04/03/2012

Servette, le foot, la région et les Grecs

Les mésaventures à répétition du Servette sont le parfait exemple de la nécessité, pour Genève de commencer à se considérer enfin, pour de bon, dans son espace régional. C’est juste une question d’échelle : même avec une petite poignée de banquiers milliardaires, pas forcément amateurs de foot et rarement très généreux (sinon ils ne seraient pas milliardaires), la cité échoue à assumer les coûts d’un club de haut-niveau, en plus du hockey. Si le sport-spectacle est un business, c’est parce qu’il repose sur de larges publics. Il faut donc de larges bassins de population pour remplir les stades, acheter les gadgets du club, etc…

A moins bien sûr d’y substituer l’argent du contribuable, ce qu’un certain purisme idéologique socialiste rechigne à faire. Comme si le sport amateur, gentil, pouvait aujourd’hui être isolé intégralement du sport-business, méchant. Perso, je n’aime pas le foot et pas trop le sport professionnel, mais il faut être lucide : si les sports motivent les jeunes, c’est aussi pour les rêves de succès – matériel et populaire - qu’ils portent en eux. Et on ne peut pas tuer le rêve.

Dans notre cas, le large bassin de population existe : l’agglo franco-valdo-genevoise fait 900 000 habitants. Sauf qu’elle est coupée en deux par une frontière. Celle-ci, quoi qu’en dise les grincheux du MCG, n’est pas opérante en matière culturelle : Paléo, le Grand Théâtre, la Bâtie, les fêtes de Genève, les nombreux festivals de cinéma profitent largement de la clientèle régionale, qui se déplace en masse pour les évènements majeurs. Daniel Rosselat, boss de Paléo et syndic de Nyon, évalue à 25 ou 30% la part de sa clientèle d’origine frontalière. Un quart du chiffre d’affaires, c’est essentiel à la survie de tels évènements.

En matière sportive, au contraire, les ligues sont nationales. Du coup, l’agglo se retrouve avec deux clubs de haut niveau, Servette et l’ETG, jouant chacun dans un championnat séparé. L’ETG, Evian-Thonon-Gaillard, anciennement Croix-de-Savoie, club de l’agglomération annemassienne marchait si bien, qu’il fut remarqué par le grand patron de Danone, Franck Riboud. Ancien étudiant à Lausanne, celui-ci domine le marché mondial de l’eau minérale et de l’agro-alimentaire depuis son fief d’Evian. Pile en face de son grand rival Nestlé. Très amateur de foot, grand copain de Zidane, l’un des mieux payés des patrons français, héritier d’une famille d’industriels verriers picards (BSN), il est membre du Conseil d’administration de Rolex, dans le quartier de la Praille.

Riboud ayant fourni à l’ETG les moyens de grimper au plus haut niveau du championnat de France, le club se retrouvait sans stade à la mesure de ses ambitions. L’idée fut avancée de faire jouer l’ETG à la Praille, en partageant la pelouse avec le Servette, qui commençait juste à se remettre de sa première faillite. Les rencontres du championnat de France auraient drainé à Genève un public frontalier considérable, mais aussi probablement les Genevois. Ce qui aurait rempli les caisses du stade. Et les frontaliers auraient pu commencer à prendre le chemin du stade aussi pour des matchs du Servette. Surtout, il aurait pu y avoir mise en commun de certaines ressources, y compris au niveau de la formation des jeunes, donc des économies d’échelles… Bref c’était gagnant-gagnant.

Dans certains sports, loin des projecteurs comme le foot américain en Europe, par exemple, c’est possible. Vu le grand nombre de citoyens US dans la région, les clubs lémaniques, romands et savoyards collectionnent les places d’honneur dans leurs championnats respectifs. Mais si la 1ère équipe de Thonon a été 9 fois championne de France, la 2ème équipe joue dans la ligue romande! J’en profite pour saluer ici un nouveau blogueur, le maire de Saint-Cergues, dont l’équipe de foot américain fait office de club d’Annemasse et se retrouve 2ème de sa poule (le quart sud-est de la France) en junior derrière… l’équipe 1 de Thonon.

