29/02/2012

Seule solution pour le logement: la région

Plusieurs personnes m'ont demandé "quelle solution proposez-vous" pour faire construire davantage de logements à Genève. Dresser le constat - tant qu'à faire objectif - du pourquoi et du comment d'une situation est une chose  (cf "Genevois Pluriels"), proposer des solutions, de vraies solutions en est une autre. Je vais m'y essayer.

Fondamentalement, je crois que l'hypothèse de travail de Mark Muller était la bonne, à savoir qu'il ne doit pas y avoir de tabou et qu'il faut construire partout : surélever en centre Ville, densifier la zone villas par des petits immeubles, et déclasser une partie de la zone verte. Mais faisant cela, on ne fait qu'énumérer les oppositions à venir...  Comment les vaincre ? Peut-être par davantage de concertation, mais en même temps, MM a déjà passé la plus grande partie de son temps à négocier.

Le fait est que notre agglomération est en expansion, que c'est une bonne chose, sinon par les temps qui courent, elle serait en récession. Mais cela provoque des tensions sur l'immobilier. Cette expansion économique est certes un peu la conséquence d'une politique économique très concurrentielle, mais elle découle bien davantage du fait que nous allons plutôt mieux qu'ailleurs. Du coup, nous attirons sans cesse de nouveaux migrants qui viennent chercher ici des conditions de vie plus favorables que chez eux. Aussi bien de ce côté-ci de la frontière que de l'autre côté. Ce qui tend à péjorer les conditions de vie de ceux qui sont déjà là, du moins c'est ce qu'ils ressentent. Oubliant juste que sans cette immigration, cet apport de forces vives et de sang neuf, l'économie tournerait moins bien et que donc, leur niveau de vie rejoindrait tôt ou tard celui des voisins.

Ces phénomènes sont connus, analysés de longue date et donnent naissance à tout coup à des mouvements populistes de rejet du nouvel arrivant, y compris voire surtout par celui arrivé avec la vague précédente. On l'a connu aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Là où ça se complique, c'est que nous vivons dans une région coupée en deux par une frontière, séparant deux systèmes législtaifs et fiscaux bien différents, ayant pour conséquences principales:

1) de faciliter la construction de logements en France, alors qu'elle est freinée en suisse

2) de faciliter la création d'emplois en Suisse, alors qu'elle est freinée en France

3) de faire monter les salaires et les prix du logement en Suisse tandis qu'ils sont plus bas en France.

Là-dessus se greffe le très fort cosmopolitisme genevois, notamment dans les couches de travailleurs les moins payés, qui sont généralement originaires du monde entier sauf de la région, tandis que de l'autre côté de la frontière, on est plus souvent du coin, voire de France ou éventuellement d'anciennes colonies françaises.

Résultat des courses, un serveur frontalier touchera le même salaire que son homologue kossovar, mais là où le kossovar devra entasser sa famille dans un 4 pièces qui lui mange la moitié de son salaire, le frontalier, lui se paie sa villa. Forcément, cela crée des jalousies. En plus le frontalier français, souvent bien formé dans une école hôtelière, s'exprime dans un meilleur français et fatalement, risque de passer en premier sur le tableau d'avancement. Ce qui tout aussi fatalement, créée des jalousies, même lorsque la promotion est justifiée. Pour peu que le frontalier français fasse preuve d'un soupçon de racisme à l'égard de collègues, qui souvent "ne sont pas d'ici", voire à l'égard des Suisses genre "y a pas l'feu au lac" ou autre vanne vaseuse, ce qui arrive assez fréquemment. La situation devient explosive. Et comme les Suisses ou résidents ne sont pas les derniers à entonner l'antienne anti-frouze, anti-shadoks et autres, la mèche se rapproche dangereusement du bâton de dynamite.

D'autant que tout ce petit monde, le week-end va faire ses courses en France, là où la vie est moins chère, et force du franc aidant, prend volontiers le petit personnel local de haut. Petit personnel payé en Euro qui lui en est réduit à s'en aller vivre de plus en plus loin de son lieu de travail, car l'habitat de la zone frontière n'est franchement plus dans ses moyens. Ce qui fait là encore monter les tensions, à l'égard des Suisse, comme à l'égard des frontaliers, qu'ils soient français ou suisses d'ailleurs, et plus encore à l'égard des quelques suisses qui vivent en France quasi à demeure, tout en gardant officiellement leurs papiers en Suisse.

Les accords bilatéraux conclus étaient clairement un deal, pour ce qui nous concerne dans la région: liberté de venir travailler en Suisse, contre liberté d'aller habiter sur France. Beaucoup de gens en ont profité, notamment

1) les chefs d'entreprises suisses et français qui, des deux côtés, ont pu faire tourner leurs affaires à plein

2) tous ceux qui ont fait le choix d'aller habiter sur France. Qui sont à 80% des franco-suisses pour ceux qui sont déclarés. Ainsi que pas mal de personnel intermédiaire des organisations internationales (en principe pas les diplomates qui ne sont accrédités en tant que tels qu'en Suisse). Et aussi des Suisses, donc, souvent des cadres, professions libérales, etc... qui se payent de magnifiques villas en France alors qu'ils ne pourraient en Suisse qu'être locataires d'appartements.

Parmi le petit personnel cosmopolite, rares sont ceux qui ont franchi la douane, n'ayant pas encore tous les papiers nécessaires. Et les salariés en euro, eux aussi rament. Alors on aura beau dire à ces catégories de personnel qu'ailleurs, c'est à dire dans leur pays d'origine pour les résidents suisses, ou dans leur région d'origine pour les français, c'est souvent pire, ils n'ont aucune envie d'entendre ce discours. Surtout qu'à côté leur collègue de travail (en Suisse) ou leur voisin (en France) vit tranquille dans sa villa...

Bref, c'est fondamentalement une histoire de jalousie et la jalousie est un vilain défaut, mais de le constater n'avance à rien. Comment parvenir à améliorer la situation de tous ceux qui se retrouvent défavorisés ? En construisant. Oui mais où et à quel prix ?

Le deal conclu dans le premier contrat d'agglomération prévoyait une démarche volontariste de part et d'autre, pour rééquilibrer la situation: construire davantage en Suisse et créer d'avantage d'emplois en France. Mauvaise idée, mauvaise solution. La preuve, elle a échoué des deux côtés. De plus, elle ne résolvait en rien  le sentiment d'injustice créé de par et d'autre par la situation de privilégiés, de fait, des frontaliers.

Aller contre les lois qui freinent la construction d'un côté, l'emploi de l'autre, et sont considérées comme des conquêtes de la démocratie n'est pas une bonne idée. En plus, le charme et le "petit plus" de Genève dans la compétition internationale, c'est son côté ville à la campagne, qu'il importe de ne pas détruire. Il faut au contraire l'étendre, en étendre les standards de qualité, dans le Genevois français.

En judo, on apprend à se servir de la force de l'adversaire. Sauf que l'adversaire ici, n'est pas l'autre, mais la situation. Et la solution, c'est de construire massivement là où c'est possible et moins cher, c'est à dire en France, mais dans des zones d'habitat regroupé et surtout bien irriguées par les transports en commun. A destination des suisses, bien sûr, mais en y prévoyant aussi des logements qui seront attribués à des salariés en euros, du secteur public et privé. L'idée vient de Sandrine Salerno, mais elle est excellente. Le tout avec des standards de qualité suisses, et des architectures modernes, spacieuses et aérées, mais forcément moins cher. Tout en créant de l'emploi. Pour la construction et ensuite: commerces, artisanat d'entretien, services à la personne, etc...

Les résidents genevois non-européens n'y auront pas forcément accès dans un premier temps, pour des questions de passeport, mais l'appel d'air créé permettra de libérer des logements en Suisse et donc de réduire la pression sur les loyers. On parle là de programes qui pour avoir un effet devrait comporter plusieurs milliers de logements d'un coup et ce durant plusieurs années, tant que l'afflux de nouveaux arrivants se poursuit.

Il faut y prévoir aussi des EMS (maisons de retraite) qui pourront accueillir aussi bien des suisses que des français. Dans des conditions de confort suisses, mais coûtant forcément moins cher. Tout en créant de l'emploi. Car rappelons-le pour les gens de ma génération du papy boom, ce problème va rapidement devenir crucial et incroyablement coûteux pour les finances de l'Etat. En passant la frontière, on réduit les coûts, tout en restant à proximité immédiate des familles et du cadre de vie habituel. Lorsqu'on sait que bien souvent, toutes les économies et l'héritage y passent, et que l'Etat doit encore ensuite prendre en charge le reste, l'enjeu vaut la peine d'y réfléchir...

Seulement, les Français vont dire, et ils auront raison: "c'est l'invasion qui continue et ce que vous nous proposez, c'est de devenir des cités dortoirs ?" Oui, mais aux normes suisses... De plus il faut effectivement continuer de construire des logements à Genève à chaque fois qu'on le peut, quitte à passer en force, à condition de garder en tête un critère essentiel, comme pour les logements à construire en France, d'ailleurs: la qualité de vie des habitants, nouveaux et anciens.

