24/02/2012

La politique schizophrène et anti-genevoise du MCG

Quel que soit le bout par lequel on l'appréhende, l'attitude du MCG est clairement xénophobe et schizophrène. Je résume: ils prétendent n'être pas xénophobes parce qu'ils défendent uniformément les résidents, quelle que soit leur nationalité. Les seuls qu'ils ne supportent pas, ce sont ceux qu'ils appellent entre eux, ou à longueur de commentaires, sur internet, les frouzes ou les shadocks. C'est-à-dire les frontaliers, les non-résidents qui habitent "de l'autre côté". Considérés en bloc comme français, ce qui est de moins en moins vrai.

Il y a de plus en plus d'européens parmi les frontaliers et aussi de suisses.  Plus de 20 000 de ces derniers, dont plusieurs centaines aux HUG. Les discriminer, c'est discriminer des électeurs dans leur propre pays,  et c'est électoralement très périlleux. Surtout qu'un certain nombre d'entre eux ont fait le pas volontairement, pour acquérir un bien qu'il s'agit maintenant de payer, souvent en Francs suisses. Ils ne peuvent se permettre de perdre leur boulot à Genève. D'autres ont du franchir la frontière contraints et forcés, pour simplement trouver un toit pour abriter leur famille. Dans les deux cas, la discrimination potentielle à leur égard passe très très mal.

Du coup, contrairement aux propos de MM. Gruson et Unger, le MCG prétend que la mesure ne s'appliquera pas aux suisses. Or d'une part, il n'en a pas le pouvoir, ce n'est pas encore le MCG qui fait la pluie et la beau temps de la République, d'autre part, il introduit ici la préférence nationale, donc la xénophobie qu'il prétendait combattre. C'est idiot et c'est suicidaire. Parce que l'on crée ainsi deux catégories de citoyens dans le Genevois français: ceux qui ont libre accès à Genève et ceux qui ne l'ont pas !  Déjà que la présence des Suisses fait fortement monter les prix des loyers, leur attribuer des privilèges supplémentaires est le meilleur moyen de les faire détester sur place. Là où ils habitent.

Sans compter les tensions sur les lieux de travail, car on se retrouverait ainsi avec 3 catégories de personnel, voire 4:

les frontaliers non suisses, qui n'ont que le droit de se taire et de bosser,

les frontaliers suisses qui ont tous les droits,

les résidents étrangers (français, portugais ou autres), qui perdent leurs droits s'ils vont habiter de l'autre côté, par choix de devenir propriétaire ou par manque de logement

les résidents suisses qui eux peuvent habiter des deux côtés de la frontière si cela leur chante.

C'est totalement contraire à tous les accords signés, ainsi qu'aux principes de non discrimation établis par le Conseil de l'Europe, qui n'est pas l'UE et dont la Suisse est membre fondateur. C'est pourquoi MM Gruson et Unger s'en tiennent clairement au principe de proximité résidentielle, qui lui peut se justifier, d'un point de vue urbanistique et écologique mais aussi de disponibilité dans le service, en cas d'urgence par exemple. Il peut être défendu devant une court. Mais il réduit les droits des Suisse dans leur propre pays...

C'est pourquoi il est à terme inapplicable. Sauf dans les professions « de piquet » où le critère de proximité résidentielle est effectivement essentiel. La seule solution, répétons-le, s'il existe des cas avérés de népotisme, de favoritisme régional, ethnique ou autre, notamment à l'embauche ou à l'avancement, c'est de les sanctionner au cas par cas. En évitant de discriminer toute une population pour la faute de quelques uns.

Il est clair que certains jettent de l'huile sur le feu. Leur but n'est même pas de déconstruire la région, à la vérité, ils s'en fichent, c'est juste le moyen qu'ils ont trouvé pour créer suffisamment de gabegie pour espérer accéder enfin au pouvoir, alors que pour différentes raisons ils étaient systématiquement barrés dans leurs partis d'origine. En attendant, c'est bien la région qu'ils mettent en péril. Or Genève a besoin de sa région.

Prenez l'aéroport: il ne peut assumer son rang (essentiel à notre économie internationale) sans un bassin de population qui englobe largement toute la vallée de l'Arve jusqu'à Chamonix. Idem des liaisons TGV.

En matière de fourniture d'énergie, Genève dépend de la France, et ce n'est pas entre Versoix et Chancy qu'elle pourra installer suffisamment d'éoliennes ou de panneaux solaires.

En matière de logements, c'est évident: plus la crise s'aggrave, moins l'on construit apparemment !

Il ne s'agit pas de déconstruire le lien de Genève avec la Suisse, mais tout au contraire de donner à Genève les moyens de s'exprimer. En Suisse et dans le monde. Avec la Suisse, dont Genève est l'un des piliers et des phares démocratiques depuis bien avant son entrée dans la Confédération. Avec la France dont elle fut de tout temps l'un des phares intellectuel et commercial et qui lui sert de caisse de résonance dans l'histoire des idées.

