12/11/2011

La solution aux problèmes de la région: un Franc indexé à l'euro à 1.60

Le débat suscité par l'avant première de mes deux films Genevois Pluriels (*) est passionnant. Comment faire pour résoudre les problèmes de bon voisinage et améliorer la cohabitation des deux côtés de la frontière? Au lieu de se résorber, malgrés les déclarations de bonnes intentions, les disparités vont en s'accroissant, à tel point que l'on peut penser que c'est peine perdue. Ce n'est pas un hasard si le Conseil d'Etat semble s'engouffrer dans une démarche pro-active en direction de Lausanne, parfaitement justifiée par ailleurs, à condition de ne pas oublier la région pour autant. Il serait dommage qu'il ne s'agisse là que d'un énième abandon par Genève de son arrière pays, comme ce fut le cas déjà en 1815 et 1860, pierre d'achoppement à l'époque entre radicaux régionalistes et libéraux isolationnistes...

Si Berne voulait bien, il y aurait aujourd'hui, une solution simple pour remettre les pendules à l'heure. Pas bon marché, à priori, mais à moyen terme, il est probable que tout le monde y gagnerait. Il suffit de revenir au taux de change en vigueur à l'époque de la création de l'euro, soit environ 1,60 CHF pour 1 € (1.61 en fait) et de s'y tenir. Les prix dans le Genevois français remonteraient, ce qui réjouirait d'aise le commerce genevois. L'attractivité des salaires helvétiques perdrait un peu de sa superbe, ce qui oxygènerait le marché de l'emploi pour les résidents genevois. L'attractivité de l'immobilier frontalier serait également réduite... Tandis que les frontaliers, suisses ou français, ayant pris des crédits immobiliers en Francs suisses (la majorité) verrait la valeur de leur bien regagner du terrain sur les sommes à rembourser. Les banques ayant prêtées feraient la grimace, mais qui va les plaindre ?  En échange, les frontaliers, suisses et français, feraient nettement moins figure de rois du pays, mais comme ils ne doivent ces privilèges qu'au simple fait de leur statut frontalier, cela rétablirait l'équité et réduirait les tensions sociales.

La valeur de la monnaie dépend en principe de son économie, sauf pour le Franc Suisse qui depuis des décennies, n'est qu'un yoyo suivant les vagues de la spéculation financière et de l'attractivité qu'exercent encore nos coffres sur de larges pans des fortunes mondiales. Pour mémoire, un Nouveau franc français valait pile (et face) un franc suisse à sa création en 1960. En quarante ans la valeur du Franc suisse avait été multipliée par 4, bien que les économies se développeent grosso modo en parrallèle, avec toujours un léger avantage à la Suisse. Or s'il est prestigieux d'avoir une monnaie forte et agréable de pouvoir se payer des palaces à l'étranger, pour l'économie réelle, c'est une contrainte énorme. D'où l'existence de dévaluations pour relancer les économies en mal de compétitivité, ou même dans le cas de la Chine, une monnaie sciemment et méthodiquement sous-évaluée, facteur clé de son succès. On glose énormément sur les salaires de misère chinois ou vietnamiens, mais à l'intérieur, les prix sont en rapport et les gens ne vivent pas si mal que cela... Tant qu'ils ne sortent pas ou n'ont pas besoin de produits importés.

Le problème, c'est que pour faire baisser le Franc, il faudrait faire tourner la planche à billets. Ce qui aurait certainement des conséquences néfastes (aucun remède n'est exempt d'effets secondaires). Cependant, cela réduirait le coût réel de la dette publique, on le sait plutôt élevée à Genève.   En valeur absolue par habitant elle est même comparable à celle de la France (26 600 Francs de dette à Genève, sans compter la dette fédérale) pour 26 600 euros de dette en France. Sauf que le calcul est faussé à Genève, si l'on ne tient pas compte du fait que plus de la moitié de la population active réside hors du canton. Ce qui montre bien l'importance fondamentale de la région. D'ailleurs si l'on ne tenait compte que du PIB genevois par habitant en négligeant les résidents vaudois ou français, on obtiendrait plus de 90 000 francs par habitant, de très loin le PIB/h le plus élevé du monde !

