01/01/2012

En avant pour une 3ème Guerre Mondiale. Qui ne serait ni fraîche, ni joyeuse.

Je n'aime pas casser l'ambiance, en ce jour de l'an, mais il faut bien que quelqu'un s'y colle. Et les nouvelles sont mauvaises. Franchement pas bonnes. Partout, les souverainistes de tous poils sont en train d'imposer leurs idées. Au point que les politiques, désemparés et avides de voix, se mettent à les écouter. C'est flippant. Parce que le retour du protectionnisme, ce n'est pas juste un petit retour en arrière. Ce n'est pas faire comme s'il ne s'était rien passé depuis les années soixante et revenir comme par miracle à la situation des trente glorieuses.

Au Conseil de Sécurité, les diplomates ont la sensation d'être revenus aux temps de la Guerre Froide. Vexée de s'être vue refusée la prise de contrôle de Saab, la Chine ferme ses entreprises automobiles aux marques étrangères. Sarkozy, le soir de ses voeux, annonce de nouvelles taxes à l'importation... Histoire d'aller plus loin que Bayrou, qui se contentait de recommander d'acheter français... Au point que le moins protectionniste des trois papables, malgré le boulet Montebourg, paraît bien être Hollande, pour qui, du coup, je voterai sans hésiter une seconde.

Bref, tandis que l'élection française se déroulera sur des concepts hérités du XVIIIème, et que tous les candidats passent à côté des vrais débats, le spectre hideux du protectionnisme reprend la main, partout sur la planète. Avec cette croyance, distillée par quelques idéologues fascinés par la castagne, que la loi du plus fort sera plus performante, pour eux et les leurs, que les règles du partage. Ce qui est une stupidité de première grandeur et qui immanquablement, depuis la nuit des temps, a toujours abouti au même résultat: la guerre.

Même si le gâteau des ressources et des rchesses terrestres peut croître encore, grâce à la technologie et la consommaton se rationnaliser, grâce à l'écologie, le fait est que ce gâteau, dans un instant T est limité. Et que toute la question est de savoir comment on le partage. Grâce à des technologies militaires largement supérieures (et une démographie galopante qui nous a permis d'envoyer explorateurs, marchands et troupes coloniales conquérrir le monde), l'Occident s'est accaparé la meilleure part depuis deux siècles.

Aujourd'hui, notre suprématie militaire n'est plus ce qu'elle était, et surtout, nous n'avons plus les forces physiques, humaines, pour l'imposer partout à la fois. Je n'ai personnellement aucune envie d'envoyer nos ados, qui passent leur temps à jouer à s'étriper en vidéo, voire comment cela fait, en vrai. C'est pourtant bien ce qui risque de se passer.

Imaginez une cour de récré, avec plusieurs centaines d'élèves de différents âges, quartiers et origines, affamés et assoiffés. Au milieu du gâteau, des hamburgers, des téléphones portables dernier cri, de quoi boire, des consoles et des jeux... Mais le tout en quantité limitée. Il n'y en a clairement pas assez pour que tout le monde puisse faire bombance. Il y a juste ce qu'il faut pour que personne ne meurre de faim ou de soif, si l'on partage équitablement.

Au début la bande du quartier nord, constitué de quelques costauds, s'arrange pour accaparer la distribution. Ils rédusient les pauvres des quartiers sud et d'extrême-Est à la famine, se gavent, commencent à grossir et régulièrement se castagnent entre eux pour le contrôle de l'alcool, ou des portables, ou des prises électriques. Ils se font aider par les pauvres, auxquels ils promettent monts et merveilles. Puis finalement quelques premiers de classe, pour mettre fin à la castagne, prennent les choses en main et se mettent à distribuer plus équitablement.

