09/03/2012

Les problèmes du Logement en powerpoint

Je publie régulièrement dans ce blog des analyses fouillées de la situation du logement, de l’emploi et des transports dans la région, qui me valent entre 3 et 4000 lecteurs par mois. Cela fait 35 ans que je suis ces thèmes en tant que journaliste et deux ans que j’y consacre l’essentiel de mon travail.

Il suffit que je parle du Servette, alors que je ne connais rien au foot pour faire 3000 lecteurs en deux jours seulement.

J’en conclus que

a) Les journalistes de foot ont la vie facile

b) Genève est beaucoup moins dans la mouise qu’on le dit, si les Genevois s’intéressent dix fois plus à un club de foot qu’aux problèmes essentiels de leur agglomération

c) Je ne dois pas prendre le problème par le bon bout.

J’ai donc décidé de récapituler, en me concentrant sur le logement, crise N° 1 du Genevois, des deux côtés de la frontière, surtout qu’il recoupe les questions de transport, de sécurité et d’emploi. Nous sommes en présence d’une équation comportant un nombre presque infini de variables, contradictoires les unes avec les autres, qu’il s’agit de parvenir à composer. En voici les plus importantes, façon Powerpoint:

1) Sur le territoire de l’agglo FVG, ou Grand-Genève, on pourrait loger 8 fois plus d’habitants.

2) Les habitants du Genevois tiennent à la qualité de leur cadre de vie et aiment la nature.

3) Ils ne veulent pas de voitures partout, sans vouloir payer le prix d’un métro.

4) Les lois existantes sont un frein à la construction, du moins en Suisse.

5) Le meilleur moyen de faire baisser les prix, c’est de construire. Massivement.

6) Les promoteurs immobiliers et l’ASLOCA s’engraissent sur la pénurie.

7) Les classes moyennes, forces vives, sont les dindons de la farce, des deux côtés de la douane.

8) Opposer les derniers arrivés aux voisins ou à ceux d’avant ne construit aucun logement.

9) Les gens d’ici sont rarement sans toit. Ils sont sans toit qui leur convienne, nuance.

10) Les nouvelles constructions doivent se greffer sur le réseau de transports.

11) Sur la planète entière, il y a un lien entre la qualité et le coût d’un logement.

12) Trop de pauvres concentrés en un même lieu, cela s’appelle un ghetto. Ça craint.

13) Trop de riches concentrés en un même lieu, c’est un paradis fiscal. Ça attire.

14) 12 + 13 = insécurité accrue + frais de police démesurés.

15) Le prix d’un logement entre Ambilly et Vandoeuvres, 1 km, peut quintupler.

16) Envoyer les gens habiter de plus en plus loin est une catastrophe écologique.

17) Même si l’on arrête de grandir, les gens continueront longtemps d’affluer dans la région.

18) A force d’obtenir le beurre, la crémière, les œufs et la vache on finit par récolter des marrons

 

Des pistes existent :

A- supprimer la déduction fiscale des trajets domicile-travail

B- Créer une assemblée régionale élue chargée de planifier l’aménagement

C- La doter d’un budget, pris sur les impôts frontaliers.

D- Redéfinir les objectifs du contrat d’agglo de manière plus en prise avec les législations.

E- Déplacer en France des tâches administratives ou hospitalières (EMS notamment)

F- Mieux financer la formation, pour former plus de gens et mieux

G- Initier des rencontres entre jeunes de part et d’autre de la frontière

H- Construire, construire, construire…

Commentaires

" Il suffit que je parle du Servette, alors que je ne connais rien au foot pour faire 3000 lecteurs en deux jours seulement. "

Oui Philippe, comme dans la Rome antique : "Du pain et des jeux ..."

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 09/03/2012

...et pourtant il faut que les Genevois sachent, que même Servette sera peut-être sauvée par un "frouze" et oui le nouveau sauveur est né au Canada mais de père Breton, donc un bon Français, et il a toujours le passeport français. Oui, la maman a une origine suisse...mais vu la considération de la femme en Suisse... Il y a quelques années, l'enfant ne prenait que la nationalité du père et l'épouse perdait sa nationalité.

Mais j'y pense le HC Servette...donc, c'est aussi breton ! et ben ça alors !

Écrit par : footeux fan | 10/03/2012

"15) Le prix d’un logement entre Ambilly et Vandoeuvres, 1 km, peut quintupler."

