24/11/2011

Un PG ou bien deux ?

Lors du vote de l'assemblée des délégués du PLR, je me suis abstenu. Pour au moins deux raisons. La première étant que j'ai une affaire pendante devant le Procureur Général, pour des motifs politiques m'opposant à M. Nidegger, et que je ne sais si cette affaire sera terminée avant la mise en place du nouveau. J'aime mieux ne pas être "juge et partie", d'autant que l'actuel PG est déjà dans une situation inconfortable à mon égard, puisque j'ai fait partie de son équipe de campage pour assurer son élection. Selon la décision qu'il rendra dans l'affaire m'opposant  au candidat UDC, il pourrait être accusé de me renvoyer l'ascenseur ou au contraire de rendre allégeance à la droite de la droite, qui préfèrerait oublier certaines réalités historiques.

Ces complications découlent directement du caractère politique de l'élection du Procureur Général, alors même que la logique et l'opinion publique réclamerait que la Justice soit apolitique.

La deuxième raison est que je ne savais vraiment pas qui choisir. En fait je pense que les deux ensemble feraient le plus fantastique ticket que l'on puisse rêver. Cela n'est malheureusement pas possible, sauf si aujourd'hui M. Jornot prenait M.Peilla en croupe pour lui assurer un rôle de courroie de transmission avec les personnels du Palais. Une fonction nouvelle qui risque de s'avérer nécessaire.

Le juge Peilla a derrière lui une carrière unanimement saluée de juge intègre mais aussi de gestionnaire. Il connait le palais comme sa poche. Il a non seulement traité de très grosses affaires, mais aussi contribué à accélérer la vitesse à laquelle elles étaient traitées. Il n'a en revanche guère d'expérience politique et de contact avec le parlement, ce qui sera pourtant décisif dans l'obtention des moyens nécessaires à la mise en place du nouveau code de procédure pénal. Et en réponse à ma question sur ce plan, il n'a fait que confirmer l'importance du dossier, sans éclaircir la manière dont il comptait s'y prendre.

L'avocat Jornot a pour lui de connaitre le parlement comme sa poche et le Palais comme défenseur des justiciables. Ce qui n'est pas rien. Je n'ai pas d'avis sur le dilemne consistant à nominer un membre du sérail ou quelqu'un de l'extérieur. Les deux me semblent également pertinents et en tout cas moins importants que la personnalité du nominé elle-même. Le fait qu'il soit un ancien Vigilant ne me gêne pas plus de 2 secondes. Le temps de penser que j'étais moi-même trotskiste au même âge. Il en a sans doute gardé des traces, mais j'ose espérer que c'est dans la droiture d'esprit plutôt que dans la droitisation des idées. J'Ignore si M. Jornot a des compétences de gestionnaire, son CV ne les met pas en avant. Il a en revanche du dynamisme, de la volonté et apparemment un profond désir d'être utile et objectif. Ne le connaissant pas, je ne peux que lui faire crédit et visiblement les deux candidats se complèteraient à merveille. Seulement il fallait bien en choisir un pour mener la barque. M. Jornot a fait une forte impression sur les délégués, espérons que sa plaidoirie, que je crois sincère en fasse autant sur les députés. Car s'il fait ce qu'il dit, comme il l'a dit, il sera un excellent PG.

Plusieurs délégués se sont exprimés, mardi soir pour souhaiter que cette élection se fasse sur la base de nos principes plutôt que sur de sombres calculs politiciens. Je n'aime pas trop cette idée de vouloir "clarifier" la politique qui n'aboutit souvent qu'à d'autres turpitudes et désirs de "pureté", qu'elle soit idéologique ou autre... La politique est un panier de crabes, c'est dans sa nature même et le contraire, ce n'est pas un vol de colombes, mais la guerre, structurée et frontale. Le fait de ne pas vouloir nommer un candidat consensuel pour ne pas être otage de la gauche risque bien de n'aboutir qu'à nous retrouver otages de l'extrême-droite.  Le PLR ayant 31 députés, il lui en faudra plus pour faire élire M. Jornot. Où les trouver ? Sans accord, cela parait perdu d'avance. Avec qui et moyennant quelles éventuelles contreparties ?

 

 

22/11/2011

CHF 4000.- de salaire minimal, c'est jeter de l'essence sur l'incendie.

