29/02/2012

Seule solution pour le logement: la région

Plusieurs personnes m'ont demandé "quelle solution proposez-vous" pour faire construire davantage de logements à Genève. Dresser le constat - tant qu'à faire objectif - du pourquoi et du comment d'une situation est une chose  (cf "Genevois Pluriels"), proposer des solutions, de vraies solutions en est une autre. Je vais m'y essayer.

Fondamentalement, je crois que l'hypothèse de travail de Mark Muller était la bonne, à savoir qu'il ne doit pas y avoir de tabou et qu'il faut construire partout : surélever en centre Ville, densifier la zone villas par des petits immeubles, et déclasser une partie de la zone verte. Mais faisant cela, on ne fait qu'énumérer les oppositions à venir...  Comment les vaincre ? Peut-être par davantage de concertation, mais en même temps, MM a déjà passé la plus grande partie de son temps à négocier.

Le fait est que notre agglomération est en expansion, que c'est une bonne chose, sinon par les temps qui courent, elle serait en récession. Mais cela provoque des tensions sur l'immobilier. Cette expansion économique est certes un peu la conséquence d'une politique économique très concurrentielle, mais elle découle bien davantage du fait que nous allons plutôt mieux qu'ailleurs. Du coup, nous attirons sans cesse de nouveaux migrants qui viennent chercher ici des conditions de vie plus favorables que chez eux. Aussi bien de ce côté-ci de la frontière que de l'autre côté. Ce qui tend à péjorer les conditions de vie de ceux qui sont déjà là, du moins c'est ce qu'ils ressentent. Oubliant juste que sans cette immigration, cet apport de forces vives et de sang neuf, l'économie tournerait moins bien et que donc, leur niveau de vie rejoindrait tôt ou tard celui des voisins.

Ces phénomènes sont connus, analysés de longue date et donnent naissance à tout coup à des mouvements populistes de rejet du nouvel arrivant, y compris voire surtout par celui arrivé avec la vague précédente. On l'a connu aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Là où ça se complique, c'est que nous vivons dans une région coupée en deux par une frontière, séparant deux systèmes législtaifs et fiscaux bien différents, ayant pour conséquences principales:

1) de faciliter la construction de logements en France, alors qu'elle est freinée en suisse

2) de faciliter la création d'emplois en Suisse, alors qu'elle est freinée en France

3) de faire monter les salaires et les prix du logement en Suisse tandis qu'ils sont plus bas en France.

Là-dessus se greffe le très fort cosmopolitisme genevois, notamment dans les couches de travailleurs les moins payés, qui sont généralement originaires du monde entier sauf de la région, tandis que de l'autre côté de la frontière, on est plus souvent du coin, voire de France ou éventuellement d'anciennes colonies françaises.

Résultat des courses, un serveur frontalier touchera le même salaire que son homologue kossovar, mais là où le kossovar devra entasser sa famille dans un 4 pièces qui lui mange la moitié de son salaire, le frontalier, lui se paie sa villa. Forcément, cela crée des jalousies. En plus le frontalier français, souvent bien formé dans une école hôtelière, s'exprime dans un meilleur français et fatalement, risque de passer en premier sur le tableau d'avancement. Ce qui tout aussi fatalement, créée des jalousies, même lorsque la promotion est justifiée. Pour peu que le frontalier français fasse preuve d'un soupçon de racisme à l'égard de collègues, qui souvent "ne sont pas d'ici", voire à l'égard des Suisses genre "y a pas l'feu au lac" ou autre vanne vaseuse, ce qui arrive assez fréquemment. La situation devient explosive. Et comme les Suisses ou résidents ne sont pas les derniers à entonner l'antienne anti-frouze, anti-shadoks et autres, la mèche se rapproche dangereusement du bâton de dynamite.

D'autant que tout ce petit monde, le week-end va faire ses courses en France, là où la vie est moins chère, et force du franc aidant, prend volontiers le petit personnel local de haut. Petit personnel payé en Euro qui lui en est réduit à s'en aller vivre de plus en plus loin de son lieu de travail, car l'habitat de la zone frontière n'est franchement plus dans ses moyens. Ce qui fait là encore monter les tensions, à l'égard des Suisse, comme à l'égard des frontaliers, qu'ils soient français ou suisses d'ailleurs, et plus encore à l'égard des quelques suisses qui vivent en France quasi à demeure, tout en gardant officiellement leurs papiers en Suisse.

