12/02/2012

Le secret bancaire est mort: Vive la Banque propre!

Les déclarations de Patrick Odier, dans la TdG d’hier, ont recueilli la volonté de bois vert habituelle de la part d’internautes plus prêts à dégainer qu’à réfléchir. Le souci d’Odier, c’est  de sauver ce qui peut l’être. C’est-à-dire, en tant que responsable d’Economiesuisse, l’économie du pays, qui a un besoin vital de rapports sains et ouverts avec l’UE et avec les Etats-Unis. Et en tant que chef d’entreprise et représentant des banques suisses, c’est la gestion de patrimoines honnêtement gagnés et dûment déclarés, institutionnels ou privés : fonds de pensions et fonds souverains mais aussi toutes les fortunes privées en règle avec le fisc de leurs pays, qui sont tout de même la majorité.

Face à lui, des centaines, peut-être des milliers de gens qui n’ont qu’une seule idée en tête : continuer de faire du fric facile en perpétuant le système qui le leur permettait. Basé sur l’évasion fiscale. Ils sont résolus à bien des bassesses pour sauvegarder leur rente de situation et n’hésitent pas à employer un langage guerrier. Sans s’apercevoir que leur système est déjà mort, victime du changement des paradigmes mondiaux.

J’en connais qui, voici deux ans, cherchaient désespérément des banques prêtes à abriter l’argent US non déclaré. De braves suisses persuadés d’être dans leur bon droit, juste affolés par l’odeur du pognon à se faire, comme des piranhas par un filet de sang. Prêts à voter UDC contre leurs convictions profondes, parce qu’ils voyaient Blocher en sauveur. SuperChristoph allait les protéger des méchants étrangers. Il suffisait de hausser le ton et de poser, comme on le lit souvent, « nos couilles sur la table ». Sauf qu’elles sont déjà étalées sur le bitume face au rouleau compresseur, moteur en marche. SuperChristoph ayant actionné lui-même le démarreur, en sacrifiant le peu qui restait de secret bancaire sur l’autel de sa gloire et de ses vengeances personnelles.

Les amateurs de protectionnisme, grands pourfendeurs de l’OMC vont bientôt comprendre leur douleur. Lorsqu’on fait  sauter les règles de l’échange, la loi du plus fort reprend le dessus et leur disparition désavantage d’abord les plus petits. La Suisse étant l’un des grands vainqueurs de la mondialisation, elle a le plus à perdre. La marche arrière est déjà entamée. En la matière, les USA et l’UE tiennent le couteau par le manche : qu’ils s’avisent de nous restreindre l’accès à leur marché et l’économie suisse est morte. Finance et gestion de fortune en particulier doivent pouvoir investir sur tous les marchés pour pouvoir être concurrentiels.

Appeler à boycotter les produits US, comme on peut le lire, c’est aussi idiot que représentatif du niveau de trop de commentaires: rien ne pourrait faire plus plaisir à Washington. Notre balance commerciale avec ce pays a explosé à notre avantage, notre excédent ayant été multiplié par 8 en dix ans pour dépasser 8 milliards de Francs.  Les Etats-Unis sont aussi la première cible des  investissements suisses, et notre deuxième client après l’UE.  Tandis que nous ne représentons qu’un client insignifiant pour le géant : environ un demi-pourcent de ses exportations ! En plus, les exportations en général tiennent bien moins de place dans leur économie que dans la nôtre : six fois moins par habitant.

35% des revenus de chaque suisse est gagné dans l’Union Européenne, et 18% aux Etats-Unis. Plus de la moitié de ce que nous gagnons l’est donc dans l’UE ou aux USA. Tandis que le millième seulement de ce que gagne un étasunien est gagné en Suisse. Soit moins de 3 heures de travail par an. Et trois semaines à peine, par année, pour un Européen. La seule chose de sûre et certaine, c’est que nous ne pouvons pas nous permettre de mener un conflit commercial avec ces deux puissances.

