24/12/2011

Priorités, chômage et realpolitik

Il parait nécessaire de revenir sur la priorité accordée aux chômeurs dans le petit et grand Etat, comme sur les cris de victoire poussés - à tort - par le MCG et son porte-parole quasi-officiel, Pascal Décaillet.

Le communiqué du Conseil d'Etat dit clairement qu'avant de demander un permis, les responsables de l'embauche devront accorder la priorité aux chômeurs inscrits à l'OCE. Ce qui est à la fois logique et social.

Cela ne signifie aucunement que les chômeurs sont prioritaires sur tout le monde. S'il est sain socialement de favoriser le retour à l'emploi, le réflexe naturel de n'importe quel employeur (d'autant plus fort que le poste est crucial dans la hiérarchie), c'est d'accorder davantage de confiance, à priori, à quelqu'un qui a su conserver son poste. Même si le chômage peut avoir des causes tout  fait indépendantes des qualités du chômeur, il arrive régulièrement que ce ne soit pas le cas. Un recruteur doit en tenir compte. Tout en sachant qu'un chômeur viré pour inaptitude au travail peut fort bien avoir compris la leçon et se montrer plus efficace que Mr X débauché dans l'entreprise Y... qui en réalité fut ravie de s'en débarasser...

Même si l'Etat n'a pas forcément les mêmes critères de rentabilité que le privé, il n'a pas vocation à assurer le plein emploi de tout un chacun. C'est un équilibre délicat à maintenir entre les impératifs de rentabilité et de cohésion sociale, apparement contradictoires. Il ne faudrait pas cependant, que la facilité conduise à se défausser sur la région de tous nos problèmes de gestion, car une telle attitude deviendrait invivable à court terme.

Concrêtement, la disposition officielle intervient avant de solliciter un permis, mais donc à priori après une première procédure de recrutement, ou en tout cas en même temps. Elle implique essentiellement de s'enquérir auprès de l'OCE d'un éventuel chômeur ayant le profil du poste. Qui devra être préféré à l'embauche d'un candidat sans permis.

Les frontaliers, eux ont un permis. le fameux permis G, qui, s'ils sont frontaliers depuis 5 ans sans interruption, leur donne le droit de changer d'employeur à leur guise et même de devenir indépendant. Les dispositions ayant changé avec les bilatérales et leur interprétation variant d'un canton à l'autre, il semble qu'en cas de chômage ils conservent leur permis un certain temps. 6 mois dans certains cantons durant lesquels, ils n'auront pas à solliciter de nouveau permis s'ils trouvent un job. Durant ce temps, ils sont indemnisés en France, par la France, les cotisations versées à l'assurance chomâge suisse restant en Suisse... L'OCE et Pole Emploi se communiquant parmi les offres disponibles, en tout cas lorsqu'elles ne sont pas immédiatement pourvues.

D'un aute côté, un ressortissant de l'UE/AELE inscrit au chômage dans son pays peut venir s'inscrire à Genève à l'OCE et y rester 3 mois, pour peu qu'il ait une adresse à Genève bien sûr. Ce qui, pour un frontalier, n'est guère plus compliqué que pour un Genevois. Cela fait de lui un résident, défendu en tant que tel par le MCG, qui n'est pas à une contradiction  près... A noter que s'il est indemnisé dans son pays selon les normes en vigueur en Suisse, il pourra l'être aussi en Suisse (on peut aussi être inscrit à l'OCE sans toucher d'indemnités, dans le cas d'un ancien indépendant, par exemple). Mais c'est le pays où il était indemnisé qui paiera la facture.

Tout ceci dans le but de faciliter la mobilité, gage de flexibilité et d'adaptabilité, donc d'efficacité économique en Europe. Problème, on est tellement bien à Genève que ceux qui y sont n'ont aucune envie d'en partir et refusent d'aller voir ailleurs si leurs capacités pourraient y être mieux employées. Ce qui ne les empêche pas de râler contre ce gouvernement qui, envers et contre tout, réussit à maintenir des conditions de vie particulièrement enviables à l'échelle européenne, donc mondiales.