Ce genre de choses est donc possible et fonctionne très bien. Tout était en place à la Praille. Les permis de séjour avaient été demandés et obtenus. Mark Muller était chaud bouillant, mais à l’UEFA, Platini a décidé que c’était une mauvaise idée de mélanger ainsi deux championnats nationaux, et ils ont promis l’exclusion des clubs si l’opération se faisait. Echec donc et départ de l’ETG à… Annecy. Ce qui n’arrange pas forcément les supporters, obligés de se déplacer plus loin.

En même temps que l’affaire du Servette, on découvre le récent dossier de la Weltwoche, qui a le mérite de recentrer le débat politique sur un point essentiel : les finances. Entre 1475 (Bataille e Morat) et 1815 (Congrès de Vienne), Genève a mis 340 ans à adhérer à la Confédération. Son problème, en tant que ville Etat, était de parvenir à assurer à la fois son autonomie et sa sécurité, sans que cela lui coûte un bras… Elle a pour se faire louvoyé entre les Suisses et la Savoie, puis entre la France et la Savoie, tout en restant alliée des suisses, eux-mêmes liés à la France par un pacte depuis Marignan en 1515. Cela c’est toujours traduit par des échanges financiers, Genève restant une ville particulièrement riche à l’échelle européenne, durant toute son histoire, en dehors de quelques exemples de récession brutale. Elle payait tribut à Berne, prêtait à la couronne de France…

Côté Suisse, on s’est toujours défié d’une Genève trop puissante et chaque fois qu’il a été question d’intégrer le Genevois français, le Chablais et le Faucigny, la diète bernoise a refusé, de même d’ailleurs que les patriciens genevois, pour des raisons similaires : la peur d’un afflux de paysans pauvres et catholiques, de plus francophones en ce qui concerne Berne. Vision étriquée, à laquelle s’était violemment opposé James Fazy en son temps. Elle prive en effet la ville de son arrière-pays et réduit son poids spécifique dans les négociations confédérales.

Il ne s’agit pas ici de faire de l’anti-helvétisme ou de l’anti-alémanisme. Point du tout. Mais pour consolider des relations harmonieuses et équitables, il faut aller au fond des choses. En l’occurrence, clairement, Genève continue de payer tribut à la Confédération. Directement, à travers la péréquation intercantonale et l’IFD, et indirectement, à travers la contribution que verse également Vaud, qui dépend en grande partie de la bonne santé de l’économie genevoise. A noter que lorsque les clefs de répartition actuelles ont été négociées, Mme Calmy-Rey étaient aux Finances genevoises et bridait une place au CF qu’elle a d’ailleurs obtenue. Mme Calmy-Rey qui était valaisanne avant que d’être genevoise et qui de l‘avis général a très mal mené les négociations.

Car si le principe de l’impôt est incontournable dans toute collectivité, il n’est pas normal de devoir emprunter pour le payer. Si c’est le cas, c’est probablement qu’il est trop élevé. Ou que l’on est trop dépensier. Ou les deux. Dans le cas de Genève, il semble que ce soit les deux. Car Genève est bel et bien endettée, et de manière considérable. Il est un peu facile pour la Confédération de prétendre ne pas l’être lorsqu’elle se défausse sur les cantons, qui eux le sont. Dans le cas de Genève (et de Vaud, Neuchâtel, du Tessin et des cantons frontaliers en général), le problème vient de ce que la péréquation intercantonale est basée sur le revenu per capita. Par tête de pipe. Sauf que dans le dénombrement des têtes de pipe, on ne tient pas compte des frontaliers qui pourtant contribuent au revenu. Du coup, les cantons frontaliers sont forcément plus riches par tête que les autres et doivent payer plus.

Dans le cas de Genève, c’est énorme, en centaines de millions par année, car nous avons beaucoup de frontaliers, qui nous paient plus d’impôts qu’ailleurs. Lorsqu’on y ajoute le fait que les Vaudois travaillant à Genève ne nous paient aucun impôt, on comprend bien pourquoi la florissante économie genevoise est aussi endettée. Et pourquoi, faire machine arrière, ou même du sur-place dans la course à la croissance serait suicidaire tant que l’on n’a pas réglé ce problème des très (trop ?) fortes contributions à la Confédération.