Et celui du revenu par tête de pipe entre ces deux communes, c'est encore pire.

Écrit par : denise | 10/03/2012

Une idée originale... la E...... mais utopique du fait de la différence des systèmes.....
Par contre, je ne suis pas sûr que la solution pour le logement passe vraiment par plus de coopération transfrontalière.... Si l on regarde objectivement, le souci est purement Genevois. Tant que Genève ne déclassera pas ses terrains agricoles, et n'acceptera pas de réaliser des projets immobiliers, alors on sera condamnés à avoir un centre ville séparé de sa zone péri urbaine par une ceinture verte.. c'est à dire au delà de la frontière... Avec l'effet pervers que la population étrangère (C et B) ne peut profiter de l'opportunité d'aller y vivre, et qu'elle est donc condamnée à vivre dans un centre ville trop onéreux pour une partie d'entre elle... ce qui conduit à sa paupérisation.. et à la dégradation du centre ville... En fait c'est un peu comme si Paris avait forcé la population du 93 à vivre sur l'île de la cité... Pas vraiment top....

Écrit par : Olivier Linossier | 10/03/2012

Votre dernière remarque, Olivier Linossier, me parait fort pertinente. Avec cette précision que la municipalité de gauche fait tout pour garder en ville des populations peu argentées qui lui assurent sa réélection.
Concernant l'idée E , pas sûr qu'elle soit utopique. On délocalise bien au Maroc ou en Inde des services de gestion comptable, ou informatique, ou téléphonique, pourquoi pas de l'autre côté de la frontière, à 5km ?
Quant aux EMS (ou EHPAD en France), c'est plus simple à faire dans ce sens que dans l'autre, vu que le nerf de la guerre et la clé de tout reste l'argent. Faire venir des patients français aux HUG, comme certains en avaient émis l'idée, est hautement farfelu sauf dans les cas d'urgence pour une raison toute simple, les soins coûtent plus chers en Suisse. Nettement. Jamais la sécu, dont on connait les problèmes récurrents, ne va accepter de payer 4 lorsqu'en France cela coûte 2.
Dans l'autre sens en revanche, cela me semble nettement plus jouable. Certes il faut trouver les joints administratifs, et c'est souvent lourd et compliqué, mais là on parle de coûts de plusieurs milliers de Francs par mois, par personne sur les dernières années de sa vie. Coût que la plupart du temps, les fortunes personnelles ne peuvent assumer et reviennent donc à la collectivité.
D'ici 20 30 ans, avec le papy boom, on devrait avoir des coûts de l'ordre du milliard par année sur le Canton de Genève avec 4 à 5 % de la population en maison de retraite. A mon avis, gageons que si ce coût peut être divisé par deux en déplaçant nos anciens (dont je ferai probablement partie à ce moment là) de quelques kilomètres - tout en fournissant du travail de l'autre côté - on devrait trouver des solutions.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/03/2012

Denise, le prix d'une maison individuelle, à surface équivalente, est effectivement multiplié par 5 entre ces deux communes, à un km à vol d'oiseau.
Vous avez raison, c'est probablement davantage en termes de revenu moyen des habitants, vu la population généralement très argentée de Vandoeuvres. Encore que vous pourriez avoir des surprises sur certains revenus d'Ambilly... Mais à métiers équivalents, la différence s'estompe et le salaire n'est plus que 2 à 3 fois plus élevé en Suisse. Si l'on prend le coût pour l'employeur, ou le revenu net, assurances sociales et santé payées, on tombe même seulement à 1,5 fois plus élevé en Suisse.
Ce qui est vrai également c'est que dans toutes les agglomérations du monde, il y a ainsi des quartiers où la vie est plus ou moins chère. Sur Paris entre certains coins du 7è et le 19è, les écarts sont énormes. Et plus encore si l'on part en banlieue. Mais il est exceptionnel que la disparité soit aussi forte entre deux quartiers voisins, et ce uniquement à cause de l'existence de la frontière.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/03/2012

La déduction fiscale des frais de déplacement pourrait effectivement être supprimée pour atténuer les effets environnementaux. Mais il conviendrait que cette mesure épargne les frais de transports en commun ; dans cette optique, le développement de ceux-ci s'impose, sans faiblesse : nouvelles lignes de trams et de trolleybus notamment.

Écrit par : Michel Smet | 11/03/2012

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