29/03/2012

Stauffer sera 3ème, les chiffres ne mentent pas. Eux.

Pas à dire, à deux, on rigole mieux que tout seul et l'UDC-MCG font preuve d'un sens de l'humour à toute épreuve. Réclamant le retrait de Maudet, leur dernier communiqué est un immense éclat de rire, bâti sur un énorme mensonge: leur alliance pèserait selon eux, plus du tiers de l'électorat en élection majoritaire... Quand cela, ou ça ?

Au Conseil National, à l'automne dernier, alors que toutes les voix de Poggia étaient doublées (ce qui sera impossible le 17 juin): 26%

Entente : 28,7%.

Le tiers à ma connaissance, c'est 33,33. En plus, le 17 juin, il faudra sortir en tête pour être élu.

Ces chiffres sont à corriger par le potentiel d'attractivité des candidats en dehors des partis...

Celui de Maudet semble extrêmement porteur. Probablement davantage que Lüscher, Barthassat ou Hiltpold, dans n'importe quelle élection.

Stauffer draine en revanche moins que Poggia. Ses différentes casserolles, son attachante personnalité et son verre d'eau lui barrent la route.

Si un avocat libéral susceptible prétend voter PS, on sait qu'une partie de l'UDC refusera de voter Stauffer. Quitte à dilapider ses voix.

Enfin, rappelons que comme déjà dit, 14% du corps électoral genevois réside en France voisine et qu'ils ne vont certainement pas voter pour le MCG. Pas davantage pour l'UDC si celle-ci s'allie avec ceux dont l'action peut les priver de leur job et diminueraient en tout cas leurs économies, placées dans l'acquisition de leur domicile... Tous ceux là vont majoritairement voter Maudet.

Les élections plus anciennes ont déjà été résumées ici: aux municipales d'il y a un an, en additionnant les résultats de toutes les communes, on note: 23% à la gauche, 40% à l’Entente, 10% au MCG-UDC et 27% de voix « sans parti », de nombreuses listes de petites communes étant sans étiquette et l’extrême gauche comme l'extrême droite n’étant pas présentes partout. Sale coup pour le MCG, les étrangers, leur gros réservoir aux municipales, ne votent pas pour les cantonales.

Au Grand Conseil de 2009 (sachant que les voix de l’extrême-gauche y sont dilapidées) :  31% à la gauche, 42% à l’Entente, 1% flottant entre les deux et 26% au MCG-UDC.

Donc Stauffer n'a clairement aucune chance d'être élu.

Maudet en a une. Petite, mais bien réelle.

Pour le reste, qu'est-ce que le MCG ? Un parti qui stigmatise une partie de la population des travailleurs de ce canton. Qui entretient à leur égard un climat de haine qui se traduit quotidiennement par des insultes à longueur de commentaires de la Tribune, mais aussi par des griffures sur les carroseries, des pneus crevés, des embûches de toutes sortes. Au niveau institutionnel, on prétend les priver d'accès à certaines professions ou à l'encadrement. Sans aucune autre raison que celle de leur domicile, qui ferait d'eux une catégorie à part. Et avec la bénédiction d'une partie importante de la population. Mais pas majoritaire.

Alors soyons clairs, Stauffer n'est pas Hitler et il n'a jamais écrit Mein Kampf, ni aucun bouquin d'ailleurs. Les frontaliers ne courrent aucun risque de se retrouver en camps de concentration, ce que l'UE ne laisserait évidemment jamais faire... Stauffer a bien évoqué la possibilité de parquer les déliquants dans des structures non conformes au droit et aux usages internationaux, ou de les renvoyer dans des cercueils, mais on peut mettre cela sur le compte d'un langage et d'une agressivité mal contrôlés. En revanche, on se réjouit d'assister aux étripées promises entre défenseurs des étrangers de Genève d'abord, et ceux des Suisse avant tout...

Reste le passé de Stauffer, les raisons qui font qu'il se promenait armé au Grand Conseil par exemple. On a beaucoup reproché à Mark Muller de profiter d'un logement dont le prix n'était pas à la heuteur de ce qu'il aurait pu payer. Reproche que l'on fait aujourd'hui aussi en France à nombre d'élus socialistes parisiens. Mais qu'est-ce à côté du fait d'élire - potentiellement pour prendre la tête de la police - quelqu'un qui reconnait devoir se promener armé pour se protéger de représailles liées aux démmêlés, dans la restauration, de sa famille avec la pègre marseillaise ?

Lorsqu'on lit les nouvelles alarmantes du Ministère Public fédéral au sujet des maffias italiennes, N'dranghetta et autres, qui investissent, par lessiveuses entières, dans des bistrots, ici, leurs petites économies illégales, veut-on vraiment d'un tel homme pour y faire face ? Lorsqu'on sait que le nettoyage de la place financière est l'un des enjeux vitaux de Genève, veut-on de quelqu'un qui a souhaité être rétribué comme apporteur d'affaires dans des cas de placement de fonds provenant de dirigeants politiques contestés dans leur propre pays ? Ce serait - au mieux - mettre en place un Vidcoq là où nous aurions grand besoin d'un Elliott Ness...

Ce serait peut-être efficace. Cela reste à prouver, l'homme n'ayant jamais réussi dans toute sa vie qu'à se faire élire à Onêx et restant extrêmement mystérieux sur ses recettes à la tête de la police... Mais ce serait très certainement désastreux pour l'image de notre canton. Et cette image là, elle vaut de l'or, c'est notre bien le plus précieux. Ne la gâchons pas.

28/03/2012

Mathématiquement, Pierre Maudet peut encore gagner Et la droite extrême a tort de revendiquer des sièges à l’exécutif

Le ralliement de l’UDC au Vociferator permet de clarifier les choses :

Le MCG est à droite et même très à droite. Il représente juste l’aile socialisante de la droite extrême qui en a toujours été une composante historique, indispensable à son arrivée au pouvoir.

Les suisses du Genevois français qui s’imaginaient pouvoir voter UDC se retrouvent orphelins après recomposition de la famille, sous la houlette d’un père indigne et batailleur : le Vociferator Antifrouzitus. Le « on est juste contre les frontaliers français, pas contre les Suisses » ne tient pas la route 2 secondes. Toute politique anti-frontalière aurait des conséquences ultra-négatives – pour tous - sur l’accès au travail en Suisse et la valeur des biens acquis en France.

Les Suisses de France représentent 14% de l’électorat cantonal. Souvent propriétaires, ils votent évidemment davantage Entente qu’à gauche toute… Pierre Maudet est leur candidat naturel.

Les reproches des populistes sont assez simples : le PLR serait arrogant et égoïste, en refusant de partager les responsabilités à l‘exécutif. Bon arrogant, d’accord… Faut dire que lorsqu’on voit le niveau de tant de commentaires MCG, écrits souvent par les mêmes personnes sur les blogs ou sur la TdG, il est difficile de ne pas se sentir soudainement enfler les chevilles…

Sur le partage l’argument ne tient pas. Si l’alternative, à gauche, résiste aux batailles d’egos de ses leaders, c’est tout simplement que ses extrêmes savent raison garder. Contrairement au MCG, cela peut être utile d’avoir plus de deux sous de jugeotte en tête. Il ne viendrait jamais à l’idée de Pierre Vanek, de Magali Orsini ou de Salika Wenger de revendiquer un siège au Conseil d’Etat. Au sein du PS, un Pascal Hollenweg, par exemple, n’a pas pour but ultime de siéger à la Tour Baudet. Pas plus que moi au PLR. Parce nous savons que nos positions, si elles ont le mérite d’exister, ne sont pas assez consensuelles pour décrocher un job à l‘exécutif…

Le MCG et l’UDC, eux, exigent d’entrer bottés, enrégimentés et armés (de leurs verres d’eau ?) au cœur de l’exécutif cantonal. C’est bien évidemment impossible. Nul n’est propriétaire des voix de ses électeurs et l’image compte, de même que les rapports de force. Un poste à la Cour des Comptes, c’est envisageable. Dans une grande commune, faut voir. Le premier essai n’a pas été concluant, laissons donc M. Stauffer à Onex quelques temps, qu’il y fasse ses preuves. En Ville, la gauche est en position de faire élire un Ferazzino ou un Pagani. La droite, même unie, ne pourrait pas faire élire un UDC ou un MCG, on l’a très bien vu aux dernières élections ou le simple fait pour Mme Kraft-Babel d’avoir accepté l’alliance UDC fut éliminatoire.

