans son dernier texte, sur son blog, il n'y a qu'une phrase honnête: "l'Etat demandant aux nantis de produire des efforts particuliers, dans le but de rendre acceptables les efforts demandés aux démunis". Tout le reste est d'une rare mauvaise foi, en laissant entendre que sa politique améliorerait le niveau de vie des plus pauvres. C'est faux, et il le sait.

Les électeurs n'étant pas stupides, ils le devinent et il n'est guère étonnant que les verts prennent des vestes, quand bien même les électeurs et moi-même pourrions être d'accord sur les buts ultimes: réduire la pollution et promouvoir un développement durable!

Quand il parle de "réduire les inégalités sociales", il faut traduire par "niveler par le bas", soit réduire les revenus supérieurs et intermédiaires, mais en aucun cas augmenter les plus bas. A la vérité, en Suisse et en Europe en général, même les plus bas salaires, il faudra les baisser encore si l'on se contentait de sa logique, la décroissance.

En effet, l'empreinte écologique (=la consommation) croit certes avec le revenu, mais pas de manière proportionnelle au revenu. Assez rapidement, l'épargne rentre en jeu, qui réduit la consommation, donc l'empreinte écologique. En tout cas pour un temps, et pour une partie d'entre elle (qui sera transmise par héritage), définitivement. Sans compter que plus on a de revenus, plus on peut se permettre de consommer "écologique", ce qui généralement coûte plus cher que le produit polluant de la supérette du coin.

En clair, un foyer qui gagne 5000 CHF/mois va dépenser en consommation tout son revenu, de manière peu écologique, tandis qu'un foyer gagnant 15 000 CHF/mois va en dépenser 12 000, de manière plus écologique, sauvegardant au bénéfice de la planète au moins 1/5ème de son revenu. C'est encore plus vrai avec un vraiment riche, genre 50 000 CHF/mois qui lui ne va dépenser que 25 000 CHF/mois chaque mois. Sa grosse maison et ses trois voitures, polluent plus que le 3 pièces et la Twingo d'un foyer à 5000CHF/mois, mais pas dix fois plus.

Avec un milliardaire, gagnant de l'ordre de 5 millions CHF/mois (en comptant uniquement 5% d'intérêt sur ses placements) cela devient flagrant. Personne ne claque 5 millions par mois, tous les mois, en consommation et en frais d'essence... Même pas le roi d'Arabie Séoudite. Peut-être seulement le 10% et encore... En revanche, si vous répartissez ces 5 millions entre disons 5000 pauvres, en leur donnant 1000 CHF/mois supplémentaires, là vous pouvez être certain qu'ils partiront intégralement en consommation, donc en pollution supplémentaire.

Pour réduire la pollution, donc la consommation, il n'y a pas d'autre moyen que de réduire les revenus. Le détournement des-dits revenus vers des consommations de biens et services non polluants est certes une piste intéressante, mais malheureusement non suffisante.

La logique de l'histoire, c'est que si l'on en reste à une vision millénariste et décroissante de l'écologie, ce n'est pas tant les quelques riches qu'il faudrait empêcher de consommer que les millions, les milliards de pauvres... De consommer et de faire des enfants... Seulement, rien qu'à le dire, cela fait peur moralement, alors M. Nicolet et ses amis ne le disent pas...

L'alternative, ce n'est bien sûr pas de continuer à consommer comme si de rien n'était, mais d'inciter massivement par de gros investissements financiers à consommer plus efficacement, de manière responsable, et de développer la recherche tous azimuths sur ce qui pourra réduire notre empreinte écologique aussi bien que sur le développement de nouvelles sources d'énergie. Tout le contraire que de tout arrêter.

Pour cela, franchement le discours des verts lib' ou des radicaux-libéraux me parait autrement plus taillé que celui des jeunes verts, dont la logique laisse pour le moins à désirer. Julien Nicolet nous a cassé les pieds sur les Cherpines, alors que le logement est le problème Numéro 1 des Genevois. Et que l'un des buts de la densification du canton est de réduire les mouvements pendulaires, fort nuisibles à l'écologie. Une contradiction flagrante, dictée par des motifs idéologiques absurdes, qui a probablement coûté quelques pour cent aux verts genevois ce dimanche.