Bien sûr, il subsiste des injustices. Il y en a toujours qui ont nettement plus, notamment des premiers de classe, mais dans l'ensemble, ceux qui n'avaient rien apprenennt à se faire entendre, et montent en puissance, tandis que forcément la plupart des membres du quartier nord reçoivent moins qu'avant. Et ça les fache. Alors ils râlent. On leur fait croire qu'en reformant les groupes, ils seront à nouveau les plus forts et pourront dicter leur loi. Mais entretemps, les autres, tous les autres sont montés en puissance et les rapports de force ont changé. De plus le partage a permis à chacun de goûter aux produits de tous et l'on a pris des habitudes. On en est là.

Il n'y a pas d'alternative. Soit on s'entend et on partage, soit on ferme les frontières pour tenter de se conserver les meilleures parts. Et comme les autres font la même chose en même temps, on multiplie les sources de conflit. Pour la Suisse en particulier, championne toutes catégories du commerce extérieure, mieux même que l'Allemagne ou le Japon, c'est une catastrophe. Notre prospérité dépend de nos exportations. Et penser que nous pourrions fermer nos frontières sans que nos partenaires ne ferment les leurs relève d'une parfaite idiotie.

Il y aurait pourtant des choses à faire. Plutôt que de mettre des taxes à l'importation, par exemple, ce qui est contraire à toutes les règles, de l'UE comme de l'OMC, on peut transférer une partie du poids des charges sociales sur la tva. Les prix de tous les produits renchérissent, mais les coûts de production des produits nationaux diminuent. Donc potentiellement leurs prix de vente aussi, tout en privilégiant l'emploi. Cela peut se faire en toute conformité avec les règles du commerce international. De même qu'une dévaluation compétitive de l'Euro et du Franc, comme elle est en train de se produire... Tout ceci ayant bien sûr pour conséquence de réduire les disparités entre pays riches et pauvres, mais de le faire en douceur.

 

Commentaires

Personne n'a envie d'assister un tel massacre. Mais force est de constater que cette situation qui se dégrade est bel et bien le fruit d'une double utopie, celle d'avoir combiné la mondialisation libérale avec la mondialisation humaniste. Il n'y a eu aucune gestion correcte des ressources et des personnes dans nos Etats occidentaux, comme si notre arrogance nous avait fait perdre de vue qu'il n'existe pas de cercle vertu entre économie et démographie. Nous avons donc échoué à tirer les conséquences nécessaires des drames de l'Histoire du 20ème siècle et nous allons en payer le prix fort.

Je suis bien étonné du contenu de votre post. Si je vous y rejoins en partie sur le fond, je m'interroge sur les espoirs et les choix que vous faites. Prenons par exemple votre soutien à M. Hollande, ce personnage s'inscrit dans la parfaite lignée de ceux qui nie la réalité des problèmes de notre temps. Et qui ne fera qu'empirer les choses.

Je profite de l'occasion pour vous saluer et vous souhaiter tout de même une bonne année. En effet, malgré nos divergences d'opinions, vous avez toujours posté mes commentaires, qui n'ont pas toujours été tendre avec vous. Cela est sport!

Je concluerai avec ma phrase habituelle : place aux jeunes! Seuls eux pourront changer la situation...

Écrit par : Bob Pahud | 01/01/2012

votre article m'a bien fait rire! merci.

Écrit par : Xavier | 01/01/2012

Si votre solution c'est de relever la TVA, la taxe la plus antisociale qui soit, merci de garder vos idées pour vous.
Le protectionnisme a en cela de bon qu'il force ensuite les parties à s'asseoir autour d'une table, car aucune partie n'a intérêt à ce que des obstacles se dressent au commerce mondial. Ni l'Europe, ni la Chine.
Le tout se règlera comme d'habitude autour d'une table de négociation, type OMC par exemple. Vous n'avez peut-être pas compris qu'avant d'entreprendre des négociations, il faut affûter ses armes (non, pas les missiles, juste des arguments). Pour cela, on fait monter les enchères, pour mieux les faire redescendre ensuite. Concrètement, on prend des mesures de protection, on s'asseoit autour d'une table, et on les lève une fois le problème de fond réglé.
Donc n'ayez crainte, la troisième guerre mondiale n'aura pas lieu et la TVA sera sauve. Enfin...jusqu'à ce que quelqu'un d'autre ne considère cette dernière comme remède contre un autre mal, comme il est devenu malheureusement courant de le faire. La TVA n'est pas le remède à tous les maux !

