09/12/2011

L'Escalade n'est pas ce que vous croyez

Nos contemporains voient souvent l'Escalade comme une sorte de guerre entre nations... Qui en réalité n'existaient pas encore à l'époque ! Il s'agit au contraire d'une vraie guerre civile, opposant la bourgeoisie urbaine à l'aristocratie féodale et à sa paysannerie, sur fond de guerre de religions: dans toute l'Europe de l'Ouest, les familles se déchirent entre elles.

La population d'Annecy est ainsi largement composée des ordres religieux ayant fui Genève un demi-siècle plus tôt et des enfants et petits enfants de Genevois, restés catholiques, qui les accompagnaient. Tandis que Genève se peuple de huguenots savoyards ou lyonnais, comme la Mère Royaume. Lorsque la guerre éclate en 1589, elle oppose des cousins, parfois des frères. La seule chose qui les sépare vraiment, c'est la religion.
Genève est la capitale historique de la région. Les riches savoyards ont leurs demeures à la rue des Granges et les Genevois exploitent des domaines en Savoie. Où le Conseil de Ville prélève des impôts. C'est pourquoi Genève, lorsqu'elle déclare la guerre au Duc, interdit les exactions contre les civils. Il y en aura cependant, de part et d'autre; mais côté Genevois, les coupables seront jugés. Et condamnés à des peines légères, mais hautement symboliques, car il s'agit d'une première mondiale.

Lorsque les Savoyards furieux attaquent Genève en 1602, Genève n'est pas Suisse et depuis 1589, la France, dirigée par Henry IV, est son alliée dans la guerre. Tandis que les cantons suisses catholiques, Fribourg, Valais et la Suisse primitive soutiennent la Savoie, après s'en être nourris.

Cela fait un siècle, depuis 1476, que toute la Romandie, jusque là savoyarde, donc bourguignonne, passe progressivement sous domination alémanique: Vaud devient vassale de Berne, le Bas-Valais, du Haut et la Gruyère de Fribourg, qui a remplacé le français par l'allemand comme langue officielle à l'issue des guerres de Bourgogne.

A Morat les Romands sont massacrés 1.jpg

Jacques de Savoie, Seigneur de Romont et Henry de Neuchâtel commandent les bourguignons à Morat

 

Les 10 000 morts - en bonne partie romands - de la bataille de Morat représentent l'équivalent de la population de Genève ou Zurich à l'époque. Un traumatisme énorme. Ils ont été massacrés par la Ligue alémanique formée de Bâle, Berne, Zurich, Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Sélestat, soutenues par le Duc de Lorraine et les Habsbourg et financées par Paris. Louis XI met ainsi fin à la Guerre de Cent ans et aux prétentions continentales du Téméraire Duc de Bourgogne et de son allié Roi d'Angleterre.

Pour éviter de devenir bernoise, Genève paie une forte rançon, mais la famille de Savoie reste officiellement suzeraine de la ville. Qui signe, en 1526, contre la volonté du duc et de l'évêque, un traité de combourgeoisie la liant à Berne et Fribourg. C'est alors un mouvement général des bourgeoisies urbaines européennes qui rejettent le joug féodal. Nombre d'entre elles passent à la Réforme, qui leur accorde des droits que leur refuse la tradition catholique. Comme le prêt à intérêt, essentiel au commerce.

Les évènements de Kappel, en 1529, puis 1531, ont profondément divisé la Suisse et marqué le déclenchement des guerres de religion en Europe. Avec l'aide du Valais et des Habsbourg, les cantons "primitifs", ruraux et catholiques sont sortis vainqueurs de la deuxième guerre de Kappel et tiennent en respect les bourgeoisies des villes nouvellement protestantes : Zurich, Berne, Saint-Gall et Bâle.

Berne, qui avait rendu le pays de Vaud à la Savoie, le reprend en 1536 avec l'aide de Genève, passée à la Réforme. Les Genevois restés catholiques s'enfuient à Annecy. Berne occupe le Chablais et le pays de Gex, tandis que Paris s'empare du Faucigny. La Savoie est exsangue, mais Emmanuel Philibert, dit Tête de Fer, le nouveau Duc de Savoie, devient le principal général des Habsbourg, soutien des cantons catholiques.
Ses conquêtes, les traités internationaux et son mariage avec la fille de François 1er lui permettent de récupérer ses terres du Chablais et de Gex, rendues par les Bernois, et le Faucigny, par la France. Les accords de paix prévoient qu'il n'exercera aucune violence contre ses sujets qui se seraient convertis à la Réforme durant l'occupation bernoise. Il doit cependant abandonner définitivement Vaud, la Gruyère et le Valais. Le statut de Genève restant en suspens.