Il faut aussi créer des emplois en France. Pas seulement dans les EMS, le commerce et l'entretien. Sur ce point, il y a au moins deux pistes très intéressantes, sachant que les sièges administrtaifs et financiers ne vont pas passer la frontière: la recherche médicale et les cleantechs. La première parce que les lois françaises y sont très favorables, les secondes parce que le savoir-faire en matière de décolletage est unique au monde dans la région et que ce savoir-faire mécanique sera forcément mis à contribution dans le développement de technologies de pointe en matière environnementale. Il est clair que l'idée chères à Etienne Blanc, de zones franches appliquant le droit du travail suisse serait un plus, mais leur création dépend de Paris.

C'est un "new deal" qu'il faudrait pouvoir débattre au plus vite avec les responsables de la partie française de l'agglo. Peut-être en profitant de la démission de Muller, qui était l'interface des négociations "logement" avec les français. Ses responsabilités vont être réparties entre ses collègues, jusqu'à l'élection de son successeur, en juin.  Précisément au moment où doit être signé le prochain contrat d'agglo. Collision fâcheuse. Très bien. Il s'agit maintenant d'en faire un atout.

28/02/2012

C'est le PS qui va passer, sauf à conclure une nouvelle alliance de l'Entente avec les Verts. Pour l'amour de Genève et des cleantechs

Dans une élection pour un seul poste, il suffit de savoir compter. Stauffer va se présenter. Sauf à être déclaré inéligible, mais vu que Weiss ne semble pas décidé à porter plainte, cela parait compromis.
Stauffer ne sera jamais élu. Il n'a aucune chance dans une élection à un seul poste. Et Maudet pas davantage. Parce que la gauche et l'extrême gauche votent compacte et qu'ensemble, elles représentent moins que la droite et l'extrême-droite réunies, mais clairement plus que la droite et l'extrême-droite se présentant séparées.
Personnellement, je pourrais entrer en matière pour voter pour certaines personnes raisonnables à l'UDC, à condition qu'elles se distancient de certaines affiches ou attitudes extrêmes de leur parti, voire avec certains au MCG, mais Stauffer, No Way, pas question ! Jamais. Trop dangereux pour l'avenir de Genève. Or j'aime Genève. "Le jour où la droite votera Stauffer, il pleuvra des briques" a récement écrit une élue PLR. Elle a raison.
Je dis cela, je ne dis pas rien, car si je ne représente que moi-même, je ne suis de loin pas seul de cette opinion, à l'intérieur du PLR et plus encore à l'extérieur, parmi les électeurs potentiels.
Par ailleurs, le PLR est constitué de deux corps défunts. Trop de gens, à commencer par Décaillet, ont soufflé sur les braises en prétendant que certains au sein du PLR auraient scié la branche sur laquelle était assise Muller. Laissant entendre que peut-être les radicaux... A ma connaissance, le seul PLR qui ait flingué Muller, c'est Barth et il était libéral.
Pour la paix des ménages, je pense qu'il est souhaitable que ce soit un ou une libérale qui s'y colle. Certes, il ou elle n'aura aucune chance, cette fois, mais ce sera un fameux piédestal pour s'élancer en 2013, aux cotés de Maudet, de Mme Rochat si elle persévère et probablement d'un ou une 4ème. Qui ne devrait pas être Longchamp, car à mon avis, il devrait avoir envie de changer d'air. A moins que ce dernier ne soit réellement réclamé par la base du parti dans son ensemble.
Qui pourrait être le ou la courageuse ? Weiss je ne crois pas. Il devrait se contenter d'avoir été le Winkelried de la démocratie face au serial dérapeur, et personnellement je l'en remercie. Plutôt deux fois qu'une.
Lüscher ? Il a mieux à faire à Berne et s'il connait les problèmes de l'immobilier, il est, à cause de cela, sans doute le dernier à proposer pour ce job en particulier, si l'on ne souhaite pas une déculottée homérique.
Gautier ? Sauf son respect, il n'est plus tout jeune, mais il a du panache. Le veut-il ? cela pourrait être une candidature de sacrifice. Histoire de compter les grognards...
Barth ? Il m'étonnerait fort qu'il soit choisi par l'assemblée. Mais perso je serai prêt à voter pour lui, histoire de lui faire endosser la veste promise.
Non, sérieusement, je pencherai assez pour une femme, dont j'apprécie depuis un moment les interventions intelligentes, humanistes et concernées. Elue d'une petite commune, elle connait le problème du logement au quotidien, sur le terrain. Et ce sera le principal sujet à traiter en cas bien improbable d'élection, jusqu'au grand rendez-vous de 2013: négocier le plan directeur avec les communes. J'ignore entièrement si elle souhaite se présenter. Mais Christiane Favre me paraîtrait une excellente candidate.
Quant à Alain-Dominique Mauris, l'actuel Président, il est dans la même situation que Maudet: mieux vaut attendre.
Cyril Aelen enfin ? Une candidature kamikase, pourquoi pas, cela aurait du panache et pourrait faire remonter sa cote, dévalorisée par trop d'interventions intempestives.
Pour ce qui concerne Maudet, sa seule chance d'être élu serait qu'une partie importante des verts votent pour lui. Une partie tellement importante que cela devrait être quasiment une consigne de parti. Cela est-il possible ? On sait Maudet proche de Hodgers et vrai représentant de l'aile historique du radicalisme écolo. En plus, cela pourrait être l'occasion de conserver 2 vrais écolos au conseil d'Etat après 2013, puisqu'il est probable que Hiler ne se représente pas et que Künzler aura bien du mal à être réélue...
Sauf que les Verts présenteront certainement un candidat capable en 2013... Qui ne sera élu qu'avec les voix de gauche. Auront-ils le cran de ne pas présenter Künzler et de proposer deux nouveaux ? J'ai comme un doute. Mais dans tous les cas de figure, ils ne placent un candidat qu'avec la gauche et probablement dans ce cas, un seul. Hodgers ou Rochat ?
L'alternative, c'est de s'entendre dès à présent avec l'entente, pour faire passer Maudet, et faire élire ensuite un vert avec le centre-droit en 2013. ce qui permettrait de gouverner avec 2 ou 3 PLR, un PDC, un vert. Une petite révolution... Moi j'aime ça, les révolutions, surtout lorsqu'elles sont pacifiques. Et cela serait bien dans la ligne des intérets de Genève, qui doit certes contrôler sa croissance, mais aussi jeter toutes ses forces dans la bataille des cleantechs, pour laquelle nous avons de sérieux atouts.
Bataille que l'on ne pourra pas financer sans nos banques privées.

26/02/2012

Quand les gendarmes rient d'un verre d'eau, révélant un grave conflit d'intérêts...

Je soutiens généralement les gendarmes et la police. Je trouve qu'ils font un boulot remarquable, difficile et mal perçu par la population, notamment par les jeunes dont j'ai fait partie, mais oh combien nécessaire. Là cependant, je suis estomaqué par le soutien qu'ils semblent porter, dans l'ensemble, à Eric Stauffer après son attitude inadmissible vendredi soir au Grand Conseil.

Rappelons qu'avant d'être pris à partie verbalement par Pierre Weiss, il avait fait perdre un temps considérable au parlement, aux frais du peuple, pour tenter de faire inverser une décision d'utilité publique, votée par ce même peuple (son parti usant de manoeuvres dilatoires également fort coûteuses à l'égard du-dit projet) et ce pourquoi ? Pour défendre les intérêts d'une poignée de gens ayant les moyens de loger à Champel et qui craignent que la valeur de leurs biens diminue. Ce qui en passant est un grossière erreur. De bonnes liaisons de transport publics ont TOUJOURS fait monté le prix des terrains et immeubles concernés. Il est faux, archi-faux de prétendre que ce combat est livré pour le bien des Genevois, car il ne fait que faire grimper la facture d'un projet qui de toute manière se fera. Car il a été voté et correspond à un besoin évident.

Pourquoi donc les gendarmes semblent-ils soutenir Eric Stauffer, qui est l'agresseur violent, qui a transgressé la loi, en perdant ses nerfs, contre Pierre Weiss, qui n'a fait que s'exprimer, comme il en a le droit, en maîtrisant les siens ? On sait que nombre de gendarmes sont du parti de Stauffer. Mais même ceux qui s'en défendent d'y être le soutiennent. Pourquoi ? En face, il y a Pierre Weiss. Député PLR, anciennement libéral, membre de la commission des finances, qui à ce titre a toujours été en pointe dans l'examen pointu des comptes de la police. L'un des premiers a tenter de démmêler l'incroyable écheveau des heures supplémentaires et des divers avantages non directement salariaux. Ceci expliquerait-il cela, alors que Stauffer, au contraire les a toujours soutenu dans leurs revendications?

