28/03/2012

Mathématiquement, Pierre Maudet peut encore gagner Et la droite extrême a tort de revendiquer des sièges à l’exécutif

Le ralliement de l’UDC au Vociferator permet de clarifier les choses :

Le MCG est à droite et même très à droite. Il représente juste l’aile socialisante de la droite extrême qui en a toujours été une composante historique, indispensable à son arrivée au pouvoir.

Les suisses du Genevois français qui s’imaginaient pouvoir voter UDC se retrouvent orphelins après recomposition de la famille, sous la houlette d’un père indigne et batailleur : le Vociferator Antifrouzitus. Le « on est juste contre les frontaliers français, pas contre les Suisses » ne tient pas la route 2 secondes. Toute politique anti-frontalière aurait des conséquences ultra-négatives – pour tous - sur l’accès au travail en Suisse et la valeur des biens acquis en France.

Les Suisses de France représentent 14% de l’électorat cantonal. Souvent propriétaires, ils votent évidemment davantage Entente qu’à gauche toute… Pierre Maudet est leur candidat naturel.

Les reproches des populistes sont assez simples : le PLR serait arrogant et égoïste, en refusant de partager les responsabilités à l‘exécutif. Bon arrogant, d’accord… Faut dire que lorsqu’on voit le niveau de tant de commentaires MCG, écrits souvent par les mêmes personnes sur les blogs ou sur la TdG, il est difficile de ne pas se sentir soudainement enfler les chevilles…

Sur le partage l’argument ne tient pas. Si l’alternative, à gauche, résiste aux batailles d’egos de ses leaders, c’est tout simplement que ses extrêmes savent raison garder. Contrairement au MCG, cela peut être utile d’avoir plus de deux sous de jugeotte en tête. Il ne viendrait jamais à l’idée de Pierre Vanek, de Magali Orsini ou de Salika Wenger de revendiquer un siège au Conseil d’Etat. Au sein du PS, un Pascal Hollenweg, par exemple, n’a pas pour but ultime de siéger à la Tour Baudet. Pas plus que moi au PLR. Parce nous savons que nos positions, si elles ont le mérite d’exister, ne sont pas assez consensuelles pour décrocher un job à l‘exécutif…

Le MCG et l’UDC, eux, exigent d’entrer bottés, enrégimentés et armés (de leurs verres d’eau ?) au cœur de l’exécutif cantonal. C’est bien évidemment impossible. Nul n’est propriétaire des voix de ses électeurs et l’image compte, de même que les rapports de force. Un poste à la Cour des Comptes, c’est envisageable. Dans une grande commune, faut voir. Le premier essai n’a pas été concluant, laissons donc M. Stauffer à Onex quelques temps, qu’il y fasse ses preuves. En Ville, la gauche est en position de faire élire un Ferazzino ou un Pagani. La droite, même unie, ne pourrait pas faire élire un UDC ou un MCG, on l’a très bien vu aux dernières élections ou le simple fait pour Mme Kraft-Babel d’avoir accepté l’alliance UDC fut éliminatoire.

Il n’est évidemment pas question de transiger sur le cœur de nos positions. Les bilatérales, par exemple, dont l’UDC comme le MCG se déclarent des ennemis acharnés. Ou l’alliance avec le PDC, vitale pour le PLR, car elle concerne des gens dont nous partageons les valeurs. Sauf lorsqu’ils se mettent à écouter les sirènes infirmières du MCG. Abandonner le PDC au profit de la droite extrême ne servirait qu’à la droite extrême, en renforçant ses rangs pendant qu’elle affaiblirait les nôtres… L’UDC le sait très bien qui dans son ultimatum au PLR exigeait pourtant, dans les faits, de rompre avec la démocratie-chrétienne, parti de gouvernement responsable. Et quoi encore ?

L’examen des dernières votations est riche d’enseignement. La carte du Grand Conseil est claire, mais date un peu et les voix de l’extrême-gauche y ont été dilapidées :

31% à la gauche, 42% à l’Entente, 1% flottant entre les deux et 26% à l’Extrême-droite. Rappelons qu’il faut 33% et être en tête pour s’imposer dans cette élection partielle.

Aux dernières municipales, on note, 23% à la gauche, 40% à l’Entente, 10% à l’extrême-droite et 27% de voix « sans parti », de nombreuses listes de petites communes étant sans étiquette et l’extrême gauche comme l‘extrême droite n’étant souvent pas présentes officiellement.

