24/11/2011

Un PG ou bien deux ?

Lors du vote de l'assemblée des délégués du PLR, je me suis abstenu. Pour au moins deux raisons. La première étant que j'ai une affaire pendante devant le Procureur Général, pour des motifs politiques m'opposant à M. Nidegger, et que je ne sais si cette affaire sera terminée avant la mise en place du nouveau. J'aime mieux ne pas être "juge et partie", d'autant que l'actuel PG est déjà dans une situation inconfortable à mon égard, puisque j'ai fait partie de son équipe de campage pour assurer son élection. Selon la décision qu'il rendra dans l'affaire m'opposant  au candidat UDC, il pourrait être accusé de me renvoyer l'ascenseur ou au contraire de rendre allégeance à la droite de la droite, qui préfèrerait oublier certaines réalités historiques.

Ces complications découlent directement du caractère politique de l'élection du Procureur Général, alors même que la logique et l'opinion publique réclamerait que la Justice soit apolitique.

La deuxième raison est que je ne savais vraiment pas qui choisir. En fait je pense que les deux ensemble feraient le plus fantastique ticket que l'on puisse rêver. Cela n'est malheureusement pas possible, sauf si aujourd'hui M. Jornot prenait M.Peilla en croupe pour lui assurer un rôle de courroie de transmission avec les personnels du Palais. Une fonction nouvelle qui risque de s'avérer nécessaire.

Le juge Peilla a derrière lui une carrière unanimement saluée de juge intègre mais aussi de gestionnaire. Il connait le palais comme sa poche. Il a non seulement traité de très grosses affaires, mais aussi contribué à accélérer la vitesse à laquelle elles étaient traitées. Il n'a en revanche guère d'expérience politique et de contact avec le parlement, ce qui sera pourtant décisif dans l'obtention des moyens nécessaires à la mise en place du nouveau code de procédure pénal. Et en réponse à ma question sur ce plan, il n'a fait que confirmer l'importance du dossier, sans éclaircir la manière dont il comptait s'y prendre.

L'avocat Jornot a pour lui de connaitre le parlement comme sa poche et le Palais comme défenseur des justiciables. Ce qui n'est pas rien. Je n'ai pas d'avis sur le dilemne consistant à nominer un membre du sérail ou quelqu'un de l'extérieur. Les deux me semblent également pertinents et en tout cas moins importants que la personnalité du nominé elle-même. Le fait qu'il soit un ancien Vigilant ne me gêne pas plus de 2 secondes. Le temps de penser que j'étais moi-même trotskiste au même âge. Il en a sans doute gardé des traces, mais j'ose espérer que c'est dans la droiture d'esprit plutôt que dans la droitisation des idées. J'Ignore si M. Jornot a des compétences de gestionnaire, son CV ne les met pas en avant. Il a en revanche du dynamisme, de la volonté et apparemment un profond désir d'être utile et objectif. Ne le connaissant pas, je ne peux que lui faire crédit et visiblement les deux candidats se complèteraient à merveille. Seulement il fallait bien en choisir un pour mener la barque. M. Jornot a fait une forte impression sur les délégués, espérons que sa plaidoirie, que je crois sincère en fasse autant sur les députés. Car s'il fait ce qu'il dit, comme il l'a dit, il sera un excellent PG.

Plusieurs délégués se sont exprimés, mardi soir pour souhaiter que cette élection se fasse sur la base de nos principes plutôt que sur de sombres calculs politiciens. Je n'aime pas trop cette idée de vouloir "clarifier" la politique qui n'aboutit souvent qu'à d'autres turpitudes et désirs de "pureté", qu'elle soit idéologique ou autre... La politique est un panier de crabes, c'est dans sa nature même et le contraire, ce n'est pas un vol de colombes, mais la guerre, structurée et frontale. Le fait de ne pas vouloir nommer un candidat consensuel pour ne pas être otage de la gauche risque bien de n'aboutir qu'à nous retrouver otages de l'extrême-droite.  Le PLR ayant 31 députés, il lui en faudra plus pour faire élire M. Jornot. Où les trouver ? Sans accord, cela parait perdu d'avance. Avec qui et moyennant quelles éventuelles contreparties ?

 

 

Commentaires

J'apprécie votre manière intelligente de défendre vos sujets, et ce de manière générale. Par ailleurs la question que vous posez au sujet d'une clarification de la politique, que vous mettez en opposition avec le choix d'un candidat consensuel, m'interpelle depuis longtemps.
Il faut bien reconnaître que le choix consensuel, même au PLR, est l'option la plus répandue. La question qui me turlupine souvent est : pourquoi présente-t-on ce choix comme consensuel ? Parce que c'est un homme peu marqué politiquement et qu'il n'effraie pas nos adversaires du centre ? Parce que c'est une femme et que la gauche votera pour une femme ? Parce qu'il est du sérail et que le sérail pèsera sur la décision ? Les raisons de flatter le plus grand nombre sont nombreuses et j'en oublie sûrement...
Mais ce que l'on risque, à mettre le consensus en tête de nos priorités, c'est de laisser échapper celui ou celle qui nous paraît être, objectivement, le ou la meilleure pour le poste. Pour la seule raison qu'il pourrait ne pas être élu. Et cela nous arrive de plus en plus souvent, dans toutes les strates du pouvoir politique.
Ce qu'il faudrait un jour prendre en compte, parallèlement, c'est le désintérêt grandissant de nos électeurs pour la politique et le nombre, inexorablement haut, des abstentionnistes. Hors des partis populistes, la politique ne fait plus vibrer. Et bien moi, j'ai envie qu'elle me fasse vibrer. J'ai besoin que l'on fasse des choix que je peux défendre avec enthousiasme. Que je peux soutenir ensuite dans la réussite comme dans l'échec parce que je ne les ai pas approuvés pour de mauvaises raisons et que je suis en paix avec moi-même.
Quant aux tractations politiques, elles sont l'affaire des négociateurs. J'aime à penser qu'elles doivent suivre nos choix et non les précéder.