En 1584, le Traité de combourgeoisie avec Genève la calviniste est dénoncé par Fribourg la papiste, et l'entrée dans la Confédération est refusée à la Rome protestante. Pas question de désobliger le Duc, qui tient à récupérer sa capitale historique. Mieux vaut éviter aussi de déstabiliser le fragile équilibre né à Kappel. Les cantons protestants réagissent à leur manière et Zurich, réformée par Zwingli, remplace Fribourg dans l'accord de combourgeoisie avec Berne.

La neutralité suisse et l'art du consensus naissent de ce XVIème siècle troublé: pendant que les guerres de religion ravagent l'Europe, les Confédérés parviennent à éviter les conflits sanglants en dépit de vives rivalités. Mais la paix reste fragile au sein de la Confédération comme en France... et en Savoie.

Le nouveau Duc de Savoie, Charles-Emmanuel, dit le Chat, fils de "Tête de Fer" est au mieux avec les cantons catholiques. Il prépare la reconquête de ses domaines avec l'appui de son beau-père, l'empereur d'Autriche et richissime roi d'Espagne, Philippe II, qui soutient la redoutable Inquisition, tout en restant suzerain des Etats et principautés réformés de Flandres et d'Allemagne.
Le Chat, petit fils de François 1er par sa mère, a donc épousé sa cousine germaine, Catherine-Michèle d'Espagne, petite-fille de Charles Quint par son père et de François 1er par sa mère. Leur cousin Henry de Navarre est le chef de file du parti protestant et... le prétendant numéro 1 à la couronne de France, à la mort de leur autre cousin Henry III.

Laurent Deshusses en Duc de Savoie.jpg

Laurent Deshusses est "Le Chat", aux côtés de Françoise Chevrot


Le Chat, lui, est Numéro 2 dans l'ordre de succession. Le Royaume voudra-t-il d'un protestant? En 1589, apprenant la mort d'Henry III, le Chat qui s'apprêtait à attaquer Genève, alors isolée et mal défendue, bouleverse ses plans et fonce sur la Provence. Mauvaise idée car il s'y fait battre, tandis que les protestants de Genève, appuyés par une petite armée de huguenots français dépêchés par Henry IV, lui déclarent la guerre.
Il y a plus d'une centaine de morts à Chatelaine (bien plus qu'à l'Escalade), mais tout le pays de Gex jusqu'à Bellegarde tombe aux mains des troupes franco-genevoises. Henry IV abjure devant Paris et promulgue l'Edit de Nantes, qui met fin aux guerres de religion en France et bloque l'Inquisition aux frontières des Pyrénées

Echouant à reconquérrir ses territoires, le Chat se consacre désormais à la Reconquête des âmes. Toutefois, tenu par les engagements de son père, il renonce à agir par la force et se laisse convaincre par l'évêque de Genève, établi à Annecy, François de Sales, qui préfère la persuasion. L'Inquisition qui ravage alors l'Espagne et l'Italie, ne pénètre pas en Savoie, mais les Savoyards repassent massivement de la Réforme au catholicisme.

Le conseil de Genève doit même punir d'emprisonnement les Genevois qui assistent aux grands messes données à Annemasse, Thonon, Veigy ou Bonneville, car plusieurs qui s'y rendent se convertissent... On y prêche 40 heures d'affilée, entrecoupées de messes et de saynètes représentant les mystères de la foi. Nombreux dans l'assistance sont ceux qui rentrent en transes mystiques...

En 1601, le traité de Lyon laisse le pays de Gex à la France, qui du coup prend pied sur les bords du Léman, à Versoix et Genthod. Le traité reste cependant assez flou sur la question de l'indépendance genevoise. Henry IV la considère comme rattachée à la Suisse, mais ce n'est pas exprimé par écrit. Le Chat en profite pour tenter de reconquérir Genève, une nuit de décembre 1602, "Malgré la paix qui avait été jurée et rejurée par le Prince..."
La cacade qui s'ensuit trouve son épilogue en 1603, au traité de Saint-Julien. De part et d'autres, l'esprit de vengeance domine et l'on semble n'avoir aucune envie de parvenir à la paix. C'est sous la forte pression de la France et surtout des cantons suisses qu'elle sera enfin conclue. Les émissaires des cantons catholiques se chargent de convaincre leur allié savoyard, tandis que Berne et Zürich arrachent à Genève, leur combourgeoise, l'acceptation du compromis.

