05/12/2011

Lettre ouverte à un copain taxi, blogueur qui se prépare à faire grève...

Salut Pierre. Tout d'abord merci d'être venu voir mes films et d'être l'ami et le musicien que tu es. Cela étant, dans ton blog (ici) je pense que tu fais erreur. Les taxis ne sont effectivement pas en concurrence les uns avec les autres, et les compteurs sont là pour y veiller. Personne n'aimerait avoir à discuter le prix de la course. Surtout pas les touristes ne connaissant pas la ville.

En revanche, les taxis sont, collectivement, en concurrence avec tous les autres modes de transport, de la voiture individuelle au tram en passant par la marche à pieds, la trottinette, le scooter, le vélo etc... C'est là que se fait le choix, que s'exerce la concurrence, même si elle est faussée par l'attitude de l'Etat, qui cherche à privilégier certains modes, en entravant les autres.

Là il est clair que le facteur prix est essentiel. Que si les taxis étaient moins chers à Genève, davantage de gens y auraient recours, que les taximen attendraient moins longtemps, donc feraient plus de chiffre, etc... Après, il importe de trouver le juste milieu, tout en sachant qu'il n'est nul besoin d'avoir fait l'EPFL pour être taximan (ou woman) et que passer la journée ou la nuit dans une voiture chauffée et confortable avec sa musique préférée n'est pas vraiment le bagne, ni même aussi fastidieux qu'un emploi de caissière. Hors du peu que j'en sais, c'est nettement mieux payé...

Dans ce contexte de concurrence canalisée par l'Etat, quelle doit être la place du taxi ? Est-il d'utilité publique ? A mon avis, oui. Il n'est pas très opportun aux heures de pointe, mais en dehors, il est bien plus pertinent d'utiliser une auto pour transporter une, deux ou trois personnes qu'un grand tram vide... Tout en contribuant à régler les problèmes de parking.

Et puis il est bon pourvoyeur d'emplois sans qualification non délocalisables. Il est donc à mon avis anormal qu'il soit lourdement fiscalisé (à commencer par les taxes sur l'essence) pendant que les transports publics sont largement subventionnés.

C'est à mon avis en ce sens que vous devriez battre. Vous êtes un service public délégué à des privés, mais vous êtes un service public.

Commentaires

Tout est d'utilité publique, du moment que les gens estiment que cela correspond à un besoin. L'Etat n'a pas de capacité particulière à juger de ce qui est utile selon les besoins. C'est un leurre. Mais les taxis sont réellement concurrents entre eux, à mon avis. Il y a toute sorte de taxis. Cela dit, puisque tout ce qui est consommé est d'utilité publique, en réalité, l'Etat devrait fixer les prix, pour les taxis, et aider les taxis qui ne parviennent pas à trouver des clients, ou qui ne sont pas appréciés des clients, à trouver un autre emploi.

Écrit par : RM | 05/12/2011

Cher Philippe,
Je te remercie pour ton message pertinent qui a le mérite de me donner un peu de visibilité dans la jungle des blogs.
Tu l'auras presque compris, la problématique taxi est relativement complexe et il est très difficile de cibler les messages dans un esprit de synthèse qui permette aux citoyens de comprendre le fond des choses.
Ici, je me suis contenté de mettre l'accent sur l'exception suisse des deux catégories de taxis qui est une aberration dans notre domaine qui ne suit pas les règles habituelles du marché puisque, comme tu le relèves, il n'y a pas de concurrence.
En revanche, il est bien vrai qu'il existe une offre très large de transport de personnes. A New York, les taxis privés ne sont pas des taxis, mais des FHV (For hire vehicles), à Londres ce sont les minicabs et en France, les voitures de petite remise. Ce ne sont pas des taxis et ils suivent d'autres règles, notamment ils n'ont pas d'enseigne lumineuse sur le toit du véhicule.
Maintenant, concernant nos tarifs, je t'encourage à lire mon article sur le blog, "vous avez dit cher, les taxis ?". Tu comprendras mieux que nos tarifs sont comptés au plus juste et qu'ils ne sont pas si élevés que ça en fin de compte.
De nombreux clients réguliers l'ont bien compris puisqu'ils le prennent deux fois par jour, tous les jours ouvrables et qu'ils font des économies puisqu'ils ont viré un véhicule dans leur ménage.
Tels des drogués, ils sont devenus accrocs à nos services. Plus de stress de conduite, pas besoin de chercher une place de parking, posés devant la porte en un temps record, ils ne veulent plus entendre parler d'une voiture.
En revanche, où nous pourrions faire très fort, c'est avec les couloirs de bus. Malheureusement, et malgré ta remarque, l'Etat refuse toujours de nous considérer comme un service public alors que nous en avons déjà le nom.
La mauvaise volonté de la DGM, la servilité du DIM aux TPG, nous empêchent de collaborer.
Pourtant, nous pouvons prouver que nous ne gênons absolument pas la vitesse commerciale des transports publics, mais ils ne veulent rien savoir. Je pourrai te donner de nombreux exemples à l'occasion ainsi que les PV des séances avec la DGM qui furent plutôt pénibles.
Si nous pouvions utiliser toutes ces voies, le prix des courses deviendrait vraiment tellement attractif (Moins 1/3) que nos services deviendraient juste irrésistibles.
Je me réjouis de t'en dire plus.
A bientôt
Pierre

Écrit par : Pierre Jenni | 05/12/2011

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