Les économistes le disent, le salaire minimal ne favorise pas l'emploi dans les économies qui le pratiquent.  Dans le cas de Genève, il serait même suicidaire.  Rappelons que nous sommes entourés sur l'essentiel de nos frontières par un pays où le salaire minimal est plus de deux fois inférieur. Certes pour 35h et avec l'assurance maladie payée, mais tout de même. Le principal problème de l'emploi à Genève, ce n'est pas le dumping sur les salaires (même si le cas peut se produire), mais le dumping sur les compétences. Du fait d'un niveau de vie survalorisé en comparaison internationale, du à la valeur refuge du Franc. Ce qu'un salaire minimum ne fera que renforcer.

Le problème N° 1 de l'économie genevoise, c'est la surévaluation de la monnaie nationale, due moins à la spéculation internationale stricto sensu qu'au fait qu'elle est une valeur refuge et que la crise perdure. Crise qui de manière globale découle du coût trop élevé - donc non concurrentiel - de la main d'oeuvre occidentale. C'est un facteur aussi essentiel dans le déclenchement de la crise (à savoir l'incapacité de l'occident à générer de la croissance) que notre surendettement. Surendettement causé en grande partie par l'inflation de dépenses (notamment sociales) que nous avons créé ces dernières décennies.

Donc en résumé, créer un salaire minimal de fait plus élevé que les plus bas salaires existant, c'est jeter de l'essence sur l'incendie. A moins que dans le même temps, une dévaluation compétitive du Franc l'arrime à l'euro à 1.60, comme je le proposais, ou même à 1,80, ce qui parait extrêmement peu probable.

J'entends déjà des commentaires idiots du genre: "on vous l'avait bien dit, il suffit de fermer les frontières". Or le Conseil d'Etat (et François Longchamp en particulier), fait déjà tout ce qu'il est légalement et économique possible de faire en sachant que :

1) Nous sommes liés par des accords de libre circulation avec l'UE

2) Le peuple les a largement acceptés en votation

3) L'économie cantonale dépend aux 3/4 de nos exportations et fermer les frontières déclencherait une récession dramatique

4) L'étonnante santé économique de Genève ces 4 dernières années - qui nous a préservé de la crise depuis 2007 - découle largement de la libre circulation qui a permis l'installation de sociétés dynamiques. Avec les conséquences ressenties sur le prix du logement.

Cela c'est le passé. Le présent, et l'avenir, c'est que la crise nous rattrape. Les banques licencient, nos Etats voisins ont de plus en plus de mal à se financer, notre endettement va cesser de se réduire pour augmenter à nouveau et le mot d'ordre tous azimuths est : réduisons la voilure!

Dans ce contexte, introduire un salaire minimum parait non plus hasardeux, comme il y a deux ans, mais purement suicidaire. Notre problème, à tous, en tant que Suisses et Genevois en particulier, c'est notre richesse. Du haut en bas de l'échelle. Du banquier privé milliardaire à l'assisté qui vit avec CHF 2500.- par mois d'aide sociale. Ce qui est, en certains pays d'Afrique, un salaire de ministre. Alors certes, nourriture et logement sont plus chers à Genève qu'à Lomé, mais pas les télévisions, les scooters, les téléphones portables et tout ce qui fait la vie quotidienne d'un humain du XXIème siècle.  Si l'on continue de vouloir monter la barre alors que le monde entier et la réalité nous hurle qu'il faut la descendre, nous allons au-devant d'une gamelle magistrale.

Ah et puis aussi, lorsque je lis des commentaires affirmant qu'un salaire inférieur à CHF 4000.- mensuel à Genève serait de l'esclavage, je me mets à rêver, juste à rêver, parce que je ne suis pas méchant: que ceux qui écrivent cela se retrouvent quelques heures ou quelques jours (s'ils survivent) dans la peau d'un esclave. Un vrai. Comme dans le film Case Départ: fouetté, battu, violé, humilié, amputé, affamé, transplanté, séparé, étouffé... Histoire d'apprendre à savoir raison garder.

 

 

15/11/2011

Supprimer les déductions fiscales sur le trajet domicile-travail serait une mesure juste, mais impopulaire...