Il n’est évidemment pas question de transiger sur le cœur de nos positions. Les bilatérales, par exemple, dont l’UDC comme le MCG se déclarent des ennemis acharnés. Ou l’alliance avec le PDC, vitale pour le PLR, car elle concerne des gens dont nous partageons les valeurs. Sauf lorsqu’ils se mettent à écouter les sirènes infirmières du MCG. Abandonner le PDC au profit de la droite extrême ne servirait qu’à la droite extrême, en renforçant ses rangs pendant qu’elle affaiblirait les nôtres… L’UDC le sait très bien qui dans son ultimatum au PLR exigeait pourtant, dans les faits, de rompre avec la démocratie-chrétienne, parti de gouvernement responsable. Et quoi encore ?

L’examen des dernières votations est riche d’enseignement. La carte du Grand Conseil est claire, mais date un peu et les voix de l’extrême-gauche y ont été dilapidées :

31% à la gauche, 42% à l’Entente, 1% flottant entre les deux et 26% à l’Extrême-droite. Rappelons qu’il faut 33% et être en tête pour s’imposer dans cette élection partielle.

Aux dernières municipales, on note, 23% à la gauche, 40% à l’Entente, 10% à l’extrême-droite et 27% de voix « sans parti », de nombreuses listes de petites communes étant sans étiquette et l’extrême gauche comme l‘extrême droite n’étant souvent pas présentes officiellement.

En valeurs corrigées, au niveau cantonal, on peut estimer que la gauche fait un tiers des voix, l’entente (avec les verts lib) un gros tiers et la droite extrême un gros quart. Même si les lignes ont pu évoluer depuis un an – ce qui reste à prouver, les vociférations blogueuses faisant un très mauvais indicateur – la droite extrême est battue et elle le sait. D’autant qu’aux élections au conseil national, les verts et le PDC présentaient des listes frontalières qui ont ramené quelques pour cent significatifs. Qui ont permis à Barthassat de faire jeu égal avec Lüscher et à Cramer de passer aux côtés de la socialiste. Cette fois, le candidat naturel des 14% d’électeurs résidant en France voisine sera Pierre Maudet. Et gageons qu’ils auront à cœur de voter utile, pour barrer la route du Vociferator.

A moins de considérer qu’ils sont idiots et n’ont rien compris à la politique, ou qu’ils sont obnubilés par leur haine de l’étranger, les dirigeants de l’UDC savent qu’ils vont perdre. Mais ce qu’ils espèrent, c’est la défaite de la droite. Quitte à se prendre dans les dents l’énorme dette de la caisse de pension des fonctionnaires dans les mois à venir… Les dirigeants de la droite extrême veulent ainsi contraindre la droite responsable à les coller sur leurs listes en position éligible.

Cela serait pour l’UDC le meilleur moyen de crédibiliser ses idées, qui sont irréalistes. Par exemple en matière régionale, l’annexion de la Savoie et de la Franche-Comté ! Pour le MCG, les objectifs sont différents. Ses idées anti-frontalières sont tout aussi irréalistes et elle le sait, ses élus passent d’ailleurs une partie de leur temps à reconnaître que oui, bien sûr, les frontaliers sont indispensables, il faut juste des mesures d’accompagnement. Comme maintenant, quoi… Son seul but, au MCG, sa raison d’être, c’est faire élire Stauffer. Un garçon pas plus bête qu’un autre, qui a malheureusement raté pas mal de trucs dans sa vie avant de trouver refuge en politique, où sa gueule élastique fait merveille. Un gars prêt à tout pour se faire élire, même à pactiser avec l’UDC après avoir il y a quelques années proposé de quitter la Confédération.

Il est comme ça l’Eric. Il essaie un truc, ça marche, il garde, ça marche pas, il jette. Aucune ligne, aucune constante, en dehors de son caractère violent, emporté et imbu de sa personne. C’est un velléitaire, qui n’a de suite dans les idées que si la pente va dans le même sens. Si ça ne va pas, il change de stratégie, dépose le bilan, rend les plaques et passe à autre chose. Après tout, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et il n’est pas un idiot. Mais diriger un exécutif, ce n’est pas seulement se laisser glisser sur la meilleure pente. C’est aussi et d’abord avoir une vision claire, des plans précis et la volonté de parvenir à un résultat, quitte à déplacer des montagnes à la main.

Maudet est de cette trempe là. Stauffer, lui s’est contenté d’identifier une longue vague et de se laisser surfer dessus. Oh, il surfe bien, c’est certain. Il est même capable de surfer les mains dans le dos, histoire de contenir sa violence, mais toutes les vagues finissent par retomber. Et la tête dans le sable, l’Eric, il lui faudra bien reconnaître qu’il n’a aucun programme, en dehors de lui-même. Y compris pour résoudre les problèmes de police, censés se résorber par enchantement, sitôt qu’il serait en place…

27/03/2012

Aimer le Genevois, parce que c’est notre dimension

Dans 7 semaines se tiendront les premiers Jeux de Genève de la nouvelle génération. Cela fait 60 ans qu’ils n’avaient plus été organisés. Ils réuniront les jeunes sportifs du canton, sur un week-end, dans 24 disciplines et devraient dorénavant se tenir tous les deux ans. Dès le départ, l’association genevoise des sports, qui en est la cheville ouvrière avec les départements concernés de la Ville et du Canton, a voulu y intégrer les sportifs de la région. Cela se fera donc en 2014, cette première édition servant de prototype. Voir ci-dessous le lien vers leur site:

http://www.jeuxdegeneve.ch/Accueil

L’idée est plus qu’excellente, elle est nécessaire. Mais à quelle échelle va-t-on travailler ? Veut-on réunir l’entier des territoires administratifs limitrophes soit le canton de Vaud et les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie ? Pas sûr qu’il y ait un intérêt qui dépasse celui de l’invité d’honneur du comptoir. Ni de leur part, ni du nôtre. En revanche, nos voisins et partenaires, parties constituantes de l’ancien Comté de Genève, le Genevois historique (ou l’agglomération du Grand Genève), on voit mal comment nous pourrions nous en passer.

Annecy et Bourg-en-Bresse sont aussi loin de Genève que peut l’être Lausanne. Certains peuvent faire le déplacement tous les jours pour des raisons professionnelles, des contacts étroits sont nécessaires, mais nous ne résidons pas dans le même bassin de vie. Alors que la moitié des habitants d’Annemasse travaillent à Genève, que des centaines de milliers de Genevois font leurs courses en France et que les Nyonnais utilisent 3 fois plus souvent les TPG que les TL lausannois…

Par ailleurs et ce n’est pas une mince affaire, Lausanne, Annecy et Bourg-en-Bresse manifestent une certaine inquiétude à l’idée de voir se distendre les liens avec une partie excentrée de leur territoire, entraînée dans l’orbite genevoise. Soyons clair, il n’est pas question d’annexer quiconque, même si le caractère excentré de ces territoires prouve à l’envi qu’ils sont géographiquement naturellement rattachés à Genève. Il s’agit au contraire de creuser encore et toujours la vieille idée de co-gestion du territoire, qui remonte à 1603, en l’adaptant à la modernité.

Cette idée géniale fut celle de Robert Borrel et Robert Cramer, vite rejoints par Etienne Blanc. Elle répondait à une triple nécessité: se donner les moyens de coordonner l’urbanisme de notre petite métropole qui se construisait en dépit du bon sens, renforcer la qualité de vie d’habitants de plus en plus mobiles et enfin répondre aux exigences de Berne en matière d’attribution de fonds publics.

Sous le nom barbare de projet d’agglo, la structure s’est imposée comme l’interlocuteur le plus naturel au quotidien. Elle englobe toutes les communes, tant françaises que suisses dont une partie essentielle de la population travaille à Genève, soit près de 950 000 habitants aujourd’hui. Ce qui met Genève dans la même catégorie que Zurich, Toulouse, Lille ou Nice, à la 8ème place des agglomérations françaises, particulièrement dynamique et riche. L’agglomération d’Annemasse, sans la partie suisse, pointant elle-même devant Annecy, ce qui suscite quelques grincements de dents.

Genève, engoncée dans son carcan administratif en matière immobilière, s’est largement construite en France, développée grâce à la France. Le projet d’agglo n’a fait qu’en prendre acte en tentant d’adapter les structures administratives à la réalité des faits. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et d’abord de se choisir un nom. Cela vous revient, en allant voter sur le site

http://www.choisirnotrenom.com/

Trois noms vous sont proposés. Personnellement, comme beaucoup, je préfère « le Genevois ». Même si historiquement, il désignait plutôt la partie sud (englobant Annecy d’ailleurs, aux temps anciens du Moyen-Age), cela me semble le mieux adapté à la réalité de notre bassin de vie. Ce nom, il est à notre dimension : chargé d’histoire et porteur d’avenir.