Qu'est-ce qui peut bien pousser des jeunes verts à vouloir cultiver à tout prix des chardons au coeur d'une agglo de 900 000 habitants, capitale mondiale en bien des domaines, où le coût de la vie est anormalement élevé et le logement rare, au lieu d'aller le faire dans des prairies jurassiennes où l'espace est abondant, le logement bon marché et le coût de la vie bien moindre??? La rationalité ne fait-elle pas partie de leur mode de vie ?

Ce n'est pas avec 1% des voix qu'ils vont pouvoir changer le monde... Ils ne se sont apparemment même pas demandé ce qui se serait passé si, au lieu des discours sectaires à la Ueli Leuenberger, qui ont fait fuir l'électeur (chez eux comme à l'extrême-gauche) les verts avaient suivi la voie pragmatique et responsable d'un Hiler ou d'un Cramer ? Ou d'un Hodgers... Le parti vert serait probablement à 12 ou 15% à Genève, et sans verts libéraux, qui les auraient rejoints ?

24/10/2011

Elections fédérales: la déconfiture des extrêmes

Je ne vais pas cacher ma joie. Le centre droit se renforce, grâce à la montée en puissance des Verts'Lib et du PBD, au détriment de l'UDC qui plonge. Juste l'inverse de ce que prédisait Pascal Décaillet, qui pourtant est payé pour interviewer toute la journée des hommes et des femmes politiques. Voilà ce qui arrive lorsque l'idéologie et les tripes prennent le pas sur le flair et l'analyse...

Bon, je suis un peu triste pour mon pote Pierre Weiss, qui rate de peu le fauteuil à Berne qu'il méritait pourtant. Tout ça parce qu'un paquet de PLR ont voté pour Manuel Tornare (et ils ont eu raison)... Tandis que les socialistes ont très peu voté au-delà de la gauche. Regrettable sectarisme, qui est l'une des choses qui me déplait à gauche.

Aux Etats, mention spéciale aux deux MCG, roi et reine des emm... qui sans aucune chance de succès, n'étaient là que pour empêcher la droite et le centre de conquérrir le siège, en fait plus probablement les deux, qui devraient logiquement leur revenir si l'on tient compte des rapports de force dans le canton. L'attitude du MCG relève purement et simplement du chantage, mais c'est habituel en politique et donc non répréhensible. En revanche, on pourrait essayer d'imaginer un système qui rende mieux compte de la réalité des rapports de force, en empêchant ce type d'attitudes plus politiciennes que politiques.

Un scrutin à deux tours, par exemple. Le report des voix enverrait alors au tapis Mme Maury-Pasquier et Robert Cramer. le fin du fin serait un système qui assure à chacun une représentation équitable, soit un Conseiller d'Etat de gauche et un droite, ce qui représenterait mieux la réalité du canton. Que fait la constituante sur ce point crucial ? La gauche aurait tort de camper sur le statu quo, à ce sujet, car du jour où le centre, la droite et le MCG trouveront un accord, ses représentants auront perdu la clé de la chambre haute... Il suffit de savoir compter pour s'en persuader.

Pour le reste, je me suis amusé cette nuit à remplir le questionnaire smartvote. Sans surprise, je ne correspond de près à aucune liste ni candidat.  Mais tout de même, parmi les 15 candidats le plus éloigné de mes positions, il y a 7 UDC (dont record absolu, Eric Bertinat avec qui je ne partage que 16,7% de réponses communes !), 4 communistes, 3 PEV et un MCG (Roger Golay). Ce qui en soi ne me surprend guère.

A l'inverse, parmi les 15 dont je suis le plus proche, il y a 6 VertsLib', 4 PDC, dont Guy Mettan, qui ressort en tête de liste avec 67,8% d'opinions communes) 2 PLR (dont Hugues Hiltpold et... surprise, surprise, je ne m'y attendais pas, Olivier Jornot), 2 jeunes PLR et un socialiste (Pierre-Alain Monnet, histoire de le dénoncer aux camarades... remarquez, il était sur une liste de "socialistes de l'étranger" ce qui explique peut-être cela...)