Autre argument redoutablement stupide : « les Etats-Unis doivent respecter nos lois ». Si fait, sauf que cela implique évidemment en retour que nous respections les leurs. Or inciter leurs citoyens à frauder leur fisc, ou même simplement leur faciliter la tâche, c’est fouler aux pieds leurs lois et leurs droits les plus élémentaires.  C’est évidemment la même chose pour nos voisins membres de l’Union Européenne. Si l’on veut qu’ils respectent nos lois, nos droits et nos particularités, commençons par ne pas remettre en cause les leurs. A savoir leur droit à imposer leurs ressortissants. Cela évitera bien des fâcheries inutiles et pourra permettre à chacun de prospérer sur ses talents personnels, sans distorsion de concurrence.

Commentaires

J'ai remarqué souvent que seul les Suisses auraient le droit de s'en prendre à nos banques et que les autres USA ou pays de l'UE n'ont pas droit d'y toucher.

Une fraude est une fraude. Il n'y a rien à repprocher à quiconque de vouloir lutter contre cela.

D.J

Écrit par : D.J | 12/02/2012

Bonsoir Philippe Souaille,

Ce qui pose problème pour les banques suisses en ce moment, ce n'est pas tant de s'aligner sur les exigences internationales, mais avant tout de savoir comment elles vont s'y prendre pour assurer la transition vers cette transparence, tout en conservant leur réputation - si faire se peut ? - et surtout la confiance de leurs clients étrangers qui pensaient être à l'abri du fisc. Comment trouver une sortie "honorable" à ces clients, telle est la question.

J'observe tout de même qu'avec cette situation catastrophique de dettes publiques, on assiste à un glissement de l’État de droit vers l’État de puissance, où la fin justifie les moyens, le plus fort dictant ses règles au plus faible. J'en veux pour exemple les États-Unis qui ont beau jeu de taper du poing sur la table avec la Suisse, eux qui par exemple refusent depuis des années à prêter assistance au Mexique dans la lutte que mène ce pays contre sa propre évasion fiscale. Et ce qui vaut pour le Mexique l'est également pour la plupart des pays d'Amérique latine.

En Europe, il serait superflu de parler du Royaume-Uni et de ses "trusts".

Quant à la France, savez-vous que l'AMF (l'Autorité des Marchés Financiers, l'autorité de régulation, le pendant de notre FINMA en Suisse si vous préférez), ne s'occupe pas uniquement de la surveillance des banques et de la finance françaises, mais qu'elle est aussi responsable de la surveillance des activités des banques monégasques ?

Et que dire de Hong-Kong adossé à la Chine ?

Cela dit, il est évident que les banques qui ont attiré les clients américains fuyant l'UBS, après l'amende magistrale infligée par les États-Unis à l'enseigne aux "trois clefs", ont été irresponsables. Leurs dirigeants méritent le goudron et les plumes et Conrad Hummler le premier !

C'est probablement le crépuscule de l'âge d'or de la banque suisse, dont on a pas encore mesuré toutes les conséquences sur les rentrées fiscales, notamment à Genève, mais l'aube d'une ère de prospérité se lève pour les banques du Golfe arabo-persique, de Singapour et de Hong-Kong qui récupèrent déjà ces fonds non déclarés ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 12/02/2012

Vous avez parfaitement raison, Jean. Les Etats-Unis comme la Chine ou la Grande-Bretagne et même la France avec Monaco ont tous leurs petits accommodements avec le ciel... Mais nous n'avons pas le poids spécifique, ni le marché intérieur ou les matières premières qui nous permettrait de n'en faire qu'à notre tête. Nous devons composer. A moins de préférer perdre ce qui fait notre fortune, à l'image de l'Allemagne: notre talent pour les exportations.
La mondialisation et l'amélioration de la gouvernance mondiale seraient le seul moyen d'éviter ces injustices dont profitent les pays les plus puissants. Par exemple que les Etats-Unis demeurent un paradis fiscal pour les fortunes latino-américaines, avec des lois et des règlements bien plus laxistes que les nôtres. Sauf pour leurs propres ressortissants.
Ce qui fait qu'aujourd'hui, beaucoup de latino-américains qui avaient acquis, souvent péniblement la nationalité étasunienne, la rejettent aujourd'hui, pour reprendre uniquement leur nationalité d'origine. Les pays d'Amérique du Sud émergent les uns après les autres et montent en puissance. Avoir un passeport gringo n'apparaît plus du tout comme le nec plus ultra, mais plutôt comme un luxe inutile... Voir un trend dépassé :-)
Il serait intéressant de savoir combien des 7000 double-nationaux suisses étasuniens ont entamé une telle démarche, assez facile à faire lorsqu'on est en dehors des Etats-Unis: il suffit de déclarer vouloir renoncer à la nationalité devant un agent consulaire étasunien.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/02/2012