La fiscalité reste l’un des rares outils  à disposition du politique, pour orienter les choix de société indispensables au bien commun. Ou tout simplement pour s’adapter à l’évolution des conditions cadres.  C’est pourquoi les changements prévus par la constituante sur le lieu d’imposition sont si importants. Ils vont rendre aux communes la motivation à construire du logement et les moyens de le faire.  En plus de répartir plus rationnellement ce qui doit être du ressort du canton ou des communes, réduisant ainsi les doublons administratifs ou législatifs inutiles et coûteux entre l’Etat et la Ville.

Rendre aux communes le désir et les moyens de construire du logement, c’est contribuer à résoudre le problème No1 des genevois, le prix du logement, tout en réduisant l’impact déplorable sur l’environnement des déplacements pendulaires. Pourtant, ce remède embête la gauche, qui s’y oppose pour des raisons strictement électoralistes : cela réduira les moyens financiers de la gauche toute puissante en Ville de Genève, ou en tout cas ses sphères d’influence si la réduction des recettes est compensée par un transfert des charges…

Du coup, même les verts pastèques s’y opposent, comme d’ailleurs ils s’opposent aux constructions nouvelles un peu partout dans le canton. Par pure démagogie. Car le bien commun (d’un point de vue écolo) commanderait de construire le plus près possible du centre logements et bureaux, pour concentrer l’activité là où les déplacements seront le plus réduits. Mais voilà, personne ne veut d’une densification à côté ou au-dessus de chez soi… De même que nous avons tous du mal à comprendre qu'il n'est pas possible de n'avoir toujours que les avantages  en évitant les inconvénients. Or que ce soit dans la vie quotidienne, individuellement, ou dans la gestion des affaires publiques, rien n'est jamais parfait. Aucune mesure, la plus utile soit-elle ne peut prètendre être exempte de défauts.

Curieux tout de même, dans la logique écologiste, que l’argument utilisé pour le déplacement des légumes ne le soit pas pour ceux des gens, pourtant autrement plus polluants… De la démagogie, je vous dis. Vous en voulez la preuve ? Dans mon dernier film, « Genevois Pluriels », plus précisément dans sa 2ème partie « La Ville frontière », qui sort ces jours en dvd dans le commerce (et sera visible sur grand écran au Grütli – Fonction Cinéma – les 23, 26 et 27, puis le W.E. de l’Escalade), je suggère une mesure qui bien que potentiellement très efficace, ne sera sans doute reprise par aucun parti politique. Pas même par les écologistes. Cae elle est carrément anti-électoraliste...

Il s’agit de supprimer toutes les déductions fiscales pour les trajets domicile-travail. Qu’elles soient effectuées en voiture ou en transport public. Dans un contexte où l’Etat se demande comment il finira ses fins de mois l’an prochain, il y aurait là de quoi dégager une bonne moitié du déficit prévu… Plutôt que d’augmenter les impôts, ce qui risque de devoir se produire tôt ou tard si la crise se prolonge (au même titre que les prestations seront réduites et que les fonctionnaires devront se serrer la ceinture), on aurait là une mesure logique et responsable.

Il n’est en effet pas très juste que le choix de s’éloigner de son lieu de travail – écologiquement néfaste - soit compensé fiscalement. Tandis que le choix de s’en rapprocher, qui coûte généralement en loyer plus élevé, ne l’est pas. Il est évident que cette mesure doit s’appliquer également aux frontaliers (qu’ils soient suisses ou français), mais pas qu’aux frontaliers.   Le gain permettrait dans un premier temps de contenir le déficit de l’Etat, puis dès la croissance revenue, de financer l'achèvement des travaux d'infrstructure nécessaires à Genève. Réseaux de trams et RER, mais aussi une traversée, qui détournerait du centre-ville les véhicules qui n’ont rien à y faire… Et permettrait d’améliorer les conditions de transport pour tous, à défaut de les subventionner fiscalement !