Au niveau des listes, c'est la même chose, verts lib', PDC et PLR et jeunes PLR font un tir groupé tandis qu'en bas de mon classement, on retrouve l'UDC, les Communistes, les évangélistes et... les jeunes verts... Comme quoi je suis semble-t-il viscéralement allergique aux sectes!

Au-delà de l'anecdote et des vacheries assassines, cela a-t-il un sens ? Je pense que oui. L'échelle gauche-droite des valeurs politiques héritées de la Révolution française, basée uniquement sur le positionnement socio-économique, n'est plus vraiment pertinente au XXIème siècle. Ceux qui n'y attachent que trop d'importance sont juste des passéistes qui devraient parfois lever le nez de leurs vieux grimoires pour observer un monde qui bouge à vitesse grand V.

Tout le monde est plus ou moins d'accord pour dire qu'il faut de l'économie de marché, des règles et du social. Dans des dosages variables, soit, mais c'est en s'attaquant aux problèmes de fond, aux infrastructures que l'on pourra faire bouger utilement les choses, alors que le travail parlementaire semble habituellement rivé au réglage fin des superstructures... Nos sociétés ont besoin de changement, de grandes décisions pour rescussiter l'espoir et recréer des perspectives de développement dans des directions nouvelles.

Nous avons besoin d'intelligence, de courage, d'ouverture et de progrès, plutôt que de conservatisme, de peur de l'autre et de repli sur soi. Pour ma part, je dis oui à l'Europe, oui au monde, au contrôle des naissances et aux énergies renouvelables. Non à l'armée, sauf à sa participation dans de plus grands ensembles, mais oui à une sévérité accrue envers les contrevenants qui empoisonnent le quotidien. Oui au glissement des systèmes d'assistance sociale vers des formules plus incitatives et oui à leur extension au monde entier. Deux fois oui à la libre entreprise et au moins d'Etat, mais aussi oui à un resserrement de l'éventail des revenus.

Oui à une politique fine d'incitations fiscales à investir dans les secteurs utiles au progrès et à la collectivité, et défavorables aux secteurs jugés nuisibles. C'est là que l'Etat doit intervenir, mais ensuite, il doit laisser faire les marchés et l'initiative individuelle. Qui doit être encouragée et récompensée, dans de saines limites, plutôt que brimée ou laissée sans bride...  Face à ces idées qui forgeront le XXIème siècle et nous permettrons d'affronter un monde où tous les peuples auront le droit à la parole et aux actes, on trouve en face des idéologues n'ayant que le repli, la protection et le conservatisme à la bouche.

La Suisse n'est pas un peuple de nourrissons ayant besoin d'être suprotégés. Nous sommes une société d'adultes, capables de prendre leurs responsabilités. C'est à ce prix que nous parviendrons à maintenir notre rang dans la compétition internationale.  A armes égales, et sans agressivité. Sportivement, sans à priori et sans haine ou défiance de l'autre...

22/10/2011

Les errements de la commission de gestion du National et le double discours de la gauche sur la croissance

Le fonctionnement de l’économie n’est déjà pas simple à comprendre en temps normal. Lorsque tout se déglingue sous l’effet de la crise, déclenchant des phénomènes inattendus, cela devient franchement compliqué. Pour le conseiller national de base, comme pour le citoyen qui l’élit. D’où la tentation de s’en remettre à des remèdes de bonne femme, du genre « y a qu’à réduire l’immigration pour faire remonter les salaires ! ».

En période de crise mondiale et de Franc Fort, voilà une idée qu’elle est bonne… Elle va sans doute aider nos entrepreneurs à exporter leurs produits, déjà handicapés par des coûts de production plus élevés qu’ailleurs… Il n’est guère étonnant que des journalistes plus préoccupés de joutes électorales – si possibles sanglantes – que de réalités économiques en fasse leurs choux gras.

Timing parfait : la veille du week-end électoral et des vacances scolaires, peu relèveront l’inanité des reproches faits au Conseil Fédéral par la commission de gestion du National. Ce n’est pourtant qu’une contradiction de plus d’un discours de gauche prônant à la fois décroissance et augmentation des salaires. Donc de la consommation. Les salaires n’existant que parce qu’on vend des produits, il faut fatalement choisir entre la décroissance et les augmentations.