Les accords bilatéraux conclus étaient clairement un deal, pour ce qui nous concerne dans la région: liberté de venir travailler en Suisse, contre liberté d'aller habiter sur France. Beaucoup de gens en ont profité, notamment

1) les chefs d'entreprises suisses et français qui, des deux côtés, ont pu faire tourner leurs affaires à plein

2) tous ceux qui ont fait le choix d'aller habiter sur France. Qui sont à 80% des franco-suisses pour ceux qui sont déclarés. Ainsi que pas mal de personnel intermédiaire des organisations internationales (en principe pas les diplomates qui ne sont accrédités en tant que tels qu'en Suisse). Et aussi des Suisses, donc, souvent des cadres, professions libérales, etc... qui se payent de magnifiques villas en France alors qu'ils ne pourraient en Suisse qu'être locataires d'appartements.

Parmi le petit personnel cosmopolite, rares sont ceux qui ont franchi la douane, n'ayant pas encore tous les papiers nécessaires. Et les salariés en euro, eux aussi rament. Alors on aura beau dire à ces catégories de personnel qu'ailleurs, c'est à dire dans leur pays d'origine pour les résidents suisses, ou dans leur région d'origine pour les français, c'est souvent pire, ils n'ont aucune envie d'entendre ce discours. Surtout qu'à côté leur collègue de travail (en Suisse) ou leur voisin (en France) vit tranquille dans sa villa...

Bref, c'est fondamentalement une histoire de jalousie et la jalousie est un vilain défaut, mais de le constater n'avance à rien. Comment parvenir à améliorer la situation de tous ceux qui se retrouvent défavorisés ? En construisant. Oui mais où et à quel prix ?

Le deal conclu dans le premier contrat d'agglomération prévoyait une démarche volontariste de part et d'autre, pour rééquilibrer la situation: construire davantage en Suisse et créer d'avantage d'emplois en France. Mauvaise idée, mauvaise solution. La preuve, elle a échoué des deux côtés. De plus, elle ne résolvait en rien  le sentiment d'injustice créé de par et d'autre par la situation de privilégiés, de fait, des frontaliers.

Aller contre les lois qui freinent la construction d'un côté, l'emploi de l'autre, et sont considérées comme des conquêtes de la démocratie n'est pas une bonne idée. En plus, le charme et le "petit plus" de Genève dans la compétition internationale, c'est son côté ville à la campagne, qu'il importe de ne pas détruire. Il faut au contraire l'étendre, en étendre les standards de qualité, dans le Genevois français.

En judo, on apprend à se servir de la force de l'adversaire. Sauf que l'adversaire ici, n'est pas l'autre, mais la situation. Et la solution, c'est de construire massivement là où c'est possible et moins cher, c'est à dire en France, mais dans des zones d'habitat regroupé et surtout bien irriguées par les transports en commun. A destination des suisses, bien sûr, mais en y prévoyant aussi des logements qui seront attribués à des salariés en euros, du secteur public et privé. L'idée vient de Sandrine Salerno, mais elle est excellente. Le tout avec des standards de qualité suisses, et des architectures modernes, spacieuses et aérées, mais forcément moins cher. Tout en créant de l'emploi. Pour la construction et ensuite: commerces, artisanat d'entretien, services à la personne, etc...

Les résidents genevois non-européens n'y auront pas forcément accès dans un premier temps, pour des questions de passeport, mais l'appel d'air créé permettra de libérer des logements en Suisse et donc de réduire la pression sur les loyers. On parle là de programes qui pour avoir un effet devrait comporter plusieurs milliers de logements d'un coup et ce durant plusieurs années, tant que l'afflux de nouveaux arrivants se poursuit.

Il faut y prévoir aussi des EMS (maisons de retraite) qui pourront accueillir aussi bien des suisses que des français. Dans des conditions de confort suisses, mais coûtant forcément moins cher. Tout en créant de l'emploi. Car rappelons-le pour les gens de ma génération du papy boom, ce problème va rapidement devenir crucial et incroyablement coûteux pour les finances de l'Etat. En passant la frontière, on réduit les coûts, tout en restant à proximité immédiate des familles et du cadre de vie habituel. Lorsqu'on sait que bien souvent, toutes les économies et l'héritage y passent, et que l'Etat doit encore ensuite prendre en charge le reste, l'enjeu vaut la peine d'y réfléchir...