12/11/2011

La solution aux problèmes de la région: un Franc indexé à l'euro à 1.60

Le débat suscité par l'avant première de mes deux films Genevois Pluriels (*) est passionnant. Comment faire pour résoudre les problèmes de bon voisinage et améliorer la cohabitation des deux côtés de la frontière? Au lieu de se résorber, malgrés les déclarations de bonnes intentions, les disparités vont en s'accroissant, à tel point que l'on peut penser que c'est peine perdue. Ce n'est pas un hasard si le Conseil d'Etat semble s'engouffrer dans une démarche pro-active en direction de Lausanne, parfaitement justifiée par ailleurs, à condition de ne pas oublier la région pour autant. Il serait dommage qu'il ne s'agisse là que d'un énième abandon par Genève de son arrière pays, comme ce fut le cas déjà en 1815 et 1860, pierre d'achoppement à l'époque entre radicaux régionalistes et libéraux isolationnistes...

Si Berne voulait bien, il y aurait aujourd'hui, une solution simple pour remettre les pendules à l'heure. Pas bon marché, à priori, mais à moyen terme, il est probable que tout le monde y gagnerait. Il suffit de revenir au taux de change en vigueur à l'époque de la création de l'euro, soit environ 1,60 CHF pour 1 € (1.61 en fait) et de s'y tenir. Les prix dans le Genevois français remonteraient, ce qui réjouirait d'aise le commerce genevois. L'attractivité des salaires helvétiques perdrait un peu de sa superbe, ce qui oxygènerait le marché de l'emploi pour les résidents genevois. L'attractivité de l'immobilier frontalier serait également réduite... Tandis que les frontaliers, suisses ou français, ayant pris des crédits immobiliers en Francs suisses (la majorité) verrait la valeur de leur bien regagner du terrain sur les sommes à rembourser. Les banques ayant prêtées feraient la grimace, mais qui va les plaindre ?  En échange, les frontaliers, suisses et français, feraient nettement moins figure de rois du pays, mais comme ils ne doivent ces privilèges qu'au simple fait de leur statut frontalier, cela rétablirait l'équité et réduirait les tensions sociales.

La valeur de la monnaie dépend en principe de son économie, sauf pour le Franc Suisse qui depuis des décennies, n'est qu'un yoyo suivant les vagues de la spéculation financière et de l'attractivité qu'exercent encore nos coffres sur de larges pans des fortunes mondiales. Pour mémoire, un Nouveau franc français valait pile (et face) un franc suisse à sa création en 1960. En quarante ans la valeur du Franc suisse avait été multipliée par 4, bien que les économies se développeent grosso modo en parrallèle, avec toujours un léger avantage à la Suisse. Or s'il est prestigieux d'avoir une monnaie forte et agréable de pouvoir se payer des palaces à l'étranger, pour l'économie réelle, c'est une contrainte énorme. D'où l'existence de dévaluations pour relancer les économies en mal de compétitivité, ou même dans le cas de la Chine, une monnaie sciemment et méthodiquement sous-évaluée, facteur clé de son succès. On glose énormément sur les salaires de misère chinois ou vietnamiens, mais à l'intérieur, les prix sont en rapport et les gens ne vivent pas si mal que cela... Tant qu'ils ne sortent pas ou n'ont pas besoin de produits importés.

Le problème, c'est que pour faire baisser le Franc, il faudrait faire tourner la planche à billets. Ce qui aurait certainement des conséquences néfastes (aucun remède n'est exempt d'effets secondaires). Cependant, cela réduirait le coût réel de la dette publique, on le sait plutôt élevée à Genève.   En valeur absolue par habitant elle est même comparable à celle de la France (26 600 Francs de dette à Genève, sans compter la dette fédérale) pour 26 600 euros de dette en France. Sauf que le calcul est faussé à Genève, si l'on ne tient pas compte du fait que plus de la moitié de la population active réside hors du canton. Ce qui montre bien l'importance fondamentale de la région. D'ailleurs si l'on ne tenait compte que du PIB genevois par habitant en négligeant les résidents vaudois ou français, on obtiendrait plus de 90 000 francs par habitant, de très loin le PIB/h le plus élevé du monde !

En faisant tourner la planche à billets, comme elle a d'ailleurs déjà commencé à le faire, la BNS tendrait dangereusement vers le modèle étasunien du jeu de l'avion, mais paradoxalement, elle se rapprocherait aussi des besoins de l'économie réelle en se détachant de sa dépendance à la finance et aux spéculations. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. En tout cas pas éternellement. Il arrive un moment où il faut faire des choix. Réduire les différences entre le pays et son environnement me parait un bon moyen d'atténuer les déséquilibres et les facteurs de déstabilisation.