En valeurs corrigées, au niveau cantonal, on peut estimer que la gauche fait un tiers des voix, l’entente (avec les verts lib) un gros tiers et la droite extrême un gros quart. Même si les lignes ont pu évoluer depuis un an – ce qui reste à prouver, les vociférations blogueuses faisant un très mauvais indicateur – la droite extrême est battue et elle le sait. D’autant qu’aux élections au conseil national, les verts et le PDC présentaient des listes frontalières qui ont ramené quelques pour cent significatifs. Qui ont permis à Barthassat de faire jeu égal avec Lüscher et à Cramer de passer aux côtés de la socialiste. Cette fois, le candidat naturel des 14% d’électeurs résidant en France voisine sera Pierre Maudet. Et gageons qu’ils auront à cœur de voter utile, pour barrer la route du Vociferator.

A moins de considérer qu’ils sont idiots et n’ont rien compris à la politique, ou qu’ils sont obnubilés par leur haine de l’étranger, les dirigeants de l’UDC savent qu’ils vont perdre. Mais ce qu’ils espèrent, c’est la défaite de la droite. Quitte à se prendre dans les dents l’énorme dette de la caisse de pension des fonctionnaires dans les mois à venir… Les dirigeants de la droite extrême veulent ainsi contraindre la droite responsable à les coller sur leurs listes en position éligible.

Cela serait pour l’UDC le meilleur moyen de crédibiliser ses idées, qui sont irréalistes. Par exemple en matière régionale, l’annexion de la Savoie et de la Franche-Comté ! Pour le MCG, les objectifs sont différents. Ses idées anti-frontalières sont tout aussi irréalistes et elle le sait, ses élus passent d’ailleurs une partie de leur temps à reconnaître que oui, bien sûr, les frontaliers sont indispensables, il faut juste des mesures d’accompagnement. Comme maintenant, quoi… Son seul but, au MCG, sa raison d’être, c’est faire élire Stauffer. Un garçon pas plus bête qu’un autre, qui a malheureusement raté pas mal de trucs dans sa vie avant de trouver refuge en politique, où sa gueule élastique fait merveille. Un gars prêt à tout pour se faire élire, même à pactiser avec l’UDC après avoir il y a quelques années proposé de quitter la Confédération.

Il est comme ça l’Eric. Il essaie un truc, ça marche, il garde, ça marche pas, il jette. Aucune ligne, aucune constante, en dehors de son caractère violent, emporté et imbu de sa personne. C’est un velléitaire, qui n’a de suite dans les idées que si la pente va dans le même sens. Si ça ne va pas, il change de stratégie, dépose le bilan, rend les plaques et passe à autre chose. Après tout, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et il n’est pas un idiot. Mais diriger un exécutif, ce n’est pas seulement se laisser glisser sur la meilleure pente. C’est aussi et d’abord avoir une vision claire, des plans précis et la volonté de parvenir à un résultat, quitte à déplacer des montagnes à la main.

Maudet est de cette trempe là. Stauffer, lui s’est contenté d’identifier une longue vague et de se laisser surfer dessus. Oh, il surfe bien, c’est certain. Il est même capable de surfer les mains dans le dos, histoire de contenir sa violence, mais toutes les vagues finissent par retomber. Et la tête dans le sable, l’Eric, il lui faudra bien reconnaître qu’il n’a aucun programme, en dehors de lui-même. Y compris pour résoudre les problèmes de police, censés se résorber par enchantement, sitôt qu’il serait en place…

Commentaires

"Il est comme ça l’Eric. Il essaie un truc, ça marche, il garde, ça marche pas, il jette. Aucune ligne, aucune constante,"

Si je vous suis bien, votre méthode à vous et au radicaux-libéraux, ce serait l'inverse :

On essaie un truc, ça marche pas, on garde. On essaie un truc, ça marche pas, on garde. On essaie un truc, ça marche toujours pas, on continue...

Je commence à mieux comprendre certaines constantes de la politique genevoise...

Écrit par : Plouf | 28/03/2012

A la bonne heure! L'extrême droite est soudain devenue droite extrême. Vous voilà soudain un peu plus gentil avec la bête immonde. Auriez-vous un peu besoin d'eux, ou de certains d'entre eux, pour le 17 juin?