Pour l’économie, tourner avec une telle masse salariale, qu’elle soit résidente ou frontalière, entraîne des coûts d’infrastructure. Si Genève se défausse en bonne partie sur la France (en matière de formation, d’entretien de la voirie des communes de résidence etc…) tout en y contribuant avec les fond frontaliers, elle doit faire face aussi à ces coûts directs, en matière d’infrastructures de transport, notamment. C’est pourquoi Berne, consciente du problème, accepte de verser une centaine de millions par année au projet d’agglomération pour ces mêmes transports.

Grosso modo, on peut considérer que les frontaliers (et donc la France) paient pour les cantons de Suisse primitive. D’un autre côté, l’Etat français récupère directement, par la tva, le cinquième de la valeur de tout ce que l’économie genevoise consomme en France, ce qui est loin d’être négligeable, entre les dépenses courantes des frontaliers et les commissions du week-end des Genevois résidents. Dans la réalité économique des faits, l’imbrication est aussi évidente qu’inextricable. Quels sont exactement ces flux financiers, il serait intéressant de les connaître. Si l’observatoire transfrontalier possède ces chiffres, il serait opportun de les publier, afin de savoir de quoi on parle. Mais tôt ou tard, la région ne pourra pas faire l’économie d’une assemblée démocratique disposant d’un budget, qui soit à même de discuter avec Berne et Lyon ou Paris, et qui puisse planifier l’aménagement de la région d’un commun accord.

Commentaires

Question bête. Le taux de chômage genevois est à l'échelle de la Suisse très élevé. Et ce bien que les taux des cotisations y soient les mêmes. C'est dire que d'autres cantons paient pour Genève. La péréquation de ces cantons pour le chômage genevois s'élève à combien ?

Écrit par : CEDH | 04/03/2012

Honnêtement, l'ETG n'est pas spécialement mal placée à Annecy, elle est en quelque sorte l'équipe de la Haute-Savoie, comme le Paris-Saint-Germain est l'équipe de l'Île de France, puisqu'il y a Saint-Germain-en-Laye dedans. Ensuite, rien n'empêche les Genevois d'être supporters de l'ETG et à des Savoyards d'être supporters du Servette. Je peux vous dire qu'il y a des aspects plus préoccupants que la vie culturelle sportive, car à cet égard, la frontière existe toujours, elle apparaît comme un obstacle, notamment parce que les systèmes d'éducation, les programmes scolaires, sont étatisés. La vie culturelle en général l'est, et il n'y a que quelques esprits distingués qui parviennent à faire abstraction de cette situation. Je ne vois pas comment cela peut changer, si on ne prône pas a priori que l'Etat sorte de la sphère culturelle au sens le plus large. Alors, l'intérêt pour la culture du territoire indépendamment de la frontière pourra apparaître, et s'épanouir.

En attendant, il y a des problèmes plus concrets. Par exemple, les administrateurs locaux qui essayent d'orienter les élèves des collèges et lycées locaux vers les entreprises françaises locales, alors que les élèves sont libres de choisir leur employeur, et de mettre les employeurs en concurrence. On ne peut pas empêcher que les employeurs mettent les salariés en concurrence, on essaye d'empêcher que les salariés fassent pareil pour les patrons au nom de l'égalité et de l'unité nationale! C'est beau, les valeurs de la République. Mais il est évident que c'est aux employeurs de financer la formation. Si l'Etat français ne parvient pas à convaincre l'Etat de Genève de faire payer des taxes à cet effet aux entreprises genevoises, il doit par exemple les prélever sur le salaire des frontaliers, ou alors, libéraliser complètement l'éducation, et demander à ce que les employeurs eux-mêmes se chargent de la formation. Mais il ne le veut pas, parce que ce qu'il veut, c'est avoir le plus d'argent possible sans remettre en cause les règles de la "libre concurrence" exercée par le seul patronat. Du moins c'est ainsi que je perçois les choses.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/03/2012

C'est doublement faux CEDH:
1,4% de plus à Genève qu'en moyenne suisse, je n'appelle pas cela "très" élevé. D'autant que le chômage moins élevé des cantons ruraux est aussi largement du au fait que les chômeurs potentiels de ces cantons viennent à Genève et dans les centres urbains où le marché du travail plus dynamique est plus porteur, et où ils auront donc plus de chance de trouver un job.
Le bilan des cotisations chômages de Genève n'est pas déficitaire, mais excédentaire, car les frontaliers (suisses ou français) cotisent à Genève (et donc à Berne) alors qu'en cas de chômage, ils sont indemnisés par la France. Leurs cotisations AC restent à Berne... Je ne connais pas les chiffres, mais il est plus que probable que là-encore, ce soit Genève qui finance la Suisse et pas l'inverse.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/03/2012