Seulement, les Français vont dire, et ils auront raison: "c'est l'invasion qui continue et ce que vous nous proposez, c'est de devenir des cités dortoirs ?" Oui, mais aux normes suisses... De plus il faut effectivement continuer de construire des logements à Genève à chaque fois qu'on le peut, quitte à passer en force, à condition de garder en tête un critère essentiel, comme pour les logements à construire en France, d'ailleurs: la qualité de vie des habitants, nouveaux et anciens.

Il faut aussi créer des emplois en France. Pas seulement dans les EMS, le commerce et l'entretien. Sur ce point, il y a au moins deux pistes très intéressantes, sachant que les sièges administrtaifs et financiers ne vont pas passer la frontière: la recherche médicale et les cleantechs. La première parce que les lois françaises y sont très favorables, les secondes parce que le savoir-faire en matière de décolletage est unique au monde dans la région et que ce savoir-faire mécanique sera forcément mis à contribution dans le développement de technologies de pointe en matière environnementale. Il est clair que l'idée chères à Etienne Blanc, de zones franches appliquant le droit du travail suisse serait un plus, mais leur création dépend de Paris.

C'est un "new deal" qu'il faudrait pouvoir débattre au plus vite avec les responsables de la partie française de l'agglo. Peut-être en profitant de la démission de Muller, qui était l'interface des négociations "logement" avec les français. Ses responsabilités vont être réparties entre ses collègues, jusqu'à l'élection de son successeur, en juin.  Précisément au moment où doit être signé le prochain contrat d'agglo. Collision fâcheuse. Très bien. Il s'agit maintenant d'en faire un atout.

Commentaires

Mon brave Souaille, vous allez vous mettre à dos votre amis AV ainsi que vos ennemis du MCG. Sans me publier, pourriez-vous justifier votre allégation selon laquelle une large fuite démographique en avant est nécessaire au maintien du niveau et de qualité de vie de ceux qui sont déjà là ?

Écrit par : CEDH | 29/02/2012

Merci CEDH, fidèle lecteur, qui croyez devoir me lire, même lorsque je ne vous publie pas. Une telle constance me va droit au coeur.
Plus sérieusement, la "fuite en avant démographique" dont vous parlez n'est pas nécessaire, elle est inéluctable. Avec ou sans le maintien des accords de libre circulation que vous et vos amis de l'UDC prétendez dénoncer.
Parce que c'est simplement l'attractivité économique de Genève qui agit comme un aimant, bien plus fortement, en termes démographiques que l'actuelle attractivité fiscale. Ce que Vielliard refuse de reconnaître, bien que les chiffres existent: 9 personnes sur 10 arrivant dans la région viennent de leur propre chef.
La libre circulation interdit de s'y opposer, ce à quoi je suis favorable. Je me battrai pour, par principe et aussi parce que c'est profitable et même nécessaire à la bonne santé de l'économie. Nous en avons besoin. Pour mémoire, au cours des années précédant l'entrée en vigueur des accords de libre circulation, la croissance helvétique stagnait et s'avérait inférieure à la croissance européenne.
Imaginons que la suspension des accords de libre-circulation passe en votation: l'afflux demeure. Combien de clandestins à Genève ? On parle de 10 000. Dans la partie française de la région, c'est en plus incontrôlable et si l'étanchéité se renforce, l'économie régionale n'a plus les moyens d'entretenir cet afflux à un niveau de bien être convenable. C'est la zone assurée aux portes de Genève. D'où renforcement de la frontière, etc...
Vivre dans un camp retranché cerné de tous côtés sauf sur la Route Suisse, est-ce bien votre objectif ? Sans compter que même pendant la guerre, des dizaines de milliers de gens sont parvenus à passer sous les barbelés. Les Suisses de France rentreraient en masse à Genève, 20 000 logements d'un coup, et hop...
Une dénonciation des accords de libre-circulation n'irait pas sans conséquences désastreuses pour l'économie genevoise elle-même. Un Franc sur 3 produit ici est vendu dans l'UE. Et le tiers de ce qui est vendu dans le canton provient de l'UE. Plus problèmes de recrutement de main d'oeuvre, notamment en matière de main d'oeuvre hautement spécialisée dont nous avons besoin si nous prétendons maintenir notre rang dans le haut de gamme et l'innovation (cleantechs) dans un monde de plus en plus concurrentiel.
Qui ne progresse pas régresse, CEDH et je doute fort que l'on conserve notre place à table, si l'on refuse les règles du jeu, qui par ailleurs nous sont largement favorables. Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu européens pour des canards sauvages. Vielliard a parfaitement raison lorsqu'il remarque que la manière douce, diplomatique et civile des européens en matière fiscale et bancaire est beaucoup moins efficace, avec la Suisse, depuis plus de douze ans, que les méthodes de cow-boy étasunienes.
Le monde entier l'a remarqué. Et Blocher fut le premier à courir jouer les caniches aux Etats-Unis en poussant à la conclusion - jamais aboutie, encore une de ses grandes réussites - d'un accord de libre échange.
La Suisse est un géant économique aux pieds d'argile et un nain fragile en matière de rapports de force. Ce n'est pas le choix du Grippen qui va arranger les choses. Nous avons tout intérêt à élaborer des solutions pragmatiques nous permettant de tirer notre épingle du jeu, ce qui nous a toujours extrêmement bien réussi depuis un siècle, plutôt que de confier nos intérêts à des matamores style Stauffer, qui après quelques baffes bien senties vont appeler maman comme tout le monde. Ou pire, seront tellement dépendants de leur égo qu'il faudra les écraser au rouleau compresseur, et le pays avec, pour qu'ils lâchent prise.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/02/2012