26/03/2012

Ville, canton, région... Quand les intérêts électoraux sont un frein au mieux-vivre ensemble

La dernière genferei en date sera donc prochainement tranchée par le TF. énième épiosde de la stupide guéguerre opposant la Ville et l'Etat depuis des lustres. On résume: le Canton, actionnaire majoritaire des SIG, a décidé de ponctionner 125 millions dans les caisses de nos services industriels ces prochaines années pour renflouer les siennes et résorber un peu de son déficit. Mais la Ville de Genève, emmenant 2/3 des communes, avec elles se plaignent avec deux types d'arguments, à priori contradictoires:

1) les SIG vont devoir investir ces prochaines années et auront besoin d'argent.

2) si la ponction est maintenue, les communes en tant qu'actionnaires minoritaires, en veulent leur part "pour leurs contribuables".

Si le premier semble recevable, mais l'on suppose que le Canton doit être au courant des besoins de financement à venir, c'est l'un de ses rôles essentiels, le deuxième l'est beaucoup moins. Car par défintion, tout contribuable d'une commune est également contribuable du canton. Donc ce serait juste prendre dans la poche gauche de Pierre pour remettre dans sa poche droite... Ou plutôt l'inverse :-)

Tout ce discours sur l'intérêt des contribuables ou les besoins de financement des SI n'est en effet qu'un écran de fumée dissimulant un intérêt purement politique et électoraliste: comment dépense-t-on l'argent public ? Parce que la Ville (et les grandes communes) et le Canton n'ayant pas les mêmes majorités politiques, ne font pas les mêmes choix. C'est normal, c'est naturel, c'est le jeu démocratique, mais c'est aussi diablement générateur de nuisances majeures.

Si l'on prend le cas du logement, il devient évident qu'au "il faut construire, mais pas en bas ou en haut de chez moi" se rajoute une volonté politique de conserver les majorités politiques en l'état. La Ville de Genève, à travers l'ASLOCA, fait tout ce qu'elle peut pour empêcher des surélévations et la construction d'immeubles de standing en PPE pour éloigner le spectre d'un retour d'électeurs de droite... Au contraire, elle appuie à fond sur la construction de logements aidés, synonime d'électeurs de gauche. Tandis qu`à l'inverse, dans les communes bourgeoises, on ne veut surtout pas de trop grands ensembles qui pourraient amener des électeurs de gauche...

Genève, ville de concertation et de consensus, sombre dans l'affrontement le plus vain qui soit, des conservatismes de droite et de gauche qui s'opposent en tout pour ne s'entendre que sur une chose: surtout ne rien changer. Il est évident que le choix des extrêmes, dans cette configuration, ne ferait qu'accentuer le phénomène en radicalisant les fronts. Nous avons au contraire besoin de personnalités politiques susceptibles de rassembler au centre, par delà les clivages. Pour triompher des pesanteurs conservatrices et faire enfin avancer les dossiers.

Un par un, dans l'esprit de l'intérêt général et non des intérêts partisans: logement, transports, sécurité... L'emploi en découlera naturellement.

23/03/2012

Les Plaques suisses, ça fait riche

J’étais hier à Annemasse, à la présentation de la MED la Maison de l’Economie et du Développement devant les membres du Centre des Dirigeants d’Entreprise de Genève. Forte de 20 collaborateurs, partenariat public-privé, la MED est l’interlocuteur des entreprises étrangères ou créateurs d’entreprise désireux de s’implanter dans le Genevois Français. Un partenaire incontournable et qui va le devenir de plus en plus puisqu’un accord international, signé hier entre la France et la Suisse au sujet de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, sanctifie la possibilité de zones franches de droit suisse en territoire français.

Cette possibilité, prometteuse de développement économique pour le Genevois français, cheval de bataille du député-maire de Divonne Etienne Blanc, était en effet battue en brèche par certains juges hexagonaux et par une partie de la gauche, qui y voit une atteinte au droit du travail français. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’accord a été précédé, avant-hier, de la signature par la Suisse, au BIT à Genève, de conventions qui permettent de considérer son droit du travail comme correspondant aux normes internationales, équivalent donc au droit français dans sa manière de protéger le travailleur, même si la manière de le faire est différente. C’est exactement ce que je montrais dans mon film « Genevois Pluriels » avec l’exemple d’infirmières françaises, ne travaillant que 35 heures et disposant des protections légales françaises, mais devant concrètement assumer deux fois plus de malades que leurs homologues suisses, qui travaillent 42 heures mais sont payées le double…

On peut donc s’attendre – si la gauche leur prête vie – à ce que des zones franches conduisent à la création d’emplois sur France. Genève n’aura plus d’excuses et devra se mettre à niveau en matière de logements… Ces zones devront-elles être collées à la frontière où pourront-elles s’implanter à quelques centaines de mètres ou même kilomètres ? Ce sera important pour le centre d’Annemasse, où se situe la MED, dans les nouveaux immeubles du quartier de l‘Etoile, une friche industrielle au cœur de l’agglomération, tout autour de la gare. Le Président de la MED, Marc Favre, en serait en tout cas ravi.

J’aime beaucoup Marc Favre, maire de Valleiry, patron retraité d’une entreprise d’électricité et très attaché à Genève. Toujours chaleureux et rigolard, mais matois comme un paysan savoyard à qui on ne la fait pas… Il me détaillait la charge que représentent les résidents suisses non déclarés dans sa commune, en précisant… qu’ils sont rarement suisses ! La perte est double : les communes touchent en effet une allocation de l’Etat français par foyer fiscal résident sur leur territoire, qui exclut les résidences secondaires. Et elles ne touchent pas non plus la part correspondante des fonds frontaliers. La seule gagnante dans l’histoire est Genève, ou plutôt le canton, qui conserve l’entier des impôts au lieu d’en reverser le tiers convenu. Tandis que la commune doit assumer les charges de voirie, de scolarité, etc…

« Lorsque je vais les voir pour leur expliquer, me raconte Marc Favre, les ¾ des Suisses s’enregistrent et font le nécessaire. Ceux qui continuent de rechigner, ce sont les européens. Italiens, Espagnols, Portugais, travaillant à Genève et qui se sont offerts une maison en France. Souvent, ils sous-louent leur appartement à Genève, se faisant un petit bénéfice au passage et gardent une boîte aux lettres. Ils ont peur de se retrouver au chômage sur France, où l’on est moins bien indemnisé… Et puis le grand truc, ce sont les plaques de voiture : ils veulent garder leurs plaques suisses. Pas seulement pour Genève, me raconte Marc hilare, mais pour quand ils rentrent au pays en vacances ! »

« C’est beaucoup plus prestigieux les plaques suisses », racontait ainsi à Marc ce chef de famille portugais : « Au village, on est quelqu’un ! »

C’est là que sa fille, une belle gamine de 20 ans lui dit:

-Mais tu sais papa, c’est pas sûr que cela soit si bien que ça, parce que les plaques suisses, c’est vrai que ça fait riche, mais du coup tout le monde vient nous solliciter dès qu’on est arrivés !

Le paternel a réfléchit un moment, puis il a répondu.

- Tu as raison ma fille, mais vois-tu… Vaut mieux être sollicité que solliciteur !

21/03/2012

Finalement, un islamiste

Je me suis fait piéger. Ce matin, il semble que c'était bien un islamiste. Un fou de dieu, qui a commencé par tuer des musulmans, probablement parce qu'engagés sous l'uniforme français, il les considérait comme des traitres. Puis s'en est pris à des enfants juifs. Dans cette configuration, les choses paraitront plus simples pour toute une partie de l'opinion, qui se déchaînera une fois de plus sur une partie de la population. Qui ne croit pas comme il faut. Et ce sera regrettable. Car les fautifs sont bel et bien de part et d'autre, parmi ceux qui usent et abusent de la violence des mots pour diviser les communautés puis les dresser les unes contre les autres. Que ce soit ici ou à l'autre bout de la Méditerranée.

La violence meurtrière s'acharnant sur des enfants est certes encore pire que celle qui s'en prend à des jeunes hommes ayant choisir de servir par les armes. Mais ce n'est qu'un détail. Le fait est que les victimes étaient juives et musulmanes. Que le tueur est un être malfaisant, envoûté par son idéologie au point d'en perdre la raison. Ce qui ne doit évidemment pas le dispenser d'une peine exemplaire, le maximum possible en droit français. S'il s'en sort vivant, puisqu'à l'heure où j'écris ces lignes, il est assiégé par les tireurs d'élite du RAID.