(*) : Genevois Pluriels (La Ville frontière), qui sort la semaine prochaine en DVD (dans tous les bons magasins) et la semaine suivante en salle (Fonction cinéma au Grütli les 23,26 et 27 dans un premier temps) dresse un état des lieux de la région et de ses problèmes. Il en interviewe également les principaux intervenants. En plus d'en reconstituer les principaux épisodes historique, dans un film d'introduction: "Comment l'Esprit vint à Genève".

08/11/2011

CEVA, influences régionales: la pensée tortillante de Dr Law & Mr Promo

Amusant, le blog de Me Poggia ce matin, qui s'en prend une fois de plus au CEVA et aux frontaliers, en dénonçant... les surcoûts et le fait qu'il manque toujours 3% du financement français, soit environ 10 millions.

Parlant de financements, il oublie bien sûr de mentionner qu'il est directement responsable d'une partie de ces surcoûts, et de manière totalement inutile puisqu'ils découlent directement des retards qu'il a lui-même imposé au projet par ses recours successifs. Recours, qui au final auront surtout servi à renchérir le projet, à embêter tout le monde... et à Me Poggia à se faire de la pub, ce qui lui est interdit comme avocat, mais pas comme politicien. Dans ce cas, c'est même l'essentiel du job... Dr Law & Mr Promo...

Concernant le petit morceau de financement manquant, Me Poggia se réfère aux déclarations anti-CEVA de Bernard Accoyer, qui est Maire d'Annecy et président de l'Assemblée Nationale, ce que Me Poggia met en avant. Evidemment, devenir maire de Genève ou président du Conseil National, Me Poggia, cela le fait d'autant plus rêver qu'il y a peu de chances que cela lui arrive, mais Bernard Accoyer c'est surtout le député-Maire d'une ville qui depuis quelques siècles se vit en rivale de Genève. Et que l'agglo franco-valdo-genevoise fache tout rouge, alors même que ce qu'elle aurait de mieux à faire serait d'y entrer pour faire entendre sa voix...

Mettez-vous à sa place, vous êtes le patron d'une petite ville charmante et "successfull", préfecture de département, et vous voyez la moitié de votre département qui fait les yeux doux à la grande ville du pays voisin... Avec en plus un glissement à gauche des grandes communes concernées, alors que vous êtes de droite... Il y a de quoi vous mettre sur les pattes de dérrière. Prendre les déclarations de ce Monsieur pour argent comptant, dans ce contexte, c'est un peu comme si sur le CEVA ou les frontaliers, les Français n'écoutaient que Poggia, au prétexte qu'il est conseiller national...

La France ne connait pas la démocratie semi-directe, mais c'est tout de même un pays démocratique, avec des débats et des rapports de force. On l'a vu lors de la création de l'ARC, qui regroupe les communes françaises de l'agglomération en syndicat mixte, qu'Annecy et Bourg-en-Bresse, au dernier moment, ont tenté de faire capoter, début 2010. Mais l'appui d'Etienne Blanc, député maire UMP de Divonne et chargé de mission ministérielle sur les zones frontalières, celui de Jean-Jacques Queyranne, Président PS de la région Rhône-Alpes et de Pierre Lellouche, alors Ministre UMP aux affaires européennes, chargé des zones frontalières, fut décisif.

Rebelotte, lors du vote à l'assemblée d'une dérogation dans la loi sur les collectivités locales, pour permettre à l'ARC, entité publique d'une agglo-transfrontalière à moitié française seulement, de bénéficier des mêmes avantages et prérogatives que si elle était entièrement française... Les députés d'Annecy ont tenté de faire capoter le projet, finalement accepté, grâce aux députés de la région frontalière, tous partis confondus, et au passage par le Sénat...

M. Accoyer a le droit d'exprimer ses opinions et ses priorités. Elle ne sont pas forcément celles de tous, pas même celles des décisions qui seront prises.  La majorité des habitants du nord de la Haute-Savoie souhaite le CEVA A commencer par l'agglomération d'Annemasse, qui a déjà beaucoup investi en ce sens, mais aussi tout le Chablais, pour qui ce sera un désenclavement ferroviaire bienvenu. Ce qui n'empêche pas que le Chablais soit aussi désenclavé par la route, les deux sont complémentaires, et les deux sont financièrement possibles.