En fait, la TSR m'a devancé. Dans son téléjournal d'hier soir, elle chiffre le phénomène: en 2011, une centaine de doubles nationaux auaient renoncé à leur passeort US en Suisse. Tandis que 11 000 souhaiteraient l'obtenir! Chiffres évidemment fournis par l'ambassade US et invérifiables. Ils sont en tout cas étonnants, puisqu'il y aurait donc plus de procédures de naturalisations en court que de doubles-nationaux existant. Ce chiffre concerne-t-il toutes les demandes de green card, ou inclut-il les Suisses résidant déjà aux Etats-Unis ?

http://www.tsr.ch/video/info/journal-19h30/3777079-le-grand-format-un-nombre-croissant-de-double-nationaux-rendent-leur-passport-americain.html

Écrit par : Philippe Souaille | 13/02/2012

Il est important de noter que le problème risque de se poser également pour les Français puisque des voix de politiques, à gauche comme à droite (et au centre aussi d'ailleurs), se sont élevées pour que la France s'aligne sur le Etats-Unis et impose à son tour ses ressortissants à l'étranger.
Si l'on ne peut contester à un pays le droit d'agir ainsi, on peut néanmoins discuter l'équité du principe. Qui peut se justifier si la nationalité confère des droits, par exemple à l'éducation ou à la sécurité sociale... Mais beaucoup plus difficiement dans le cas contraire.
Ce sera en tout cas un enjeu clé du prochain scrutin présidentiel et plus encore des législatives, qui verront pour la première fois les Français de l'étranger avoir le droit d'élire leurs représentants. Personne n'aime payer des impôts et encore moins s'il en paie déjà ailleurs.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/02/2012

Bonjour Philippe,

Je n'avais jamais lu de calcul du revenu suisse à l'étranger en heures par année. C'est logique de le faire pour rendre compte de la réalité. Et c'est impressionnant!

Merci pour l'info.

Écrit par : hommelibre | 13/02/2012

Philippe, j'ai vu le téléjournal de la TSR et le cas de cette ressortissante américaine (en fait double nationale : CH-USA), native d'Independence (Iowa je crois) installée en Suisse depuis quelque trente ans, qui expliquait avoir renoncé à sa nationalité états-unienne du fait de la charge fiscale américaine très élevée. Elle montrait son passeport américain annulé et expliquait sa décision avec beaucoup d'émotion et de tristesse.

Je comprends parfaitement qu'une telle décision doit être difficile à prendre, car c'est d'un divorce qu'il s'agit.

Je sais qu'en France on y songe aussi, et pas seulement le matin en se rasant ...;o). L'opinion publique française est très remontée contre les expatriés qui sont très souvent assimilés à des profiteurs et que l'on considère comme des exilés fiscaux. Peu importe qu'ils travaillent, qu'ils gagnent honnêtement leur vie et qu'ils payent des impôts dans leurs pays de résidence où souvent ils ont créé une famille. De ça la majorité de l'opinion publique française n'en a cure, il n'est que de lire les réactions et différents blogs dans le presse française.
L'application d'un tel principe, celui d'être taxé fiscalement en fonction de sa nationalité, résulte d'un impérieux besoin de recettes fiscales nouvelles, mais engendrera forcément un surcroît de nationalisme.
Pour ma part, je trouve ce système très injuste et discriminatoire. Pour l'heure, on ne sait même pas comment la France entend appliquer cette taxation. Entend-elle taxer le capital, où qu'il se trouve, qu'il soit mobilier ou immobilier ? Taxer aussi les revenus, alors que le coût de la vie, les conditions sociales et la taxation fiscale sont forts différents d'un pays de résidence à l'autre ? Nul ne le sait.