Genève est désormais durablement séparée de son arrière pays naturel par une frontière des âmes. Définitivement ? Le motif religieux, en tout cas n'est plus pertinent. Pas davantage que le conflit avec la féodalité... Reste un héritage de l'Histoire, appelé tôt ou tard à s'effacer, car il ne correspond plus à aucun besoin ni réalité. Mais cela prendra du temps, car les frontières séparent aujourd'hui des systèmes administraitfs, sociaux et fiscaux devenus largement différents.

Illustrations tirées du film "Genevois Pluriels" - 1) Comment l'Esprit vint à Genève  diffusé ce samedi à 16h et 18h et dimanche à 16h au Grütli, salle Fonction Cinema - A l'occasion de l'Escalade, les spectateurs en costume historique recevront un cadeau.

Commentaires

non mais qu'est ce qu'il faut pas lire! fait tourner, elle a l'air bonne!

Écrit par : MCG | 09/12/2011

Merci pour ce cours d'histoire. Très interessant. J'en redemande.

D.J

Écrit par : D.J | 09/12/2011

Achetez le DVD... notamment à la Migros ou sur le site www.genevois-pluriels.ch :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 09/12/2011

Le récent livre de l'historien étasunien Michael W. Bruenning, déjà chroniqué dans la Tribune par Etienne Dumont et aujourd'hui dans le Temps par Patricia Briel éclaire d'un jour très intéressant les rivalités de l'époque entre cantons d'obédiences religieuses différentes. Loins d'être très unis, les réformés se déchirent, et les conflits de langue se surajoutent aux divergences religieuses et politiques.
Berne et Genève en particulier sont en opposition frontale. Calvin et Farel veulent pouvoir excommunier un pouvoir politique qui leur déplairait, ainsi que les fidèles n'ayant pas entièrement renoncés à leurs croyances catholiques. Une forme de théocratie exclusive en somme, qui explique le départ de nombreux Genevois vers Annecy et au-delà.
Berne au contraire, veut asservir le religieux au politique et refuse l'excomunication des sujets dont la foi parait douteuse. Au final, c'est la vision bernoise qui l'emporte en permettant la paix des âmes, alors que les calvinistes seraient aujourd'hui considérés comme des intégristes. On doit les forcer à accepter le traité de Saint-Julien, en leur faisant comprendre que s'ils refusent, ils risquent de se retrouver seuls face au Duc...
On le voit encore sous Henry IV, qui reçoit les conseils de François de Sales, tandis que son ancien second, Agrippa d'Aubigné, réfugié à Genève, attise l'intransigeance.
Mais comme rien n'est simple, la tutelle de Berne en pays de Vaud s'accompagne d'une poigne d'acier dans un gantelet de fer...

Écrit par : Philippe Souaille | 09/12/2011

Je savais les cantons suisses de l'époque pas toujours amis. Mais les détails de votre billets m'a bien mieux éclairé ma lanterne. On dit souvent " les suisses ont battus Charles le Téméraire " ou " les genevois à eux seul ( voir les suisses ) ont mis une rouste aux savoyards "; on imagine un peu trop souvent que ce fut une Suisse totalement unie contre tel ou Intel.

Un peu comme de croire que la Gaule ( en y incluant l'Helvétie et la Belgique ) airaient été une nation unie et indivisible.