Écrit par : antitva | 01/01/2012

Bonjour Philippe,

Dans cette dynamique protectionniste c'est à qui cassera le plus la machine. La gauche dure française par exemple fait de plus en plus du Le Pen. On croit rêver, mais on ne rêve pas. Ce qui passait pour des mouvements d'humeurs il y a encore 10 ans trouve un écho nouveau avec la crise.

Et plutôt que de mettre en valeur tout ce que le système à de bon, les intellos de service crachent dans la soupe. Au profit de quoi? De rien.

Sale ambiance, en effet.

Mais belle année quand-même pour vous et vos proches. L'affection et l'amitié des siens restent des valeurs sûres.

Écrit par : hommelibre | 01/01/2012

Fatalisme ou utopie ? Votre analyse enfonce le clou et constate. Je préfère le moteur de l'utopie, seul à proposer une antidote à la désespérance ambiante. Ricaner sur le terme s'est conforter la politique du surgelé. Notre époque et celle des congélateurs à défaut d'espérance. On se gargarise d'une potion rabâchée qui fait le lit des discours passéistes, donc réacs ! Certes, la réalité est rafraichissante et alors !
Il faut inventer et remettre en question les tabous qui obstruent les artères de la vie citoyenne. Ouvrons grande les portes des laboratoires et laissons y entrer l'utopie, seule à même d'inventer le monde de demain.
Bonne année Stephan Hessel et merci.

Écrit par : Philibert1er | 01/01/2012

Bonjour bonne année malgré tout ;-)
Content de voir que votre vision d avenir coincide avec la mienne. Si je parle depuis le début de mon blog du couac de notre système C est justement pour que l on se rende compte de l epee de damocles au dessus de notre démocratie. Le protectionnisme pointe le bout de son nez et débouchera irrémédiablement vers un nouveau règne totalitaire. Dans une époque charnière comme la notre il est urgent de revoir notre modèle avant que de vieux spectres douloureux ne fassent surface. Je ne critiquerai pas votre choix de vote car c est votre liberté. Mais comme l a dit un commentaire la gauche ds Le Pen. D ailleurs Hollande est tout à fait pour une politique autoritaire comme Nicolas Sarkozy. Pour ma part je ne pense pas que la solution passe par les urnes. L'urne est malheureusement une boîte à rêves et promesses. Une fois ouverte tout le monde se rend compte qu elle ressemble à la boîte de pandore...
Bien à vous

Écrit par : Plume noire | 02/01/2012

Les USA sont protectionnistes. Les BRICs sont protectionnistes. L'Europe jusqu'à aujoud'hui est dirigée par des navets qui prônent l'ouverture. Devinez le résultat...