En tous les cas si la France applique ce principe, elle va créer un précédent en Europe et on n'en a pas encore mesuré toutes les conséquences.

Bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 13/02/2012

Qel commentaires mignons....bientôt... l'argent non déclaré sera .. déclaré comme source de financement du terrorisme mondial.les politiques changent les règles pour tout comme ils le veulent, pour servir leurs intérêts. Nous somme sur une pente dangereuse.... celle du fascime made in USA.
Bref.... je suis d'accord dur les proportions que vous offrez. La Suisse a toujours été un petit acteur économique face aux USA mais... elle a été respectée pour ce qu'elle représente aussi. Je pense qu'il est grand temps que nous fassions un vote populaire en faveur du secret bancaire, amis aussi médical etc..
L'heure est à la réflexion sur nos origines, ceci n'est pas du nationalisme bon marché, c'est l'essence de notre société ainsi que de nos valeurs.
Pourquoi avons nous (et les USA aussi..) de l'argent non déclaré??? Bref... la suisse peut devenir le paradis de l'argent déclaré aussi et ceci basé sur le respect des lois et la protection des indvidus qui un jour... sont mis sur une liste suspecte à cause d'un cpte à l'étranger.

Écrit par : crouteaufromage | 13/02/2012

" L'opinion publique française est très remontée contre les expatriés qui sont très souvent assimilés à des profiteurs et que l'on considère comme des exilés fiscaux. Peu importe qu'ils travaillent, qu'ils gagnent honnêtement leur vie et qu'ils payent des impôts dans leurs pays de résidence où souvent ils ont créé une famille."

Si ce n'est que ce contre quoi l'électorat français s'insurge n'est pas l'expatrié qui refait sa vie à l'étranger (y compris sa vie professionel) mais bien le sportif (dont la formation a souvent été payée par le contribuable français) ou l'artiste (qui doit l'entier de sa fortune à son adulation par le peuple français) établi en Suisse sur la base d'un forfait fiscal. Et, franchement, si le fisc français arrivait à taxer cette catégorie précise, je ne pourrais qu'applaudir.

Écrit par : sek | 13/02/2012

Quand je titre sur le secret bancaire, je parle évidemment de la couverture de dissimulation fiscale. Il va de soi que la protection de la vie privée doit être protégée. Il est hors de question que les données bancaires (ou médicales ou autres) puissent être accessibles à n'importe qui. En particulier dans certains pays où l'on vous enlève ou vous fait chanter en réclamant des rançons basées sur l'état de votre compte en banque.
Même par rapport à un Etat, le secret peut se justifier, si cet Etat est réputé maltraiter ses ressortissants, mais alors cela doit être une décision politique qui puisse être justifiée et assumée, par la rupture de relations diplomatiques par exemple.
Certaines des fortunes placées en Suisse l'ont été dans de telles conditions. On parle souvent des fonds juifs à l'époque du nazisme, mais ce ne sont pas les seuls. Il y a l'argent de certains mouvement de libération nationale à l'époque de luttes de décolonisation, l'argent de victimes du communisme ou à l'inverse de victimes du Maccarthysme.
Mais disons dans le cas de figure qui nous occupe, UE ou Etats-Unis aujourd'hui, on ne peut nier qu'il s'agit d'Etats démocratiques se comportant de manière honorable à l'égard de leurs ressortissants.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/02/2012

Le cas des sportifs et autres artistes est intéressant. S'ils peuvent gagner des sommes considérables, c'est souvent sur des durées très limitées et sans aucune sécurité d'emploi. Tout peut s'arrêter du jour au lendemain. En cas de pépin, ils se retrouvent sans rien. Il n'est pas normal que ces gens, qui ne vont gagner de l'argent que 5 ou 10 ans soient imposés annuellement, comme des salariés normaux qui eux vont grosso modo gagner la même chose toute leur vie. Il faudrait prévoir de pouvoir étaler recettes et pertes sur plusieurs années, comme c'est le cas pour une entreprise. Cela aussi bien en Suisse qu'en France ou n'importe où ailleurs, d'ailleurs. Ce serait un grand progrès.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/02/2012

@ sek :

Le cas des sportifs et autres artistes ?