Écrit par : Christiane Favre | 25/11/2011

Merci de votre commentaire, qui est fort pertinent. Je vous rejoins, mais je crois que les choses iront beaucoup mieux lorsque nous aurons aussi pu choisir les limites des engagement et accords que nous sommes prêts à passer, bref la géométrie de notre politique. Ce qui est heureusement prévu pour une prochaine assemblée. Dommage que l'actualité chargée ne nous ait pas laissé le temps de délimiter ces choix auparavant.
Un candidat est là pour porter une politique. Mais un candidat brillant et sélectionné qui n'a aucune chance d'être élu n'a... aucune chance d'être élu ! Donc de porter sa politique. A fortiori si le candidat ou la candidate ne semble guère avoir la carrure du poste et n'est là que pour tester le marché. Ce n'est absolument pas le cas d'Olivier Jornot, mais cela s'est vu dans le passé.
La politique à appliquer au Palais ne prête guère à discussion. Le consensus est large. Ce qui tombe bien, je suis personnellement plus attiré par le consensus que par les positions extrêmes. Pas seulement en politique. Même si j'ai aussi tendance à m'enthousiasmer et à m'emporter, j'ai souvent constaté que ce qui s'approchait du "juste milieu" (dans tous les domaines) bien que moins spectaculaire, limitait les risques...
C'est d'ailleurs le secret de la réussite helvétique: avancer tranquillement mais sûrement avec des oscillations de faible ampleur autour de notre axe de progression, là où la France, par exemple, avance quasmment au même rythme de fond sur le même axe, mais avec des oscillations de bien plus grand ampleur. Ce qui ne va pas sans désordres et gricements de dents.
Hormis peut-être sur la manière, la politique appliquée et applicable au palais ne devrait guère varier, quel que soit l'élu le 1er décembre. C'est donc plus une question de susceptibilité partisane que d'idéologie. Contrairement à la réelection de Daniel Zappelli qui s'était faite sur les priorités des types de criminalité à combattre. Le peuple avait tranché à 58% pour la sécurité et "Zap". Gageons que même le PS aura retenu la leçon.
Personnellement, je n'ai guère de susceptibilité partisane. Mais je préfère de loin m'allier au PDC, avec lequel, à mon sens, nous n'avons aucune divergence de fond (et globalement moins de divergences qu'il peut en exister parfois au sein même du PLR) qu'avec le MCG (éclaboussé ce matin par un nouveau scandale de son parti frère vaudois). Ou l'UDC.
Pour faire élire Daniel Zappelli, nous n'avions rien eu à donner en échange. est-ce encore le cas? La fuite d'une partie de nos électeurs (et de ceux de la gauche) vers ces partis nous pose de gros problèmes. Nous les récupérerons (ceux-là ou d'autres) en étant plus efficaces, plus pertinents, ce que nous ne sommes pas toujours. Je suis effaré, en tant qu'acteur du monde culturel, que mon parti n'ait pas été représenté au récent séminaire organisé par le RAAC. Certes un nid de gauchistes et de socialistes, mais nous devrions pouvoir nous y exprimer comme le PDC l'a fait.
Malheureusement, il n'y a même pas, à ma connaissance, de commission culturelle cantonale au PLR ! Ce bien que la plupart des institutions phares de ce qui fut longtemps la "contre-culture" doivent leurs existences à Guy-Olivier Segond, puis furent largement soutenues par Mme Brunschwig-Graf...
Je suis effaré de même de constater la méconnaissance des dossiers transfrontaliers chez nombre de nos élus (heureusement pas tous), quand bien même une part essentielle de nos électeurs est partie vivre de l'autre côté de la frontière. Au moins autant, si ce n'est plus que ceux partis voter pour les populistes. Dans ce domaine heureusement, une commission a été mise en place et va s'atteler à la tâche.
Nous sommes un nouveau parti, qui doit encore apprendre à s'organiser. L'ambition en politique est essentielle. Mais le pragmatisme aussi. Et pour affronter la crise qui grossit à l'horizon et qui cette fois ne va pas nous épargner (nous=Genève), c'est à mon avis de direction consensuelle au centre dont nous avons besoin. Plutôt que de s'arc-bouter sur les bords de l'échiquier.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/11/2011

La fonction de Procureur général ne peut plus être maintenue telle qu'elle est.

Le Procureur général ne peut plus être à la fois tête du Ministère public et Grand ordonnateur et représentant du Palais de justice. Cela est trop pour un seul homme.

Zappeli déclarait avant la modification de la procédure pénale qu'il passait 70 % de son temps au parquet et 30 % à la commission de gestion. Depuis lors, le parquet a explosé à 35 procureurs. Le palais a explosé en nombre et en lieux. Que des réformes en cours aient des raté(e)s, il ne faut pas s'en étonner.

Aucun des candidats ne vous rappellera cette évidence, l'un par habilité politique et l'autre à raison de la mégalomanie inhérente à sa personnalité.

Il faut créer le poste de Magistrat en charge du Palais.

Écrit par : CEDH | 26/11/2011

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