D.J

Écrit par : D.J | 09/12/2011

J'ai quelque mal à comprendre le déferlement de haine et d'insultes qui suit la publication d'un article sur le sujet dans la Tribune électronique. http://www.tdg.ch/geneve/actu/geneve-valet-votaire-roi-robert-cramer-2011-12-09
Personne ne remet en cause le déroulement de l'Escalade, la bravoure des Genevois se défendant en chemise contre des assaillants nocturne, ou encore la fourberie du Duc de Savoie. Le cortège de ce week-end et les manifestations bon enfant qui l'accompagnent peuvent se poursuivre sans le moindre changement.
La seule chose que remet en cause mon texte, c'est la construction politique faite après coup, qui récupère ce qui s'apparente à une révolution contre un pouvoir féodal pour en faire un conflit frontalier. Lorsque l'on brise la marmite en annonçant "ainsi périssent les ennemis de la République", c'est bien d'ennemis politique qu'il est question, bien davantage que d'ennemis territoriaux. Accessoirement le terme de République n'a été utilisé que très ultérieurement.
Calvin n'avait nul besoin de rajouter la provocation politique, dans un monde encore aristocratique (y compris du côté des cantons suisses), à sa dissidence religieuse. Il avait déjà assez de problèmes de survie comme cela. C'est pourquoi d'ailleurs il accorde massivement la bourgeoisie de Genève à des huguenots français, contre la volonté des Vieux Genevois. A la fois pour repeupler la ville qui s'est vidée de tous ceux qui ont préféré demeurer catholiques et fuir vers Annecy... Et pour asseoir sa majorité au Conseil Général.
En 1602, Genève n'est pas encore une République, encore moins un canton, mais une ville libre circonscrite aux dimensions de l'actuelle Ville de Genève, disposant de quelques mandements épiscopaux éparpillés en terre ducale (Jussy), française (Genthod et Satigny) ou bernoise (Céligny). La question de la propriété de ces parcelles, comme de la ville elle-même n'est d'ailleurs toujours pas réglée à l'époque et l'évêque de Genève, François de Sales en est toujours officiellement l'usufruitier.
Il est probable que sans la Réforme, qui surajoute un motif de conflit, Genève aurait du finir par rentrer dans le giron svoyard, et reprendre son rang de capitale régionale. S'il avait su convaincre pacifiquement, ou garantir la liberté de culte, le Chat aurait pu reprendre ce qu'il considérait comme son bien sans déclencher l'ire d'Henry IV... Ce dernier restant avant tout un monarque et un grand féodal.
A noter cependant et ce n'est pas un hasard que c'est l'opulence du commerce qui partout permet l'émergence et la survie de villes ou de vallées autonomes, que ce soit en Italie du Nord, sur la route des Epices (dont Genève est un maillon essentiel), ou sur les routes des pélerinages qui rapportent gros, très gros même en termes de péages. Vers Rome pour les cantons primitifs depuis l'ouverture du Gothard et vers Compostelle pour les vallées autonomes des Pyrénées. Ce qui démontre s'il le fallait l'importance de l'économie dans l'émergence de la démocratie.
A noter encore que les artisans de l'Indépendance genevoise, contre le Duc plus que contre la Savoie, sont principalement des savoyards, à commencer les deux héros que sont Philibert Berthelier (natif de Culoz) et François Bonnivard, de Seyssel.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/12/2011

Magnifique cours d'histoire. Les blogs peuvent donc avoir une utilité. Merci.

Écrit par : Mère-Grand | 10/12/2011

Venant d'un enseignant d'expérience, le compliment me va droit au coeur. Merci.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/12/2011

" J'ai quelque mal à comprendre le déferlement de haine et d'insultes qui suit la publication d'un article sur le sujet dans la Tribune électronique ".

Moi c'est surtout le modérateur de ce forum que je ne comprend pas. II laisse des commentaires haineux sans arguments, mais ne se gène pas de censurer les miens qui n'ont été ni diffamatoire, ni insultant, ni raciste et non hors sujet comme l'exige la charte.

Je lui ai fait savoir par E-mail ma façon de penser ( sèchement ) et que je posterais plus de commentaires sur ce forum de la TDG.

D.J

Écrit par : D.J | 10/12/2011

Merci pour cette belle page d'histoire Philippe !
Enfin "belle" si l'on peut dire, pas toujours vu certains événements sanglants ...

Une manière de remettre un peu les pendules à l'heure !