La belle affaire !

Les sportifs seraient formés à la charge du contribuable français ? Pas tous et même si cela était, ne peut-on pas en dire autant de la plupart de la main-d'oeuvre qui s'est exilée à l'étranger, mais formée en France : infirmières, ingénieurs, spécialistes en tous genres, etc. Et le problème se pose de la même manière pour tous les pays, dont la Suisse, qui forment de la main-d'oeuvre laquelle trouve ensuite de meilleures conditions d'emploi à l'étranger.
Si la France forme certaines catégories de sportifs aux frais du contribuable, c'est à elle d'en assumer les conséquences éventuelles et de prendre des mesures préventives le cas échéant.
Je ne plains pas ces sportifs exilés fiscaux, mais je trouve qu'on leur fait un procès très démagogique en se défaussant sur eux plutôt que de modifier les règles. Si la France se montre généreuse - aux frais du contribuable faut-il le rappeler - dans la formation de certains sportifs c'est avant tout pour soigner l'image de la France dans le Monde, pas du tout dans un but purement philanthropique. Il ne faut pas se leurrer.
Venir ensuite flatter la fibre nationaliste en suggérant dans les médias que ces sportifs manquent de solidarité, qu'ils sont des ingrats, afin de susciter l'ire des Français à leur égard est une posture inquiétante qui réveille le nationalisme et je trouve cela inquiétant.

Quant aux "artistes" ou réputés tels, c'est le problème des Français, qui les adulent comme vous l'écrivez et j'ajouterai qui les engraissent ! Rien ni personne ne les obligent à acheter leurs disques, à se rendre à leurs concerts - lesquels sont d'ailleurs taxés sur les lieux des manifestations faut-il le rappeler -, de voir leurs films, etc.

A trop vouloir pointer certaines catégories sociales, en faisant d'elles des boucs émissaires, on développe le ressentiment et l'histoire nous enseigne qu'une telle démarche n'est pas très saine.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 13/02/2012

@ Jean d'Hôtaux,

« A trop vouloir pointer certaines catégories sociales, en faisant d'elles des boucs émissaires, on développe le ressentiment et l'histoire nous enseigne qu'une telle démarche n'est pas très saine. »

N’en demeure pas moins que dans toutes les catégories sociales, il y a celles et ceux qu’il ne faut pas hésiter à pointer du doigt, l’index bien tendu même. Je veux prendre comme exemples facilement comparables, le comportement moral de certains artistes ou assimilés tels.

Charles Aznavour est établi en Suisse depuis de nombreuses années sous le prétexte que le fisc français est trop gourmand. C’est lui-même qui le dit, et cela à plusieurs reprises !

De la même époque que le précité, deux autres artistes tout aussi célèbres n’ont pas, ni déserté la France, ni n’ont « courbé » le fisc français :

Georges Brassens, artiste français, payant ses impôts en France.
Léo Ferré, artiste monégasque et payant ses impôts en France, pas à Monaco.

Ces deux-là sont-ils morts dans la pauvreté, dans la misère en restant en France et payant leurs impôts en France ?

Et il en va de toutes sortes d’autres catégories sociales !

Bien à vous.

Écrit par : Benoît Marquis | 13/02/2012

@ Benoît Marquis :

Bonsoir !

Ce que je retiens de votre commentaire c'est avant tout le procès de la cupidité que vous faites.

Cela dit, oui vous avez raison d'opposer les comportements de Charles Aznavour et ceux de Brassens et de Léo Ferré et on pourrait allonger la listes des uns et des autres. Je pense notamment à Alain Delon qui ne s'est pas contenté de s'installer en Suisse, mais qui en a même pris la nationalité, ce qui ne l'empêche pas d'être de toutes les fêtes lorsqu'il s'agit de représenter la France à toutes occasions utiles, surtout celles au cours desquelles il peut vendre son image. C'est ainsi qu'il était du voyage lors de la journée officielle de la France à l'exposition de Shangaï, et avait même fait une crise du fait que son carton d'invitation lui était parvenu à la dernière minute. C'est dire ...