Très bon billet dont je partage largement l'analyse. Disons que ç'aurait pu en faire deux ou trois, la fréquence augmente la visibilité. Quant aux articles, plus ils sont longs, moins ils sont lus. Ce qui est dommage en l'occurrence. Bon dimanche

Écrit par : JF Mabut | 04/03/2012

Rémi, de fait, l'ETG est effectivement devenu le club de la "Yaute"... en partie avec l'argent de Danone et en partie avec de l'argent venant du Grand Genève, au travers du Conseil Général et du Casino d'Annemasse. CQFD. La région est puissante, et le sera plus encore si on la consolide.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/03/2012

@rm

1. "Par exemple, les administrateurs locaux qui essayent d'orienter les élèves des collèges et lycées locaux vers les entreprises françaises locales,.."

Et ils s'y prennent comment ?


2. "Si l'Etat français ne parvient pas à convaincre l'Etat de Genève de faire payer des taxes à cet effet aux entreprises genevoises, il doit par exemple les prélever sur le salaire des frontaliers,..."

Impôt qui ne sera jamais accepté par les citoyens genevois. Quant à votre taxe sur les frontaliers c'est quoi ? Un impôt ou des charges sociales. Dans le premier cas la CDI est violée (et l'ALCP aussi?) et dans le deuxième cas c'est l'ALCP.


3. Il est vrai qu'en supprimant les états on supprime les frontières politiques.

Écrit par : CEDH | 04/03/2012

@ ps

Je suis désolé mais les estimations au pif et bruts de dégrossissage ne sont pas convaincantes. Je veux les chiffres. Ceux que Unger cache.

Écrit par : CEDH | 04/03/2012

CEDH, je ne crois pas que ces chiffres dépendent d'Unger, qui n'a, à priori, rien à y voir, mais plutôt des caisses de chômage fédérales. Cela étant, le parallèle est facile à tirer:
1) le taux de chômage est entre 25 et 30% plus élevé à Genève qu'en Suisse.
2) la proportion de cotisations restant en Suisse alors que les frontaliers ayant cotisé n'y sont pas indemnisés représente également entre 25 et 30% de la population active genevoise.
Les estimations varient selon qu'on tienne compte des recensements de 2000 ou au contraire des chiffres réels et que l'on considère ou non que les salaires frontaliers sont dans la moyenne de la masse salariale genevoise.
Dans tous les cas, les ordres de grandeurs sont les mêmes, et ce ne sont donc pas les cotisations des travailleurs alémaniques qui financent les chômeurs genevois, mais bien plutôt les cotisations des frontaliers. Français ou suisses d'ailleurs.
La France ayant la charge d'indemniser ceux de ces chômeurs résidant sur son territoire, mais récupérant de l'autre main une manne considérable au travers de la tva sur une grosse partie de la consommation genevoise...

Écrit par : Philippe Souaille | 04/03/2012

"1,4% de plus à Genève qu'en moyenne suisse, je n'appelle pas cela "très" élevé."

Vous prenez les chiffres (tripatouillés) qui vous arrangent.
D'abord ce serait 1.6% et non 1.4%. Ensuite il y a tous ceux qui sont en fin de droits. Pratique pour faire diminuer les chiffres.
Et surtout : "La diminution du nombre des chômeurs [à Genève] est imputable à une modification de l'obligation d'enregistrement dans la loi cantonale sur l'aide sociale." Voilà pour le tripatouillage.
Et si on prend les données pour 2010 et 2011 (et non pas ceux ponctuels pour janvier 2012), on obtient ceci :

2010 : Suisse 3.9 ; Genève 7.0
2011 : Suisse 3.1 ; Genève 6.0

Soit pratiquement le double du taux Suisse, surtout quand on considère que le taux genevois tire le taux suisse vers le haut. Alors oui il y a un effet ville-campagne, mais - ce que vous oubliez de dire - aussi un effet suisse romande-suisse alémanique et un effet cantons centraux-cantons frontaliers.

Écrit par : Johann | 04/03/2012

Le problème, c'est le nom. Quel sponsor souhaite associer son nom avec un quartier populaire ?