Même en France, en termes de budgets publics, 10 MILLIONS NE SONT PAS UNE SOMME ENORME. C'EST PROBABLEMENT MOINS QUE CE QUE LES RECOURS INUTILES DE Me POGGIA AURONT COÛTE AUX CONTRIBUABLES GENEVOIS... On peut trouver la chose amusante, ou se demander s'il est très moral de construire sa carrière politique sur les antagonismes en les attisant, plutôt que de chercher à les réduire en améliorant la gestion commune. Les deux politiciens auxquels je pense en disant cela, Me Poggia à Genève et Antoine Vielliard côté français, ont tous deux des convictions religieuses. Pas les mêmes certes, mais qui toutes deux condamnent ce genre d'attitude... Ils devraient essayer d'y penser plus souvent.

Ces dix millions font et feront l'objet de négociations serrées entre les élus locaux et ceux d'Annecy, avec la Région Rhone-Alpes et l'Etat en arbitres. C'est tout à fait indépendant des couleurs politiques. La gauche est évidemment encore plus en faveur des projets structurants de transport publics, mais la droite responsable est loin d'être contre. Il en va de l'intéret collectif. La discussion portera aussi sur la répartition des fonds frontaliers, dont l'enveloppe globale fait elle-même l'objet de tractations entre Genève et ses partenaires français.

On retrouve là une fois encore ce que j'exprimais dans mes derniers blogs: l'effet néfaste des circonscriptions électorales qui amène les élus à se comporter en lobbyistes de leurs bouts de terrain plutôt qu'en garants de l'intérêt général. Même si l'intérêt général est aussi fait de la somme des intérêts particuliers, dont il importe donc au plus haut point de tenir compte.

Toutes ces questions de l'avenir des relations régionales, vous les retrouverez dans le film "Genevois Pluriels", vendu en DVD dès la semaine prochaine - notamment dans les grandes surfaces. Vous en saurez davantage en consultant le site du film.

 

06/11/2011

G20 : des retombées d'une ampleur exceptionnelle + Sarko et la Suisse

Je soulignais dernièrement ce défaut de la démocratie qui ne défend que les intérêts de sa circonscription, ce qui peut s'avérer contraire à l'intérêt général, et partant aux intérêts bien compris de la circonscription en tant que membre de la société humaine. On vient d'en voir l'éclatante preuve au sommet du G20, où tous les commentateurs ont glissé comme chat sur braise sur deux nouvelles qui sont pourtant de taille à révolutionner la planète et qui d'ailleurs vont la révolutionner.

1) Les Etats-Unis acceptent d'entrer en matière sur l'idée d'une taxation des transactions financières. Soit en gros, la fameuse taxe Tobin, seule véritable bonne idée des altermondialistes et d'Attac. Oh, certes, pas tout de suite, cela va prendre du temps, il y aura de l'enfumage, mais c'est un pas décisif, d'autant qu'il s'accompagne du point 2, qu'il pourrait largement contribuer à financer:

2) Le G20 entre en matière sur l'idée d'un socle mondial d'assistance sociale, pour compenser le fait que dans la plupart des pays pauvres, il n'existe rien de la sorte pour la majorité de la population: ni assurance maladie, ni assurance chômage ou retraite, ni revenu minimal etc... Rien. Du tout. Ce qui fait que par exemple, empêcher les enfants de bosser dans des usines de tapis ou ailleurs équivaut juste à les condamner à crever de faim dans la rue. Cette idée, née à Genève au BIT, sous la houlette du socialiste chilien Juan Somavia, qui va bientôt quitter l'organisation, est sans doute le pas le plus décisif dans l'histoire de la solidarité depuis Proudhon...

Cela m'embête de le reconnaître, car le personnage m'insupporte, mais ce bouleversement potentiel immense, c'est en grande partie à Sarkozy qu'on le doit. Oh certes, l'immense boulot en amont a été abattu par les sherpas des organisations internationales, mais à ma connaissance, c'est Sarko qui a convaincu Merkel, puis Obama et les autres. Qu'il en soit ici publiquement remercié. Je ne crois pas qu'aucun(e) de ces chefs d'etats l'ait fait pour servir des intérêts - certainement pas électoraux - ou par gloriole personnelle.  C'est juste une évidence, pour toute personne réflechissant au fonds des choses, que la planète dans son ensemble ne pourra se porter que mieux après de telles mesures. Maintenant, il faut traduire en actes les bonnes intentions.