Les gendarmes sont assermentés. Ils doivent respect et obéissance à la loi. Pas à celui qui la transgresse, même si celui-ci leur promet monts et merveilles. L'un des plis les plus redoutables des régimes totalitaires, c'est leur police politique, aux ordres, prêts à couvrir la violence. Stauffer, lui a réussi ce tour de force d'avoir une police à sa botte, avant même d'avoir atteint les marches du pouvoir. C'est grave, très grave, surtout lorsqu'on met cela en relation avec le comportement violent, irrascible et égocentrique du personnage, qui ne reconnait jamais ses torts. A ce propos, on aimerait bien savoir ce qu'il est advenu de cette affaire, dans laquelle Eric Stauffer avait été arrêté par la maréchaussée, au guidon d'un scooter, alors que le permis de conduire lui avait été retiré? Une telle affaire conduit normalement à une condamnation pouvant atteindre 3 ans de prison. N'y a-t-il pas là potentiellement un scandale gravissime ?

Conduire sans permis dénote aussi une nature profondément irrespectueuse des lois de la société. Il m'est arrivé de commettre des excès de vitesse, et même à deux reprises de me faire retirer le permis pour cela. Mais jamais je n'aurais osé conduire après cela !!! Cette attitude pathologique, inadmissible de la part de quelqu'un prétendant accéder au pouvoir et diriger la police, Stauffer la confirme en affirmant ce matin même, dans l'édition dominicale d'un quotidien orange, qu'il serait prêt à réitérer son geste. Que les gens chargés du maintien de l'ordre n'aient que les yeux de Chimène pour un tel individu c'est inquiétant. Je dirais même plus, ça fout les jetons, car c'est alors la démocratie qui est en danger.

25/02/2012

Les images du scandale

Pour tous ceux qui veulent pouvoir juger du geste inadmissible de Stauffer et de la pagaille qui s'en est suivie:

ici

La salle du Grand Conseil n'est pas une arène de gladiateurs et il est inadmissible qu'elle le devienne par la faute d'un homme et de ses fans surchauffés qui depuis des années multiplient les esclandres et se nourrissent du scandale !

Merci aux courageux députés et députées qui défendent les valeurs de la démocratie.

24/02/2012

La politique schizophrène et anti-genevoise du MCG

Quel que soit le bout par lequel on l'appréhende, l'attitude du MCG est clairement xénophobe et schizophrène. Je résume: ils prétendent n'être pas xénophobes parce qu'ils défendent uniformément les résidents, quelle que soit leur nationalité. Les seuls qu'ils ne supportent pas, ce sont ceux qu'ils appellent entre eux, ou à longueur de commentaires, sur internet, les frouzes ou les shadocks. C'est-à-dire les frontaliers, les non-résidents qui habitent "de l'autre côté". Considérés en bloc comme français, ce qui est de moins en moins vrai.

Il y a de plus en plus d'européens parmi les frontaliers et aussi de suisses.  Plus de 20 000 de ces derniers, dont plusieurs centaines aux HUG. Les discriminer, c'est discriminer des électeurs dans leur propre pays,  et c'est électoralement très périlleux. Surtout qu'un certain nombre d'entre eux ont fait le pas volontairement, pour acquérir un bien qu'il s'agit maintenant de payer, souvent en Francs suisses. Ils ne peuvent se permettre de perdre leur boulot à Genève. D'autres ont du franchir la frontière contraints et forcés, pour simplement trouver un toit pour abriter leur famille. Dans les deux cas, la discrimination potentielle à leur égard passe très très mal.

Du coup, contrairement aux propos de MM. Gruson et Unger, le MCG prétend que la mesure ne s'appliquera pas aux suisses. Or d'une part, il n'en a pas le pouvoir, ce n'est pas encore le MCG qui fait la pluie et la beau temps de la République, d'autre part, il introduit ici la préférence nationale, donc la xénophobie qu'il prétendait combattre. C'est idiot et c'est suicidaire. Parce que l'on crée ainsi deux catégories de citoyens dans le Genevois français: ceux qui ont libre accès à Genève et ceux qui ne l'ont pas !  Déjà que la présence des Suisses fait fortement monter les prix des loyers, leur attribuer des privilèges supplémentaires est le meilleur moyen de les faire détester sur place. Là où ils habitent.

Sans compter les tensions sur les lieux de travail, car on se retrouverait ainsi avec 3 catégories de personnel, voire 4:

les frontaliers non suisses, qui n'ont que le droit de se taire et de bosser,

les frontaliers suisses qui ont tous les droits,

les résidents étrangers (français, portugais ou autres), qui perdent leurs droits s'ils vont habiter de l'autre côté, par choix de devenir propriétaire ou par manque de logement

les résidents suisses qui eux peuvent habiter des deux côtés de la frontière si cela leur chante.

C'est totalement contraire à tous les accords signés, ainsi qu'aux principes de non discrimation établis par le Conseil de l'Europe, qui n'est pas l'UE et dont la Suisse est membre fondateur. C'est pourquoi MM Gruson et Unger s'en tiennent clairement au principe de proximité résidentielle, qui lui peut se justifier, d'un point de vue urbanistique et écologique mais aussi de disponibilité dans le service, en cas d'urgence par exemple. Il peut être défendu devant une court. Mais il réduit les droits des Suisse dans leur propre pays...

C'est pourquoi il est à terme inapplicable. Sauf dans les professions « de piquet » où le critère de proximité résidentielle est effectivement essentiel. La seule solution, répétons-le, s'il existe des cas avérés de népotisme, de favoritisme régional, ethnique ou autre, notamment à l'embauche ou à l'avancement, c'est de les sanctionner au cas par cas. En évitant de discriminer toute une population pour la faute de quelques uns.

Il est clair que certains jettent de l'huile sur le feu. Leur but n'est même pas de déconstruire la région, à la vérité, ils s'en fichent, c'est juste le moyen qu'ils ont trouvé pour créer suffisamment de gabegie pour espérer accéder enfin au pouvoir, alors que pour différentes raisons ils étaient systématiquement barrés dans leurs partis d'origine. En attendant, c'est bien la région qu'ils mettent en péril. Or Genève a besoin de sa région.

Prenez l'aéroport: il ne peut assumer son rang (essentiel à notre économie internationale) sans un bassin de population qui englobe largement toute la vallée de l'Arve jusqu'à Chamonix. Idem des liaisons TGV.

En matière de fourniture d'énergie, Genève dépend de la France, et ce n'est pas entre Versoix et Chancy qu'elle pourra installer suffisamment d'éoliennes ou de panneaux solaires.

En matière de logements, c'est évident: plus la crise s'aggrave, moins l'on construit apparemment !

Il ne s'agit pas de déconstruire le lien de Genève avec la Suisse, mais tout au contraire de donner à Genève les moyens de s'exprimer. En Suisse et dans le monde. Avec la Suisse, dont Genève est l'un des piliers et des phares démocratiques depuis bien avant son entrée dans la Confédération. Avec la France dont elle fut de tout temps l'un des phares intellectuel et commercial et qui lui sert de caisse de résonance dans l'histoire des idées.

La frontière est un obstacle à ce développement mais l'on n'est plus à l'époque où l'on se faisait la guerre avant de déplacer les bornes. Il faut donc agir autrement, en estompant la frontière. Si les choses se passent en douceur, c'est dans l'intérêt de tout le monde: de la France comme de la Suisse et bien entendu de Genève et de sa région. Annecy risque d'être satellisé, Lausanne aussi, qui n'y tiennent pas plus que cela, mais elles ne perdront rien au change, car sur le fond, la région se développera nécessairement de manière multipolaire.

Le MCG et ses partisans développent une vision à courte vue, passéiste, qui au fond est clairement contraire aux intérêts de la collectivité genevoise. Prise dans son ensemble régional aussi bien que dans son acception restreinte, circonscrite aux frontières du canton. Eric Stauffer le résume très bien lorsqu’il affirme qu’il veut d’une région dont Genève soit le chef-lieu. Genève en est le centre économique et décisionnel essentiel, personne ne le nie et même les élus de l’Arc français le reconnaissent volontiers. Mais pour qu’un ensemble puisse se développer harmonieusement, ses membres doivent bénéficier de droits équivalents. Instaurer des droits particuliers à untel ou exclure tel autre de certaines fonctions, c’est la porte ouverte aux vexations et aux conflits.

Des droits égaux, c’est la base du respect, de la démocratie et de l’amitié entre les différentes composantes d’une population.  Comme tout bouleversement, comme toute adaptation, l’évolution historique que nous connaissons  entraîne son lot d'avantages et de problèmes. Il faut optimiser les premiers et résoudre les seconds: le chômage, le logement, la sécurité... Mais une chose est sûre, cette évolution est inéluctable, sauf à vouloir sombrer dans une décroissance effrayante, car totalement non maîtrisée.

Compliance bancaire : ange gardien ou garde fous ?