En faisant tourner la planche à billets, comme elle a d'ailleurs déjà commencé à le faire, la BNS tendrait dangereusement vers le modèle étasunien du jeu de l'avion, mais paradoxalement, elle se rapprocherait aussi des besoins de l'économie réelle en se détachant de sa dépendance à la finance et aux spéculations. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. En tout cas pas éternellement. Il arrive un moment où il faut faire des choix. Réduire les différences entre le pays et son environnement me parait un bon moyen d'atténuer les déséquilibres et les facteurs de déstabilisation.

(*) : Genevois Pluriels (La Ville frontière), qui sort la semaine prochaine en DVD (dans tous les bons magasins) et la semaine suivante en salle (Fonction cinéma au Grütli les 23,26 et 27 dans un premier temps) dresse un état des lieux de la région et de ses problèmes. Il en interviewe également les principaux intervenants. En plus d'en reconstituer les principaux épisodes historique, dans un film d'introduction: "Comment l'Esprit vint à Genève".

Commentaires

C'est quoi cette proposition de suicide collectif? La Suisse n'a pas à s'impliquer davantage dans le gâchis des deniers européens! L'UE est une illusion politique de gestion commune, les Suisses l'ont parfaitement compris depuis des années, et vous persistez à prétendre que notre salut vient de cette organisation politique vouée à la base à l'échec. Quand je vous dis place aux jeunes M. Souaille, c'est parce que votre vision dogmatique ne vous permet plus de voir net!

Écrit par : Bob Pahud | 12/11/2011

Il n'est pas question de s'impliquer davantage dans le gâchis des deniers européens, mais de faire en sorte que notre monnaie - donc notre économie - ne se déconnecte pas trop de son environnement immédiat, avec lequel elle traite les 2/3 de ses activités.
Quant à ma vision, je préfère encore son dogmatisme à celle de jeunes gens n'ayant comme vision de la guerre que celle des jeux vidéos, celle là mène qui peut paraître fraîche et jolie, tant il est facile de s'y racheter des vies... En plus du fait que parler de dogmatisme au sujet de la proposition ci-dessus me parait un peu déplacé. J'aurais compris "iconoclaste"...
Le dogme c'est plutôt celui, absurde, de l'utilité d'une monnaie forte. Qui n'est vraiment intéressante que pour les étrangers et spéculateurs pariant sur la montée du franc, au détriment de l'économie réelle. Ce qui fait que plus la monnaie baisserait, à partir d'une volonté officielle et claironnée qu'il en soit ainsi et moins cela coûterait à la BNS, car les spéculateurs n'aiment pas perdre de l'argent et donc ils vendraient...
Ah oui, j'oubliais, la force du Franc est utile aussi au citoyen moyen, comme vous et moi... Le jour où nous partons en vacances ou voulons acheter des produits étrangers, y compris du pétrole... Le reste du temps, c'est contraire à nos intérêts.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2011

Si votre solution était adoptée, il se produirait probablement un véritable génocide des retraités. Votre billet est carrément fantaisiste, même si votre idée aiderait à résoudre quelques genevoiseries.
Et décidément, cette indépendance de la Banque centrale, la BNS, et ses décisions prises par un seul homme, me paraît une hérésie totale dans un système qui se prétend démocratique. Entre autres choses, tous les industriels suisses mettent sur le franc fort toutes leurs difficultés. C'est oublier que, franc fort ou faible, ils n'auraient de toute façon aucune commande puisque leurs clients européens sont eux-mêmes dans de très grandes difficultés. Dans quelques temps, les spéculateurs vont s'attaquer au franc et tester sa résistance. On prévoit des pertes de centaines de milliards de francs avec un franc bloqué à 1.20 euro. Alors à 1.6, il vaut mieux s'expatrier avec armes et bagages tout de suite. Rabbit, y a encore des places chez vous en Chine ?