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 10/12/2011

Lyonnais du 69, dans toute votre énorme diatribe, il n'y a qu'un seul argument et il est idiot: une guerre civile n'oppose pas forcémment des civils. Sinon, on n'utiiserait pas le terme de guerre. Une guerre civile, c'est lorsqu'une partie de la population entend imposer sa domination sur l'autre, sur un plan politique et religieux tandis que cette autre partie n'est pas d'accord. Au point de prendre les armes. C'est exactement ce qui se passe entre Genève et la Savoie tout au long du XVIème siècle, pour des motifs à la fois politiques et religieux et aboutit à l'Indépendance Genevoise, reconnue et codifiée par le traité de Saint Julien en 1603.
Pour le reste, je vous remercie de me donner l'occasion de préciser les choses, concernant mon mémoire de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, qui n'est pas la Sorbonne, mais s'y trouve rattachée. C'est en fait le plus prestigieux centre de recherches en sciences humaines de la francophonie et l'un des plus prestigieux du monde. En principe elle réunit surtout des chercheurs de IIIème cycle, déjà doctorants, mais j'y étais entré juste après le bac, suite à un entretien avec Mme Germaine Tillion, spécialiste mondialement reconnue des peuples berbères.
J'ai toutefois changé de séminaire en cours de route et me suis réorienté sur les Antilles, que je trouvais nettement plus fun. J'y ai suivi les cours durant 3 ans et effectué mon mémoire sur l'immigration tamoule en deux parties. Une première partie historique, déjà, avec un gros travail de recherche dans les archives du Ministère des Tom-Dom où j'ai retrouvé et compilé énormément de choses. Du nombre de travailleurs importé par bateau, avec leur provenance, aux discours de Schoelcher expliquant aux colons que l'abolition et l'emploi de travailleurs salariés leur coûterait moins cher que l'esclavage...
Cette partie historique, loin d'être contestée, a été jugée remarquable d'intérêt et fort bien écrite par les professeurs de l'Ecole qui devaient former le jury, parmi lesquels Claude Levy-Strauss. C'est sur la deuxième partie que les choses ont coincé. Elle consistait en une approche ethnographique de la communauté tamoule (=coolie en créole) martiniquaise au travers de sa manifestation la plus spectaculaire, le bon dieu coolie. Un synchrétisme mêlant les cultes hindouistes du sud au christianisme et au vaudou.
Ma thèse, à l'issue d'un terrain de plusieurs mois au cours duquel j'avais suivi de très près les activités des quatre équipes de prêtres du BDC officiant dans l'île en parfaite concurrence était qu'il s'agissait avant tout d'une forme d'exploitation de la crédulité des clients/fidèles, qui se saignaient aux quatre veines pour obenir des grâces divines sur leurs activités en payant des cérémonies à prix d'or. Que les prêtres eux-mêmes n'y croyaient pas vraiment. Une sorte d'escroquerie en secte organisée vernaculaire en quelque sorte.
Cela choquait énormément ces professeurs, car c'était nier la dimension sacrée de la chose. A la réflexion, j'étais sans doute un peu extrémiste dans mon jugement et, surpris par ce que j'avais découvert d'affairisme et de business (je ne m'y attendais pas du tout au départ) j'avais complètement zappé l'aspect mystique alors qu'il eut été intéressant d'examiner comment il s'imbriquait malgré tout dans l'escroquerie...
Mais l'attitude de mes profs m'a faché. Ils étaient tout aussi extrémistes dans leur approche, minimisant complètement les faits liés à l'escroquerie, car elle cassait - selon moi - leur image de populations sujets d'études ethnographiques... Bref, nous avions un vrai désaccord épistemologique, qui recoupait ce que je pensais depuis un moment déjà, à savoir que les sciences humaines ne sont pas des sciences exactes, ne le seront jamais, et que toute la construction idiomatique destinée à les abstraire du sens commun n'était destiné qu'à masquer ce fait gênant pour certains de mes professeurs, qui tenaient à structurer leurs écoles de pensée au lieu de laisser la porte ouverte à l'imprévu et à la vérité.
J'ai donc refusé de reprendre mon mémoire dans le sens demandé, et comme mes profs s'accordaient tous à me reconnaître une plume de qualité et un sens de l'enquête, j'ai décidé de me réorienter dans le journalisme. Tant qu'à faire d'être subjectif, autant l'être carrément me suis-je dit. Non sans tenter obstinément depuis lors de me tenir au plus près de ce que je considère devoir être l'objectivité.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/12/2011

Pour le reste, Lyonnais du 69 j'ai déjà annoncé ici que je ne publiais que ce qui émanait d'auteurs clairement identifiés, au moins par moi (comme un courrier des lecteurs) et dont les éventuelles critiques restaient polies en apportant quelque chose au débat. Ce qui à bien des égards n'est pas le cas de vos textes.
Mais les lecteurs frustrés peuvent découvrir votre prose sur le texte de Mabut dans l'édition électronique de la Tribune.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/12/2011

" Lyonnais du 69, dans toute votre énorme diatribe, il n'y a qu'un seul argument et il est idiot: une guerre civile n'oppose pas forcémment des civils. Sinon, on n'utiiserait pas le terme de guerre. "

Tel que la guerre de sécession.

D.J

Écrit par : D.J | 11/12/2011

Elle n'est pas non plus civile au sens de polie... Ce sont même souvent les guerres civiles qui produisent les pires atrocités.