Écrit par : L'Autre | 04/03/2012

Le fait est Johann, que les chiffres baissent à Genève et montent en Suisse depuis 2 ans régulièrement. Depuis en gros l'entrée en vigueur des mesures de réorganisation de l'OFC prises par Longchamp. Dès lors, je ne vois pas pourquoi je ne prendrai pas les derniers chiffres, qui nous sont effectivement plus favorables. Puisque le fait est que nous faisons de mieux en mieux et que nous semblons mieux armés pour affronter la crise, probablement parce que plus réactifs et créatifs. Si l'on veut dresser la liste des différences culturelles entre welsches et alémaniques, allons-y carrément.
Pour le reste, vos citations entre guillemets sans mention de la source, vos insultes à l'égard de ma personne sur d'autres blogs sont tout à fait caractéristiques de l'ébullition mentale qui semble vous caractériser. Excellent dimanche.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/03/2012

Ce qui est déterminant pour les dépenses par canton de l'assurance-chômage fédérale n'est pas le nombre de chômeurs mais bien celui des chômeurs indemnisés par l'assurance fédérale.

Écrit par : CEDH | 04/03/2012

En 4 ans de résidence à Genève et alors que mon séjour risque de prendre fin d'ici moins d'un an, c'est la première fois (j'ai bien dis la première fois) que je lis un article qui se donne la peine de décortiquer la relation entre Genève et sa région sans faire "d'anti-frontaliers" ou "d'anti-Genève" et assez bien inspiré pour ne pas générer les habituelles joutes verbales stériles entre frontaliers et genevois.

Première fois que j'ai l'impression de lire un pensée construite autour d'un problème réel: concilier frontière et développement économique de Genève.

D'un point de vue purement extérieure et sans intérêts particulier, je qualifierais la situation de relation Genevoise de "schizophrène".

Un bol d'air frais, polémique sur les chiffres ou pas.

Merci !!!

Écrit par : Etonné | 04/03/2012

@ souaille

Vous dites : "Grosso modo, on peut considérer que les frontaliers (et donc la France) paient pour les cantons de Suisse primitive"

Cette affirmation est totalement erronnée et traduit une parfaite méconnaissance du système de péréquation financière de la Suisse. Et ce pour les raisons suivantes :

1) S'il est vrai que GE est un contributeur net, Genève verse plus d'argent à la confédération qu'elle n'en reçoit, sa contribution nette par habitant arrive loin derrière celle de ZG et SZ ( ZG versait en 2005 une contribution nette de 1000,- par habitant, SZ 400.- alors que GE en troisième position ne versait par habitant que 220.-) Zug et Schwyz sont bien des cantons de suisse dite primitive !


2) la péréquation financière entre cantons en suisse obéit à deux logiques :

i ) l'aide financière pour des raisons géo-topographiques ( aide par exemple a financer les infrastructures routières dans les cantons montagneux ( routes tunnels qu'il n'auraient pas la capacité de financer tout seuls du fait d'une surface financière trop petite, c'est le cas notamment du canton d'Uri.)


ii ) l'aide financière pour des raisons socio-démographiques ( aide pour financer l'aide aux chômeurs, pauvreté, intégration des étrangers)et là les cantons de GE et BS sont les plus assistés de suisse.

C.Q.F.D. Si l'on fait abstraction des financement pour des raisons topo-géographiques et ne retient que l'aide pour des raisons socio-démographiques, GE et BS, deux cantons frontaliers sont les cantons qui coûtent le plus chers et reçoivent le plus par année. Ce sont eux les assistés. Ils reçoivent entre 150 et 250.- par habitant chaque année à titre de cette aide alors que les dits cantons primitifs en touchent zéro !!!! Si l'on ne prenait en compte que l'aide sociale ce sont les cantons primitifs qui financeraient GE et BS suivis de VD, NE, TI...

C.Q.F.D. Si Genève paie plus c'est uniquement parce qu'elle est un très petit canton et que le besoin d'aide pour ses infrastructures topographiques est assez petit pour qu'elle puisse en grande partie les financer elle-même.

Il n'y a donc rien a voir comme vous le suggérez avec un quelconque "assistanat" de GE et de ses "frontaliers" envers les cantons primitifs. Ce serait même plutôt le contraire ! Les infrastructures que GE finance dans les cantons de montagnes profitent à l'ensemble de l'économie du pays et aux genevois aussi...