Patrick Odier était hier soir de retour à Genève (il voyage énormément cet homme) pour une conférence devant les spécialistes de la compliance bancaire (et autres legal adviser ou aml officer), qui fêtaient les dix ans d'existence de leur groupement. Ces professionnels  de toutes les banques et offices financiers de la place se réunissent en effet plusieurs fois par année pour échanger des informations sur l'exercice de leur métier, en constante évolution, au coeur des débats sur le secret bancaire.

On peut traduire approximativement la profusion d'anglicismes qui nomment ces métiers par  "responsable du suivi des procédures", "conseiller juridique" ou encore "chargé de la lutte anti-blanchiment (anti-money laundring)". Quantité négligeable dans les banques, il y a une quinzaine d'années, ils se sont développés au tournant du siècle et ne cessent de prendre une importance de plus en plus considérable. Au point que si les banques licencient, on s'attend à ce qu'elles continuent de recruter dans ce domaine.

Le profil idéal, c'est d'avoir des connaissances de droit et de finance, ainsi que de géopolitique, pour faire face aux exigences de plus en plus complexes. Comme de par exemple de connaître les subtilités juridiques des différents pays dans lesquelles la banque intervient. Ou de pouvoir en tout cas vérifier rapidement que le banquier qui intervient ne commet pas d'erreur qui risquerait de le mener droit en prison et la banque au bord du gouffre...

C’est effectivement ce à quoi servent ces professions, à la fois anges gardiens et garde-fous. Ce qui n'est pas toujours perçu par les banquiers, qui tendent à les considérer plutôt comme des empêcheurs de s’enrichir en rond. Sauf que nous vivons dans un monde où les règles sont de plus en plus nombreuses, tout comme les sanctions pour ceux qui ne les respectent pas. Et cela ne va pas changer.

Le boss des banquiers suisses faisait remarquer, hier soir, que ceux qui croient se mettre à l'abri en transférant leurs fonds à Singapour font fausse route. Je résume : Les banques, souvent récemment créées, qui là-bas reçoivent en ce moment profusion de fonds d'origine européenne, au vu et au su des organismes de transfert, vont être examinées à la loupe dans les temps qui viennent. Et ceux qui auront cru se mettre à l'abri vont cette fois se retrouver en slip...

On peut bien sûr penser qu'il dit cela pour tenter de garder les avoirs en Suisse, mais le fait est que la lutte contre l'évasion fiscale est désormais une priorité des états de l'OCDE. Nul ne pourra s’y soustraire. Pas même un petit état d'Asie du Sud-Est officieusement inféodée à la puissance chinoise. Non plus qu'un émirat du Golfe ou une île des Caraïbes. Parce que les intérêts de tous les Etats les plus puissants sont étroitement liés sur cette question et que tous ont besoin d’argent. L'évasion fiscale est de plus en plus perçue comme une sorte de piraterie financière au niveau mondial. Le temps des corsaires est terminé et, contre les pirates, les puissances ont toujours fini par s'entendre.

Le problème, c'est que si les responsables compliance et autres conseillers légaux sont généralement bien au courant des problèmes, les banquiers sont encore loin d'avoir tous saisi l'importance des risques qu'ils encourent. Qu’ils encourent personnellement, mais aussi qu'ils font courir à leur employeur et aux responsables compliance chargés de les recadrer. Ces derniers sont payés pour les rendre attentifs au risque et faire respecter les procédures. Internes à la banque ou tout simplement légales. Ils peuvent être punis, y compris par la justice, s'ils n’y parviennent pas, ou insuffisamment. S'ensuit une inflation des procédures, de contrôle et de vérifications, que certains banquiers sont tentés de court-circuiter. Aux risques et périls de tous.

Le chef du service compliance de Wegelin a ainsi non seulement perdu son job, mais aussi le droit d'exercer à un quelconque niveau de responsabilité dans le domaine. Pourtant, dans certaines petites structures, il arrive encore que l'unique personne chargée de tous les aspects légaux et procéduriers se retrouve en situation de perdre son job si elle prête trop d'attention à certaines pratiques. Tout en sachant que si elle ne fait rien, et que le pot aux roses est découvert, elle perdra non seulement son job, mais le droit d'exercer son métier !

20/02/2012

Contrat d'agglo: tous coupables !

Le contrat d'agglo, qui tente de fédérer les habitants du Genevois par-delà les frontières, a du plomb dans l'aile. Ou plutôt des chevrotines: rien de dramatique à ces jours, mais tout de même de quoi "faire le buzz" dans les commentaires de la Tribune de Genève.

Pour réduire les déséquilibres transfrontaliers, l’idée était de pousser la construction en Suisse et la création d'emplois en France. Là où le bât blesse. Sage décision apparemment logique, qui bute cependant sur la ténacité des faits: les législations sont défavorables au logement en Suisse. Et en France elles ne favorisent pas la création d'emploi.

Peut-être faudrait-il changer les législations nationales, mais cela parait d’autant plus insurmontable qu’elles sont le fruit de conquêtes sociales. De part et d’autres, on tient à ses habitudes et beaucoup de choses en dépendent. Pourtant le constat est clair : le surplus de réglementation découlant de ces mesures destinées à protéger les travailleurs, en France, les locataires, en Suisse, nuit à leur efficacité. Au point d'en devenir contre-productif et finalement nuisible aux intérêts des locataires et des travailleurs en entretenant chômage et flambée des prix de l’immobilier.

En France les lois sur le travail sont d'une telle complexité que la surprotection du travailleur devient un frein à son embauche. Bien que nettement moins payé qu'en Suisse, un travailleur français coûtera presque autant à son patron qu'un Suisse. Surtout en termes de salaire horaire. Et beaucoup plus en cas de problème économique du fait de la difficulté à licencier. Du coup, on engage moins facilement et le chômage augmente.

En Suisse, les lois de protection des locataires, doublées de l'interventionnisme de l'ASLOCA, se conjuguent au dédale réglementaire de la construction. Si l’on y ajoute les multiples possibilités de recours, aux différents stades de développement d'un projet, on aboutit à faire de la promotion immobilière une course d’obstacles. Du coup, on construit moins qu’il ne le faudrait.

Dans le contrat d’agglo, on s’engageait de part et d'autre à faire mieux, mais sans parvenir à s'en donner les moyens, car on n’a pas osé remettre en cause les fondamentaux.

En France, Etienne Blanc, député maire de Divonne, chargé de mission présidentielle sur la question,  a bien proposé d’instaurer des zones franches. Le droit du travail et la fiscalité en vigueur y auraient été basées sur le modèle suisse. Bruxelles en acceptait l'idée, mais pas la gauche locale, qui s'est dressée comme un seul homme contre le projet: pas touche à nos acquis sociaux.

Un procès sur la zone franche de l'aéroport Bâle-Mulhouse, prototype en la matière, a mis le feu aux poudres. Un arrêt du Conseil d'Etat (l'équivalent de notre TF) a rappelé que le droit devait s'appliquer de manière uniforme sur tout le territoire hexagonal. Fin de partie, entérinée par le Président Sarkozy, d'autant que même le syndicat des frontaliers s'y opposait, bien que ses membres bénéficient tous les jours des avantages du droit suisse du travail.

Pour les travailleurs français, la surprotection dont ils bénéficient n'a pourtant pas que des avantages: en plus du chômage qu'elle génère, la productivité horaire est nettement plus forte qu'en Suisse, pour compenser les 35 heures. Ainsi les infirmières françaises, par exemple, bien que nettement moins bien payées que les suisses, ont en général la responsabilité d'un nombre deux fois plus élevé de malades par infirmière.

A cela s'ajoute la complexité administrative française, perçue comme un barrage protectionniste par les entreprises suisses qui tentent de passer la frontière, ce qui est faux: Toutes les entreprises françaises y sont évidemment soumises. Elles en sont les premières victimes, car cela coûte très cher, notamment aux PME.

En Suisse, la volonté de construire s'est traduite par quelques aménagements administratifs, menés par Mark Muller, mais on attend toujours le toilettage des lois sur la construction qui, à Genève sont sans doute les plus complexes du monde, interdisant chaque chose et son contraire. Quant au Plan directeur cantonal, censé dynamiser la construction, il est fortement contesté.

Les communes réclament la mise en place de mesures d'accompagnement (voirie, écoles et autres) pour chaque programme de construction d’une certaine ampleur. Ce qui parait logique et doit trouver des solutions. On ne peut pas simplement rajouter des habitants sans prévoir leurs déplacements. Les Genevois tiennent à leur qualité de vie et cela peut se comprendre.

Cependant elle ne tombe pas du ciel. Le niveau de vie dépend de la bonne santé de l’économie et si la récession s’installe, les revenus risquent fort de baisser encore plus vite que les loyers. Ce qui n’est pas le but. Devrait-on restreindre le droit d’opposition ? Ou favoriser davantage l’accès à la propriété, quitte à modifier la fiscalité en la matière ? Poser la question n’est pas forcément y répondre, mais c’est en tout cas pressentir la difficulté de la moindre réforme !