La frontière est un obstacle à ce développement mais l'on n'est plus à l'époque où l'on se faisait la guerre avant de déplacer les bornes. Il faut donc agir autrement, en estompant la frontière. Si les choses se passent en douceur, c'est dans l'intérêt de tout le monde: de la France comme de la Suisse et bien entendu de Genève et de sa région. Annecy risque d'être satellisé, Lausanne aussi, qui n'y tiennent pas plus que cela, mais elles ne perdront rien au change, car sur le fond, la région se développera nécessairement de manière multipolaire.

Le MCG et ses partisans développent une vision à courte vue, passéiste, qui au fond est clairement contraire aux intérêts de la collectivité genevoise. Prise dans son ensemble régional aussi bien que dans son acception restreinte, circonscrite aux frontières du canton. Eric Stauffer le résume très bien lorsqu’il affirme qu’il veut d’une région dont Genève soit le chef-lieu. Genève en est le centre économique et décisionnel essentiel, personne ne le nie et même les élus de l’Arc français le reconnaissent volontiers. Mais pour qu’un ensemble puisse se développer harmonieusement, ses membres doivent bénéficier de droits équivalents. Instaurer des droits particuliers à untel ou exclure tel autre de certaines fonctions, c’est la porte ouverte aux vexations et aux conflits.

Des droits égaux, c’est la base du respect, de la démocratie et de l’amitié entre les différentes composantes d’une population.  Comme tout bouleversement, comme toute adaptation, l’évolution historique que nous connaissons  entraîne son lot d'avantages et de problèmes. Il faut optimiser les premiers et résoudre les seconds: le chômage, le logement, la sécurité... Mais une chose est sûre, cette évolution est inéluctable, sauf à vouloir sombrer dans une décroissance effrayante, car totalement non maîtrisée.

Commentaires

Schizophrène

Écrit par : Maître Capelovici | 24/02/2012

le MCG est pour la double Le Pen, un Sale hasard..

Écrit par : briand | 24/02/2012

Bonjour Philippe,

Que penses tu de la production de logement historiquement faible à Genève en 2011 ? Quelles analyses faits tu des blocages ? Quelles propositions pour en venir à bout ?

Amicalement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 24/02/2012

Merci Me Capelovici, j'ai corrigé.
Par ailleurs, Thierry Cerutti m'a demandé de rectifier, ce que j'ai fait, une version antérieure. Il ne "traite" en effet pas directement les frontaliers d'animaux. Il compare leur arrivée sur le marché du travail genevois avec le retour des grands animaux prédateurs en Suisse, en réclamant des mesures d'accompagnement, dans le premier cas, comme il y en a dans le second.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/02/2012

un point tout de même qui mérite réflexion est celui de la réciprocité, un citoyen suisse résidant à Genève par exemple qui souhaiterait enseigner dans une université comme Lyon ou Grenoble ou qui désirerait obtenir un poste au CNRS ou dans un lycée dans une de ces deux villes aura ,cela était tout le moins le cas encore récemment, toutes les peines du monde à se faire engager au motif de sa nationalité et de son lieu de résidence.
Pour le reste je répète que Genève souffre d'un problème de mal sur-développemnt :que le temps de l'économique n'est le temps du politique , cela des deux côtés de la frontière.

Écrit par : briand | 24/02/2012

A vrai dire Antoine, ma religion n'est pas faite en matière de logements.
Une partie importante des blocages, au niveau des communes, vient du fait que l'on prévoit des logements sans prévoir les infrastructures qui vont avec. Notamment de transport. Or c'est un point crucial. Les propositions du TCS faites la semaine dernière, me paraissent aller dans la bonne direction, je dirai même plus, il serait nécessaire de les appliquer le plus rapidement possible. Transports publics + voies nouvelles, et bien sûr P+R.
D'un autre côté, la qualité de vie, c'est aussi pour beaucoup, la qualité du logement. Il faut construire des grands ensembles qui soient harmonieux, de qualité et agréables à vivre. De ce point de vue là, je trouve que le Genevois français a fait d'énormes progrès ces toutes dernières années: de grandes terrasses, des constructions dissymétriques, évidemment plus coûteuses que des barres, mais tellement plus agréables.
Enfin, je ne suis pas certain qu'il faille s'en tenir à la parité moitié des logements en suisse, moitié en France. Cela ne marche pas, de même que le genevois peine à assurer sa part de création d'emplois. Je me suis déjà largement exprimé sur le sujet dans un blog antérieur. Ce qu'il faut, c'est que tout le monde y trouve son compte. Là est l'essentiel.
Alors autant développer les atouts des deux côtés de l'agglomération, c'est à dire logements en France, emplois en Suisse, puisque les législations, de part et d'autre, vont dans ce sens, et qu'il sera très long et difficile de les changer. Ce qui implique aussi des compensations d'ordre financière appropriées et la construction d'infrastructures de transport ad hoc. Des lignes RER, des bus à voie rapide dépassant des omnibus etc...
Il faut repenser tout le système, en incluant les taxis par exemple, qui sont tout à fait prêts à entrer en matière pour développer des lignes de taxis collectifs comme cela se fait dans les pays du sud. Mais cela implique d'abord d'arrêter de s'insulter de part et d'autre de la frontière et de se considérer avec le mépris, voire la haine que l'on peut souvent constater. Et ceci des deux côtés, ce qui est profondément regrettable.
Inutile de chercher à savoir qui a commencé, L'important est de siffler la fin de la récréation et d'apprendre à se connaître, à se respecter, à considérer l'autre comme un partenaire et non pas comme une vache à lait ou comme un paysan vaguement inférieur.
Si l'on pense à la région parisienne, par exemple, il est évident que Paris paie pour les infrastructures de banlieue, car les banlieusards sont indispensables à Paris. Et personne ne reproche aux banlieusards de passer le périph tous les jours. Ce devrait être exactement la même chose ici.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/02/2012

