01/12/2011

Loyer, politique, cinéma tous est dans TOUT... Et là ça se complique !

On va encore me dire que je mélange tout. Que je mêle trop de sujets, que je saute du coq à l'âne et que je mélange des choux et des pâtés. C'est faux. A dire vrai, dans mes films et mes écrits, j'essaie de faire de l'impressionnisme: du pâté de coq pendant que mes ânes mangent mes choux… Pour dépeindre au plus près la réalité, qui n'est jamais linéaire et simple. C'est un euphémisme (euphémisme; traduction en langage djeune: "c'est le prénom") car dans la réalité, le pâté mange l'âne et le chou fait de la physique nucléaire avec le coq.

Cette interpénétration complexe de tous et toutes dans Tout, entremêlant les désirs et les pulsions de chacun sous l'aune de la soi-disant rationalité, c'est le quotidien de nos politiciens. Ceux que nous avons élus pour gérer les conflits nés de nos intérêts divergents. Entre autres.

Et ce n'est pas simple. On l'a bien vu hier soir, à l'Assemblée générale extraordinaire du PLR Genevois, où l'on a pour une fois, fait de la politique. De la vraie. C'est-à-dire débattu, avec Mark Muller, ou plutôt commencé à débattre de ce que nous voulons pour Genève et la région, en matière de plan directeur d'aménagement cantonal.

Ce que nous voulons, c'est la quadrature du cercle, plus la téléportation: des logements bons marchés, bien construits et bien habités (surtout !), proches des zones d'emploi, mais à la campagne avec des routes nouvelles et des trams qui ne coûtent rien, ne se voient pas et ne polluent pas, le fin du fin étant évidemment que ces logements soient construits ailleurs, mais en même temps, que l'économie croisse, que les grenouilles croassent (mais pas trop fort tout de même) et que Genève reste ce subtil mélange de Wall Street et Long Island qui fait son charme, reléguant le Bronx outre-frontière.

Le pauvre Mark a bien du courage. Point focal de toutes ces contradictions, il tente de déblayer la voie de toutes ces obstructions, pour faire avancer l'intérêt général. Tout en tenant compte de la démocratie qui, dans le détail, parait à géométrie variable. C'est systématique, plus on vit prêt d'un projet de construction, plus on vote contre. Et plus l'on s'en éloigne, plus on l'approuve. Indépendamment des motivations idéologiques. Ce qui fait que les habitants de Troinex, de Thônex ou de Chêne-Bougeries qui s'opposent à des projets chez eux (enfin s'opposaient dans le cas de Thônex, qui vient d'accepter officiellement les Communaux d'Ambilly), ont approuvé celui des Cherpines. Qui aurait été refusé si l'on avait voté localement. Tandis que si le vote sur le projet Challandin à Chêne-Bougeries (refusé localement) avait été cantonal, il serait très probablement passé. Parce que Confignon et Plan-les-Ouates auraient voté pour…

Face à cet enchevêtrement d'intérêts croisés et contradictoires, où même la démocratie perd son grec, il n'est pas de réponse simple. Sauf celle du MCG, à savoir la construction de barres façon années 60, qui est précisément ce dont personne ne veut. Sauf les leaders de ce parti qui puisent le gros de leurs forces électorales dans ces grands ensembles, écrins bétonnés de la misère humaine.

A noter que les grands ensembles, même la gauche n'en veut plus. Son rêve à elle, ce sont des quartiers urbains pas trop denses, remplis de bobos, de zones piétonnes et d'animations culturelles. Sauf que les animateurs culturels, pour les payer, il faut bien prélever des impôts quelque part… Si possible dans les zones villas, abomination absolue, peuplées de pendulaires pollueurs… Que l'on tente de tondre à ras, en les contraignant à vendre leur bien à la moitié du prix du marché, lorsqu'il passe de zone villas à zone de développement. Ce qui évidemment, n'accélère pas les procédures.

Un problème identifié par le DCTI et bientôt résolu semble-t-il, qui découlait au départ de la volonté de contenir le coût des loyers futurs. Mais en bloquant les ventes, donc les constructions, on aboutissait au résultat contraire, soit une hausse irraisonnée due à la pénurie.

Il n'est pas de solution simple à des problèmes complexes. Les émissions de télé, les articles de journaux, qui vous présentent un problème isolé de son contexte vous mentent et vous abêtissent. Les populistes aussi, de droite ou de gauche et même du centre, qui en profitent pour désigner un bouc émissaire. Les fameux "expats" par exemple, ne représentent que 10% des nouveaux emplois créés à Genève ces dix dernières années. Soit en terme de logements, 2 à 300 nouveaux logements par an… Le vrai problème, ce sont évidemment les 2200 autres…

Qui manquent. Les licenciements en cours, dans les banques, devraient calmer le jeu. Et rappeler à tous qu'une économie prospère a du bon !

Cette peinture impressionniste des problèmes de l'agglo, c'est le cœur de "Ville-Frontière", le deuxième film de mon diptyque "Genevois Pluriels" que l'on peut voir ici ou là dans les bonnes salles de quartier ou de village et trouver en DVD, à la Migros notamment. A chacune des projections, les gens applaudissent à la fin. Ce qui me procure évidemment un immense plaisir. Mais à ma grande surprise, c'est justement ce deuxième film qu'ils préfèrent, car disent-ils, "ils apprennent beaucoup". Sur la complexité des problèmes de notre quotidien, ceux qu'ont à gérer nos politiques.

Lorsque j'interviewais des musiciens, j'étais toujours étonné de voir qu'ils ne savaient jamais à l'avance quel serait le tube de leur album. Cela semblait pourtant tellement évident qu'il y en avait un qui se détachait. Eh bien dans mon cas, j'aurais parié à tous coups sur le premier. "Comment l'Esprit vint à Genève". Pour ses reconstitutions historiques, son originalité, sa distanciation et son voyage en immersion dans 2600 ans d'Histoire. L'Histoire, c'est ma passion, le meilleur outil de compréhension du présent. Et les férus d'Histoire adorent ce premier film. Les autres le trouvent "trop dense"… Ils ont tort.

Non pas qu'il ne soit pas dense. Il l'est. Mais à la manière d'un tableau impressionniste, il ne faut pas chercher à en isoler, à en retenir chaque point de détail. Ce serait folie. Quand vous regardez une fiction, on ne vous demande pas de vous souvenir de chaque scène. Là c'est la même chose, laissez vous bercer, laissez vous emporter par le flot des images et des sons. L'Histoire c'est d'abord une histoire, géniale, pleine de suspens, d'interactions, de sang de sueur et de larmes, de rires aussi. Et si après avoir vu le film, vous avez envie de la connaître mieux notre Histoire, vous pouvez reprendre le DVD séquence par séquence. Onze périodes historiques à digérer indépendamment les unes des autres. Pour essayer d'isoler un peu de simplicité dans notre monde complexe.

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