La seconde tranche du contrat d’agglo du Grand Genève doit être signée au mois de juin. Elle représente 500 millions de Francs de subventions fédérales au développement des transports publics de l’agglomération. Rappelons que le projet d’agglo franco-valdo-genevoise répond à une demande de Berne, qui voulait ainsi créer les structures où l’on puisse gérer l’aménagement des villes à la meilleure échelle possible.

Jeter le bébé avec l’eau du bain serait une stupidité de première grandeur, qui ne résoudrait rien tout en se privant du seul axe d’amélioration prévisible : l’extension du réseau de transports en commun. On semble donc condamner à s’entendre, de part et d’autre. A condition de ne pas négliger les frustrations populaires qui, en démocratie, peuvent faire échouer les meilleurs projets. En France comme en Suisse.

En l’absence de réponse miracle, si l’on ne parvient pas à augmenter la création d’emploi en France et de logements en Suisse, une solution pourrait être de faire l‘inverse : réduire l’attractivité de l’emploi en Suisse et les facilités de construction en France. C’est beaucoup plus facile d’interdire, que de dynamiser! Seulement, en faisant cela, on brise la croissance. On en prend le chemin avec les six semaines de vacances. Toute augmentation du coût du travail en Suisse réduit l’écart avec la France… Et réduit également les chances de l’économie suisse dans le grand jeu de la concurrence mondiale.

La France, au niveau national, si l’on en croit Sarkozy, semble plutôt vouloir augmenter encore les facilités de construction, pour réduire la bulle hexagonale française. Ce qui ne résoudra rien en tant que tel au niveau local, la proximité de la Suisse et de sa clientèle suffisant à entretenir la bulle locale. Les maires peuvent bien restreindre la délivrance des permis de construire, mais ils sont solidement encadrés par la loi et peuvent être attaqués en justice s’ils n’ont pas de motif valable de refus.

A ce stade, au niveau suisse en tout cas, l’organisation d’une votation sur le futur de l’agglo parait souhaitable. Elle permettrait aux gens de se prononcer et surtout au débat d’avoir lieu. Contrairement aux déferlements de haine du site de la Tribune, où l’on peut dénombrer des centaines de commentaires, en fait écrit toujours par les mêmes personnes dont certaines n’habitent même pas dans la région, mais au Tessin ou à Singapour, ce qui ne les empêchent d’aligner des dizaines de commentaires chacun !

Jusqu’à présent, il n’y a eu aucun effort de communication de fait pour expliquer aux gens la nature des problèmes. Il y a pourtant une vraie demande : les projections des films Genevois Pluriels, suivies de débat sur l’avenir de la région, rencontrent un joli succès dans les communes où elles se déroulent. Salle comble à Saint-Julien, bien remplie à Versoix, avec le Maire de Ferney, François Meylan (01), le conseiller administratif de Versoix Patrick Malek Ashgar et Pierre Stampfli  le syndic de Chavannes-de-Bogis (VD) . Les débats sont passionnants, mais bien sûr, la parole ne suffit pas. Il faut maintenant des actes et des prises de décision efficaces.

Si le népotisme de certains responsables RH cause un problème, il faut le prouver (autrement que par de simples racontars ) puis le régler en punissant les coupables. Mais pénaliser toute une catégorie de personnels en fonction de leur lieu de résidence, sous prétexte d’éventuelles erreurs de certains d’entre eux n’est pas admissible.

17/02/2012

La Genève de 900 000 habitants, c'est aujourd'hui. Et demain ?

A la fin des années 70, on débattait de la pertinence d’une Genève de 800 000 habitants. Le choix politique fut d’y renoncer. En vain: la ville s’est construite hors les murs et l’agglomération fait aujourd’hui 900 000 habitants, dont près de la moitié habitent hors des frontières du canton. On ne peut pas aller contre le sens de l’histoire : les évolutions technologiques, l’économie et l’autonomie des individus commande bien davantage au destin que les choix politiques.

Aujourd’hui, nous sommes à un tournant. La crise est là, mondiale et indépendante de notre volonté. Le rôle de leader et de moteur économique de l’Occident touche à sa fin. Il ne deviendra pas forcément le vassal de la Chine ou du Brésil, mais il n’en sera plus le lointain donneur d’ordres, engrangeant les bénéfices. Genève est concernée : située au cœur de l’Occident, entourée par l’Union européenne, lui vendant plus du tiers de ce que nous produisons et lui achetant encore plus, nous ne pouvons pas prétendre nous en isoler complètement. Mais d’un autre côté, Genève est également une plaque tournante mondiale. Nettement plus que n’importe quelle autre ville de la planète, relativement à sa population. C’est sa chance.

La Suisse dans tout cela, pèse son poids, mais n’est pas le facteur fondamental.  La Confédération n’est jamais qu’une grosse Genève, dépendant comme elle de son rapport à l’autre et incapable de survivre en autarcie. La Suisse ne pourrait fournir à Genève l’essentiel de ses besoins, de même qu’elle ne saurait absorber le gros des productions genevoises.

C’est la même chose en termes d’aménagements : Genève étouffe en sa barrière verte, comme jadis en ses murs. Entourée de France, elle ne saurait se développer que sur un seul axe, le long de la Route Suisse. Genève est Suisse, elle est même, que cela plaise ou non, le principal moteur de la Romandie, et elle a besoin de la Suisse. De même que la Suisse a besoin de Genève.

La Suisse ne suffit pas à Genève, mais nous devons renforcer les liens avec le reste de la Confédération, notamment avec les agglomérations, avec lesquelles nous partageons des intérêts convergents : Zurich, Bale, Berne, Saint-Gall et bien entendu Lausanne, ainsi qu’avec les villes romandes : Neuchâtel, Fribourg, Saint-Léonard, Verbier... :-) Ne serait-ce  que pour récupérer un peu de ce que Genève paie à Berne et aux cantons, année après année, sans recevoir en échange la qualité d’équipements qu’elle serait en droit d’attendre.

Cela ne doit pas se faire contre la France Voisine, mais avec elle. En complémentarité. Nous sommes une agglo de près d’un million d’habitants, à peine moins que Zurich. Les habitants de l’agglo font partie de notre communauté de destin, même ceux qui habitent de l’autre côté de la frontière, et pas seulement les frontaliers. Ils en font partie parce que la Genève du XXIème siècle ne saurait se passer d’eux.

Le commerce, les infrastructures comme l’aéroport ou le TGV, les manifestations culturelles sont dimensionnées à l’échelle d’une agglo de 900 000 habitants. De part et d’autre de la frontière, d’ailleurs. Les transports publics sont en passe de l’être. Et si Genève est le moteur, les autres parties de l’agglo sont les membres. L’un ne va pas sans l’autre et vice versa.

Cela dit, le déséquilibre des revenus et des systèmes politico-administratifs de part et d’autre crée des jalousies nocives à la bonne entente du foyer régional. En France comme en Suisse, les frontaliers sont perçus comme des privilégiés, ce qu’ils sont. C’est aussi la chance de Genève et de l’agglo, de disposer ainsi d’une classe moyenne aux revenus artificiellement gonflés. Là encore, de part et d’autres de la frontière !

Si les frontaliers s’en sortent le mieux, les Genevois résidents ont tout loisir d’économiser sur différents postes en allant faire leurs courses en France, ce dont ils ne se privent pas. De plus, si Genève peut maintenir sa zone verte et contenir la hausse des loyers, c’est bien parce qu’elle exporte son surplus démographique en France. Sinon, les loyers seraient encore plus élevés ! En retour, les français salariés en euros bénéficient, eux, d’un marché de l’emploi porteur et d’une économie de proximité florissante, qui leur permet de dicter leurs conditions. Bref, tout le monde a quelque chose à perdre mais aussi à gagner, quel que soit son côté de la frontière.

Dans ces conditions, quelle pourrait être la justification de barrières à l’avancement basées sur un critère de résidence ! Compenser un privilège ? Cela ne tient pas debout, d’autant que d’être pendulaire (à fortiori frontalier) présente également des inconvénients. En plus, dans le même temps, l’ASLOCA fait tout pour entraver l’accès à la propriété dans le Canton. Si l’on tient à supprimer la classe moyenne à Genève, pour ne plus laisser qu’une petite catégorie de possédants assis sur un immense prolétariat de locataires, il faut le dire tout de suite. Mais en retrouvant des répartitions sociales du XVIIIème siècle on peut être sûr de retrouver les soubresauts et révolutions qui vont avec.

Il existe heureusement d’autres moyens de contrôler les flux pendulaires et de rétablir un équilibre plus juste. Par exemple supprimer le dégrèvement fiscal des transports (pas seulement pour les frontaliers), ce qui serait une mesure écologique.  Certes, les résidents vaudois y échapperaient. Questions privilèges, ils sont pourtant particulièrement vernis, puisqu’ils bénéficient d’une voie de chemin de fer et ne paient aucun impôt à Genève. Ce qui finance en partie l’insolente santé financière vaudoise. Le reste étant dû à l’excellent travail de Pascal Broulis.