Écrit par : Pasccal Décaillet | 28/03/2012

Plouf, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Mais entre changer d'avis comme de chemise, au gré du vent et de ses impulsions et construire un avenir au canton, il y a une marge.
J'attends toujours le programme de Stauffer en dehors du "avec moi, tout va s'arranger par miracle", je ferai venir les Stones aux Evaux, je guérirai les aveugles et je renverrai la racaille dans un cercueil...

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2012

Mon bon Pascal, j'ai toujours pensé qu'il y avait des personnes correctes à l'UDC, vous m'en avez d'ailleurs présenté quelques unes. Et l'électeur est un électeur, qu'il s'agit de conquérir. Maintenant j'ai toujours été très clair dans mon discours: la droite extrême, ou l'extrême-droite n'a pas sa place au gouvernement, sauf à se déjuger. Pas plus que l'extrême gauche, qui d'ailleurs de mon temps se qualifiait elle-même d'anti-parlementaire...
Parce que leurs idées, si il est sain qu'elles s'expriment en démocratie, ne peuvent être qu'un aiguillon, une bordure. Ce que la gauche extrême a fort bien compris et accepte sans mot dire.
Par contre, si elle veut éviter que la gauche ne triomphe et joue indûment les rois du pays, la droite extrême doit laisser faire la droite responsable, et se contenter de son rôle de râleur institutionnel, d'empêcheur de tourner en rond. Comme le fait la gauche extrême a l'égard du PS ou des Verts. Tenez les jeunes Verts par exemple, ils ont des mots très durs pour leurs conseillers d'Etat, qu'ils accusent régulièrement de mener une politique de droite. Ce qui est le cas, ils mènent tout simplement une politique responsable. Mais si David Hiler se représentait (ce qu'il m'étonnerait qu'il fasse, le bon géant a déjà beaucoup donné du point de vue santé) ils voteraient évidemment pour lui !

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2012

Et pour tordre le coup une bonne fois à ces idioties de soi-disant géométrie euclidienne selon lesquelles le centre n'existe pas: toutes les élections se gagnent au centre, dans tous les pays, quels que soient les systèmes. Les seules exceptions, de gauche comme de droite ont immédiatement dégénéré en dictature.
Parce que l'on ne peut pas prétendre diriger un pays sereinement en s'opposant aux 2/3 ou au 3/4 de sa population. Hors c'est exactement ce à quoi aboutit l'irruption d'extrémistes dans un gouvernement. Il n'y a que deux façons de diriger un pays: la voie centriste, en ménageant une forme de consensus et la voie des extrêmes, en contraignant l'adversaire à plier, par la force et la violence vu que personne n'a tendance à se laisser faire sans y être contraint.

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2012

Votre description du Vociferator Antifrouzitus est d'une précision renversante. On le voit charger dans sa jungle, piétinant la myosotis sauvage et la pensée cultivée, pour y débusquer le frouzitus. Manque la meute qui suit, celle de hyènes des cavernes dont on vient de reconstituer le génome, mais l'imagination fait le reste...

Écrit par : Christiane Favre | 28/03/2012

Je dois dire, Christiane, que si je revendique la paternité de l'analyse du caractère antifrouzitus (qui semble prendre la place d'un détail anatomique de différenciation sexuelle à fonction reproductrice), l'honneur de la découverte de l'espèce vous revient. Elle nous a fait beaucoup rire, en famille... Le Vociférator sert au moins à cela: faire peur aux petits enfants et dérider les grandes personnes.

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2012

Clair (comme d'hab), précis et drôle, c'est parfait.

Écrit par : PA Gilliéron | 28/03/2012

Clair, mais imparfait. Eric Stauffer m'a fait demander d'enlever une allusion à la nuit de cristal, ce que je fais bien volontiers et avec mes excuses en plus car il s'agissait d'une erreur de ma part. Je voulais parler de la nuit des longs couteaux et ma plume et ma mémoire se sont emmêlés. La première étant un gigantesque pogrom anti-juif et la seconde étant l'élimination physique violente des SA, les chemises brunes, frange "de gauche" du nazisme par les SS.
Il ne s'agit pas pour moi de dire que le MCG est un parti nazi, je ne le pense pas et nous ne sommes plus en 1930. En revanche c'est à mes yeux clairement un parti d'extrême-droite, qui stigmatise une catégorie de la population de manière extrêmement agressive et son discours "ni gauche ni droite" a montré hier ses limites.

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2012

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