Problème, la démocratie a une autre épine dans le pied: le court terme. Souffrant ainsi du même défaut que le capitalisme. Ce dernier a besoin de bénéfices à court terme pour satisfaire ses investisseurs. Alors même que les investissements de longue haleine sont une nécessité. Idem pour la démocratie, dont les électeurs réclament des retombées immédiates, alors même que des sacrifices sont parfois nécessaires pour pouvoir améliorer les choses à long terme. Et long, ici, peut aisément vouloir dire plus des 4 ou 5 ans d’une législature.

Cela plombe les efforts de tous, qu’ils ou elles soient de gauche ou de droite. Ce qui est en train de se passer autour de la place financière en est un exemple parfait. A long terme, éliminer le risque énorme à tous points de vue du secret bancaire (même s’il est très rémunérateur à court terme) apparait comme une nécessité pour la Suisse. Sauf que de se refaire une virginité non seulement morale mais légale aux yeux des règlements internationaux en train de se mettre en place, cela va coûter un saladier. Que certaines petites banques ne pourront pas assumer et que d’autres plus grandes, règleront en licenciant… Mais à moyen terme, il faut en passer par là, si l’on veut tout simplement pouvoir continuer à faire du business avec l’étranger.

Dénoncer les accords envisagés ou passés, comme on le fait à l’extrême-droite, rapporte à l’évidence des voix du côté de ceux qui vont perdre de l’argent ou des salaires à court terme. Mais si l’on écoutait MM Nidegger ou Décaillet sur ces questions, le résultat serait une catastrophe économique majeure à moyen terme. Parce que la Suisse n’a en aucun cas les moyens d’imposer ses vues au reste du monde, surtout si ses vues consiste à continuer d’écrémer les hauts revenus de ce reste du monde.

A l’inverse, Sarkozy a un problème. Il aimerait bien conclure avec la Suisse, sur le projet ex-RUBIK, mais se retrouve coincé par son opinion publique. Qui risque de mal comprendre pourquoi l’on se contente de récupérer l’argent dissimulé aux impôts par le passé, sans exiger de pénalités à l’égard des dissimulateurs, ni même leurs identités. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela rapporte à court terme, des sommes considérables et en plus sans frais de perception ni de justice, tandis qu’en cas de refus de l’accord, cet argent va probablement s’évaporer à Singapour ou ailleurs.

Il est donc fort peu probable qu’un tel accord soit signé avant les élections. A moins que les sondages soient tellement mauvais à un mois de l’élection que Sarkozy se dise : «  Foutu pour foutu, autant faire quelque chose de bien pour le pays, en diminuant la dette de quelques milliards à peu de frais et sans licencier aucun fonctionnaire ! » Le genre de choses qui font que les politiciens ne sont souvent jamais si grands que lorsqu’ils se savent sur le départ. Non, décidemment la démocratie a des effets bizarres.

03/11/2011

L’excès en tout est un défaut L’excès de démocratie aussi

Comme le disait ma grand-mère, l’excès en tout est un défaut. Ce que n’a toujours pas compris ce politicien de la droite extrême qui au mieux méconnait gravement les lois de l’astrophysique, au pire sombre dans le jeu de mollet. Et grossier. Si en effet,  le centre en politique était un « trou noir » comme il l’affirme, il attirerait nécessairement les extrêmes gravitant autour de lui, qu’il absorberait, devenant ainsi le pivot incontournable de toute action politique légitime et démocratique. N’est-ce point ce qui désole notre politicien ?

 

L’excès en tout, donc est néfaste, et en matière de démocratie également. Précisons que contrairement à Churchill, je ne pense pas que la démocratie soit le moins mauvais des systèmes de gouvernement. Je pense même que c’est le seul viable et durable. Le seul capable d’assurer un minimum d’équilibre en contraignant à tenir compte des intérêts de tout un chacun. Seulement « démocratie » n’est pas un mot magique paré de toutes les vertus. La démocratie présente également des inconvénients.