L’argument avancé entre les lignes par Pierre-François Unger, c’est la différence culturelle. Elle est réelle, encore que très relative pour ce qui concerne les Suisses de France ou même les natifs du genevois français, qui côtoient Genève depuis leur enfance. Le remède existe : la multiplication des échanges culturels. Nous habitons dans un bassin de vie commun, qui nous est nécessaire, de part et d’autre, il ne tient qu’à nous de faire en sorte que ses différentes composantes se connaissent et s’apprécient. Au lieu de se cracher dessus dans les blogs à la première occasion. C’est un travail de longue haleine, au moins une génération, car il faut commencer par les plus jeunes, mais il est vital.

En attendant, multiplier les vexations à l’égard des frontaliers, c’est à moyen terme aggraver la crise du logement à Genève et diminuer les perspectives de développement pour l’économie : PME locales, organisations internationales ou multinationales, toutes ont besoin de pouvoir loger leurs employés. Restreindre les droits des résidents hors cantons, c’est envoyer un mauvais signal à tout le monde.

D’un autre côté, quelle que soit l’évolution de la situation, il est plus que probable que le mieux être économique genevois perdure en regard de ce que connait la France ou l’Europe. Mieux être dû largement à la coexistence de bons salaires d’un côté, de logements moins chers de l’autre. L’afflux de population qu’il génère devrait se poursuivre, au moins dans la partie française de l’agglo. Il faudrait un sacré renversement de tendance à Genève pour qu’il en aille autrement.

Certes, en plus de la crise globale, Genève est confrontée à la crise – gravissime - de son secteur financier qui assume à lui seul près de 20% des emplois et le quart des revenus de l’Etat. Ainsi qu’aux pressions à la baisse de l’UE sur son système de fiscalité des entreprises. Les banques genevoises vont gagner moins d’argent que par le passé, mais elles ont encore de très belles cartes en main.

Craindre un boycott européen ou des opérations de représailles de part et d’autres paraît hors de propos. C’est une tendance lourde de l’OCDE et du droit international que de voir disparaître peu à peu les paradis fiscaux. La FINMA, le Conseil Fédéral et la place financière genevoise paraissent décidés à s’y adapter, quasiment d’eux-mêmes. Les retardataires en la matière devront s’y faire.

D’un autre côté, si les socialistes passent en France, on peut s’attendre à voir débarquer à Genève de nombreux riches Français supplémentaires. Pour autant que les initiatives socialistes suisses ne rendent pas la chose impossible ou du moins peu rentable. Cet exode des riches devrait attiser le ressentiment (et la jalousie) de nombreux Français à l’égard de la Suisse, perçue comme un pays de profiteurs. Exactement ce que reproche le MCG aux frontaliers. Démagogie quand tu nous tiens…

Faut-il craindre les conséquences de ce qu’on peut lire sur certains blogs français, qui n’ont guère à envier aux propos haineux des blogs suisses à l’égard de l’Hexagone? Je ne le crois pas. Les responsables socialistes de la région sont des gens sensés, de Christian Dupessey le maire d’Annemasse, à Jean-Jack Queyranne, Président de Rhône-Alpes et François  Hollande devrait, selon toute probabilité, les écouter davantage qu’Arnaud de Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon.

Refermer la frontière, c’est à coup sûr freiner le développement économique. Pourquoi pas, lorsqu’il y a surchauffe ? Le problème, c’est que si l’on sait où l’on commence, on ne peut jamais savoir où l’on s’arrête avec ce genre de démarche. Genève étant extrêmement dépendante de son commerce extérieur, pour ses exportations, mais aussi pour ses approvisionnements. Enclencher la marche arrière parait extrêmement périlleux.

La région (comme l’agglo) connait une situation privilégiée. Des deux côtés de la frontière et en bonne partie aussi du fait des disparités, même si elles causent nombre de problèmes. Ces problèmes et les récriminations – souvent légitimes – des habitants ne sont rien à côté de ce qu’elles seraient si la santé économique de la région n’était pas aussi florissante. Rien à côté de ce qu’elles sont n’importe où ailleurs en Europe.

Ne vaudrait-il pas mieux prendre acte des forces et des faiblesses de chacun des deux partenaires et bâtir l’avenir sur ces bases, plutôt que de vouloir ramer à contre-courant, comme on l’a fait dans un projet d’agglo qui, visiblement, marque ses limites ? La Suisse est performante en termes d’emplois, la France en termes de logements. La qualité de vie pour tous implique des logements de qualité, bien dessinés et harmonieux, style éco-quartiers, reliés aux centres d’activités (professionnelles, de loisirs, culturelles, commerciales etc…) par des transports en commun performants.

Tout ceci a un prix, que l’activité économique est seule à même de payer. Ceci ne signifie pas qu’il faille arrêter de construire en Suisse ou de chercher à créer des emplois en France, mais cela ne doit pas être l’unique objectif et leitmotiv de l’agglo. Parallèlement, il importe de trouver des solutions à ceux qui se sentent floués dans le projet : essentiellement les résidents genevois peu qualifiés souffrant de problèmes de chômage de longue durée côté Genevois. Les salariés en euro, notamment les fonctionnaires dont les salaires sont nationaux de l’autre côté.

Côté français, la solution est connue et assez simple : prévoir un quota de logements réservés, bons marchés, mais de qualité correcte, dans les programmes immobiliers français. Au lieu d’horribles tours à vil prix, qu’il vaudrait mieux démolir. A Paris, où les prix de l’immobilier sont supérieurs à ceux de la région, toutes les catégories de fonctionnaires ont de tels appartements de fonction : postiers, policiers, enseignants.

Côté suisse, c’est plus complexe : trouver des occupations décemment rétribuées (idéalement qualifiantes) aux chômeurs de longue durée, les services de François Longchamp s’y sont attelés de longue date. Avec de beaux succès, mais pas encore assez nombreux.  L’indemnisation est fédérale et la loi fédérale a exclu le recrutement direct de chômeurs en fin de droit. Y revenir serait ouvrir la porte à la migration incontrôlable de chômeurs venus d’ailleurs.

La politique actuelle du Conseil d’Etat consiste à privilégier la formation. Idéal, mais lent. Et comme il est plus facile d’incriminer « les frontaliers et les RH  français» que de se remettre en question, le MCG a un boulevard à ses pieds. Quelle que soit la manière parfois très personnelle qu'ont certains de chercher du travail.  Dans les statistiques officielles du chômage, on constate un différentiel de 1,6% entre les taux genevois et suisses. Dont au moins la moitié peut être attribuée à l’inadaptation d’une partie de la population genevoise – notamment étrangère – aux exigences professionnelles de nos entreprises.

Si donc des frontaliers volent le pain et l’emploi des Genevois – ce qui reste entièrement à prouver - c’est à nettement moins de 1% de la population active. Cela vaut-il la peine de chambouler tout un système qui gagne pour cela ? Ne vaudrait-il pas mieux chercher des solutions spécifiques complémentaires pour ces quelques centaines de personnes ?

15/02/2012

C'est nouveau et ça vient de sortir: la genferei belge

Il suffit de parcourir les centaines de commentaires haineux sur le sujet pour s’en convaincre : en instaurant une préférence résidentielle pour les postes de cadre aux HUG, le Directeur Bernard Gruson a ouvert la boîte de Pandore. Alors certes, un grand nombre de ces commentaires sont écrits par une petite poignée de personnes, qui ont passé la journée à cela, n’ayant apparemment pas d’autre occupation, mais il est indéniable que les idées du MCG font recette.

La haine déferle. Contre les Français et contre tous ceux qui habitent de l’autre côté, Suisses compris. Plus rarement, en réaction, contre les Portugais plus ou moins fraîchement débarqués ou contre le Belge Gruson lui-même… De petites haines rancies au quotidien qui éclatent au grand jour, mais sans même le courage de leurs opinions. On étale sa xénophobie sous pseudonyme. Et l’on se demande où sont passées les forces républicaines de ce petit bout de pays.

Si l’on a bien compris l’article initial, le critère d’embauche serait désormais le lieu de résidence. Eliminant aussi bien les Suisses que les Français, du moment qu’ils ont leur domicile officiel de l’autre côté. Quid des résidents vaudois, valaisans ou soyons fous, saint-gallois ? Apparemment pas concernés. Seuls les résidents français le seraient quand bien même ils habiteraient Ambilly, à quelques centaines de mètres de chez M. Gruson, résident de Vandoeuvres. La logique de la chose ? Aucune, si ce n’est qu’une maison à Ambilly coûte 5 fois moins cher qu’à Vandeuvres. C’est pô juste…

De fait,  au moins 600 toubibs suisses et cadres suisses des HUG ont acquis en France la maison qu’ils ne pouvaient s’offrir à Genève et y habitent à demeure. Beaucoup d’autres y ont des résidences secondaires, chalets à Cham, à Mégève ou à Nernier. Comme des dizaines de milliers de Genevois de classe moyenne, ils l’ont fait parce qu’ils n’avaient pas les moyens de l’équivalent en Suisse et qu’ils en avaient le droit. On a voté pour cela.