Depuis la seconde guerre mondiale, la Suisse bénéficie de conditions salariales au-dessus de la moyenne. Au point de lui poser problème à l’exportation et même sur son marché intérieur. Elle s’en est sortie par une croissance alimentée par des exportations florissantes, une immigration soutenue, des taux d’intérêts et des différentiels de change attractifs (merci la place financière)… Et une bonne dose de protectionnisme.

Seulement, les conditions cadres ont changées. Dans le monde, des pays émergent, la gouvernance mondiale se renforce, notamment sur le plan financier, l’Europe se construit, le climat se réchauffe, le pétrole se raréfie et les recettes du XXème siècle ne sont plus applicables au XXIème. La place financière assurait un cinquième des revenus de l’Etat et un sixième des emplois à Genève, mais aussi un coût de l’argent très favorable aux pme locales en comparaison internationale. Or la place financière souffre et va souffrir davantage encore, car les mesures à mettre en place pour assurer tout simplement sa survie vont coûter extrêmement cher…

La Suisse a jusqu’à présent été plutôt épargnée par la crise. Cela ne va pas durer. Clamer que tout est de la faute des riches est à la fois vrai et faux. Vrai parce qu’ils n’ont pas compris l’urgence qu’il y avait à réduire les injustices du système lorsqu’ils en avaient les moyens, faux parce que ces moyens se réduisent à vitesse grand V. Les jeux de yoyo boursiers coûtent cher et si nous tous payons au travers de nos caisses de pension, les riches perdent plus que les autres. Parce que leur argent ne dort pas à la banque mais s’agite dans les bourses du monde entier. Je ne les plains pas, je constate.

Le plus gros mensonge vient des politiques, particulièrement ceux qui recourent aux simplifications abusives et aux fausses promesses, populistes de droite comme de gauche. La crise ne fait que commencer et toute chose à un coût. On pourra lancer des programmes d’occupation des chômeurs suisses (parce que ce ne seront pas des entreprises exsangues qui créeront des emplois), mais il faudra bien les payer. Par l’impôt. Les salaires protégés du privé, à nos résidents réservés, il faudra bien vendre et exporter, pour pouvoir les verser. Ce qui, si l’on dénonce les bilatérales, risque fort de poser de sérieux problèmes de réciprocité.

Il n’y a pas de miracle en ce bas monde. La prospérité de la Suisse et son augmentation, plus rapide que celle de ses voisins depuis les bilatérales (alors qu’elle leur était inférieure auparavant, depuis 1992) ne nait pas par génération spontanée. Elle vient du fait qu’on vend plus qu’on achète. Si on casse le mécanisme qui a rendu cela possible, on casse l’économie suisse. Et là adieux, veaux, vaches cochons couvées…

Vous me direz, en quoi le fait de maintenir les frontières ouvertes pourrait-il nous protéger ? D’abord parce nous préservons ainsi nos possibilités d’échanges avec nos voisins, pour nos entreprises et les multinationales implantées chez nous qui auraient vite fait d’en partir en cas contraire… Ensuite parce que notre matière grise est notre seule vraie matière première. La nôtre et celle des migrants qui viennent travailler ici. Ne leur fermons pas la porte.

Enfin, sur le fond, il y a deux moyens d'améliorer le niveau de vie des gens: augmenter leur revenu (ce qui est parfaitement contradictoire avec la décroissance), ou diminuer leurs coûts. En consommant autrement, ou mieux, en tout cas moins cher. Ce que devrait stimuler l'ouverture des frontières, pour autant que l'on construise ce qui doit l'être en matière de logements...

21/10/2011

Tout accord avec l'UDC est un attrape-nigaud

Comme tout parti qui se respecte, l'Entente genevoise a un objectif: conquérir des voix et surtout des sièges, qui lui permettront de faire passer sa politique. Seulement, le nez dans le guidon, il lui arrive de ne pas le relever à temps, pour voir assez loin les chausse-trappes qui s'annoncent. Hors, gouverner, c'est prévoir.

Contrairement à ce que prétendent certains, il n'y a aucune fatalité à devoir opposer la gauche et la droite. Tout au contraire, sur des thèmes aussi cruciaux et centraux que la croissance et notre rapport au monde et à l'économie, en passant par l'Europe,  la gauche et l'extrême-droite se rejoignent.