Et blablabla, toujours le même discours de ceux qui veulent s'en mettre plein les poches; qui ne pensent pas aux habitants de ces lieux mais plutôt à ce que cela pourrait leur rapporter. Et reblablabla, quelle lassitude d'entendre toujours la même rengaine, toujours les mêmes justifications. Changez de disque, il devient rayé et arrêtez de surchauffer vos méninges elle vont éclater!

Écrit par : EC | 29/02/2012

Bonjour.
Certaines régions se dépeuplent, d'autres se surpeuplent.
Moi je dis stop, ça suffit.
Préservons le peu de terres genevoises qui nous restent.
A quand un article contre la constructions de logements chez nous.
Genève a assez donné.
Merci et bonne journée.

Écrit par : Zora Masé | 29/02/2012

L'initiative UDC ne conduit pas à la dénonciation de l'ALCP. C'est là un mythe entretenu par l'UDC. Et ça marche !

Certes, l'ALCP ne pourrait être étendu, à la Croatie par exemple. Mais, pour le surplus, le Conseil fédéral aurait un mandat populaire de négociation et si les autres (27 Etats membres et l'UE) ne voulaient rien savoir, ce qui est à prévoir, il ne se passerait rien. Cette initiative est un attrape nigaud.

L'UDC, ou à tout le moins ceux qui la dirigent, ne veut pas perdre les avantages néo-liberaux liés à la libre circulation.

Quelque soit les avantages des accords, il est certain que les régions frontalières paient un lourd tribu, que cela soit d'un côté ou de l'autre de la frontière. Et il est certain qu'un aménagement de la libre circulation spécifique aux zones frontalières serait mutuellement bénéfique. Ou alors que la France et la Suisse adoptent des politiques internes spécifiques à leurs régions frontalières.

Pour les 20'000 suisses rentrant à Genève, je n'ai toujours pas compris. En cas de dénonciation des ALCP, ils seraient parfaitement en droit de rester où ils sont. De même, pour les plus de 100'000 ressortissants de l'UE résidant à Genève.

PS.: Je n'ai pas d'amis à l'UDC

Écrit par : CEDH | 29/02/2012

CEDH, sur la mise en place de politiques spécifiques aux zones frontières, je suis d'accord. C'est une ecellente idée, d'ailleurs largement finançable par des aides européennes, puisque c'est le but des fonds Interreg: développer et harmoniser les zones frontières entre Etats de l'UE et avec la Suisse.
Il faut juste faire attention à ce que cela ne fasse pas que déplacer les problèmes de frontière un peu plus loin à l'intérieur, mais c'est jouable.
Pour les suisses de France, si une préférence cantonale s'installe pour de vrai, ils rentreront. Si les tensions s'exaspèrent et qu'ils commencent à se faire crever les pneus en France (comme les frontaliers le vivent déjà régulièrement à Genève), ou que leurs mômes commencent à se faire insulter à l'école, ils rentreront.
Quand aux 100 000 résidents UE à Genève, une bonne partie d'entre eux font les bataillons anti-frontaliers du MCG. Mais si la situation économique se détériore, ils rentreront chez eux, eux aussi. Tout le monde sera perdant.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/02/2012

En ce qui me concerne, vous avez bien éclairé ma lanterne. Logement, transports, mobilité, sécurité, santé etc., il n'y a pas de salut hors région. La population doit saisir l'importance des enjeux - ce à quoi vous contribuez régulièrement avec vos dossiers - et une fois préparée, se prononcer pour ou contre un concept de développement qui lui sera proposé. Généralement, ce sont les initiatives qui lancent le débat dans la société. Il faut donc faire vite et tenir compte dans les textes de la compatibilité avec le cadre légal qui existe - ou l'adapter - et les accords qui nous lient. Reste à trouver les personnalités qui se mouillent. Peut-être un collège multi-disciplinaire, composé à la fois de la société civile, de chercheurs, d'entreprises et du monde politique ? Oups, je dois rêver.

