16/12/2011

C'est la guerre froide qu'on enterre aujourd'hui, pendant que les ingrédients du prochain conflit se mettent en place...

Je ne sais pas quel effet cela vous fait de vivre sur une planète cyclothimique, mais moi je trouve cela angoissant. Notre réalité dépasse de loin n'importe quelle fiction. Alors même que les derniers relents de la guerre froide sont défintivement enterrés, le monde se prépare à une phase de contraction protectionniste qui non seulement ruinera l'économie, mais cumule tous les risques de déboucher sur des affrontments violents et généralisés.

Franchement, ces pulsations compulsives, "extension, compression," lorsqu'il s'agit de planter le bâton, ça m'amuse, mais beaucoup moins lorsque c'est avec le sort de l'Humanité que l'on joue. Il est affligeant que les 90% des intellectuels de  nos pays semblent se réjouir du retour en force des nationalismes. Reste à espérer que le bon peuple, ou plutôt les bons peuples, soient plus terre à terre et ne se laissent pas  embarquer dans ces délires revanchards et égoïstes.

Signe des temps, c'est dans une grande discrétion que l'on fête à Genève, en cette fin de semaine, l'une des plus belles réalisations de la diplomatie suisse depuis 20 ans: l'entrée de la Russie à l'OMC, obtenue en grande partie grâce à la diplomatie de Micheline Calmy-Rey. Berne a en effet joué un rôle essentiel dans le débloquage des rouages sacrément grippés de la Géorgie Membre du même groupe que la Suisse à l'OMC, Tiflis faisait tout ce qu'elle pouvait pour empêcher l'entrée de Moscou dans le vaste club du commerce mondial.

Micheline Calmy-Rey s'en va ainsi sur une éclatante résussite, un succés de la diplomatie et des manoeuvres discrètes, voire secrètes, qu font une large part des rapports internationaux. C'est heureux, car si tout cela s'était déroulé au grand jour, les dirigeants géorgiens auraient été corsetés par les tendances les plus populistes et revanchardes de leur opinion publique et rien n'aurait pu se faire. Moscou serait restée en marge d'une des institutions les plus importantes de la gouvernance collective, ruminant son exclusion dans son coin. Car au sein de l'OMC. où les igorants prétendent que les grands pays font la loi, un petit peut bloquer  tout le processus.

Aujourd'hui. on apprend aussi que MCR lasse les rênes du DFAE à Didier Burkhalter. Gageons que le Neuchâtelois saura se montrer digne  héritier d'une diplomatie discrète, mais efficace, qui sait se faire oublier pour mieux avancer. Ce ne sont pas les dossiers qui manquent, vitaux pour notre économie et notre place financière. Sa formation d'économiste et les expériences passées de Burkhalter avec l'OCDE, la francophonie ou les parlementaires français devraient lui permettre d'être rapidement opérationnel au coeur de l'action, dans la négociation des dossiers les plus sensibles. Des problèmes directement reliés aux tensions qui agitent la planète.

On dit le Neuchâtelois mesuré. Voire glacial. Personnellement, pour tenir le cap dans un monde maniaco-dépressif, je préfère un pilote qui sache conserver son sang-froid.

Commentaires

"pendant que les ingrédients du prochain conflit se mettent en place..."
Lucide ou pessimiste? :-) Bonnes fêtes de fin d'année!

Écrit par : Mère-Grand | 18/12/2011

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