Le paralèle, souvent dressé à droite entre la gauche qui s'allie (s'appuie) sur l'extrême-gauche et la droite qui de ce fait aurait le droit de s'allier à l'extrême-droite est faux. Il ne tient pas la route, car les situations sont différentes. Les partis du centre-gauche, soit les verts et la majorité du PS ne courent aucun risque de se voir bouffés/dominés par l'extrême-gauche. Cest évident à Genéve, comme à Berne. Même en France, on voit bien que c'est Hollande qui a gagné. C'est le centre gauche qui impose sa loi, celle du pragmatisme et du réalisme et qui de temps à autre, à son gré, concède des miettes à son extrême-gauche.

A droite en revanche, c'est différent. Que ce soit face au MCG ou à l'UDC (ou même au Front National en France), la droite républicaine est gravement menacée par les extrêmes. Au point, comme je l'ai déjà dit que l'on peut, que l'on doit craindre un renversement de balancier qui offrirait les commandes de la droite à son extrême. Une situation éminement dangereuse. Toute victoire de la droite unie ne sera pas une victoire de la droite, mais une victoire de l'extrême-droite. Outre qu'elle chassera une partie du centre vers la gauche, déplaçant le centre de gravité, elle conduira à l'adoption de mesures protectionnistes nocives à l'économie.

 

19/10/2011

Quand l'UDC mélange la paille et la poutre

J'apprends aujourd'hui que M. Nidegger, conseiller national pour encore au moins quelques jours de son état, porte plainte contre moi, et subsidiairement contre la Tribune de Genève en tant qu'hébergeur, pour des propos que j'ai tenu ici même à son égard. Des propos par lesquels j'expliquais en quoi selon moi ses choix et déclarations politiques ressemblaient d'assez près aux définitions politiques habituellement données pour qualifier des mouvements politiques qui furent assez répandus en Europe du Sud, ainsi que dans quelques pays d'Amérique latine des années 20 aux années 80...  Je l'y affublai également du terme de "vrai... " en 5 lettres, commençant par f et se terminant par o, diminutif habituel de la tendance politique décrite ci-dessus, qui soit dit-en passant est une tendance politique légale en Suisse et n'est donc pas une insulte.

M. Nidegger, donc, qui a quelque raison de m'en vouloir pour avoir pris publiquement parti contre l'idée de son élection à la Cour des Comptes, a décidé de porter plainte pour calomnie. J'attends de recevoir la lettre du Ministère public pour en savoir davantage.

Je m'étonne cependant quand je lis ce que je lis aujourd'hui dans la bouche du responsable des jeunes UDC de Genève Xavier Schwytzguébel, au sujet d'un drapeau "Sur le parlement de notre république bananière (côté jardin), pend triomphalement entouré des drapeaux de notre pays et du canton de Genève, un drapeau de l'Union européenne.[...] Ce symbole impérial et totalitaire doit quitter notre République".

Outre que le drapeau en question n'est pas celui de l'UE, mais du Conseil de l'Europe, dont la Suisse est membre et qu'il flotte sur un bâtiment de la ville, il me semble que de traiter Genève de république bananière est une insulte, de même que traiter l'Union européenne de "totalitaire" ou d'affirmer qu'elle se compote de manière "impériale" est pour le moins calomnieux, d'autant que cela n'a aucun début de vraisemblance. Aucun pays n'a jamais été forcé d'entrer dans l'Union et la notion de totalitarisme pour une confédération dotée d'un parlement et où chaque membre conserve une large part d'autonomie, au point que cela pose problème, est pour le moins discutable.

Vous me direz, ce sont là propos de jeunes écervelés (est-ce que j'ose le terme, ou vais-je risquer un procès ?) et ce n'est pas parce que votre voisin vole un boeuf que cela vous autorise à dérober un oeuf. Si fait. Sauf que ce genre d'amalgame honteux, entre l'Union européenne et l'Allemagne nazie, le propre chef de M. Nidegger, Christoph Blocher en personne, est coutumier du fait. Or, il n'y a, je le répète, du point de vue des sciences politiques, rien de commun entre le Reich de 1000 ans et l'UE. Tandis qu'entre la politique d'un certain parti situé à la droite de l'échiquier politique helvétique, représenté ici par M. Nidegger, et d'autres qui prirent le pouvoir en leur temps dans leurs pays respectifs, il est des points communs qu'il sera facile de démontrer.