Écrit par : primitif | 04/03/2012

En tant que supporter du SFC, j'ai toujours été contre la venue du FC Danone alias Croix de Savoie alias ETG, à Genève. D'ailleurs l'UEFA de Platini a tranché, qu'il était impossible pour un club d'un pays de participer à un championnat autre que celui où il est établit. Cependant, les derniers événements qui se déroulent au SFC me font penser que Genève ne peut tout simplement pas donner un avenir à un club de football professionnel. La faillte semble ineductible, malgré les SOS de Pishyard, pas de banquiers, pas d'industriels genevois pour mouiller le maillot et les billets qui vont avec.
Alors pourquoi pas un club transfrontalier! Je m'y résigne... Certres le champtionnat français n'est pas génial et qu'il faudrait construire un stade sur France, décision mentionnée plus haut de l'UEFA oblige. L'ETG a changé déjà deux fois de nom, alors pouquoi pas une troisième fois en le rebatisant Servette FC (avec grenat comme couleur, bien que la couleur originale du SFC était le rose et un club de rugby)? Après le Servette de Genève, le Servette du genevois! 17 titres de champions suisse, se serait une jouissance sans nom d'y inscrir un championnat Français ou encore une coupe gagnée à Paris!

Écrit par : Riro | 04/03/2012

Primitif, dans les chiffres du chômage il est question du montant des cotisations versées aux caisses fédérales de l'Assurance chômage par les travailleurs, caisses qui paient ensuite l'indemnisation des chômeurs dans les cantons. et là, clairement Genève paie au moins autant qu'elle reçoit.

Concernant la péréquation intercantonale à laquelle vous faites allusion, qui concerne les recettes fiscales des cantons, je ne sais d'où vous sortez vos chiffres (qui datent de 7 ans !), mais je sais qu'en 2012, Genève paiera 242 CHF par tête et que selon Robert Cramer, Conseiller aux Etats et ancien conseiller d'Etat, Genève était en 2011 le 2ème contributeur de Suisse par habitant dérrière Zoug. Et le 2ème en chiffres absolu derrière Zurich.
Possible que parfois, Schwytz lui passe devant, mais c'est du à une raison bien simple: comme Zoug, Schwytz est un canton paradis fiscal, abritant riches exilés zuricois et boîtes à lettres discrètes d'entreprises étrangères qui n'y font rien d'autre que de s'y domiciler fiscalement.
La Suisse primitive, selon mes cours d'histoire d'école primaire, c'est juste Uri, Schwytz, Unterwald. Pas Zoug.
Il est on ne peut plus normal que des cantons privilégiés fiscalement et n'ayant à entretenir que très peu d'infrastructures (les boîtes aux lettres ont peu d'employés) soient des contributeurs. Si le plus gros bénéficiaire des aides est le Canton de Berne, c'est effectivement que la question des infrastructures est cruciale. Mais ne faudrait-il pas aussi tenir compte de la fréquentation des routes que l'on entretient ou construit ? Genève est un petit canton, mais le flot de véhicules qui y circule est considérable.
J'ai personnellement du mal à comprendre que l'on ait construit une sorte d'autoroute souterraine pour accéder à Bulle, sur laquelle il ne passe pas un chat, pendant que l'on n'arrive pas à financer une traversée,
alors que plus de 80 000 véhicules par jour encombrent le Pont du Mont Blanc !!! La solidarité confédérale semble parfois un peu à sens unique !

Écrit par : Philippe Souaille | 04/03/2012

Très belle article, mais du coup qu’elles sont les solutions ?

L’idée de Charles Pictet de Rochemont serait idéale : intégrer à Genève ce qui correspond approximativement aux zones franches (Pays de Gex, le canton de Saint-Julien-en-Genevois et Annemasse). Ceci permettrait a Genève de n’être plus coupé de son arrière pays ce qui en terme d’urbanisme et développent serait un atout considérable pour toute la région, l’autre point positif serait de donner des frontières naturelles au canton (Jura, Vuache, Mont-de-Sion, Salève). D’un point de vue légale c’est faisable car les zones franches ne ont pas considérer comme territoire français, en théorie les douaniers français ne peuvent exercer qu’un contrôle fiscale dans ces zones. D’un point de vue de la population entre les bi-nationaux et les Savoyards de souche l’idée de rejoindre Genève est plutôt vue d’un bon œil… Apres deux rendez-vous manqués (1815 et 1860) le 3eme sera peut être le bon…