Écrit par : Géo | 12/11/2011

En sortant du cinéma hier soir, où j'ai vu un excellent film, Intouchables, que je recommande à tous, je me suis trouvé dans un ascenseur de parking couvert de graffitis racistes, croix gammées inclues. Je me suis dit alors que les commentaires de blogs, l'annonymat aidant, étaient au discours politique ce que les grafittis de toilettes publiques sont à l'art et à la littérature: un monceau de cochonneries vulgaires d'où émergent miraculeusement, parfois, des textes intéressants.
J'ai donc décidé de ne plus passer que les textes signés de personnes identifiables, en tout cas par moi (ce qui est le cas de Géo, ci-dessus, dont je connais l'identité), dépourvus d'insultes, d'injures ou de xénophobie et si possible intéressants. Ce qui élimine la dizaine de commentaires précédents, de commentateurs qui de plus s'énervent et hurlent à la censure alors que l'on est samedi soir et que j'étais au cinéma. Pour voir cette fois un autre film, dont je tairais le nom par charité confraternelle, car il est digne de figurer parmi les dix plus mauvais que j'ai vu de ma vie... Cela élimine CEDH également, dont les commentaires sont dans l'ensemble intéressant, même si son nationalisme volontiers virulent m'indispose, mais qui refuse obstinément de s'identifier.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2011

A part ça Géo, je ne vois pas le problème par rapport aux retraités ? Si ce n'est qu'ils auraient un peu moins d'avantage à vivre leur retraite à l'étranger ? Mais de là à parler de génocide ???

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2011

Je voudrais encore répondre à la demi-douzaine de personnes qui s'indignent de ma présence dans les blogs de la Tribune et en particulier du texte ci-dessus, au motif que je suis français. J'ai aussi un passeport suisse et le droit de vote. J'ai le droit d'émettre une opinion me semble-t-il ? Ou bien ? Cela s'appelle la démocratie. La dernière fois à ma connaissance qu'un pays a voulu retirer leur nationalité à des gens à qui il l'avait accordée, c'était la France de Pétain, aux juifs arrivés d'Allemagne et de Pologne quelques années auparavant.
Quand bien même je ne serais que français, j'aurais encore le droit d'émettre une opinion, de proposer une idée pour résoudre un (gros) problème. Cela s'appelle la liberté d'expression. L'intolérance d'une partie de la population de ces blogs et des lecteurs de la Tribune de Genève en général m'exaspère. La violence des réactions à l'interview d'Etienne Blanc, député-maire de Divonne par Jean-François Mabut, la semaine dernière, était hallucinante.
Cet élu, responsable français de la commission interministérielle chargée des questions transfrontalières ne faisait que rappeler, poliment et calmement, que la "France voisine" et ses habitants, dont quelques dizaines de milliers de Suisses, faisait aussi partie du paysage lémanique. On a encore le droit d'énoncer un fait, ou bien ?
Que des lascars chauffés à blanc prétendent interdire d'énoncer une vérité, sous des prétextes nationalistes ou autres, c'est extrêmement inquiétant. Si ils sont largement majoritaires parmi les commentaires, ce n'est heureusement pas (encore?)le cas au sein de la société. Ces commentateurs anonymes et désoeuvrés de blogs sont en effet très loin d'être représentatifs. Ils n'en dénotent pas moins l'existence d'un profond malaise. Politiques et médias auraient tort de considérer cela juste comme une opinion parmi d'autres. Ce niveau d'intolérance pose de graves problèmes au vivre ensemble.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/11/2011