 

17/10/2011

Remboursement des frais de transports... les approximations d'une élue de Thonon... et d'un élu du MCG!

Mme Baud-Roche, adjointe au Maire de Thonon-les-Bains, a exprimé – à titre personnel - ce week-end dans le Matin Dimanche une assez mauvaise idée… Qui comporte néanmoins des éléments intéressants mais dénote sa méconnaissance des différences séparant les systèmes suisse et français. Méconnaissance que sa participation au bureau de l’ARC, le syndicat-mixte regroupant les communes de la partie française de l’agglomération franco-valdo-genevoise devrait l’aider à gommer.

Contrairement à ce que dénonce Me Poggia du MCG dans son blog, elle ne propose pas « le remboursement des frais de transport des frontaliers » en général, mais uniquement la moitié des frais de transport en commun, comme c’est le cas en France, ce qui a évidemment pour but de favoriser les transports en commun sur la bagnole. On voit tout de suite l’avantage que pourrait en retirer Genève, en réduisant les flux de trafic automobile et les voitures ventouses.

Méconnaissance des différences franco-suisses, parce que la France prélève le gros des frais publics sur les salaires avant que ceux-ci soient versés aux travailleurs, tandis que la Suisse le fait après qu’ils aient été versés, directement dans la poche du travailleur. Au bout du compte, cela revient au même, mais on peut difficilement mélanger les deux.

Concrètement, l’Etat suisse rembourse déjà une partie des frais de transport (qu’ils soient publics ou privés) en permettant de les déduire des impôts. Y compris pour les frontaliers, et ce depuis peu, suite au recours au TF d’un comptable suisse exilé dans le Genevois français. Durant plusieurs décades, les frontaliers n’y avaient pas droit, ce qui n’était pas conforme à l’égalité devant l’impôt, mais ce n’est évidemment pas une raison pour aujourd’hui les rembourser deux fois…

Concrètement, alors que l’on cherche à redensifier la ville pour éviter justement les flux de transports trop importants – ce qui a aussi pour conséquence d’augmenter les loyers au centre – on peut se demander si le fait même de rembourser des frais de transport, notamment automobiles, peut encore se justifier du point de vue de la collectivité. Et ce quelque soit la manière dont ce remboursement intervienne, par le biais de l’employeur ou celui de l’imposition. La seule justification pourrait être des mesures favorisant le transport en commun, et encore. C’est l’un des thèmes abordés dans les films « Genevois Pluriels », consacrés à l’histoire et aux problèmes de la région, qui sortent le mois prochain en DVD et seront diffusés, suivis de débats dans les communes qui le souhaitent, à commencer par Versoix.

Cela étant, Mme Baud-Roche intervenait sur un cas précis, les tarif de la CGN qui coûtent 270 ou 330 francs par mois aux frontaliers de Thonon ou Evian travaillant à Lausanne, ce qui parait en effet excessif. Il serait intéressant de savoir si la CGN exploite là une clientèle captive ou si les frais spécifiques au transport aquatique justifient ces prix. Dans le Jura, des employeurs ont mis en place des services de cars, à l’image des ramassages scolaires, qui traversent la frontière. Pourquoi pas. Mais au final, tout à un coût. Economique et écologique, qu’il importe aujourd’hui de calculer avec précision, dans le cadre de politiques ayant des objectifs clairs.

14/10/2011

Traversée: la gauche saura-t-elle être proche des gens ?