Écrit par : Clausewitz | 11/12/2011

Clairement vous confondez guerre civile et guerre d'indépendance. Quoique même ce dernier terme ne convienne pas tellement il a suffit aux Genevois d'entreprendre si peu de choses, pour ainsi dire rien militairement. Et parler de "guerre" pour 1602... c'est un peu osé. Juste une agression vite repoussée. Anecdotique.

Une guerre se serait traduite au moins par un siège.

Écrit par : Johann | 13/12/2011

"Mais comme rien n'est simple, la tutelle de Berne en pays de Vaud s'accompagne d'une poigne d'acier dans un gantelet de fer..."
Pas d'accord. Les auteurs locaux disent le contraire. Les Savoie ne se préoccupaient pas de leurs terres, trop occupé qu'ils étaient à faire le beau à Paris. Et quand le chat n'est pas là, ce sont les voyous qui font la loi. Les Chablaisiens en tout cas ont accueilli avec sympathie la venue des Bernois qui ont ramené ordre et justice. In : "Bex, du régime bernois à la révolution vaudoise", de René-Albert Houriet.

Écrit par : Géo | 13/12/2011

Une guerre d'Indépendance, Johann est une guerre de libération contre un colonisateur. Les Savoie n'ont jamais colonisé Genève. Ils en étaient les seigneurs légitimes, jusqu'à ce que les bourgeois décident de se passer de leurs services. Mais ils n'étaient pas d'une nationalité ou ethnie ou autre différente. Juste d'une religion différente, mais seulement depuis 60 ans et encore pas tous puisque la Maison de Savoie a joué aussi un rôle très important dans le protestantisme français. En fait, il s'agit bel et bien d'une révolution. Donc d'une guerre civile quelque part, qui commence non en 1602 mais en 1589. Que l'on croit terminée en 1601, mais sans que le traité conclut cette année ne mentionne clairement Genève.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/12/2011

Géo, vous devriez en parler au Major Davel, qui y a perdu sa tête. Ce que je sais, c'est qu'au fil de deux années en immersion dans les bibliothèques et autres, le nombre de textes qui mentionnent le comportement disons colonisaliste de leurs Excellences de Berne, et le traitement pour le moins rude réservé à la contesttaion de leur autorité est nettement plus important que ceux qui prétendent l'inverse.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/12/2011

"Major Davel, qui y a perdu sa tête."
Cette objection est parfaitement ridicule. Davel est parti à l'assaut avec quelques soldats qui ne savaient même pas de quoi il s'agissait (sans quoi, ils se seraient probablement mutiner, au vu de la folie du geste de leur commandant...)
Facile de parler de deux ans de recherches sans mentionner aucune source. La commission Bergier a procédé de même mais par l'inverse, en noyant l'objection sous 20'000 pages payées 1000 francs chacune. Qui peut suivre ?

Écrit par : Géo | 19/12/2011

Davel n'est pas "parti à l'assaut", il est entré pacifiquement dans Lausanne accompagné par 5 à 600 hommes des Milices vaudois non armés (troupe cependant considérable pour l'époque), puis a lu au Conseil Municipal une liste de récriminations à l'encontre de l'occupant bernois (ou de "Leurs Excellences de Berne" si vous préférez). Suite à quoi leurs excellences occupantes ont jugé bon de le faire arrêter, torturer, et décapiter.
Si vous trouvez que c'est une façon d'agir normale et saine entre gouvernants et gouvernés, dans un pays que vous aimez à présenter comme démocratique, c'est que nous ne devons pas avoir la même notion de la démocratie.
Pour le reste, Géo, j'ai fait un film de vulgarisation, pas un travail de recherche universitaire. Je ne vois juste pas où j'aurais pu citer mes sources! Déjà que l'on me reproche d'être trop dense et trop intello... Mais je vous invite à le voir ( http://www.genevois-pluriels.ch/commande )et à me citer quelles seraient les erreurs de faits.
A ce jour j'en relève une dans la partie historique (Fazy est qualifié de "radical-socialiste" alors que cette notion n'est apparue qu'avec Favon, 40 ans plus tard) et une dans la partie moderne, dont je me suis excusé et dont je m'excuse publiquement ici encore: l'actuel Président du Conseil d'Etat est prénommé René sur le cartouche qui l'identifie, alors que tout le monde l'aura heureusement reconnu sous sa véritable identité, assez rare au demeurant: Pierre-François ! Rendons-lui donc ce qui lui appartient :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 19/12/2011

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