Écrit par : Géo | 02/01/2012

Quelle sera la teneur exacte des taxes annoncées par Sarkozy ? La "tva sociale" serait effectivement une bonne idée, qui figurait déjà dans mon "Utopie Urgente" et dans le programme de Bayrou en 2007, la paternité en revenant à un jeune prof d'économie de Dijon. J'ai l'impression que Sarkozy la brandit comme une ultime tentative d'enrayer la progression de Bayrou.
Si Villepin avait une chance, je voterais pour lui. Mais pour l'instant, il n'en a aucune. Je suis assez souvent d'accord avec Sarkozy en matière de politique internationale, mais sa personnalité m'insupporte. Eva Joly est nulle et en plus de mauvaise foi. Reste Hollande et mon cousin Bayrou.
J'ai assez confiance en ces deux hommes sur le plan de leur personnalité. Leurs conseillers économiques sont parfois les mêmes, ou en tout cas sont très proches. La question est de savoir comment ils parviendront à gérer les tendances protectionnistes extrêmes d'une partie de leurs soutiens. Et quelles solutions pourront-ils trouver pour améliorer la situation des français sans mettre à mal tous les équilibres.
Bayrou, en tant que centriste, est théoriquement plus libre, moins engoncé dans aucun schéma. Mais il n'a pas vraiment d'appareil à disposition pour imposer ses vues. Hollande en a un, dont il risque de se retrouver prisonnier. Loin de Paris, dans le Genevois français, les partisans de Hollande tiennent la plupart des villes. Bayrou est mieux représenté à Annecy. Sarkozy garde des partisans parmi les français de Suisse... La bataille électorale qui s'annonce va être passionnante, mais pour l'heure, elle est encore pleine d'inconnues.
Et mes meilleurs voeux à mes 3000 lecteurs mensuels en moyenne... Je crois que c'est d'abord pour moi que j'écris ce blog, mais si vous n'étiez pas là, je ne continuerai pas. Alors merci d'être là.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/01/2012

Bonjour Philippe. Bonne et heureuse...bien que la guerre pointe le bout de son museau enragé. Je ne suis que partiellement d'accord avec vous. Le libéralisme a la sauce actuelle c'est la prédation sociale des ressources humaines. les délocalisations n'entrainent pas automatiquement un mieux pour les pays en voie d'industrialisation de masse. Les gens sont surexploités tandis que chez nous le chômage atteint des taux records jamais vu depuis très longtemps. Et en plus, vous voyez le smic chez nous en Europe. A des niveaux plus bas qu'il y 30 ans avant l'Euro. Portugal, Espagne, entre autre, sont au niveau 6 fois inférieur que le minimum helvétique. On connaissait ça il y a 30 ans. Mais il y a trente ans, les prix de la nourriture et des vêtements dans ces pays étaient aussi de 6 fois moins chers que chez nous en Suisse. Aujourd'hui? Laissez-moi rire cyniquement des riches qui ont dévalisé l'Europe... Le réflexe national n'est pas un réflexe nationaliste quand il est bien compris. Le tissus social est super important. Regarder notre horlogerie. C'est vrai, le savoir suisse se perdait au Japon il y a 30 ans aussi, et sans le "sauveur" Hayek qui s'est d'abord battu contre les banques qui ne voulaient pas l'aider et ne croyait pas à son plan national, notre industrie horlogère serait morte, étouffée par l'Asie. Donc, il ne faut pas mépriser notre savoir et le délocaliser à tout prix et même à vil prix.

Donc, vous voyez bien. Si Hayek a eu raison, d'autres pourraient avoir raison après lui, et cela sans catastrophisme national.

Très belle année 2012 à vous.

Écrit par : pachakmac | 03/01/2012

Pachakamak, l'industrialisation amène du travail et des salaires. Pas bien gros, nous sommes d'accord, mais c'est mieux que rien. On peut penser qu'un paysan qui trime sur son champ pour sortir au mieux 50 ou 60 Francs à la fin de l'année est plus libre que s'il bossait en usine à 80 francs par mois, mais en général, il préfère bosser en usine.
Ce qui lui permet de nourrir sa famille, d'économiser pour s'acheter un vélo, etc... Du coup, comme il y a aussi moins de paysans et plus d'ouvriers, cela fait monter les prix agricoles et les revenus des paysans qui restent, etc... C'est lent, c'est laborieux, mais il n'y a pas de recette miracle et les décennies d'aide occidentale visant à maintenir les paysans pauvre sur leurs terres en évitant l'exode rural ont montré leurs limites: malgré tous les beaux discours baba-cools, les gens ont envie de pouvoir s'acheter une radio, un vélo, de la tôle ondulée qui risque moins de brûler que le toit en chaume, etc... Et cela, l'économie rurale seule est incapable de le leur fournir. D'où un exode rural désordonné, l'accaparement des terres par des multinationales et autres... C'est un très vaste sujet, j'y reviendrai.