J'aimerais aussi répondre aux quelques (rares) vrais arguments qui m'ont été opposés, venant de CEDH et Géo.
Faire baisser la valeur du Franc Suisse face à l'Euro (et du coup aux autres monnaies) ne serait absolument pas une déclaration de guerre à l'euro ! Le Franc et l'Euro ne sont pas en concurrence et le Franc ne représente aucun danger pour la monnaie européenne, qui ne joue tout simplement pas dans la même catégorie. Penser le contraire, c'est juste une forme de mégalomanie. Si la Suisse est le centre géographique de l'Europe, elle n'en est franchement pas la préoccupation principale.
Nous réalisons les 2/3 de notre import/export avec l'UE. Tandis que la Suisse ne représente que 5% de l'import/export de l'UE. Nos rapports avec l'UE sont vitaux pour nous et la valeur de notre monnaie y exerce une incidence fondamentale. Mais dans l'autre sens, ce n'est ni peanuts, ni quantité négligeable, 5% tout de même, mais enfin si les importations en provenance de Suisse augmentaient de 20%, elles passeraient de 5 à 6 % en Europe... tandis que pour notre économie, cela représenterait 15% de taux de croissance du PIB !!!
Dire que ce qui est important c'est le chômage, en considérant comme négligeable la rentabilité des entreprises, c'est oublier que les deux sont intimement liés. Et là, franchement, CEDH, c'est assez nul économiquement. De plus considérer que de toute façon, c'est peine perdue, puisque c'est la crise et que nos clients n'ont plus de quoi acheter, c'est baisser les bras. je vous les croyais plus noueux, Géo...
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il faut adapter nos tarifs et prix de vente aux conditions du marché. Sous peine de mort économique. Pour tout un tas de raisons macro-économiques, politiques et écologiques, les conditions du marché se dégradent brutalement. Pour continuer à vendre (et donc à pouvoir payer des salaires), il faut baisser nos prix. Donc nos coûts. Et ratiboiser nos bénéfices au passage, pourquoi pas, mais cela ne saurait suffire. Le choix quelque part est simple: dévaluer ou délocaliser ?
Ah et puis CEDH, je ne néglige aucunement les différentiels d'inflation. C'est bien à cause d'eux que sur la durée, les différences de coût de la vie sont restées relativement stables sur la période, malgré quelques à-coups momentanés, comme je l'explique dans mon film. Mais il n'en reste pas moins que si un médecin de Saint-Julien a placé ses économies en Francs Suisses en 1960, il est aujourd'hui 5 fois plus riche que s'il les avait placées en Francs français. Et c'est dans le même ordre d'idées avec le dollar ou même le mark. Ce qui évidemment, explique en grande partie l'attirance qu'exerce notre monnaie sur les épargnants du monde entier.
Cela étant, la rumeur sur les marchés qui s'en prendraient au Franc dans les conditions actuelles, je n'y crois guère. Ils n'ont pas intérêt à le faire tant que la BNS est décidé à réagir. La perspective d'y gagner quelque chose face à un institut d'émission est pour le moins ténue. Et les marchés détestent perdre de l'argent inutilement.
Pour ce qui est de mes intérêts personnels, il est certain que de voir baisser le Franc suisse m'arrangerait dans le remboursement du crédit de mon domicile, mais réduirait en revanche mes capacités de dépense quotidienne, comme pour toute personne frontalière. Alors l'un dans l'autre... Un tiers d'avantage pour deux tiers d'inconvénients, vous pensez vraiment que j'émettrais cette idée dans ce but ???
Cela étant, merci CEDH pour vos infos sur le GEAB, qui m'ont mené au LEAP de Franck Biancheri. C'est extrêmement intéressant et fort bien documenté. Cela me donne envie de créer une section suisse de l'IDE (Initiative pour une Démocratie Européenne), le premier parti européen transnational qu'il a créé! Mais cette fois vous êtes prévenu, je ne passerai plus de commentaires sans identification réelle de leurs auteurs.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/11/2011

Philippe Souaille, le talent n'a pas de frontière (le vôtre, bien sûr) et malgré des dissensions, des incompréhensions quant à la marche du monde et les difficultés de vivre ensemble, les personnes de bonne volonté trouvent toujours des solutions. Genevois Pluriels sortira en DVD, je ne manquerai pas de l'acheter.
Trés bonne analyse pour l'anonymat sur les blogs. Je l'avais défendu autrefois mais je constate que beaucoup de commentaires sous couvert d'anonymat nuisent à la qualité de l'article du blogueur, enlèvent le vrai sens du débat. Certains arrivent même à faire abandonner aux lecteurs le plaisir de lire.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 13/11/2011