Je me suis fait piéger parce que la piste des trois soldats néo-nazis était fausse et que les enquêteurs le savaient depuis déjà une bonne semaine. Le principal suspect avait été interrogé et blanchi mardi 13, le deuxième était toujours sous les drapeaux, mais à l'autre bout de la France et le troisième avait été mis hors de cause sans même avoir été interrogé. En fait il semble bien que cette fuite des enquêteurs avait surtout pour but de brouiller les pistes dans l'esprit du tueur. De lui faire croire que l'on n'était pas du tout sur ses traces. Alors qu'en fait on l'était puisque très tôt ce matin déjà, on savait où il se cachait, de quelle organisation il se revendiquait...

Selon un sondage sur Internet de BFMTV, 56 % de 9000 personnes ayant répondu pensent que cette affaire va influencer la campagne. De fait, elle devrait surtout favoriser le candidat président, depuis qu'il s'est fermement repositionné à droite. Marine Le Pen pourrait en profiter aussi, mais le spectre de sa présence au 2ème s'est suffisament éloigné pour ne plus présenter de véritable risque. Il est de vieux adages, parfois, que l'on aimerait mieux ne jamais avoir entendus. Parce que je détesterais que certains soient vrais.

20/03/2012

Le geste d'un fou. Probablement pas islamiste, mais néo-nazi

Comme tout le monde, je suppose, j'ai d'abord pensé qu'un islamiste quelconque avait pèté les plombs. Flinguer 4 militaires en perm', sans armes, c'est d'une grande lâcheté, mais cela reste des militaires, des paras de régiments d'élites intervenant en zones de combat. La guerre, quoi, aussi horrible et stupide qu'elle puisse être. A la limite, les jeunes résistants qui flinguaient les officiers allemands dans Paris en 41 étaient dans la même logique. Un jeune fou de dieu, ou plutôt de Mohammed, aurait très bien pu se croire investi d'une mission divine de soutien à ses frères d'Afghanistan ou d'Irak. Puis il s'en est pris à des enfants. De plus en plus monstrueux, mais comme c'était une école juive, l'hypothèse islamiste restait probable... Juste encore un peu plus inqualifiable.

Et puis voilà qu'on apprend que 3 des soldats flingués étaient magrhébins et le 4ème antillais. Que l'enquête se concentre sur un petit groupe de soldats néo-nazis exclus de l'armée (de ces mêmes régiments parachutistes), il y a quelques temps à cause de leurs délires racistes. Le crime, ou plutôt les crimes, restent les mêmes, tout aussi odieux. Il ne saurait y avoir de circonstances aggravantes ou atténuantes dans un tel délire meurtrier. Mais le fait que le tueur soit probablement un fou d'extrême-droite m'interpelle sur un autre plan.

Pour passer pas mal de temps (trop) sur les réseaux sociaux, je suis catastrophé par les horribles conséquence de la parole libérée qui y règne. L'insulte, le racisme et la bêtise y règnent en maître, d'autant plus impunément que c'est anonyme. Les pires manipulations y sont possibles et certains partis, toujours les mêmes, ne s'en privent pas, qui donnent une image fondamentalement fausse de la société. Fausse parce que les gens qui s'y expriment, s'ils peuvent être fort variés, ne sont absolument pas représentatifs de notre société. Tout au plus le sont-ils de ses marges.

Je ne pense pas que si l'on supprimait tous les pistolets à eau aux enfants, toutes les séries policières et tous les jeux vidéos meurtriers, la violence disapraitrait comme par enchantement. La violence est en chacun de nous, c'est un atout indispensable à notre survie dans la nature. Et même, atténuée, domestiquée, dans la vie professionnelle et sociale. Mais précisément, nous sommes des êtes humains sociaux, et nous avons appris à la domestiquer, à la canaliser, à l'interdire généralement dans ses formes les plus brutes. Sauf sur Internet. Où là depuis maintenant quelques années, elle s'exprime librement et quasiment sans contraite, avec tout ce qu'elle véhicule de plus abject: racisme, populisme, glorification du plus couillu et in fine, de la bêtise. Voire de la méchanceté. Conduisant bien souvent l'adversaire à réagir sur le même terrain.

Cette liberté est-elle une soupape nécessaire, dans une société dont les tensions s'exacerbent, ou de l'huile jetée sur le feu ? J'ai tendance à pencher pour la 2ème solution. Et personnellement, je serais pour que tout commentaire sur un blog ou sur le site internet de la Tribune de Genève, principal média des genevois, implique l'identification explicite (et contrôlée) de son auteur. Ainsi qu'une modération à priori, selon des règles beaucoup plus sévères qu'aujourd'hui. Quitte à laisser une possibilité d'anonymat (mais avec une identité connue de la rédaction, comme au temps du courrier des lecteurs) dans les cas d'information "sensible" dûment établie.

Cela baisserait certainement le niveau de violence globale sur le net, et probablement dans la rue aussi. Cela vaut en tout cas la peine d'essayer.

18/03/2012

Le Petit Père des frontaliers... et la participation frontalière à l'effort régional

Vendredi soir s’est tenu le congrès des frontaliers. Un moment fort des activités transfrontalières et malheureusement, un exercice parfait de foutage de gueule en matière de démocratie. Le congrès, qui rassemblait plusieurs centaines de membres a voté plus d’une demi-douzaine de motions, sur des sujets divers, liés à ses activités de défense des intérêts des frontaliers. Mais pas une de ses motions n’avait été annoncée et discutée auparavant, pas une n’a été débattue sur place, pas un seul contradicteur n’a pu s’exprimer puisque débat il n’y eut pas. Juste des questions, pour certaines préparées avec la direction, après les votes. En fait le processus est simplissime et moult fois répété : le petit père des frontaliers résume la situation à la Tribune, lit sa motion, le peuple des frontaliers lève ses cartons à l’unanimité et l’on passe à la suivante.

Cela ressemble d’assez près aux grands meetings politiques à la française, mais n’a strictement rien à voir avec la démocratie et en particulier avec la démocratie telle qu’on la pratique à Genève. Encore que j’ai cru comprendre que dans certains partis « citoyens », il était d’usage que le Président délivre de même la bonne parole et fasse la pluie et le beau temps… Si l’on veut que la bonne entente progresse dans la région, et c’est dans l’intérêt vital des frontaliers, il serait temps de faire des efforts. Pas simplement pour faire « comme les Suisses », encore qu’en la matière ils soient clairement un modèle, mais pour intégrer les différences de point de vue.

Je ne suis pas forcément d’accord avec Antoine Vielliard sur la nature légitime ou non des revendications des frontaliers, à l’égard de la Suisse ou de la France. Même si ses arguments sont pertinents. J’estime que le droit de retirer son 2ème pilier en une fois plutôt qu’en rente se discute, au moins dans certaines circonstances. Achat d’un logement ou création d’une entreprise, par exemple, tel que c’est prévu par la législation suisse. Mais précisément, il doit se discuter, ce qui n’a pas été le cas.

De même j’approuve la motion demandant la conclusion rapide du tour de table français sur le financement du CEVA. Mais, il existe des fonds frontaliers qui pourraient être mis à contribution, ou mieux encore… Comme le fait remarquer Vielliard, les frontaliers sont des privilégiés, de part et d’autre de la frontière. Surtout, ils sont perçus comme tels de chaque côté, ce qui pose problème. L’afflux de résidants disposant de hauts revenus d’un côté, de travailleurs jeunes et dynamiques avec des frais de vie inférieurs de l’autre, c’est une réalité. A laquelle il n’est pas question de mettre fin, car c’est l’une des clefs de la prospérité régionale. Autant que le secret bancaire, qui lui est moribond. Abattre en même temps deux des piliers essentiels de la prospérité régionale serait suicidaire. En même temps, il devient impératif de faire baisser le ressentiment qui s’amplifie à l’égard de ces privilèges. Que faire ? Réduire les privilèges, au lieu de chercher à les renforcer.