Coincé dans son personnage de Don Quichotte anti-capitaliste, Pascal Hollenweg a sans cesse besoin de nouveaux moulins pour exister. Son problème est qu’il se prend à son propre jeu, oubliant le sens premier du mot politique qu’il est censé pourtant enseigner : gérer les affaires de la cité. Ni son ego, ni l’hypothétique monde rêvé d’après Grand soir, mais le quotidien d’aujourd’hui. Ce qui implique de chercher aux problèmes des solutions pratiques et concrètes plutôt que le meilleur moyen de se faire remarquer en se démarquant…

Sa charge contre la traversée ressort évidemment de ce besoin d’exister en s’opposant. A la base , elle repose sur un mensonge : l’entrée en matière de la gauche sur une traversée du lac n’a rien d’un scoop. Des responsables de gauche et/ou écologistes y sont favorables depuis des années. David Hiler s’était déclaré pour une traversée autoroutière lors d’un colloque au salon du Livre voici près de 10 ans. Robert Cramer, alors aux affaires, avait poussé en vain le projet d’une traversée moyenne se prolongeant en tunnel jusqu’à Thonêx-Vallard et dans mon film « Genevois Pluriels », qui sort le mois prochain en dvd, il déplore ouvertement que l’autoroute de contournement ne soit pas bouclée. Ce qui est effectivement un non-sens, reconnu par n’importe quel urbaniste, quelle que soit sa couleur politique.

Je me souviens d’une longue conversation avec une présidente du PS genevois, il y a 6 ou 7 ans, qui ne me semblait pas du tout hostile à mes arguments en faveur d’une telle traversée. Il est temps de passer à l’âge adulte et d’entrer dans le concret, à savoir les problèmes des gens et de l’agglomération dans laquelle nous vivons. Qui a besoin entre autres de modes de déplacement modernes, non polluants, rapides et économiques. Il ne s’agit pas d’aller de Douvaine à Nyon, mais d’une rive à l’autre, sans encombrer – et polluer - le centre ni faire 50 bornes inutiles en passant par Bernex… La quantité de C02 gaspillée ainsi quotidiennement dans les embouteillages et les contournements inutiles est proprement hallucinante. Et ce sont nos poumons et ceux de nos enfants qui la respirent.

Il s’agit aussi de rééquilibrer les deux rives en matière de logements et d’activité, l’une ne cessant de se densifier, tandis que l’autre est isolée par l’obstacle d’un pont quasi infranchissable aux heures de pointe. Les opposants utilisent volontiers l’argument de l’aspirateur à voitures, que serait toute nouvelle route ou construction d’ouvrage d’art… Eh bien c’est exactement cela. Une traversée servirait avant tout à aspirer 30% de la circulation au centre (des chiffres établis par des études officielles) pour la faire passer plus au nord, sur ou sous le lac, avec une fluidité largement accrue et des parcours bien moins longs, donc un gain considérable en pollution. Qui pourrait atteindre les 50% compte tenu de la diminution du pétrole gaspillé dans les détours et les embouteillages par des dizaines de milliers de véhicules quotidiens.

Un tel ouvrage ne serait évidemment pas réservé aux voitures, mais largement ouvert aux transports publics, bus et/ou voie ferrée, et à la mobilité douce, sans compter qu’il permettrait de favoriser davantage celle-ci sur les quais et le Pont du Mont-Blanc. Si les responsables écologistes, qui savent être à l’occasion des écolos responsables soutiennent plus ou moins discrètement ces projets, c’est simplement qu’ils ont compris ces arguments.

Que des avantages ? Ben oui, difficile de lui trouver un inconvénient à la Traversée. Même pas son prix puisque l’essentiel étant du ressort des routes nationales, devrait être payé par la Confédération. De plus, l’utilité de l’ouvrage à l’échelle régionale franco-suisse et à l’échelle européenne permet d’envisager une participation financière européenne sous couvert des fonds INTERREG de coopération interrégionale en zone frontalière. Le raccordement à Thonêx-Vallard ou au Carrefour des chasseurs, derrière l’aérodrome d’Annemasse (d’où part une route à 4 voies jusqu’à l’autoroute blanche) permet d’envisager la chose avec de bonnes chances de succès.

Depuis bientôt 20 ans, tous les sondages annuels du TCS le prouvent: les deux tiers des genevois veulent une traversée. Par ailleurs, le CEVA a été soutenu par quasi toute la classe politique, avec une volont affichée de réciprocité sur la Traversée. Donnant donnant, d'autant que ces deux projets sont salutaires et complémentaires. L'un va pouvoir enfin entamer ses travaux. On attend toujours l'autre et la preuve qu'une gauche responsable sait honorer ses engagements.