Très franchement, je ne crois pas que vous répondez à la question que je me pose. Je vais la formuler en développant un peu plus. Sachant que nous prenons (pardon, que Philipp Hildebrand prend...) de très gros risques inflationnistes dans les semaines ou mois qui viennent, ne faudrait-il pas ouvrir les yeux et essayer de comprendre que les difficultés de l'industrie suisse ne sont pas dues à la seule cherté du franc relativement à l'euro, mais aussi au fait que la demande de ses produits a fortement diminué ?
Cela dit, je sais que je ne suis pas très doué en sophistications économiques et financières. Je vais donc utiliser une métaphore chevaline. A 15 ans, je me suis passionné pour les chevaux et je payais mes heures d'équitation en travaillant comme palefrenier. Celui qui tient la jambe du cheval quand le maréchal-ferrant pose le fer, par exemple. Quand le cheval se sent bien soutenu (trop soutenu), il met tout son poids sur la jambe que tient l'aide du forgeron.
Si vous dites aux spéculateurs que vous garantissez le prix de l'euro à 1.20, leur réaction naturelle sera de l'utiliser pour leur profit. Comme si vous décidiez que le prix du carburant était fixé à 1 franc le litre pour favoriser l'économie : imaginez un peu ce qui va s'en suivre...
On lit que Georges Soros a fait plonger la livre sterling pour les mêmes raisons : je serais très reconnaissant à un économiste de passage de nous expliquer comment cela se passe.
Quand le franc suisse aura perdu beaucoup de sa valeur suite à l'émission massive de la BNS, tout sera beaucoup plus cher en Suisse, en particulier les hydrocarbures, et les retraites ne seront certainement pas indexées. La Suisse va réapprendre ce qu'est la pauvreté qui était son lot jusqu'au début du XXème siècle...
Mais on s'évitera les 80'000 personnes par an qui débarquent dans ce pays pour trouver du travail, ce qui est, il est vrai, une très, très bonne chose. Quoi qu'en pense le marigot rad/soc...

Écrit par : Géo | 13/11/2011

Géo, je ne suis pas plus économiste que vous, mais j'ai peut-être de meilleures sources. Concernant votre première question, oui, bien sûr, c'est évident, en période de crise économique et de récession, les carnets de commande rétrécissent et cela touche directement nos entreprises. A des degrés divers cependant puisque le luxe par exemple, spécialité genevoise, continue pour l'heure de se bien porter, soutenu par la croissance asiatique. De même que les médicaments, à priori, ne devraient pas être sensibles aux activités cycliques. Mais de toute manière, un franc surévalué n'aide en aucun cas au maintien des exportations !
Pour ce qui est de la spéculation sur le Franc, il ne faut pas confondre. Le coup de génie de Soros a été de parier que la Livre allait devoir baisser, pour des raisons macro-économiques (découlant à l'époque des intérêts économiques vitaux de la Grande-Bretagne) et donc sortir du SME qui allait en sens contraire de ces intérêts. La spéculation, en fait ne faisait qu'accompagner et précipiter le mouvement.
Pour ce qui concerne le Franc, on est exactement dans le cas contraire. Les intérêts économiques vitaux de la Suisse incitent à faire baisser la monnaie. Et lorsqu'on est un institut d'émission, cela ne coûte pas grand chose de faire baisser sa propre monnaie, puisqu'il suffit d'imprimer des billets et d'acquérir avec d'autres monnaies. Les spéculateurs devraient nager à contre-courant de cela, et à priori ont toutes les chances d'y perdre leur chemise.
Ce qui fait que la BNS a d'ailleurs eu bien moins à imprimer que prévu, il a suffi d'un simple effet d'annonce pour calmer tout le monde. Faire remonter sa monnaie, c'est beaucoup plus compliqué, puisqu'il faut la racheter avec ses réserves en or ou dans d'autres monnaies, pour la détruire ou la planquer dans un coffre et surtout ne plus s'en servir, afin d'assécher le marché. Ce qui coûte vraiment.
Par contre, il est certain que de faire baisser le Franc renchérit les biens importés, comme le pétrole et en fait tout ce que nous consommons. Mais ce qui se passe là, c'est juste le rééquilibrage (nécessaire à mon avis, car il y avait déséquilibre, et potentiellement d'une grande instabilité) d'une situation qui découle de plus d'un demi-siècle de différentiel de change favorable à la Suisse. La bonne santé globale de notre économie, notre stabilité politique et surtout notre rôle de coffre-fort du monde ont fait caracoler la valeur du Franc au-dessus de toutes les autres monnaies presque sans interruption depuis la seconde guerre mondiale.
Si votre parabole palefrenière est pertinente, c'est bien là. Les entrepreneurs ont du s'y adapter et y sont dans l'ensemble parvenus (ils y trouvaient aussi des avantages, comme de s'y financer à meilleurs compte que partout ailleurs dans le monde), mais pour le pays profond, c'est une béquille qui nous a donné de forts mauvaises habitudes. La productivité horaire des travailleurs suisses, par exemple, n'est pas bonne, nettement moindre que celle des français. Et ne parlons pas de celle des chinois !
Or nous sommes bien mieux payés. Dans un monde ouvert, cela ne peut pas durer éternellement et il doit y avoir des rattrapages. Et dans un monde fermé, c'est pire, parce que dépourvus de matières premières et de débouchés, nous nous retrouvons effectivement au XIXème siècle, lorsque les jeunes suisses crevant de faim partaient s'engager avec des contrats de quasi-esclaves dans les plantations du Brésil ou d'ailleurs.
La solution, c'est évidemment de maintenir l'ouverture (les propositions de l'UDC en la matière sont juste suicidaires), en acceptant de s'amputer d'une partie de notre niveau de vie surévalué (ce qui ne pourra pas faire de mal à notre environnement), tout en développant nos savoirs-faire, qui sont bien réels, en matière de technologie, de finances, de luxe, de services et notamment aussi de gouvernance mondiale, pour ce qui concerne Genève.
Et de trouver, très vite, en parallèle, des pistes pour occuper ceux de nos concitoyens ou résidents qui n'auraient pas les capacités nécessaires à travailler dans ces secteurs à très haute valeur ajoutée.
Quant aux retraités, Géo, pour sûr, votre situation ne sera peut-être pas celle dont vous aviez rêvé. Mais pensez un peu aux mômes qui doivent aujourd'hui rentrer dans l'âge adulte ? Il y a de quoi flipper ! Mais pour ce qui vous concerne, vous avez des solutions de repli: quelques mois par année passés dans les verdoyantes collines du Fouta Djalon, ça permet des économies substantielles, non ? Bon, faut pas oublier, son Lariam, mais les tisanes de citronelle, matin et soir, c'est à mon avis tout aussi efficace, à titre préventif, contre le paludisme :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 14/11/2011