Toutefois, il s'agit avant tout d'un problème de cupidité et d'opportunisme et ces défauts appartiennent à la nature humaine dans son ensemble. On pointe l'index sur des gens célèbres parce qu'ils le sont, qu'on les connaît, que leurs défauts et leurs postures souvent ostentatoires nous agacent, mais ne sont-ils pas après tout que le reflet de notre société ?

Encore une fois, pour être bien compris, je ne défends pas ces artistes et sportifs qui choisissent de s'installer sous d'autres cieux pour des raisons fiscales mais je ne stigmatise pas non plus leur comportement et ne les condamne pas. Je dis seulement qu'ils ont le droit de le faire et que si l'on veut que cela cesse, alors il faut changer les règles.

Je n'aime pas ce ressentiment que l'on éprouve, en France surtout, à l'égard de certaines catégories sociales - quelles que soient leurs couleurs politiques - dont on fait des boucs émissaires, coupables de tous les péchés du monde. Je n'aime pas car cela me semble hypocrite et malsain.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 13/02/2012

Voilà qui nous emmène bien loin du propos initial. Encore que l'on puisse boucler la boucle. Dans ce ressentiment que l'on éprouve à l'égard des privilégiés, il y a d'abord de la jalousie. Qui est un vilain défaut. Surtout lorsque le privilège est le fruit d'un travail acharné sur soi-même et d'une forte prise de risque, comme c'est le cas d'un sportif de haut-niveau ou d'un artiste réputé. Même dans le cas d'un Alain Delon.
Il y a cependant une part d'injustice, dans le succès, car si la réussite est rarement fruit de la paresse et de l'immobilisme, l'effort peut-être couronné... d'échec. Et les succès mondiaux, amplifiés par le marketing, défient les règles du bon sens.
A force de concentrer le succès sur quelques uns, on amplifie leur réussite au détriment des autres, et le système conforte les inégalités. Ce dont les consommateurs sont responsables tout autant que les marketeurs, car après tout, personne n'oblige quiconque à acheter.
D'où aussi le sentiment de revanche sur le sort lorsqu'un petit surgit de nulle part fait la nique aux plus grands. Tout cela est humain, tellement humain. Et j'adore l'histoire de ce petit là, 1m88 aux pays des géants de la NBA, qui leur a mis une claque à tous alors que plus personne ne voulait de lui:
http://fr.sports.yahoo.com/blogs/extra-time/lin-legend-in-new-york-153646211.html
Lin a la rage et il gagne. Mais la rage ne suffit pas: il est rapide, adroit, perspicace et les sens perpétuellement en alerte. En plus il a la baraka. Le coup d'être en superforme au moment fatidique n'est pas donné à tout le monde. Imaginez qu'il ait eu la grippe ce jour-là, ou juste mangé une moule pas fraîche... Cette belle histoire n'aurait jamais vu le jour.
Lin serait juste resté un type diplômé de Harvard qui avait tâté du basket de niveau. Il aurait épousé une jolie femme, eu des mômes qui seraient devenus des teen-agers en révolte, bref une vie normale, plutôt cool... Est-ce que sa vie de star mondiale sera encore plus cool ? Pas sûr, une fois passé les premiers succès, les désillusions surviennent... Mais enfin, ce succès là, c'est le sien, il aura été le chercher avec les dents. Et s'il s'accompagne d'une pluie de dollars, cela ne me gêne pas plus que cela.
Surtout, il faut arrêter de croire que tout est de la faute des riches et qu'il suffit de les ponctionner pour résoudre tous nos problèmes. Parce que c'est mathématiquement faux. Répartir tout leurs argent entre nous tous, classes moyennes ou pauvres, ne changera pas grand chose à notre situations. Car nous sommes extrêmement plus nombreux.
Si vous répartissez le gros lot entre tous les participants d'une loterie vous avez juste, pour chacun d'eux, l'équivalent d'un ticket de loto. C'est à peu près la même chose pour la société dans son ensemble.
Cela ne signifie pas que les très riches ne doivent pas être solidaires. Ils doivent l'être. Mais les vrais problèmes sont ailleurs.