Ils sont aujourd’hui plus de 60 000 suisses à vivre dans les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie. Si de telles mesures se multiplient, ils vont prendre peur, pour leur avenir et celui de leurs enfants. Nombre d’entre eux vont revenir sur Genève. Ce qui n’est prévu ni par le plan directeur cantonal, ni par les maires et conseillers administratifs qui s’opposent aux constructions ! On  n’arrive déjà pas à absorber l’augmentation naturelle du nombre de foyers (jeunes quittant le domicile des parents + divorces), sans compter l’immigration.

Ces mesures vont également inciter les autres employés frontaliers non-suisses (français ou non) à venir habiter sur le canton. Les citoyens de l’UE en ont le droit. La pression sur l’immobilier et les loyers va devenir énorme, et sur tous les styles de logements. Le haut de gamme autant que le studio, car les gens possédant maison en France n’auront aucun intérêt à la revendre dans une telle ambiance. Nombreux sont ceux qui garderont la maison comme résidence secondaire, pour prendre un appart minuscule et l’adresse qui va avec à Genève. A côté de ce déferlement prévisible, les quelques 2 ou 300  nouveaux expats annuels, c’est de la rigolade !

Tout cela pour quoi ? Pour tenter de désamorcer la fronde anti-frontalière, anti-française et finalement anti-autorités qui se renforce jour après jour à Genève. Largement alimentée par les blogs et leurs commentaires, concentré d’aigreurs fétides. Tous apparemment d’accord sur un point essentiel : les problèmes de Genève sont dus au fait que de méchantes personnes habitent de l’autre côté de la frontière, qui volent le travail des gentilles habitant de ce côté-ci. Aidés en-cela par l'implacable conspiration des responsables de ressources humaines, eux-mêmes tous frontaliers, qui éliminent sans pitié toutes les candidatures genevois des procédures de recrutement.

Un leitmotiv du MCG qui bien évidemment ne tient pas debout. 5% des résidents Genevois en âge de travailler sont au chômage. Ce qui signifie que 95% d’entre eux n’y sont pas. On peut en déduire que 95% des Genevois sont habilement parvenus à déjouer l'horrible conspiration frontalière. Implacable, donc, mais avec de sacrés trous.

12/02/2012

Le secret bancaire est mort: Vive la Banque propre!

Les déclarations de Patrick Odier, dans la TdG d’hier, ont recueilli la volonté de bois vert habituelle de la part d’internautes plus prêts à dégainer qu’à réfléchir. Le souci d’Odier, c’est  de sauver ce qui peut l’être. C’est-à-dire, en tant que responsable d’Economiesuisse, l’économie du pays, qui a un besoin vital de rapports sains et ouverts avec l’UE et avec les Etats-Unis. Et en tant que chef d’entreprise et représentant des banques suisses, c’est la gestion de patrimoines honnêtement gagnés et dûment déclarés, institutionnels ou privés : fonds de pensions et fonds souverains mais aussi toutes les fortunes privées en règle avec le fisc de leurs pays, qui sont tout de même la majorité.

Face à lui, des centaines, peut-être des milliers de gens qui n’ont qu’une seule idée en tête : continuer de faire du fric facile en perpétuant le système qui le leur permettait. Basé sur l’évasion fiscale. Ils sont résolus à bien des bassesses pour sauvegarder leur rente de situation et n’hésitent pas à employer un langage guerrier. Sans s’apercevoir que leur système est déjà mort, victime du changement des paradigmes mondiaux.

J’en connais qui, voici deux ans, cherchaient désespérément des banques prêtes à abriter l’argent US non déclaré. De braves suisses persuadés d’être dans leur bon droit, juste affolés par l’odeur du pognon à se faire, comme des piranhas par un filet de sang. Prêts à voter UDC contre leurs convictions profondes, parce qu’ils voyaient Blocher en sauveur. SuperChristoph allait les protéger des méchants étrangers. Il suffisait de hausser le ton et de poser, comme on le lit souvent, « nos couilles sur la table ». Sauf qu’elles sont déjà étalées sur le bitume face au rouleau compresseur, moteur en marche. SuperChristoph ayant actionné lui-même le démarreur, en sacrifiant le peu qui restait de secret bancaire sur l’autel de sa gloire et de ses vengeances personnelles.

Les amateurs de protectionnisme, grands pourfendeurs de l’OMC vont bientôt comprendre leur douleur. Lorsqu’on fait  sauter les règles de l’échange, la loi du plus fort reprend le dessus et leur disparition désavantage d’abord les plus petits. La Suisse étant l’un des grands vainqueurs de la mondialisation, elle a le plus à perdre. La marche arrière est déjà entamée. En la matière, les USA et l’UE tiennent le couteau par le manche : qu’ils s’avisent de nous restreindre l’accès à leur marché et l’économie suisse est morte. Finance et gestion de fortune en particulier doivent pouvoir investir sur tous les marchés pour pouvoir être concurrentiels.

Appeler à boycotter les produits US, comme on peut le lire, c’est aussi idiot que représentatif du niveau de trop de commentaires: rien ne pourrait faire plus plaisir à Washington. Notre balance commerciale avec ce pays a explosé à notre avantage, notre excédent ayant été multiplié par 8 en dix ans pour dépasser 8 milliards de Francs.  Les Etats-Unis sont aussi la première cible des  investissements suisses, et notre deuxième client après l’UE.  Tandis que nous ne représentons qu’un client insignifiant pour le géant : environ un demi-pourcent de ses exportations ! En plus, les exportations en général tiennent bien moins de place dans leur économie que dans la nôtre : six fois moins par habitant.

35% des revenus de chaque suisse est gagné dans l’Union Européenne, et 18% aux Etats-Unis. Plus de la moitié de ce que nous gagnons l’est donc dans l’UE ou aux USA. Tandis que le millième seulement de ce que gagne un étasunien est gagné en Suisse. Soit moins de 3 heures de travail par an. Et trois semaines à peine, par année, pour un Européen. La seule chose de sûre et certaine, c’est que nous ne pouvons pas nous permettre de mener un conflit commercial avec ces deux puissances.

Autre argument redoutablement stupide : « les Etats-Unis doivent respecter nos lois ». Si fait, sauf que cela implique évidemment en retour que nous respections les leurs. Or inciter leurs citoyens à frauder leur fisc, ou même simplement leur faciliter la tâche, c’est fouler aux pieds leurs lois et leurs droits les plus élémentaires.  C’est évidemment la même chose pour nos voisins membres de l’Union Européenne. Si l’on veut qu’ils respectent nos lois, nos droits et nos particularités, commençons par ne pas remettre en cause les leurs. A savoir leur droit à imposer leurs ressortissants. Cela évitera bien des fâcheries inutiles et pourra permettre à chacun de prospérer sur ses talents personnels, sans distorsion de concurrence.

02/02/2012

Bientôt 2 députés genevois à Paris ?

Juste après les présidentielles françaises viendront les législatives. Et cette année, il est fort probable que le Genevois franco-suisse envoie à l’assemblée nationale deux députés bi-nationaux, tous deux issus de la famille radicale. Ce ne serait pas la première fois.  La Révolution de 1789 vit de nombreux Genevois élus et même ministres à Paris.

404216_354740691204383_354740274537758_1478615_1021576094_n.jpgNos deux favoris sont bien connus à Genève. Marie-Françoise de Tassigny souhaite représenter les français de Suisse et Claude Deffaugt la 4ème circonscription de Haute-Savoie, comprenant Annemasse et Saint-Julien.

Claude Deffaugt, patron de Migros France, lut longtemps Numéro 2 de Migros Genève. Sa mère est d’origine suisse. Son grand-père, Maire d’Annemasse pendant la guerre, a dirigé discrètement la Résistance et fut un Juste devant les Nations pour avoir organisé le sauvetage de nombreux enfants juifs. Il se présente sous l’étiquette divers droite, avec le soutien de nombreux élus locaux de l’UMP qui n’ont guère apprécié le parachutage par Paris (sans concertation aucune de la base des élus et militants locaux) d’une jeune candidate née à Bonneville et… élue dans une autre circonscription : Virginie Duby-Muller.

Les parachutages, cela marche rarement dans la région, qui tient à connaître ceux qu’elle élit, simple question de tradition démocratique et de respect des particularismes régionaux, fortement enracinés. C’est ainsi qu’un certain DSK, qui possède un chalet à Cranves-Sales, s’était pris une veste spectaculaire à Annemasse, en 1986, lorsqu’il s’était présenté contre Robert Borrel, pourtant exclu du PS pour l’occasion… Depuis, personne n’a plus tenté l’aventure de se faire élire contre l’avis des militants locaux de son propre parti...