En matière de transports en commun par exemple, le système français impose une taxe sur le salaire des employés, versée par l’entreprise. Elle finance réseaux de trams, RER et autres. Mais c’est bel et bien l’employé salarié qui paie, puisque c’est prélevé sur la masse salariale. Faire financer les trams destinés aux frontaliers par les salariés français qui rament déjà parait absurde. Le faire par le biais de l’impôt des frontaliers serait la moindre des choses. Mais les fonds frontaliers doivent aussi servir à financer de la formation et des logements sociaux en France, bref, à atténuer les conséquences des déséquilibres régionaux. Le mieux serait de supprimer la déduction des frais de transport dans la fiscalité suisse, pour les frontaliers comme pour les résidents suisses d’ailleurs, ce qui devrait rapporter dans les 200 millions par an: Hiler avait parlé d'un coût de 100 millions pour la seule déductibilité des frais de transports frontaliers.

200 millions, c'est beaucoup d'argent. On pourrait imaginer qu'une moitié serve à l'extension des lignes de transports publics sur France, et à la construction de P+R, le reste servant à financer la Traversée du Lac en tunnel, ce qui permettrait d'avancer les travaux, quitte à ce que la Confédération rembourse son écot par la suite, comme ce fut fait pour certains travaux à Zurich. De tels travaux serviraient à tout le monde, en améliorant grandement la fluidité des déplacements de tous. Ce d'autant plus que parmi les privilèges dont jouissent les frontaliers, on peut noter l'absence d'imposition annuelle sur l'automobile (contrairement à la Suisse) et ce depuis la suppression de la vignette.

Dans une société idéale, on obtiendrait de Lausanne que les Vaudois fassent de même, et participent ainsi à l'amélioration des relations routières et ferroviaires avec le canton de Vaud. Une participation au Tunnel sous le lac serait dans leur intérêt aussi. Pour ceux qui travaillent à Genève, comme pour ceux qui vont skier dans les Alpes françaises le week-end. Et pour les frontaliers du Chablais qui vont bosser à Nyon Morges ou Lausanne, les jours de forte bise... Reste la question de fond: Pourquoi les frontaliers, dans le cadre de leur organisation syndicale, leur lobby, réclameraient-ils une mesure qui les désavantage ? Parce qu’elle va dans le sens de l’intérêt général, donc du leur à long terme. Ils sont les premiers bénéficaires du caractère particulier - parce que transfrontalier - de notre agglomération. Les seuls à vrai dire qui en profitent directement.

Nous en profitons tous, en Suisse comme en France, car nous bénéficions tous des retombées positives d'une région prospère. Qui le serait moins sans son caractère transfrontalier. Mais les frontaliers sont les seuls qui vivent mieux que les résidents français et mieux que les résidents suisses. Même si tout n'est pas rose, qu'ils subissent déplacements et remarques désobligeantes, voire pire... Il est de leur intérêt évident de participer - financièrement, ils en ont les moyens - à l'effort régional visant à rattraper le retard de nos infrastructures. C'est un impôt nouveau, certes, et en tant que PLR je l'assume entièrement. Je le défendrai devant mon parti, si l'occasion s'en présente. Car son utilité est évidente, pour tous, et d'abord pour remettre de l'huile dans les rouages.

Pourquoi dès lors y mêler les résidents suisses ? Parce que la loi et la jurisprudence interdisent l'inégalité devant l'impôt et parce que l'éloignement est un non-sens écologique pour tous. Les résidents urbains paient leur choix au prix fort, il est juste que ceux qui fassent le choix inverse et qui y trouvent leur compte en termes de qualité de vie, paient leur écôt à l'amélioration des conditions de transport et à la réduction de la pollution qu'ils occasionnent.

Plus épineux encore, la question des HUG et de la mesure Gruson. Une remise en cause inadmissible de l’égalité de traitement découlant des accords signés. Et un bien mauvais moyen de rétablir la paix des ménages et des lieux de travail… Mais le fait est qu’il y avait des problèmes, et pas qu’aux HUG. Un certain nombre de petits chefs frontaliers et d’employés RH se sont parfois mal comportés. Certains d’entre eux favorisent les copains de leur village, sont racistes, ou prennent de haut les travailleurs d’origine étrangère. Ce qui est tout aussi idiot et inadmissible que de prendre de haut les frontaliers.

Ce genre de comportements existe dans toutes les communautés et dans toutes les entreprises, publiques et privées. Les Italiens, les Kossovars, les Portugais ou les Valaisans sont tout aussi fréquemment xénophobes ou enclins à favoriser leurs potes que les frontaliers. Et  la liste n'est pas close... C'est un problème de gestion du personnel et lorsqu’ils existent, ces comportements doivent être sanctionnés. Mais individuellement et certainement pas en stigmatisant une catégorie de population toute entière. En tant que directeur, comme en tant que politique, Gruson a clairement failli. Maintenant, en tant que syndicat, une motion demandant le respect des accords, c’est bien. Lui adjoindre un débat – ou une intervention - sur le thème des mauvais comportements individuels et du copinage à proscrire aurait été encore mieux. Pour l’amour de la région.

16/03/2012

Fiscalité des Français : Alerte Rouge sur l’agglo

Hollande va-t-il tuer l’agglo ? Sa promesse, s’il est élu, de renégocier les conventions fiscales franco-suisses (et belges et luxembourgeoises) a de quoi faire peur à Genève, comme dans le Genevois Français. Le système Genevois d’imposition au lieu de travail profite à Genève (qui conserve 600 millions d’impôts) et au Genevois français (communes et conseils généraux de l’Ain et de la Haute-Savoie) qui en récupèrent 200. Paris se contentant d’empocher la tva sur le commerce transfrontalier. Mais c’est une anomalie par rapport au système suisse qui impose au lieu de domicile. Ce qui arrange Paris, au détriment des cantons, communes et départements concernés (VD-NE-JU-BL & BS, Jura, Doubs, Belfort, Haut-Rhin) qui ne reçoivent que les miettes. On parle cependant d'exception suisse, car l’usage international et le droit européen privilégient l’imposition sur le lieu de travail.

Le risque d’une imposition généralisée au lieu de domicile (y compris pour les Suisses, d’ailleurs, pour le coup) n’est pas à négliger. Ce serait une (très) grosse tuile pour Genève (400 millions de moins par année, soit l’équivalent de la moitié du budget de la Ville), mais aussi pour le Genevois Français, qui perdrait en gros 90% des fonds frontaliers, le reste partant à Paris. Une catastrophe pour le développement de la région et des projets d’agglo, dont les conséquences économiques seraient difficilement calculables… Même pour Paris, car on peut penser que le montant des rentrées fiscales prélevées sur les frontaliers auraient de fortes chances de diminuer drastiquement.

Dans tous les cas de figure, si l’imposition au lieu de domicile devient la règle dans les rapports franco-suisses, c’est un énorme coup de frein aux possibilités d’autonomie de nos régions, ainsi qu’à leur développement économique. En France comme en Suisse, tant l’interdépendance est étroite. L’extension de l’imposition au lieu de travail serait en revanche favorable aux régions frontières… et par ricochet et à long terme, à Paris. Sauf que Paris risque de vouloir préférer le court terme sonnant et trébuchant.

A noter que Sarkozy, s’il veut imposer les exilés fiscaux devra lui aussi renégocier les conventions fiscales. Quelque part, les deux candidats nagent dans l’irréalisme ou la démagogie de promesse électorale. Une sorte de victoire posthume de DSK, qui fut le premier à en parler en 2007.

Hollande parce qu’il dit vouloir s’en prendre aux trois pays où se concentrent le plus d’exilés fiscaux et d’expatriés, alors que les exilés fiscaux auront vite fait de s‘envoler pour ailleurs en y créant des trusts… Par exemple aux Etats-Unis qui n’ont pas pour habitude de renseigner les fiscs étrangers sur leurs ressortissants résidant chez eux, quand bien même ils exigent la transparence pour leurs propres ressortissants.

Sarkozy parce qu’il prétend différencier les travailleurs expatriés ou créateurs d’entreprise, qui resteraient non imposables, des exilés fiscaux, qui eux le deviendraient. Distingo qui risque d’être juridiquement et pratiquement extrêmement pointu à réaliser… Et tout à fait contreproductif en termes d’investissements sur sol français, ce dont la France a besoin, qui risquent désormais d’aller s’investir ailleurs. Les exilés auront beau jeu aussi, de fonder des trusts et autres fondations de droit étranger, les dépossédant officiellement de leur fortune, dont ils seraient désormais de simples employés salariés…

Voici le lien sur l'extrait (très court) du discours de Hollande. La première voix qui parle est celle de Jean-François Copé. Hollande reste flou, il précise qu'il s'agit d'imposer les gens qui devraient payer l'ISF s'ils résidaient en France et donc pas exclusivement ceux qui le devraient au titre du revenu du capital. En même temps il dit "ceux qui s'expatrient pour ne pas payer l'impôt" mais bien des gens peuvent être soumis à l'ISF uniquement du fait des revenus de leur travail en Suisse, et les taux de l'ISF ne tiennent absolument pas compte du niveau du coût de la vie ici! Bref, c'est une fois encore, une déclaration hâtive et fumeuse de politiques pour rameuter l'opinion, sans que quiconque ait vraiment pesé le pour et le contre et le pourquoi du comment de son application. Un peu comme la dernière initiative Franz Weber, quoi.  De ce point de vue, entre la France et la Suisse, c'est à 1 partout.