Écrit par : Paul Marbach | 29/02/2012

Bonjour Philippe,

D'accord avec la fresque que vous dressez, avec quelques remarques tout de même, c'est habituel chez moi ... ;o)

Le projet d'agglo bute clairement sur des questions de législation : droit du travail, droit de la construction avec sa sarabande de recours, fiscalité, etc. ...

Il manque également à ce projet une base institutionnelle qui serait l'interface entre les institutions genevoises et suisses d'une part, françaises et européennes (UE) d'autre part.
Ce projet nécessiterait pour fonctionner réellement : un exécutif ainsi qu'une assemblée qu'on appellera législative à défaut de l'appeler "législatif", laquelle serait élue directement par le habitants de la région concernée, des deux côté de la frontière, ceci pour lui donner plus de légitimité, et "last but not least" : des ressources pour financer les projets communs, par exemple les transports publics, les parkings intermodal, etc. On éviterait ainsi des problèmes que l'on rencontre actuellement avec les effets collatéraux du projet CEVA.

Actuellement ce projet dépend du bon vouloir des élus de part et d'autre de la frontière qui se sont autoproclamés en tant que partie prenante au projet. Ils n'ont donc guère de légitimité à représenter les populations concernées et cela se reflète sur les tensions qui s'exacerbent des deux côtés de la frontière, comme vous le relevez d'ailleurs très bien dans votre billet.

L'idée d'Etienne Blanc est bonne, mais comme une telle décision dépend de Paris qui a bien d'autres chats à fouetter en ce moment, elle risque de s'enliser.

Pourtant la situation presse et on tergiverse.

Genève doit construire davantage, c'est une évidence mais je ne suis pas sûr que la démission de Muller débloque la situation. Il y a de la surface à bâtir à Genève : qu'en est-il du projet "PAV" ? Qu'en est-il de la Plaine de l'Aire où Genève ambitionnait -- une idée chère à Guy-Olivier Segond -- d'y installer l'expo nationale en 2000, devenue "Expo 02" ?
Bref on n'avance pas dans ce domaine à Genève et les Français ont beau jeu de nous le reprocher.

Vous évoquez aussi les salariés en Euros de "France voisine" -- un terme banni dans la vocabulaire de votre ami Antoine Vielliard -- qui peinent à se loger à des conditions normales. Mais n'est-ce pas avant tout un problème franco-français ? Comment font-ils et font-elles les facteurs, policiers, enseignants, infirmières et caissières de supermarchés de la région parisienne où les prix de l'immobilier sont comparables à ceux de la région genevoise ? Touchent-ils, touchent-elles des indemnités de logement ? Je n'en sais rien !

Quant aux élus de France voisine, à part Etienne Blanc, Antoine Vielliard -- même si l'on est pas d'accord avec ses idées --, le Maire d'Annemasse et son prédécesseur, où sont-ils les autres ?
Que font-ils pour ce projet d'agglo à l'Assemblée nationale française, les Marc Francina -- ci-devant Maire d'Evian --, Bernard Accoyer -- ci-devant Maire d'Annecy-le-Vieux et Président de ladite Assemblée nationale ? Rien ! Le second se contente d'aboyer du haut de son perchoir et ne s'intéresse à la région que pour condamner les propos de Bernard Gruson et de P.-F. Unger.

http://www.ledauphine.com/ain/2012/02/21/reaction-musclee-de-bernard-accoyer

Ce n'est pas ainsi que l'on fera avancer le "schmilblick" ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/03/2012