 

On sait qu’elle est lente par exemple, ce qui pose problème lorsque l’Histoire s’accélère brutalement. Elle peut-être manipulée également, et de plusieurs manières. En usant de leviers et d’alliances, un parfait salopard peut se retrouver au pouvoir démocratiquement, comme ce fut le cas d’un petit caporal autrichien (les points Godwin sont à envoyer sur ma carte cumulus, merci). Ou en divisant les partisans d’une traversée entre tenants d’un pont et partisans d’un tunnel…

Si la démocratie était parfaite, elle serait appliquée partout. Dans la gestion d’entreprise par exemple, ou au sein des familles : Combien voulez vous être payés ? Pour combien d’heures ? Avec quel style de bureau ? Venez élire votre chef ! A quelle heure voulez-vous vous coucher ? Qui aura l’autorité parentale la semaine prochaine ??? Cela prête à rire, mais la démocratie traite régulièrement de problèmes autrement plus complexes, que nous sommes bien loin d’appréhender dans touts leurs tenants et aboutissants. Mieux vaut cela pourtant qu’un gouvernement d’experts spécialisés dans leurs dicasters… mais ignorant de ceux des autres et des innombrables interactions résultantes.

Le plus gros problème de la démocratie est ailleurs. C’est son morcellement. Plus l’on fragmente la démocratie, en descendant de l’échelle nationale à l’échelle régionale, puis locale, et plus l’on dresse potentiellement les uns contre les autres. Le but de tout élu local étant de défendre les intérêts de ceux qui l’ont élu contre… tous les autres intérêts. On en vient à des situations clochemerlesques où les autorités communales défendent la construction d’un ensemble immobilier ou d’une voie structurante, tandis que les autorités voisines, du même parti, prennent la position exactement contraire. Parce qu’une commune y voit des avantages et l’autre des inconvénients.

Au final, tout bloque et plus rien ne se fait. Les magistrats cantonaux sont conspués alors qu’ils se débattent avec des problèmes aggravés par leur propre base… Genève est gravement atteinte, de ce point de vue, la solution résidant évidemment dans des passages en force, justifiés par l’intérêt général, comprenant des mesures d’indemnisation équitables. Mais ce sont des décisions fort délicates à justifier au pays de la démocratie semi-directe. Pas question pour autant de supprimer la démocratie locale. Elle est vitale. Mais il faut savoir quand l’appliquer et quand passer le bébé à l’échelon supérieur.

C’est la même chose entre Etats, tant au niveau européen qu’au niveau mondial. Un abandon relatif de souveraineté est plus que jamais nécessaire, si l’on veut pouvoir affronter la crise et remettre de l’ordre dans la maison finances. On en est malheureusement très très loin et les Etats-Unis, par exemple, ont beau jeu dans ces conditions de continuer à dicter leurs règles, même lorsqu’elles sont injustes et injustifiables. Le problème, c’est que les forces politiques qui devraient faire pression en faveur de ces abandons de souveraineté, je pense notamment aux partis prétendant défendre les travailleurs, mais aussi les classes moyennes,  s’y opposent le plus souvent. Pour des raisons que j’ai du mal à comprendre.

On peut y déceler du patriotisme électoraliste (le citoyen moyen reste très chauvin), de la défense de son petit pouvoir (que l’on refuse de voir s’émietter), peut-être même du noyautage idéologique… Toujours est-il que si l’on ne fait pas un grand pas en avant dans ce domaine, nous courrons tous à la catastrophe, c'est-à-dire la réapparition de petites entités souveraines et hostiles, de péages urbains, de guerres de clochers et au final un ralentissement général des échanges et des conditions de vie. Déjà, les entraves à la circulation se multiplient, à l’échelon communal. Discrètement, sans oser dire leur nom, mais bien réelle…

Les grandes statures politiques qui seraient de taille à faire entendre la raison aux populations semblent absentes, ce qui n’est pas forcément un mal. Elles ont trop souvent tendance à confisquer le pouvoir. On rêverait d’une indignation constructive, qui tiendrait ce genre de discours. Mais on en est loin. L’indignation reste à ce jour nombriliste et sans hauteur de vue… Très loin de la vision panoramique mondiale qui seule pourrait faire avancer le schmilblick.