Et pour faire bonne mesure, les explications de Mme Kosciusko-Morizet, porte-parole de Sarkozy, pas vraiment plus convaincante : elle essaie de déminer le terrain à l'intention des Français de l'étranger, mais ne délivre aucune info sur la manière concrète dont cela pourrait se passer.

11/03/2012

Bayrou, Schengen et la casse dans les manifs

Entre Bayrou et Sarkozy, j'avais hésité. En matière de politique internationale, Sarkozy me semblait plus profilé. Mais je sentais l'homme prêt à tous les renoncements pour grapiller des voix. Cela n'a pas loupé. La politique dans toute son horreur. Celle qui vous fait piétiner vos opinions profondes pour l'orgueil du pouvoir. Ce qui se ressent bien davantage en France qu'en Suisse, pour une raison bien simple: le bipartisme. Tout étant basé en France sur l'obligation de rassembler plus de 50% des voix pour être élu, et seulement sur un bord, vous devez fatalement faire des concessions graves pour aller les chercher dans les marges, là où l'intelligence et la lucidité ne sont plus des vertus cardinales.  C'est vrai de Sarko à droite comme de Hollande à gauche, qui sont obligés de donner des gages à leurs extrêmes.

En Suisse, la proportionnelle, la diversité des partis, la fréquence des référendums et surtout les directions collégiales réduisent considérablement ce phénomène,en permettant des alliances responsables au coup par coup, le plus souvent au centre. Heureusement. En attendant, je suis outré par le glissement protectionniste et limite xénophobe de l'actuelle présidence française. Face à cette dérive, le seule rempart pour les vrais républicains parait bel et bien être Bayrou. Parviendra-t-il à passer l'épaule ? Je n'en sais rien. Ce qui est certain, c'est qu'un système qui risque fort d'éliminer le candidat préféré des Français, celui que 60% d'entre eux souhaiteraient voir arriver en tête, et qui est certain de gagner s'il atteint le 2ème tour... Ce n'est pas un bon système.

Votez Bayrou, donc et sans le moindre scrupule. De toute manière, Sarkozy est en train de déplacer sa base électorale sur la droite. Donc il devrait réduire le risque Le Pen. Et laisser un boulevard au Centre.

Côté Suisse, ces votations m'ont surpris. L'acceptation de l'Initiative Franz Weber me parait très difficilement applicable. Concrêtement, comment va-t-on faire si je réside en Valais et que je veux vendre le chalet où je vis à quelqu'un qui en fera sa résidence secondaire ? Où si je veux juste lui louer ? Cela sera-t-il interdit ? Probablement pas. Et si je construis un chalet dans lequel je vais vivre disons 2 ans avant de le vendre ou de le louer ? Bref on va louvoyer entre état policier ou magouille, sans compter les pressions à la hausse que cela risque de créer sur les biens existant.

Content en revanche que Genève ait accepté le principe d'une défiscalisation de l'accession à la propriété, même si la Suisse dans son ensemble la repousse. Cela prouve que les gens commencent à comprendre que d'être un peuple de locataires présente de sérieux inconvénients. La crise révèle la vraie nature des problèmes et la situation sera bientôt mure pour prendre de bonnes décisions en faveur du logement dans le canton. Des décisions qui devront faciliter l'accès à la propriété pour la classe moyenne, n'en déplaise à l'ASLOCA.

A Genève encore, je comprends tout à fait que la gauche veuille attaquer la votation sur les manifs devant le TF. Je pense que la gauche va perdre à Lausanne, mais sur le principe, je suis d'accord: il est des règles, nationales et internationales qu'il s'agit de respecter, parce que c'est important pour la démocratie et que parfois, le peuple peut se tromper. Nous avons tous en mémoire quelques choix démocratiques qu'il aurait mieux valu éviter.

Concrètement cependant, cette loi sur les manifs ne remet nullement en cause le droit de manifester. Parler de recul de la démocratie est abusif, au contraire. La démocratie n'est pas l'absence de règles, c'est une règlementation équitable et juridiquement fondée. Sur le  Code des Obligations, qui est une loi fédérale, et aussi sur le fait qu'un responsable doit assumer ses responsabilités. Contrairement à ce que j'ai pu lire sous la plume de certains didirgeants du PS, il est faux de dire que cette loi est plus restrictive que ce qui existe à Moscou. Parce qu'à Moscou, ce n'est pas la loi qui compte. C'est à la tête du client que vous obtenez votre autorisation et si vous passez outre, ou si quelque chose déplait durant la manif, vous encourrez les pires ennuis. Vraiment pires: prison, tabassage, privation de tous vos biens et même une balle entre les deux yeux.

En tant qu'ancien manifestant, au cours de mes années étudiantes françaises, j'ai toujours appris qu'un service d'ordre était une nécessité absolue. Pour ne pas se faire déborder, pour ne pas laisser commettre des dégâts préjudiciables à la cause, pour se défendre aussi, le cas échéant et défendre les manifestants contre les incursions diverses et variées.  Genève n'est plus un village, depuis quelques temps déjà. Il est inadmissible de laisser la violence s'exprimer sans contrôle. Et pour les commerçants ou les simples badauds subissant des dégats suite à une manif, il est légitime d'obtenir réparation. Quitte à ce que les organisateurs concluent des assurances spéciales...

 

09/03/2012

Les problèmes du Logement en powerpoint

Je publie régulièrement dans ce blog des analyses fouillées de la situation du logement, de l’emploi et des transports dans la région, qui me valent entre 3 et 4000 lecteurs par mois. Cela fait 35 ans que je suis ces thèmes en tant que journaliste et deux ans que j’y consacre l’essentiel de mon travail.

Il suffit que je parle du Servette, alors que je ne connais rien au foot pour faire 3000 lecteurs en deux jours seulement.

J’en conclus que

a) Les journalistes de foot ont la vie facile

b) Genève est beaucoup moins dans la mouise qu’on le dit, si les Genevois s’intéressent dix fois plus à un club de foot qu’aux problèmes essentiels de leur agglomération

c) Je ne dois pas prendre le problème par le bon bout.

J’ai donc décidé de récapituler, en me concentrant sur le logement, crise N° 1 du Genevois, des deux côtés de la frontière, surtout qu’il recoupe les questions de transport, de sécurité et d’emploi. Nous sommes en présence d’une équation comportant un nombre presque infini de variables, contradictoires les unes avec les autres, qu’il s’agit de parvenir à composer. En voici les plus importantes, façon Powerpoint:

1) Sur le territoire de l’agglo FVG, ou Grand-Genève, on pourrait loger 8 fois plus d’habitants.

2) Les habitants du Genevois tiennent à la qualité de leur cadre de vie et aiment la nature.

3) Ils ne veulent pas de voitures partout, sans vouloir payer le prix d’un métro.

4) Les lois existantes sont un frein à la construction, du moins en Suisse.

5) Le meilleur moyen de faire baisser les prix, c’est de construire. Massivement.

6) Les promoteurs immobiliers et l’ASLOCA s’engraissent sur la pénurie.

7) Les classes moyennes, forces vives, sont les dindons de la farce, des deux côtés de la douane.

8) Opposer les derniers arrivés aux voisins ou à ceux d’avant ne construit aucun logement.

9) Les gens d’ici sont rarement sans toit. Ils sont sans toit qui leur convienne, nuance.

10) Les nouvelles constructions doivent se greffer sur le réseau de transports.

11) Sur la planète entière, il y a un lien entre la qualité et le coût d’un logement.

12) Trop de pauvres concentrés en un même lieu, cela s’appelle un ghetto. Ça craint.

13) Trop de riches concentrés en un même lieu, c’est un paradis fiscal. Ça attire.

14) 12 + 13 = insécurité accrue + frais de police démesurés.

15) Le prix d’un logement entre Ambilly et Vandoeuvres, 1 km, peut quintupler.

16) Envoyer les gens habiter de plus en plus loin est une catastrophe écologique.

17) Même si l’on arrête de grandir, les gens continueront longtemps d’affluer dans la région.