Remarques pertinentes, Cher Jean. Mais s'il est vrai que le prix des logements de l'autre côté est un problème franco-français, cela n'est pas perçu de cette manière par les habitants qui ressentent l'arrivée des suisses à hauts revenus comme une invasion. Exactement comme le chômage de certaines catégories de genevois, ici est notre problème, mais que le MCG surfe sur cette vague pour en accuser les frontaliers.
Si l'on veut construire une agglo transfrontalière qui tienne la route, et j'en suis un chaud partisan, il faut commencer par cesser de rejeter sur l'autre invectives et responsabilités. Nous avons un avenir commun et dès à présent des responsabilités communes. Cela signifie que les frontaliers doivent comprendre qu'il n'est dans l'intérêt de personne d'attiser les tensions politiques sur les questions d'emploi. La proposition faite par Michel Charrat d'utiliser les cotisations sociales des frontaliers bloquées par le SECO à Berne pour faire de la formation à destination des chômeurs de longue durée genevois va d'ailleurs dans ce sens.
De notre côté, nous devons faire en sorte que les salariés en euros n'aient pas de raison de se considérer comme les dindons de la farce. Par exemple comme je le disais, en prévoyant des logements qui leur seraient réservés dans les programmes immobiliers à venir. Et comment le faire pour que ces logements aillent à des travailleurs de la région plutôt que d'être un appel d'air pour de nouveaux arrivants ? Tout simplement en les vendant ou louant aux employeurs (à moins qu'ils ne participent directement à leur construction) qui ensuite les remettraient à leurs employés. C'est ce qui se passe en région parisienne où les grandes entreprises publiques et les administrations, possèdent des immeubles d'habitation pour leur personnel.
Ce qui est certain, c'est que tout se résume aussi à des questions d'argent et que l'argent est principalement de ce côté-ci de la frontière, ce qui peut prêter l'impression que les vases communiquent toujours dans le même sens. Mais c'est fatalement comme cela que ça se passe entre un centre urbain et sa périphérie. Simplement ailleurs, cela ne pose aucun problème et n'offusque personne parce qu'il n'y a pas de frontière pour séparer l'un de l'autre.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/03/2012

Un organisme supra-national qui aurait un pouvoir décisionnaire. Le peuple n'acceptera jamais un pareil machin.

Il n'y a pas de cotisation bloquée. Il y a un ALCP qui règle la question des assurances sociales dont l'assurance chômage. Le pays de résidence indemnise. Ce que vous préconisez est une modification de l'ALCP en faveur de la France.

Écrit par : CEDH | 01/03/2012

Vous n'avez pas compris CEDH: l'idée de Charrat et du Groupement des Frontaliers n'est pas d'utiliser cet argent (cotisé en Suisse par les frontaliers, donc) en France, mais en Suisse à destination des chômeurs de longue durée résidents en Suisse, pour leur permettre d'accéder plus facilement et à armes égales au marché du travail.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/03/2012

Merci de la précision. Mais alors je me demande de quoi il se mêle.

Concernant ma réaction censurée vous devriez essayer de vous mettre à la place d'un suisse qui n'est que suisse et à qui on dit d'aller habiter en France alors qu'il finira par se faire éjecter de France.

En lui accordant la priorité en Suisse il ne se ferait pas éjecter de France et l'européen ne se ferait pas éjecter de France puisqu'il serait chez lui, en Europe.

Voilé qui éviterait les drames humains à venir.

Écrit par : CEDH | 01/03/2012

Il ne se mêle pas, il émet une suggestion au sujet d'une somme (une de plus) versée par une économie genevoise florissante au budget global de la Confédération et de ses assurances sociales (Genève, on ne le dira jamais assez est le 2ème contributeur net au budget de la Confédération après Zurich et le 2ème par habitant après Zoug), pendant que ce délicieux torchon qu'est la Weltwoche traite cette semaine les welches de "grecs de la Suisse". Ce qui pour moi est un compliment, après tout. Vu que cela fait 35 ans que Charrat contribue à l'économie genevoise, il me semble à moi qu'il a droit à une voix consultative sur la question. Surtout si l'idée est bonne.
Pour le reste, personne ne se fera éjecter de France ni de Suisse, si l'on fait les choses correctement. J'ai vu que les carougeois en sont à se demander s'il ne devrait pas y avoir une préférence communale. De fait, lorsque Carouge est devenue genevoise, en 1815, comme Versoix et les 3/4 de nos communes, il lui a fallu plus d'une génération pour s'intégrer. Avec ce que cela implique de compromis et d'efforts des deux côtés.
Au même titre qu'il y a des tensions entre vaudois et valaisans, entre corses et marseillais, entre bretons et parisiens, entre bernois et zuricois... Mais personne ne chasse quiconque d'où que ce soit, parce que les instituions ont fait en sorte que ces tensions soient maintenues en-dessous du seuil fatal. Juste le contraire de ce qu'essaie de faire le MCG pour des raisons bassement électorales.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/03/2012

" La proposition faite par Michel Charrat d'utiliser les cotisations sociales des frontaliers bloquées par le SECO à Berne pour faire de la formation à destination des chômeurs de longue durée genevois va d'ailleurs dans ce sens. "

J'ignorais cette proposition et ne sais pas si elle est applicable, mais je la salue. Michel Charrat, un homme qui s'implique en faveur de la résolution des nombreux problèmes régionaux et que j'ai malheureusement omis de citer.