Écrit par : Philippe Souaille | 03/01/2012

Philippe Souaille, bonjour et meilleurs vœux. Nous avions commencé à rédiger un comm', lorsque au vu de son déroulement, nous avons décidé de le publier en note sur notre blog. Nous vous avertirons dès que ce maintenant texte sera publié, afin que vous puissiez le cas échéant vous exprimer.
Bien à vous
T-O i F.A.R
Ps: Un trackback est aussi possible? nous savons que celà lien deux notes de blogs différents pour le lecteur, mais ne connaissons pas assez les incidences sur votre note que celà créerait... Nous nous abstiendrons, mais év. un lien vers votre note sera déposé dans le texte.

Écrit par : Trio-octet infernal | 04/01/2012

Je me réjouis de le lire. Et mettrai volontiers un lien. Je prépare moi-même un complément à cette note. Bonne année à vous trois, ainsi qu'au Sopwith Camel, au Baron et à tous les vôtres sans oublier, Mamy Wata et tous les houngans de votre connaissance, même celui que vous craignez de nommer, le très redouté O...n Ferraille *:-)

Écrit par : Philippe Souaille | 04/01/2012

CB dans sa jeunesse, tout juste sorti des études, a été chargé par un vieux patron malade du nom d'Oswald, de remonter son usine qui périclitait depuis sa maladie. Peine perdue, l'usine a continué de descendre la pente, si bien qu'à la mort du patron, CB est chargé de vendre l'usine par la veuve Oswald. Qui découvre, au moment de signer chez le notaire, que l'acheteur est... le jeune CB, qui s'est endetté à fond pour l'occasion. Elle s'étonne de cette double casquette imprévue, mais elle a besoin de vendre et signe, pour une bouchée de pain. Aussitôt, la boîte qui périclitait depuis deux ans, se met à faire des étincelles. Elle devient EMS Chemie et le jeune CB milliardaire et leader maximo de l'UDC.
Pour oser accuser un haut fonctionnaire de délit d'initié pour 60 000 balles, qui n'ont fait de mal à personne, lorsqu'on a pareil pedigreee, n'ayant pas hésiter à spolier une famille éplorée, faut être sacrément gonflé !

Écrit par : Saint-Juste | 04/01/2012

Bonjour Philippe, le délit est commis, c'est en ligne, vous connaissez l'adresse...
Nous avons transmis vos salutations aux divers cités, mpfr!
Celui que nous ne nommons pas, un parmi tant d'autres, nous en sommes débarrasé à la déchetterie, ce qui prouve notre... Notre...
Bref.
Bien à vous, et transmettez nos voeux, au votres, nous entendons votre entourage, évidemment.