18) A force d’obtenir le beurre, la crémière, les œufs et la vache on finit par récolter des marrons

 

Des pistes existent :

A- supprimer la déduction fiscale des trajets domicile-travail

B- Créer une assemblée régionale élue chargée de planifier l’aménagement

C- La doter d’un budget, pris sur les impôts frontaliers.

D- Redéfinir les objectifs du contrat d’agglo de manière plus en prise avec les législations.

E- Déplacer en France des tâches administratives ou hospitalières (EMS notamment)

F- Mieux financer la formation, pour former plus de gens et mieux

G- Initier des rencontres entre jeunes de part et d’autre de la frontière

H- Construire, construire, construire…

08/03/2012

Remettre le logement au milieu de la région

Le maire de Saint-Cergues a décidé de réduire les surfaces disponibles à la construction dans sa commune en les reclassant zone agricole. L’idée c’est de contenir la progression de l’habitat dans la zone frontière et le « mitage du territoire ». Et accessoirement et si possible de contraindre Genève à construire davantage chez elle. Fort bien. C’est au moins une mesure claire, un geste fort qui va dans le bon sens à savoir la planification raisonnable de l’aménagement et la préservation d’un environnement de qualité. Elle aura par contre un effet pervers sur le prix des logements disponibles : si vous restreignez l’offre, forcément, ça fait monter les prix. Les Genevois en savent quelque chose. C’est d’ailleurs une mesure allant à l’inverse de celle annoncée récemment par Sarkozy pour détendre le marché de l’immobilier, à savoir augmenter les droits de construction (pourcentage d’occupation des sols) sur toutes les parcelles constructibles et déjà construites.

Quelque part, en prenant cette mesure, le Maire de Saint-Cergues confirme que le problème est moins le prix de l’habitat dans le Genevois français en tant que tel que le sentiment d’envahissement perçu par les résidents français (y compris les frontaliers d’ailleurs, parfois) devant l’arrivée des Genevois. Sur lequel se greffe la crainte écologiste d’un « mitage du territoire » qui en d’autres lieux s’appelle tout simplement « urbanisation ». Fondamentalement, cette crainte n’est pas différente de celle qui, de l’autre côté s’exprime à l’encontre des frontaliers « voleurs de travail » et elle est d’abord le fruit de préjugés. Des deux côtés, quoiqu'on s'en défende. Préjugés à l’égard du nouveau voisin Suisse et de sa grosse voiture, préjugé du-dit nouveau voisin urbain à l’égard du « frouze » un peu paysan qui était pourtant là avant, préjugé à l’égard du « frontal » qui vient d’être engagé, et préjugé du nouveau frontalier à l’égard de ces suisses pleins de pèze et un peu lents…

Bref, contre la connerie humaine, il n’y a pas de solution miracle. Mais il y en a tout de même de meilleures que d’autres. En matière de logement cela signifie d’abord ne pas oublier les branches de l’équation que sont l’environnement/cadre de vie et le transport. Il faut parvenir à concilier la qualité de notre cadre de vie, à savoir la proximité d’une nature merveilleuse avec l’habitat urbain qui, lui doit se repenser. Il faut arrêter de disperser l’habitat dans des zones villas s’étendant toujours plus loin, qui sont autant de casse-têtes en matière de transport et donc de sources de pollutions. Cela signifie densifier la ville, mais la densifier de manière intelligente et qualitative.

Les gens aiment avoir la nature à côté de chez eux. Il faut la leur offrir. De ce point de vue, certaines réalisations genevoises sont une horreur : avoir supprimé un passage souterrain devant l’hôpital pour y installer une morne pelouse sans âme enchâssée dans le béton n’a aucun sens. Tant qu’à faire, autant créer un vrai parc, arborisé, même petit. Sur ce plan, la France fait souvent pire, mais pas toujours. Le centre d’Annemasse, par exemple est gentiment en train de se muer en un espace convivial et très agréable, rempli de bistrots sympas, de galeries, bref une vraie petite ville. Et les immeubles, souvent plus hauts qu’à Genève y gagnent régulièrement en qualité perçue. Notamment du fait d’une architecture qui privilégie les grandes terrasses et les formes découpées, propices à l’envahissement par des jardins suspendus (qui restent à venir), plutôt que les cubes de verre. Toujours plus jolis que des cubes de béton, notez bien…

En résumé, faire rentrer la campagne en ville, arrêter de construire des ensembles résidentiels inanimés, sans magasin, ni bistrot, ni rien… et surtout densifier autour d’axes de transports en commun rapides et efficaces. Sans pour autant négliger la nécessité de parfaire le réseau routier : les pendulaires doivent se déplacer en transports en commun, en scooter ou à vélo, mais tous les autres usagers, professionnels ou privés, doivent pouvoir circuler commodément.

1000 nouveaux logements à Genève en 2011, c’est très peu. Ceci dit, 3500 sont en construction cette année ! Certains aiment bien voire le verre à moitié vide, lorsqu’il est à moitié plein... Et vice versa ! Ce n’est pas anodin : il y a une manière de voire qui mène au clash tandis que l’autre favorise la concertation. Claude Deffaugt, candidat de centre droite dans la circonscription d’Annemasse Saint-Julien, et un chaud partisan de a deuxième option. Il présentait mardi soir à Annemasse ses outils de campagne . Le fait d’être double-national et parfaitement au courant des us et coutumes de part et d’autres est un atout essentiel dans les négociations futures.

Fondamentalement l’attitude d’un Vielliard sur le logement n’est pas différente de celle d’un Barth ou même d’un Vert  genevois: Tous veulent protéger la qualité de vie de leurs électeurs contre l’envahisseur. L’envahisseur étant perçu, par facilité de l’esprit, comme celui qui vient de l’autre côté de la frontière. Ce qui est largement faux. D’abord la première cause de la demande de logements, c’est la natalité et les divorces. Quant à l’immigration, il n’est pas question ici de faire du régionalisme mais simplement de dire les choses comme elles sont. 10 % des nouveaux arrivants dans la région arrivent mandatés par une multinationale. 90% débarquent ou ont débarqué de leur propre chef, à la recherche d’une vie meilleure. C’est vrai des résidents genevois qui sont pour une part non négligeable d’entre eux des immigrants d’assez fraîche date. C’est vrai aussi pour le Genevois français où tentent de s’installer chaque jour des français venus des quatre coins de l’Hexagone, attirés par le miracle économique suisse… et le dynamisme de la région.

Cela les populistes de part et d’autre de la frontière omettent systématiquement de le mentionner. Parce qu’électoralement, cela rapporte beaucoup moins que d’incriminer le voisin, le richard helvète ou le frontalier en diesel. Ce flux ne s’interrompra pas tant que la région sera perçue comme un eldorado. Le problème du logement en France est d’abord un problème français, de même que le problème du chômage en Suisse est un problème suisse. Par contre, on peut chercher à les résoudre ensemble, d’un commun accord. C’était déjà l’idée du contrat d’agglomération, mais les réponses choisies n’étaient peut-être pas les bonnes. En tout cas, elles n’ont jusqu’à présent réussi qu’à augmenter les tensions. Peut-être serait-il temps de reprendre les problèmes à la base ? En définissant un cadre de réflexion qui soit commun, public et concerté. Cela peut-être une assemblée d’élus ou une assemblée d’experts. Ou les deux. Mais qui puissent réfléchir ensemble à l’avenir commun, sans tabou ni présupposé.

04/03/2012

Servette, le foot, la région et les Grecs

Les mésaventures à répétition du Servette sont le parfait exemple de la nécessité, pour Genève de commencer à se considérer enfin, pour de bon, dans son espace régional. C’est juste une question d’échelle : même avec une petite poignée de banquiers milliardaires, pas forcément amateurs de foot et rarement très généreux (sinon ils ne seraient pas milliardaires), la cité échoue à assumer les coûts d’un club de haut-niveau, en plus du hockey. Si le sport-spectacle est un business, c’est parce qu’il repose sur de larges publics. Il faut donc de larges bassins de population pour remplir les stades, acheter les gadgets du club, etc…

A moins bien sûr d’y substituer l’argent du contribuable, ce qu’un certain purisme idéologique socialiste rechigne à faire. Comme si le sport amateur, gentil, pouvait aujourd’hui être isolé intégralement du sport-business, méchant. Perso, je n’aime pas le foot et pas trop le sport professionnel, mais il faut être lucide : si les sports motivent les jeunes, c’est aussi pour les rêves de succès – matériel et populaire - qu’ils portent en eux. Et on ne peut pas tuer le rêve.