Un dernier mot, vous évoquez le choix du Gripen -- mais que vient-il faire dans ce débat ? -- à propos duquel on entend tout et son contraire :

" Ce n'est pas le choix du Grippen qui va arranger les choses. " ???

Je ne suis pas un spécialiste des affaires militaires, j'en suis même très loin. Je m'en remets donc aux spécialistes qui ont fait ce choix.
Toutefois la Suisse ne doit tout de même pas acheter des "Rafales" à Dassault uniquement pour faire plaisir à Sarkozy, si ceux-ci ne répondent pas à nos besoins parce que trop sophistiqués et donc trop chers ?

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/03/2012

Le Grippen, c'était juste une vanne à deux balles, Jean. Je n'ai moi non plus aucune compétence en la matière, en dehors du fait que mon père avait passé son brevet de pilote sur un Bloch, qui ne s'appelait donc pas encore Dassault, à l'époque... Mais j'ai cru comprendre que le choix du Grippen était surtout motivé par l'envie d'embêter Sarkozy... Ce qui me semble un peu puéril, une blague à 2,7 milliards, donc :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 01/03/2012

Vous me rassurez Philippe !

C'est Christophe Darbellay qui déclarait péremptoirement vouloir s'opposer à l'achat de "Raffales" du fait des déclarations désobligeantes sur la Suisse faites par Sarkozy à la dernière réunion du "G20".

C'est vrai que Dassault est un pseudonyme et que Serge Dassault s'appelle en réalité Serge Bloch, un cousin de Camille ? Ce qui expliquerait peut-être la présence d'un aérodrome à Courtelary, juste à côté de la fabrique de chocolat ?...
Pour ceux, rares à Genève, qui connaissent le Vallon de Saint-Imier et l'institution Camille Bloch ! Mais on s'éloigne un peu du sujet ... ;o)

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/03/2012

Non seulement je connais le Vallon de St-Imier, Jean, mais j'y ai passé une partie de mon enfance et j'ai appris à skier sur les pentes du Chasseral, qui en ces années étaient couvertes de neige, de novembre à mars... A côté de CB, il y avait Longines et ses "chronotypogines", des caméras prototypes ultra-précises qui tournaient au 1/100ème de seconde, que nous utilisions sur le circuit de mon père à Lignières, pour l'étude des déplacements de masse en virage... Merci pour cette bouffée de souvenirs...

Écrit par : Philippe Souaille | 01/03/2012

Ragusa me voilà !

Écrit par : CEDH | 01/03/2012

Ah je vois que CEDH connait bien ses classiques lui aussi ... ;o)

Ragusa, Ricola, Cenovis, nous ne sommes pas des novices en produits du terroir ...

A quand une dissertation sur le papet vaudois, le totché ajoulot ou les tripes à la neuchâteloise -- 1er mars oblige ... -- sur ce blog ?

J'espère que le tenancier de ce blog ne me censurera pas pour toute cette pub ;o) ???

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/03/2012

Rivela et Ovo chaude... ou froide ! Plus le Nesquik, les Brunettes et la Cardinal... Quant aux tripes à la Neuchâteloise (avec de l'Oeil de Perdrix !) j'ai une interview filmée de Robert Hainard, qui m'en donne la recette... J'allais oublier le Cuche des Bugnes... Et le gâteau au beurre.
Bonne fête aux Neuchâtelois, effectivement. Du haut comme du bas !

Écrit par : Philippe Souaille | 01/03/2012

Juste en aparté Philippe :

" j'ai une interview filmée de Robert Hainard, qui m'en donne la recette... "

Est-ce bien de feu Robert Hainard, le regretté peintre animalier de Bernex auquel vous faites allusion ? Ne serait-ce pas plutôt à Jacques Hainard l'ethnologue (dit Barta pour les intimes ...), ancien conservateur du musée d'ethnographie de Neuchâtel, puis directeur de celui de Genève et aujourd'hui retraité aux Bayards dont il s'agit ?

