25/01/2012

Rêves d'Afrique éveillée sur la toile

Après un boom spectaculaire, mais un peu artificiel au début des années nonante, le cinéma africain semble aujourd'hui à l'article de la mort. On n'en entend quasimment plus parler et même le festival des films de la diaspora africaine, pour la première fois à Genève ce week-end au Grutli, ne programme qu'une seule fiction et un documentaire d'Afrique. Les huit autres films à l'affiche étant tous issus de "la diaspora", soit le Brésil, les Caraïbes, la France, le Canada, et bien sûr les Etats-Unis, le festival étant né new yorkais...

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Pourtant, il serait faux de dire que rien ne se fait. La production nigérianne est pléthorique et toutes les télévisions du continent tournent force de feuilletons savonettes qui sont au mieux du théâtre filmé. C'est réjouissant, car si la qualité technique et surtout scénaristique laissent à désirer, c'est évidemment de cette production de masse qu'émergeront les véritables talents de demain. Beaucoup plus que des films des annés 90 qui à l'instar de ceux d'Idrissa Ouedraogo, réunissaient 25 techniciens parisiens pour un metteur en scène africain.

Nous restons pourtant sur notre faim. Si l'Afrique et sa diaspora ont pris une place essentielle dans la musique et les arts plastiques contemporains, on en est loin sur les écrans. Il est vrai que le cinéma coûte cher, très cher et qu'on ne peut pas faire un film en tapant sur un bidon ou en tordant trois fils de fer. Il faut des moyens, de vrais moyens pour avoir le temps de faire ses expériences et son apprentisssage, d'inventer autre chose.

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Ce qui frappe en fait l'observateur occidental averti que je suis, c'est l'absence de spécificité du style, du moins sur le plan cinématographique. Sauf peut-être dans les deux films vraiment africains du programme, qui se caractérisent par une lenteur qui rapellent le temps pris (et perdu selon nos critères) à la palabre et aux salutations d'usage... Dans les films de la diaspora, seul le fait que les sujets soient des afro-descendants le rapelle, mais absolument pas le traitement.

"Besouro", par exemple (trailer à voir ici), ode brésilienne à l'un des fondateurs de la capoeira, pourrait être un (excellent) film de kung fu, n'étaient ses références aux orishas du candomblé, l'avatar brésilien du vaudou. C'est d'ailleurs une mode très répandue parmi les jeunes intellectuels africains ou de la diaspora que ce retour aux valeurs et aux cultes traditionnels. Cela n'agit en rien sur le langage cinématographique, mais les conséquences politiques et économiques sont nombreuses. Et à mon humble avis désastreuses, lorsque ce retour aux racines conduit à confier la responsabilité des évènements, des gens et du sort de l'Afrique aux pouvoirs magiques.

C'est notamment le cas de Besouro qui sauve ses frères de l'oppression des planteurs grâce à Exu et aux orishas. Or dans la réalité, contrairementà ce que l'on continue de croire en Afrique, jamais la magie n'est parvenue à vaincre la technologie, les armes à feu ou les lois de l'économie. Il y a 20 ans, à la fin du film Ashakara, la guérisseuse Dodi révélait que la pierre magique qu'elle utilisait pour soigner n'était que du flan, "pour impressioner les villageois". Et les Nanas Benz, richissimes importatrices de pagnes, apportaient des valises bourrées de devises pour financer la production industrielle de son remède traditionnel à base de plantes médicinales. 20 ans après, le rêve d'une Afrique éveillée reste d'actualité. La bonne nouvelle, c'est qu'il se précise et que la dormeuse s'ébroue...

Ainsi du film burkinabe "Une femme pas comme les autres" (trailer à voir ici), qui voit une riche femme d'affaires prendre un 2ème mari pour se venger des infidélités du premier, mais sans le chasser, juste pour l'obliger à partager, lui aussi, dans une société polygame...

Ici, le programme détaillé du festival :

 

Commentaires

"La production nigérianne est pléthorique et toutes les télévisions du continent tournent force de feuilletons savonettes" "les sujets soient des afro-descendants le rapelle"
On constate avec plaisir que votre femme a réussi avec beaucoup de succès à vous acculturer avec son continent d'origine. Encore quelques années à ce régime (de bananes, bien sûr) et toi y en a pa'lé kom sa.
Bel effort d'intégration à la culture africaine. Mais figurez-vous que je vous imaginais habiter en Suisse. Suis-je ridicule...
Et fasciste, bien sûr, j'oubliais ! Fasciste ! Evidemment !

Écrit par : Géo | 25/01/2012

Fasciste, je ne sais pas, mais idiot, pour sûr. Et un poil raciste tout de même. Avez-vous fait le compte de tous les mots d'usage courant en français qui sont d'origine étrangère, Géo ? Pour ma part, plus mon vocabulaire s'étend, plus je suis heureux.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/01/2012

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