Dans notre cas, le large bassin de population existe : l’agglo franco-valdo-genevoise fait 900 000 habitants. Sauf qu’elle est coupée en deux par une frontière. Celle-ci, quoi qu’en dise les grincheux du MCG, n’est pas opérante en matière culturelle : Paléo, le Grand Théâtre, la Bâtie, les fêtes de Genève, les nombreux festivals de cinéma profitent largement de la clientèle régionale, qui se déplace en masse pour les évènements majeurs. Daniel Rosselat, boss de Paléo et syndic de Nyon, évalue à 25 ou 30% la part de sa clientèle d’origine frontalière. Un quart du chiffre d’affaires, c’est essentiel à la survie de tels évènements.

En matière sportive, au contraire, les ligues sont nationales. Du coup, l’agglo se retrouve avec deux clubs de haut niveau, Servette et l’ETG, jouant chacun dans un championnat séparé. L’ETG, Evian-Thonon-Gaillard, anciennement Croix-de-Savoie, club de l’agglomération annemassienne marchait si bien, qu’il fut remarqué par le grand patron de Danone, Franck Riboud. Ancien étudiant à Lausanne, celui-ci domine le marché mondial de l’eau minérale et de l’agro-alimentaire depuis son fief d’Evian. Pile en face de son grand rival Nestlé. Très amateur de foot, grand copain de Zidane, l’un des mieux payés des patrons français, héritier d’une famille d’industriels verriers picards (BSN), il est membre du Conseil d’administration de Rolex, dans le quartier de la Praille.

Riboud ayant fourni à l’ETG les moyens de grimper au plus haut niveau du championnat de France, le club se retrouvait sans stade à la mesure de ses ambitions. L’idée fut avancée de faire jouer l’ETG à la Praille, en partageant la pelouse avec le Servette, qui commençait juste à se remettre de sa première faillite. Les rencontres du championnat de France auraient drainé à Genève un public frontalier considérable, mais aussi probablement les Genevois. Ce qui aurait rempli les caisses du stade. Et les frontaliers auraient pu commencer à prendre le chemin du stade aussi pour des matchs du Servette. Surtout, il aurait pu y avoir mise en commun de certaines ressources, y compris au niveau de la formation des jeunes, donc des économies d’échelles… Bref c’était gagnant-gagnant.

Dans certains sports, loin des projecteurs comme le foot américain en Europe, par exemple, c’est possible. Vu le grand nombre de citoyens US dans la région, les clubs lémaniques, romands et savoyards collectionnent les places d’honneur dans leurs championnats respectifs. Mais si la 1ère équipe de Thonon a été 9 fois championne de France, la 2ème équipe joue dans la ligue romande! J’en profite pour saluer ici un nouveau blogueur, le maire de Saint-Cergues, dont l’équipe de foot américain fait office de club d’Annemasse et se retrouve 2ème de sa poule (le quart sud-est de la France) en junior derrière… l’équipe 1 de Thonon.

Ce genre de choses est donc possible et fonctionne très bien. Tout était en place à la Praille. Les permis de séjour avaient été demandés et obtenus. Mark Muller était chaud bouillant, mais à l’UEFA, Platini a décidé que c’était une mauvaise idée de mélanger ainsi deux championnats nationaux, et ils ont promis l’exclusion des clubs si l’opération se faisait. Echec donc et départ de l’ETG à… Annecy. Ce qui n’arrange pas forcément les supporters, obligés de se déplacer plus loin.

En même temps que l’affaire du Servette, on découvre le récent dossier de la Weltwoche, qui a le mérite de recentrer le débat politique sur un point essentiel : les finances. Entre 1475 (Bataille e Morat) et 1815 (Congrès de Vienne), Genève a mis 340 ans à adhérer à la Confédération. Son problème, en tant que ville Etat, était de parvenir à assurer à la fois son autonomie et sa sécurité, sans que cela lui coûte un bras… Elle a pour se faire louvoyé entre les Suisses et la Savoie, puis entre la France et la Savoie, tout en restant alliée des suisses, eux-mêmes liés à la France par un pacte depuis Marignan en 1515. Cela c’est toujours traduit par des échanges financiers, Genève restant une ville particulièrement riche à l’échelle européenne, durant toute son histoire, en dehors de quelques exemples de récession brutale. Elle payait tribut à Berne, prêtait à la couronne de France…

Côté Suisse, on s’est toujours défié d’une Genève trop puissante et chaque fois qu’il a été question d’intégrer le Genevois français, le Chablais et le Faucigny, la diète bernoise a refusé, de même d’ailleurs que les patriciens genevois, pour des raisons similaires : la peur d’un afflux de paysans pauvres et catholiques, de plus francophones en ce qui concerne Berne. Vision étriquée, à laquelle s’était violemment opposé James Fazy en son temps. Elle prive en effet la ville de son arrière-pays et réduit son poids spécifique dans les négociations confédérales.

Il ne s’agit pas ici de faire de l’anti-helvétisme ou de l’anti-alémanisme. Point du tout. Mais pour consolider des relations harmonieuses et équitables, il faut aller au fond des choses. En l’occurrence, clairement, Genève continue de payer tribut à la Confédération. Directement, à travers la péréquation intercantonale et l’IFD, et indirectement, à travers la contribution que verse également Vaud, qui dépend en grande partie de la bonne santé de l’économie genevoise. A noter que lorsque les clefs de répartition actuelles ont été négociées, Mme Calmy-Rey étaient aux Finances genevoises et bridait une place au CF qu’elle a d’ailleurs obtenue. Mme Calmy-Rey qui était valaisanne avant que d’être genevoise et qui de l‘avis général a très mal mené les négociations.

Car si le principe de l’impôt est incontournable dans toute collectivité, il n’est pas normal de devoir emprunter pour le payer. Si c’est le cas, c’est probablement qu’il est trop élevé. Ou que l’on est trop dépensier. Ou les deux. Dans le cas de Genève, il semble que ce soit les deux. Car Genève est bel et bien endettée, et de manière considérable. Il est un peu facile pour la Confédération de prétendre ne pas l’être lorsqu’elle se défausse sur les cantons, qui eux le sont. Dans le cas de Genève (et de Vaud, Neuchâtel, du Tessin et des cantons frontaliers en général), le problème vient de ce que la péréquation intercantonale est basée sur le revenu per capita. Par tête de pipe. Sauf que dans le dénombrement des têtes de pipe, on ne tient pas compte des frontaliers qui pourtant contribuent au revenu. Du coup, les cantons frontaliers sont forcément plus riches par tête que les autres et doivent payer plus.

Dans le cas de Genève, c’est énorme, en centaines de millions par année, car nous avons beaucoup de frontaliers, qui nous paient plus d’impôts qu’ailleurs. Lorsqu’on y ajoute le fait que les Vaudois travaillant à Genève ne nous paient aucun impôt, on comprend bien pourquoi la florissante économie genevoise est aussi endettée. Et pourquoi, faire machine arrière, ou même du sur-place dans la course à la croissance serait suicidaire tant que l’on n’a pas réglé ce problème des très (trop ?) fortes contributions à la Confédération.

Pour l’économie, tourner avec une telle masse salariale, qu’elle soit résidente ou frontalière, entraîne des coûts d’infrastructure. Si Genève se défausse en bonne partie sur la France (en matière de formation, d’entretien de la voirie des communes de résidence etc…) tout en y contribuant avec les fond frontaliers, elle doit faire face aussi à ces coûts directs, en matière d’infrastructures de transport, notamment. C’est pourquoi Berne, consciente du problème, accepte de verser une centaine de millions par année au projet d’agglomération pour ces mêmes transports.

Grosso modo, on peut considérer que les frontaliers (et donc la France) paient pour les cantons de Suisse primitive. D’un autre côté, l’Etat français récupère directement, par la tva, le cinquième de la valeur de tout ce que l’économie genevoise consomme en France, ce qui est loin d’être négligeable, entre les dépenses courantes des frontaliers et les commissions du week-end des Genevois résidents. Dans la réalité économique des faits, l’imbrication est aussi évidente qu’inextricable. Quels sont exactement ces flux financiers, il serait intéressant de les connaître. Si l’observatoire transfrontalier possède ces chiffres, il serait opportun de les publier, afin de savoir de quoi on parle. Mais tôt ou tard, la région ne pourra pas faire l’économie d’une assemblée démocratique disposant d’un budget, qui soit à même de discuter avec Berne et Lyon ou Paris, et qui puisse planifier l’aménagement de la région d’un commun accord.