Pour ma part, je verrais assez bien feu le truculent Archibald Quartier, ancien responsable de la chasse et de la pêche du canton de NE s'étaler sur la recette -- fort simple --- des tripes à la neuchâteloise, et puis n'oublions surtout pas la "Taillaule aux raisins" ...

C'était-y pas le Premier mars ?

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/03/2012

Jacques, bien sûr, où avais-je la tête. De même que ma Madeleine n'était pas trempée dans le Nesquik (qui était d'ailleurs fabriqué à Pontarlier) mais dans le Suchard Express...

Écrit par : Philippe Souaille | 02/03/2012

Si je peux m'immiscer dans votre débat...
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M. Souaille: Vous parlez ici de choses que vous ne semblez connaitre que très mal...
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Pêle-mêle: Aucun serveur, aussi frontalier soit-il, ne peut se payer une villa en région frontalière de nos jours. Les salariés en euros ne sont pas sujets à la jalousie mais à la peur de leur survie économique dans la région. Mais surtout: Une construction de qualité comparable coûte sensiblement la même chose entre la France et la Suisse (Au passage: C'est sympa de dénigrer le savoir-faire des employés du bâtiment français et vachement utile pour l’entente transfrontalière...). LE FACTEUR qui renchérit l'immobilier à Genève est le prix du terrain; et ce dernier est en grande partie dépendant des volontés politique (parce que de la place pour construire, il y en a coté GE)!
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Ainsi, vos points 1) et 2), qui semblent constituer une sorte de mantra que vous avancez sans cesse, ne risquent pas de convaincre d'aussitôt. Plus ça va, plus je deviens partisan de la théorie du clash salutaire: Avec la pression sur les salaires à GE (vers le bas, car concurrence mondiale) et l'immobilier en France voisine (vers le haut, car incurie genevoise), les différences vont s'estomper et les pressions mutuelles pourraient diminuer (« Chacun chez soi »). C'est d'ailleurs à ça qu'une grande partie de la population genevoise semble aspirer vu les succès du MCG...

Écrit par : caracolelimonade | 04/03/2012

Caracole et limonade, je crois connaître le problème frontalier aussi bien que vous. Je l'ai été 23 ans, puis 10 ans à Genève et je le suis de nouveau depuis un an. Un serveur, à 4500 CHF par mois, pourboires inclus, marié à par exemple une caissière à la Migros, 3500 CHF par mois pour un 3/4 temps, peut fort bien se payer une villa dans la région frontalière. Oh pas une très grosse, juste sur la douane, mais une un peu plus petite, à quelques kilomètres de la frontière, c'est sans problème.
Par ailleurs, j'ai fait construire une maison en France, il y a quelques années, j'en ai possédé deux autres au cours de mon existence aléatoire, faite de hauts et de bas et j'ai passé 15 ans de ma vie comme compagnon (successivement) de deux femmes architectes. J'ai donc une petite idée de la construction en France et en Suisse. Le prix des terrains est certes une variable essentielle, mais pas que. Le coût de la main d'oeuvre aussi. Et le choix des matériaux, ainsi que leur prix. A qualité égale, la différence est certes moins importante qu'à qualité inégale, mais voilà, la qualité de fabrication est rarement égale.
Cela n'a strictement rien à voir avec le savoir-faire des artisans et maçons français ou suisses (d'autant que tout le monde sait que les meilleurs sont italiens :-) mais avec le choix des matériaux et des finitions etc... Ce qui va bien au-delà du fait de savoir si on isole dehors ou dedans, traditionnelle pierre d'achoppement transfrontalière...
Que ce soit en matière de voitures, de frigidaires ou de téléphones, vous pourrez trouver en France des modèles bas de gamme, des mêmes marques, évidemment moins chers, qui ne sont carrément pas diffusés en Suisse, ou alors surchargés d'options. C'est la même chose dans le bâtiment. C'est d'ailleurs l'une des causes du prix des loyers en Suisse: le moindre HLM ou LUP, en France, ferait office de logement de luxe quand à sa qualité de fabrication et de finition. Ce qui évidemment à un prix. Et cette qualité se voie.
Mais ma moitié française est personnellement assez fière de constater qu'à Annemasse, par exemple, la qualité perçue y compris et notamment en matière d'architecture (c'est à dire de dessin des immeubles et des appartements) a fait un bond considérable ces dernières années, aujourd'hui tout à fait à niveau.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/03/2012

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