Les gens qui craignent les retours de manivelle sur le blocage du cours du franc relativement à l'euro pensent à des délais plus importants. On verra bien dans quelques semaines ou mois où nous en sommes. Sur la plus grande productivité française par rapport à la suisse, je dois avouer que je n'arrive pas à y croire. C'est subjectif, mais il suffit d'attendre à la caisse d'un super-U pour se poser des questions...
Et dans les solutions que vous proposez, vous oubliez de parler du problème de tous ces gens très qualifiés parfois qui viennent chez nous. Qu'allons-nous faire de tous les gens d'ici qui n'ont pas leurs qualifications et qui ne trouvent plus de travail ? A la poubelle ?
Vous rendez-vous compte à quel point cette défense des sans-papier, cette xénophilie exacerbée des gens de gauche est en réalité complétement élitiste, reaganienne et totalement inhumaine ? Le monde appartient aux meilleurs, quelle que soit leur origine, leur race, leur culture, leur nationalité (on est tous des citoyens du monde, gnagnagna...) ???
Avant de penser au Fouta Diallon, qui est effectivement une magnifique région, je me souviens avec de plus en plus de nostalgie du Mozambique et en particulier de cette maison de Ibo que je n'ai pas achetée. Une de mes nombreuses erreurs...Bref.
PS. Oubliez le Lariam, produit hyper-dangereux et très cher prescrit par les médecins suisses aussi inféodés à la chimie bâloise qu'incultes en matière de palu. Si vous êtes dans une zone impaludée, prenez les précautions normales. Répellent, ne pas lire sur la terrasse avec son sundowner pour la beauté du coucher de soleil, chemise blanche à longues manches, jamais de nu-pieds, toujours une moustiquaire pour la nuit. Si malgré tout cela, vous ressentez des symptômes, testez-vous avec un test p.ex Acon et si positif, utilisez les nouveaux produits à l'Artemisia + autre molécule. Par ex Co-Arinate de Dafra pharma, au prix de 2 ou 3 francs si vous l'achetez en Afrique. Très franchement la meilleure solution...

Écrit par : Géo | 14/11/2011

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