Briand, cela ne doit en principe plus être le cas depuis l'entrée en vigueur des bilatérales. Après, une chose est certaine, c'est que la concurrence à l'embauche est beaucoup, beaucoup plus féroce en France qu'en Suisse. Parce que le marché est beaucoup plus étendu. Et les bonnes places proportionnellement plus rares. C'est certainement l'une des choses qui a changé avec les bilatérales: Genève et la Suisse se retrouvent plongées dans le grand bain, sans y avoir été vraiment préparées.
Mais le contraire eut été catastrophique. Je vous rappelle qu'avant l'entrée en vigueur des bilatérales, le taux de croissance helvétique stagnait en dessous de la moyenne européenne. Ce sont clairement les bilatérales qui lui ont donné le coup de fouet que l'on connait. Peut-être trop vigoureux, cela se discute, c'est votre avis, pas le mien. Pour moi c'est une chance inespérée que d'avoir pu essorer les premières années de la crise sans recul du niveau de vie.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/02/2012

Genève doit rejoindre son véritable terroir, la France, paradis des bureaucratiques staliniens et des syndicalistes bornés, l'idéal genevois. Il y aurait la Grèce, encore plus genevoise, mais c'est moins réaliste...

Écrit par : Géo | 24/02/2012

On parle logement en France voisine... et si on parlait travail et salaire en France voisine, histoire de mettre les boeufs avant la charrue! Et pourquoi pas construire Genève à Genève?

Écrit par : Riro | 24/02/2012

Tiens, c'est bon signe, ça. Mon commentaire est passé. C'est un apprentissage, la démocratie...

Écrit par : Géo | 24/02/2012

Eric Stauffer a une fois de plus dérapé. En pleine séance du Grand Conseil, il a jeté un verre d'eau à la figure du député PLR Pierre Weiss. Il s'était déjà battu à la buvette avec le vert Broggini, s'était promené avec un flingue sous l'aisselle dans les travées du même Grand Conseil... Le bureau du Grand Conseil prendra les sanctions qui conviennent. A moins que des excuses et un dédomagement d'un montant qui restera secret ne parvienne à étouffer l'affaire. A condition que Weiss l'accepte, évidemment...
N'empêche, au moment où un autre ponte du MCG se fait sanctionner par le même bureau pour avoir confondu ses affaires privées et sa fonction publique, on voit bien que le secours de la Répubique ne saurait venir de ces excités. Avant même d'être élu aux responsabilités, ils accumulent déjà les bourdes. Qu'est-ce que ce serait à l'exécutif ! En attendant, Stauffer sauve les fesses de Mark Muller. Qui oserait encore réclamer la démission d'un bagarreur unique pour le remplacer par un serial-bagarreur ?

Écrit par : Capitaine Ad Hoc | 25/02/2012

je ne vois qu'un duel pour mettre un terme à ce différent dans la dignité entre deux "politiciens" qui pensent que le parlement est une crèche à Lego.
après le pistolet, le verre d'eau ,alors pourquoi pas régler l'affaire au pistolet à eau , le premier qui aura une tache à son beau costume d'Armani des campagnes électorales sera déclaré grand bouffon de la république du père Ubu.
Merdre on ne les mérite pas maire Ubu.

Écrit par : briand | 25/02/2012

J'avais arrêté de suivre votre blog car je trouve votre "solution" (= les emplois à GE, les logements en FR) bien trop facile et "bon marché" pour GE. Je constate cependant avec intérêt que vous avez decouvert qu'il existe (si, si - c'est déjà le cas ; pensez par exemple aux indemnités de chômage) différentes catégories de population dans la région. Vous oubliez d'ailleurs une catégorie en pleine expansion et particulièrement importante en terme de relations transfrontalières: les "pseudo-résidents secondaires" en FR (qui gardent leur adresse, leurs impôts, leurs plaques, etc. à GE).
.
Étant donné que vous avez l'intelligence d'analyser le standing de ces populations avec justesse, je me demande quand même comment vous pouvez vous attendre à ce que les habitant du Genevois français souscrivent à la "solution" que vous prônez ci-dessus?

Écrit par : caracolelimonade | 25/02/2012

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