Écrit par : Carouge1815 | 05/03/2012

@ Philippe Souaille
La construction des routes et autoroutes ainsi que le projet Rail 2000 nous a mis hors jeu au profit de la suisse allemande. Sans vouloir pleurnicher sur ces sujets, il faut reconnaître que nos dossiers que nous devrions avoir sous le coude pour participer aux discussions à Berne sont un peu "light"
En fait, ils sont parfois même très éloigné d'un vrai projet (traversée de la rade par exemple).
Nous sommes devenus au fil du temps un problème pour beaucoup de nos parlementaires à Berne.
Il faut se souvenir aussi que lorsque l'aéroport de Zürich avait emprunté massivement pour son développement, il l'avait fait sans intérêt ! Lorsque l'aéroport de Genève avait souhaité en faire de même après des palabres à l'africaine au niveau cantonal, le train ou plutôt l'avion était passé et Berne nous prêtait de l'argent avec un taux d'intérêt plus élevé cette fois-ci !
Nous devons redevenir crédible au niveau politique et la politique de Monsieur Hiller y contribue de manière progressive, mais cela ne suffit pas.
Nous devons raisonner en terme de région pour défendre nos intérêts de manière concertée.
Mais il est aussi vrai que les chiffres que nous avons à disposition dans les domaines auxquels vous faites références sont assez "diffus" et nos concitoyens semblent être perplexes devant ces derniers.
La traversée de la Rade, elle, ne laisse visiblement plus personne de marbre et il serait peut-être temps de se remettre au travail avec un vrai projet que nous pourrions porter de manière positive à Berne.

Écrit par : tempestlulu | 05/03/2012

Carouge 1815, c'est grosso modo la superficie de l'ARC que vous dessinez et par la même occasion celle de l'agglo franco-valdo-genevoise. Et c'est effectivement bien le but. Simplement si l'on peut parler d'intégration, voire d'assemblée commune transfrontalière, ce qui jusque là, peut retenir l'approbation des Etats concernés, évitons tout ce qui pourrait ressembler à une volonté d'annexion. Déplacer les frontières n'est plus guère à la mode et pour une raison bien simple: c'est généralement précédé d'effusions de sang. Ce que personne ne souhaite.
Le challenge est là tout entier : parvenir à gommer les effets de la frontière, ce avec quoi presque tout le monde est d'accord, sans pour autant la déplacer officiellement. Ce qui créérait un casus belli. Il est certain que l'entrée de la Confédération dans l'UE faciliterait les choses, car le développement des régions frontalières est l'un des grands programmes européens, et quelque part, on deviendrait membres du même pays. Mais pour l'heure, nous n'en sommes pas encore là. Pour l'heure.
La fin programmée du secret bancaire et de certains privilèges fiscaux lèvera l'un des deux obstacles majeurs à l'adhésion. L'autre, c'est le sort réservé à la démocratie directe. Là, c'est à l'Europe de faire un pas, ce qui serait tout à son intérêt. La construction européenne souffre d'un sérieux déficit d'amour de ses populations. Introduire davantage de démocratie locale pourrait être le moyen de redorer le blason du drapeau bleu aux étoiles, dans le coeur des européens. Sans doute le meilleur moyen, dans ces temps de crise qui ne permettent guère d'augurer une amélioration de la situation matérielle.

Écrit par : Philippe Souaille | 05/03/2012

Eh bé, ça marche le Servette... A moins que ce soit les Grecs ? 3000 visiteurs différents en 2 jours, dont 2000 rien que le dimanche, j'ai enfoncé tous mes records. Moi qui ronronne habituellement entre 3 et 500 visiteurs quotidiens. Je devrais parler de foot plus souvent... Si mon taux de lecture était ma préoccupation première, ce qui n'est pas le cas. Tout de même, étonnant de voir que ça marche mieux que tout, y compris le MCG...
Merci en tout cas à ces lecteurs d'un jour et n'hésitez pas à revenir de temps à autre. J'essaie de faire en sorte qu'il y ait un peu de lumière en permanence. Sans que cela ne soit trop chronophage.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/03/2012

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