Écrit par : Philippe Souaille | 14/02/2012

Bonjour Philippe Souaille,

" Voilà qui nous emmène bien loin du propos initial. "

Oui, c'est vrai et j'ai contribué à cette digression ...

Jalousie ? Oui certainement, encore que même si je déteste Alain Delon, je n'éprouve à son égard aucune jalousie.

Bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 14/02/2012

Pour être jaloux, Jean, il faut être envieux. Or je vous accorde bien volontiers que nous devons être au moins deux à ne pas être envieux du sort d'Alain Delon. Pas même de sa fortune. Pas à ce prix :-)
Je ne me souviens d'ailleurs pas d'avoir payé une place au cinéma pour voir un seul de ses films, hormis la Piscine, il y a fort longtemps, et je dois le confesser, c'était plutôt pour Romy Schneider... C'est peut-être la seule chose que je lui pourrais lui envier: de l'avoir approché de si près... Mais je doute qu'un quelconque système de redistribution fiscale puisse remédier à ce genre d'injustice là !

Écrit par : Philippe Souaille | 14/02/2012

Ah, ah, Philippe, je me disais bien :

" ... c'était plutôt pour Romy Schneider... "

Vous avez bon goût, mais hélas Romy n'est plus !

" Mais je doute qu'un quelconque système de redistribution fiscale puisse remédier à ce genre d'injustice là ! "

Oui effectivement, c'est comme devant la mort, nous redevenons tous égaux !

Sur ces propos un peu tristounets, je vous souhaite une bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 14/02/2012

Pas très gais, en effet. Excellente journée tout de même. Quant à moi, je viens de me relire, et je constate que j'aurais du le faire plus tôt ! Plein de fautes d'orthographes ! Shame on me. On ne travaille jamais assez, si l'on veut... Quoi ?
Devenir riche ? Faire partie des meilleurs ? Etre aimé ? Adulé ? Passer à la postérité ? Pouvoir se regarder dans la glace le matin sans trébucher sur une faute d'accord ? L'Honneur ? Je ne sais pas ce qui nous pousse à vouloir être bons. Sans doute un peu de tout cela.
Ce que je sais en revanche, c'est que les gens qui se réveillent de leur grasse matinée pour vomir ensuite dans leurs blogs sur les riches, les autorités ou les sportifs de haut niveau me portent sur le système. De même que m'insupportent ceux, nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, qui n'ont pas la moindre idée de ce qu'endurent d'autres juste pour survivre.
La possibilité de mobilité sociale est essentielle au bon fonctionnement des rouages de notre société. Si elle se bloque, c'est toute la machine sociale qui se grippe. Laisser en panne l'ascenseur social est un assez bon moyen de le voir se transformer en ascenseur pour l'échafaud...

Écrit par : Philippe Souaille | 14/02/2012

On a entendu des dires que la Suisse a tiré une bonne partie de ses revenus sur l'argent déposé par les dirigeants dictateurs africains et arabes. Est-ce que cela est vraie?

Écrit par : faire part | 17/02/2012

Une partie, certainement, mais ce n'est qu'une petite partie des revenus de la Suisse, qui a beaucoup d'autres cordes à son arc. Des cordes légales, qui ne veulent plus pâtir de la mauvaise réputation que leur cause cette activité grise.

Écrit par : Philippe Souaille | 17/02/2012

"on ne peut nier qu'il s'agit d'Etats démocratiques se comportant de manière honorable à l'égard de leurs ressortissants."
Ecrit par : Philippe Souaille | 13.02.2012

C'est là que cela gratouille ou chatouille. A partir de 50% des revenus, il me semble que la fiscalité devient confiscatoire (tiens, il faudrait creuser cette même origine étymologique...). Ce qui ne veut pas dire que j'approuve le fait que des salaires aussi élevés soient versés à certaines personnes, celles que tout le monde peut citer ici. Mais c'est un autre problème...

Écrit par : Géo | 17/02/2012

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