Sauf Mme Duby-Muller donc, assistante parlementaire de Claude Birraux, élu et réélu sans interruption depuis 1978. Que celui-ci accepte de passer la main, à 66 ans, est en soi un évènement. Mais il ne le fait qu’en partie, puisqu’il sera le suppléant de Mme Duby-Muller. Qui vient d’accoucher tout récemment d’un charmant bébé. Les mauvaises langues prétendent que cela ressemble un peu au chassé-croisé Poutine-Medvedev, sauf que Medvedev n’était pas la maman d’un nourrisson…

C’est la pression de Claude Deffaugt, appuyé par la plupart des décideurs économiques de la région frontalière qui semble avoir conduit Claude Birraux à tenter le pari du rajeunissement. Un choix risqué, la candidate étant étrangère aux réalités transfrontalières de la circonscription. Birraux lui-même, natif d’Ambilly, fut étudiant et chargé de cours à l’UNI de Genève avant d’entrer en politique. Outre Deffaugt, qui connait sur le bout des doigts les institutions et les systèmes économiques des deux pays, l’autre challenger, Guillaume Mathelier, maire d’Ambilly, jeune loup socialiste de la région, est lui aussi professeur à Genève : il enseigne la communication à la Haute Ecole de Gestion.

Antoine Vielliard, conseiller général de Saint-Julien et Président du MODEM 74 est lui né aux Grangettes à Chêne-Bougeries, et a longtemps travaillé chez Procter & Gamble. Une partie de sa famille vit toujours en Suisse.  A l’instar d’une bonne partie des élus de la région et de leurs administrés, qui ont très souvent un pied (ou un cousin) de chaque côté de la frontière…  Reste à savoir si Vielliard se présentera contre Deffaugt. Ce combat fratricide entre deux représentants d’une droite humaniste et éclairée peut être évité, si chacun y met du sien. D’autant que l’on attend d’autres candidatures, qui  devraient s’arrêter au 1er tour : le Front National, les verts, l’extrême gauche, et un ou deux divers droite : un ex-transporteur routier de Seyssel qui veut mettre sur la table les problèmes de sa profession et peut-être le maire d’une petite commune qui dit-on hésite.

Mme Duby-Muller sera donc la seule candidate « sérieuse » de la circonscription à n’être pas un excellent connaisseur des problèmes transfrontaliers. Dommage, car pour pouvoir défendre à Paris les intérêts spécifiques du Genevois, mieux vaut les connaître. « Pour ma part, je souhaite défendre un modèle de développement régional basé sur la concertation et la complémentarité, plutôt que sur l’affrontement et les guerres de clochers » précise Claude Deffaugt.

Fin connaisseur également des problèmes transfrontaliers, Etienne Blanc, le député maire UMP de Divonne, poids lourd de la politique régionale, fut chargé de mission sur les problèmes transfrontaliers par le Président de la République. Il est notamment l’auteur de la proposition visant à instaurer des zones franches autour de la frontière, bénéficiant dans la mesure du possible de fiscalité et de normes sociales helvétiques, pour rééquilibrer l’emploi. Sauf énorme surprise, il devrait être réélu, encore que le nouveau découpage électoral a rattaché au pays de Gex une partie de l’Ain située outre-Jura et donc plus loin des préoccupations genevoises.

Pour ce qui est de Genève et de la Suisse, une chose est sûre:  le député sera une femme. La favorite est une vraie genevoise : nyonnaise de naissance, fribourgeoise d’origine (Glasson de son nom de jeune fille) et élevée à Marie-Thérèse, institution privée genevoise appliquant le système français. Elle a effectué l’essentiel de sa carrière à la ville où elle a organisé et dirigé le service des crèches sous la houlette de Manuel Tornare. Députée radicale, elle fut Présidente du Grand Conseil où elle a initié les rencontres transfrontalières. Elle est française à la fois par sa mère et par mariage.

Centriste elle-aussi, comme Claude Deffaugt, femme de terrain, elle a surpris tout le monde en se faisant élire, sans étiquette, à l’Assemblée des Français de l’Etranger. Devenue entretemps Présidente de l’UFE Genève, elle s’est imposée comme une sorte de super-assistante sociale pour les Français et double-nationaux rencontrant des accidents de vie… Soutien de François Bayrou en 2007 qui, avec 24%, avait fait mieux que Ségolène Royal au premier tour en Suisse, Mme de Tassigny récidive en 2012.

Elle devrait vaincre sans trop d’effort Mme Nicole Castioni, elle-aussi double-nationale et ancienne députée au Grand Conseil Genevois, qui se présente pour le PS. L’électorat français de Suisse n’est en effet pas vraiment réputé porter à gauche. Mme de Tassigny trouvera cependant aussi  sur sa route Mme Claudine Schmidt, candidate officielle de l’UMP, qui a contre elle le gros handicap d’habiter Zurich où vivent à peine 5% des Français de Suisse, contre 85% en Suisse romande. Enfin, Mme Micheline Spoerri, l’ancienne conseillère d’Etat libérale genevoise se présente également.  Ce qui nous donnera un premier tour très disputé, la seule certitude étant qu’il devrait en sortir deux femmes, dont au moins une genevoise…  Avec une longueur d’avance tout de même pour Mme de Tassigny qui laboure le terrain avec constance depuis plus de cinq ans.

De plus, le label UMP ne devrait pas être un atout à Genève cette année. Les gros donateurs du parti gouvernemental  y sont en effet nombreux… Mais aussi passablement fâchés de l’attitude présidentielle en matière de fiscalité et de rapports avec la Suisse. On murmure que quelques unes des peaux de banane sur lesquelles ont trébuché Woerth et consort seraient venues du « premier cercle » des gros donateurs genevois. Sans compter que des représentants de l’UMP ont proposé, à l’instar de certains au PS, de taxer tous les français résidant à l’étranger, comme le font déjà les Etats-Unis pour leurs ressortissants.  A quoi s’ajoute l’évidente décote d’amour du Président en exercice !

Le plus gros danger, pour beaucoup à droite, c’est une victoire de la gauche. Qui semble inéluctable si Sarkozy arrive au 2ème tour face à Hollande. Même Sarkozy commence à le penser, et évoque son prochain retrait de la vie politique… Le Pen n’est aucunement en mesure de faire mieux que Sarkozy au 2ème tour et heureusement. Même redorée, son image et ses propositions, comme la sortie de l’Euro, font office d’épouvantail. Le seul capable de battre Hollande en duel,  c’est Bayrou.  Mais pour cela, il doit franchir l’obstacle du premier tour et de l’UMP rangée derrière un candidat qui semble pourtant battu d’avance.

En cas de victoire de Bayrou, les chances des centristes aux législatives seront décuplées. Et si Hollande est élu face à Sarkozy, on peut s’attendre à l’habituelle déculottée brutale de la droite aux législatives. Tandis que les centristes devraient parvenir à sauver les meubles.

01/02/2012

Finalement ce sera Bayrou

Je viens d'écouter attentivement la conférence de presse parisienne de François Bayrou, qui présentait son programme économique et social devant les chaînes de télévision en continu BFM et Itélé.

Il refuse clairement d'augmenter l'endettement, contrairement au programme socialiste, et affirme nettement vouloir contenir puis réduire la dépense publique. Fort bien mais comment ? S'ensuivent une vingtaine de mesures, posées, intelligentes, et habiles. Dont plusieurs visent à faciliter l'investissement dans les start-up. Cependant les 18 premières, si pertinentes qu'elles soient, me laissaient sur ma faim. Défendre la production française dans un contexte européen, c'est bien, mais si l'on oublie le reste du monde, et si l'on néglige le poids affolant des charges sociales dans la structure des coûts français, on court à la catastrophe.

Ouf, les deux dernières mesures emportent mon adhésion:

19) Bayrou entend travailler à faire des pays émergents des partenaires et non des ennemis. Rappelant au passage qu'ils porteront la croissance mondiale dans les années à venir et que leurs classes moyennes en pleine essor seront les premiers consommateurs des produits français de qualité. Pour cela, il entend se rapprocher des BRIC, et voit la mixité ethnique et culturelle française comme un atout essentiel sur les marchés mondiaux.

20) Bayrou propose d'exonérer de charges sociales pendant 2 ans l'engagement d'un employé pour chaque entrerprise de moins de 50 salariés. Ce qui représente  plus de deux millions et demi d'entreprises pour lesquelles l'engagement d'un collaborateur coûtera deux fois moins cher que la normale... C'est bien, très bien même, mais c'est une mesure ponctuelle. Bayrou et ses économistes doivent comprendre qu'en Suisse, avec des charges sociales deux fois moins élevées, on parvient à payer un salaire deux fois plus élevé avec des taux de chômage deux à trois fois inférieurs à ce qu'ils sont en France. Il faut donc poursuivre la réflexion et étudier comment réduire les charges françaises pesant sur l'entreprise, à long terme.

En résumé, il ne reste plus à Bayrou qu'à passer devant LePen, pour que les votes de défiance envers le programme socialiste puissent se critalliser sur lui, en oubliant Sarkozy, qui n'a manifestement pas réussi son pari: d'après les derniers sondages, le discours du Président en exercice n'a gagné à sa cause que 0,5% d'indécis. Dont moi, pour deux jours seulement. C'est très peu et ce handicap là paraît impossible à remonter !