Commentaires

Une observation, celui qui vient pour 3 mois à Genève en étant indemnisé aux frais de son pays d'origine, n'acquiert pas domicile à Genève et l'adresse qu'il indique n'est qu'une élection de domicile pour que l'administration suisse puisse s'adresser rapidement et effectivement à lui. Il peut même rester un quatrième mois et peut et doit alors obtenir un permis pour ce quatrième mois. Le permis obtenu ne permet-il pas qu'il reste inscrit auprès de l'OCE ? Ce permis devra être prolongé si on peut penser qu'il obtiendra à court terme un travail.

La question qu'il est légitime de se poser est de savoir si celui qui vient chercher un emploi à Genève mais n'est pas indemnisé est exclu des prestations non pécuniaires de l'OCE ? Et qu'en est-il de celui qui a un permis de séjour sans activité lucrative parce que bénéficiant de ressources suffisantes pensant quelques mois ?

Quelques observations.

C'est une usine à gaz juridique et administrative permettant aux plus malins de s'y faufiler.

Pour ce que j'en sais, sont favorisés les étrangers titulaires d'un permis qui leur permet de travailler et les citoyens suisses. Il y a discrimination à l'encontre des étrangers qui n'ont pas été sur le marché du travail, et qui sont donc sans permis préalable, en faveur des suisses qui sont dans la même situation. L'ALCP est violé. Non pas par une préférence cantonale mais pas une préférence nationale.

Pour une appréhension plus éclairée de la problématique, il faudrait prendre connaissance de la directive. La LIPAD le permet. Que Mesdames et Messieurs les journalistes fassent leur travail.

Bonne fêtes de fin d'année à tous.

Écrit par : CEDH | 24/12/2011

"Le réflexe naturel de n'importe quel employeur (d'autant plus fort que le poste est crucial dans la hiérarchie), c'est d'accorder davantage de confiance, à priori, à quelqu'un qui a su conserver son poste."

Par les temps qui courent c'est aberrant. J'ai été au chômage deux fois: suite à la faillite d'une entreprise et le rachat d'une autre, qui a dû fermer son site de Genève. Sans autre proposition.

Pour revenir à cette décision concernant les chômeurs, encore faudrait-il que tous jouent le jeu. J'ai eu l'occasion à maintes reprises de constater que l'OCE n'avait même pas dans leur base de données les places du Bulletin des places vacantes de l'Etat...

D'autre part, dans mon domaine (informatique), le problème ne vient pas des frontaliers ou pas frontaliers. L’État n'arrive pas à avoir les budgets nécessaires pour les postes, donc engagent un grand nombre d'externes (autres budgets) en passant par des sociétés de service. Dont nombre d'entre elles sont des boîtes françaises ayant ouvert une succursale à Genève.
L'État exerçant une forte pression sur les prix, ce sont la plupart du temps des jeunes (venant de toute la France) qui obtiennent ces mandats, une personne expérimentée de "chez nous" (frontaliers et genevois) coûterait trop cher (rapporterait une moins belle marge...) aux tarifs pratiqués.

Si on pousse un peu, on pourrait dire qu'en faisant pression sur les prix, l’État contribue à fabriquer des chômeurs. Qu'il veut aider. C'est le serpent qui se mord la queue.

Joyeuses fêtes à tous :-)

ps j'ai retrouvé (enfin) du boulot mais ce n'est pas à l'Etat, malgré la bonne dizaine de postulations avec un profil correspondant à la demande ... J'ai senti plus de sensibilité à la Ville de Genève pour l'engagement de chômeurs.

Écrit par : Lala | 24/12/2011

Vraiment content pour vous, Lala, que vous ayez retrouvé un job. Je suis certain que vous saurez y mettre vos compétences en valeur. Amitiés et Joyeux Noël.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/12/2011

Je suis contente pour vous, Lala. :-) Je vous souhaite plein succès. Bonnes Fêtes!

Écrit par : Kissa | 24/12/2011

Toutes mes félicitations pour vous Lala, Prions aussi pour ceux qui sont encore en train de chercher. Plein de réussite pour vous.

Écrit par : remerciement mariage | 13/02/2012

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