29/12/2011

Franc fort: dégonfler la bulle helvétique avant qu'elle n'explose

La Suisse est-elle une gigantesque bulle spéculative ? D'une certaine manière, oui. Bien sur, comme toute bulle qui se respecte, elle ne repose pas que sur du vent et dispose de sérieux atouts: stabilité politique, fiscalité favorisant l'entreprise, bon niveau de formation, culture du consensus et du pragmatisme, tradition d'hospitalité, etc... Elle a même su faire des avantages de ses handicaps, comme le manque de matière première, par exemple.

Pourtant son succès éclatant et surtout l'attrait qu'exerce sa monnaie sont sans commune mesure avec ses résultats réels. Il y a 50 ans, un Franc suisse valait exactement un franc français. Un demi-siècle plus tard, il en vaut 5 à 6 fois plus... Sans que les économies réelles aient évolué de la même manière évidemment. Ces différentiels de change anormaux sont dus en grande partie au caractère de valeur refuge qu'a pris le Franc Suisse et à l'immense quantité de richesse mondiale conservée chez nous.  Pour mémoire, plus du quart de la fortune mondiale off-shore (= circulant hors frontière) est gérée chez nous (fortunes privées et institutionnelles), alors que notre PIB représente moins de 1% du PIB mondial. L'ensemble des montants gérés en Suisse représente ainsi près de 8 fois l'ensemble de notre PIB annuel.

Les conséquences pour l'économie réelle et pour le citoyen sont à la fois très positives et extrêmement dangereuses. Positif, le fait de pouvoir se financer au meilleur coût, ou de disposer d'un pouvoir d'achat important à l'étranger. Dangereux le renchérissement qui s'ensuit pour nos exportations, le haut niveau des prix intérieurs et surtout la dépendance à une monoculture sur laquelle nous n'avons que peu de prise. Aujourd'hui, même si ses fondamentaux restent bons, la Suisse se retrouve face à une double crise: crise globale, mondiale de l'économie, en particulier celle des vieux pays occidentaux dont fait partie la Suisse, et crise de son système bancaire qui doit faire son deuil du secret bancaire et avec lui de son business model...

Si la BNS s'époumone à répéter que la valeur du Franc devrait baisser en 2012 sans qu'elle ait besoin d'intervenir, c'est que tous les banquiers s'attendent à ce que la Suisse et sa monnaie perdent passablement de leur prestige en tant que valeur refuge. Parce qu'une part non négligeable des fonds off-shore vont aller se faire voir ailleurs. Du moins ceux qui ont quelque chose à cacher, que l'on peut estimer à un bon tiers du total. Leur nouvel asile n'aura probablement qu'un temps, car la lutte contre les paradis fiscaux va s'étendre et se renforcer, mais c'est un autre débat.

Pour l'économie réelle, c'est un soulagement. La baisse probable du Franc redonnera de la compétitivité à leurs produits, sur les marchés intérieurs et extérieurs. Pour le citoyen, la facture semble salée. Son pouvoir d'achat va baisser lorsqu'il se rend à l'étranger et les produits importés en Suisse vont renchérir. Mais à moyen et long terme, il est gagnant. Car la montée du Franc entraîne des contraintes accrues pour les entreprises, qui ont de plus en plus de mal à produire en Suisse, et à terme, finissent par licencier. La très forte spécialisation des firmes suisses, induite par leur course à la qualité, finit par laisser en plan des pans entiers de la population, comme on peut le voir à Genève, où tout l'ancien secteur industriel est disparu. Sans compter les OI qui délocalisent, parce que le bout du lac devient trop cher...

La Suisse ne peut pas vivre en circuit fermé. Elle dépend entièrement de ses exportations. Si celles-ci s'arrêtent ou se réduisent drastiquement, la Suisse suit forcément immédiatement le mouvement. Ce serait pour le coup une vraie explosion de son ilôt de prospérité. Dégonfler la bulle du Franc permet de faire les choses en douceur, avec le moins d'à-coups possible, pour repartir du bon pied. Avec certes des vacances un peu moins luxueuses à l'étranger, mais l'assurance de ne pas perdre son job ou d'en retrouver un plus facilement.

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