Écrit par : Trio-Octet | 06/01/2012

C'est votre opinion cher trio. Et pour que mes lecteurs puissent en profiter, voici le lien, puisque vous avez eu la délicatesse de ne pas le mettre:
http://letrioinfernal.blog.24heures.ch/archive/2012/01/06/les-anes-a-liste-le-billet-de-philippe-souaille-en-avant-pou.html
Que les nations soient partiellement remplacées par des empires régionaux, l'un d'entre eux étant potentiellement l'Europe, là-dessus nous sommes d'accord. La gouvernance mondiale se devrait d'ailleurs d'en tenir compte, dans son organisation. Ce n'est pas forcément un mal, on discute et l'on s'entend plus aisément à 5 ou 6 qu'à 200...
Cela étant, bien évidemment, nous ne sommes pas du tout d'accord sur le pouvoir de nuisance des souverainistes. Je lis en ce moment une analyse de l'espionnage soviétique du XXème siècle et j'y découvre des choses intéressantes. Ce que je pensais réservé à la CIA, le KGB l'a pratiqué également. Je pense à la manipulation de sphères politiques éloignées de leur idéologie de base, en vue de provoquer des ruptures ou de modifier le cours de l'Histoire lorsqu'elle semblait contraire à leurs intérêts.
Il est évident que dans une logique d'empires régionaux, ceux qui sont déjà constitués, les Etazunis, la Sainte-Mère Russie, la Chine et de plus en plus le Brésil, n'ont aucun désir de s'en voir constituer un nouveau à l'échelle européenne. Ce serait un dangereux rival de plus. De même que les dirigeants de ces pays, contrairement à leurs peuples, n'ont pas intérêt à voir baisser le niveau de souveraineté nationale qui leur permet de faire à peu près ce qu'ils veulent, au profit d'une gouvernance mondiale qui leur échapperait.
J'ai toujours pensé que si Langley avait voulu mettre des bâtons dans les roues de la construction européenne et même de l'OMC (conçue comme une autoroute au service du commerce international, dont les isolationnistes de Washington se sont vite aperçus qu'elle favorisait davantage les pays émergents que les produits amérikkains), elle ne pouvait s'y prendre plus habilement qu'en favorisant l'émergence de quelque chose comme Attac. Dont comme par hasard, l'une des fondatrices est une universitaire étasunienne résidente en France...
Quand on sait que la CIA finançait Force Ouvrière, par exemple...
Mais le KGB faisait de même en soutenant financièrement certains leaders hostiles à la construction européenne !!! Les politiques étant perpétuellement en quête d'argent pour soutenir leurs campagnes électorales, cela semble assez facile à faire. Je comprends mieux aujourd'hui l'étonnant positionnement de certains politiciens français d'ordinaire plus lucides au moment du Référendum sur la constitution...
Je ne dis pas que tous ceux qui ont combattu le référendum sont des agents de Moscou ou de Washington, voire de Pékin, c'est beaucoup plus subtil que cela. Jetez quelques idées décoiffantes dans le débat, elles seront toujours reprises par quelques-uns, à priori sincères. Vous en êtes le parfait exemple, cher Trio, que personne n'oserait soupçonner une seconde d'être acheté...
Une gouvernance mondiale démocratique est le meilleur moyen d'éliminer le spectre infernal de la guerre et de parvenir à résoudre équitablement les principaux problèmes du monde. Elle est évidemment combattue ouvertement ou de manière souterraine par tous ceux qu'elle dérangerait: l'industrie d'armement, les gouvernants nationaux, les hyperriches et les truands (car ce serait la mort des paradis fiscaux) et malheureusement aussi par une bonne partie des populations des pays riches qui y gagneraient de la stabilité (pour elles et pour le monde) mais y perdrait une partie de leurs avantages économiques actuels, qu'elles sont de toute manière en train de perdre...
Ces classes moyennes et populaires occidentales sont le véritable enjeu de ce combat. Sans elles, rien ne pourra se faire et l'on sombrera dans de nouveaux affrontements. Ce qui pourrait bien être un passage obligé malheureusement, car c'est à chaque fois à l'issue de grandes boucheries que la cause de la gouvernance mondiale a utilement progressé.
Quand au fond, cher trio, je note que tous anarchistes que vous êtes, vous ne tenez aucun compte dans votre discours des 3/5 de la population globale qui sont en train d'accéder à un niveau de vie plus décent grâce à la mondialisation.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/01/2012

"Elle est évidemment combattue ouvertement ou de manière souterraine par tous ceux qu'elle dérangerait: l'industrie d'armement, les gouvernants nationaux, les hyperriches et les truands (car ce serait la mort des paradis fiscaux)"

C'est là le point très faible de votre raisonnement. Votre système est un système planifié avec un parti unique, ses dirigeants organisés en comité central et son politburo. Qui seront tous aussi hyperriches et truands que l'étaient la clique de Brejnev ou celle du dirigeant chinois actuel. Autre modèle de gouvernance mondiale existante : la FIFA. vous trouvez que c'est un modèle de lutte contre la corruption ?

Vous faites totalement l'impasse sur la masse critique gouvernable. On ne dirige pas la Chine comme la Suisse. Et c'est pourquoi on va très probablement assister à un retour aux Etats-nation gouvernables démocratiquement, après l'échec tellement évident de l'Europe, son parlement de guignols à la Cohn-Bendit ou Le Pen, sa commission d'eunuques et sa monnais unique mais sans direction...

Écrit par : Géo | 06/01/2012

Vous nous avez habitué à des arguments plus construits, Géo. Où diantre voyez-vous la trace d'un parti unique et même de planification dans mes écrits ? Il faut bien sûr prévoir l'avenir, autant que ce soit possible, mais je reste (et le système que je prône également) fervent défenseur de l'économie de marché (plutôt que de la planification) et bien évidemment de la démocratie multipartite.
Quant au lien que vous établissez entre la dimension d'une entité (ou sa population) et le type de gouvernement qui lui convient, c'est un argument souvent râbaché mais qui ne repose sur rien de concret. Hormis bien sûr qu'on ne peut pas faire de landsgemeinde en Chine, mais qui prétend sérieusement gouverner à mains levées ?
D'abord, je le répète, gouvernance mondiale ne signifie pas s'occuper de tout depuis la capitale du monde, mais au contraire laisser une grande autonomie aux régions pour s'occuper de ce qui les concerne, tout en confiant le soin de régler les quelques problèmes d'envergure mondiale à l'échelon global. Sur le modèle confédéral de la subsidiarité.
Pour le reste, qu'est-ce qu'un pays démocratique ? Considérez-vous que les USA ou la France le sont par exemple ? Oh certes ils ne sont pas parfaits, mais la France est dix fois plus peuplée que la Suisse, les Usa 50 fois, et leur démocratie fonctionne. Sur certains points, mieux que la démocratie helvétique qui par exemple maintient toujours et soigneusement l'obscurité la plus complète sur le financement des partis politiques.
Sans compter que de réduire à "oui" ou "non" nombre de questions bien plus ouvertes, en passant par le libellé de la question même, occasionne toutes sortes de manipulation de nos si magnifiques référendums. On pourrait encore parler de la consanguinité extrême qui corrompt tout le système lorsqu'il reste à l'échelle d'une ville comme Genève, par exemple...
Bref votre crainte du grand méchant gouvernement central tient davantage du fantasme que de l'analyse. D'autant que tous les fascismes et dictatures, de gauche comme de droite, se sont toujours bâtis sur la stigmatisation de l'autre, généralement étranger, ce qui est évidemment bien plus difficile lorsqu'il n'y a plus d'étranger...

Écrit par : Philippe Souaille | 06/01/2012

"ce qui est évidemment bien plus difficile lorsqu'il n'y a plus d'étranger..."
Et vous en tirez quelles conclusions ???
La question est peut-être celle de règles supra-nationales permettant de limiter l'ataraxie totale en matière de finances. Et au niveau des nations, une augmentation du pouvoir des régions contre l'état central, particulièrement dans les pays tels que la France.

Mais tout ce que l'on a vu de l'ONU, sa commission des droits de l'Homme dirigée par un représentant de la Libye de Khadafi, l'attitude des dirigeants africains solidaires de l'abominable Mugabé, le blocage actuel de la Russie et de la Chine sur la Syrie, etc, etc, tout cela nous montre clairement ce qu'il adviendra de votre instance internationale supérieure. Pour la faiblesse de l'argumentation, vous voudrez bien m'excuser : j'ai toujours eu de la peine avec la science-fiction. La science tout court remplit tous mes désirs de poésie...

Écrit par : Géo | 06/01/2012

Les commentaires sont fermés.