02/04/2012

Je n'ai rien à cacher sous le tapis, moi...

On me transmet, ici, l’amusant billet d’un député du MCG à mon égard.  Le sujet (ma petite personne) recoupant à bien des égards l’actualité, j’ai décidé d’y répondre, contrairement à d’autres qui espèrent voir les poussières regagner toutes seules l’abri du tapis...

 

Cela fait 22 ans que je suis indépendant, conseil en communications et Président d’une association qui produit des films vantant les relations intercommunautaires. Nous en avons réalisés une quarantaine, tournés un peut partout dans le monde et diffusés en télévision principalement par la TSR mais aussi par d’autres chaînes dans le monde entier. Tous des documentaires, à l’exception d’une fiction, Ashakara, dont j’avais écrit le scénario, qui est sorti en salles dans une quinzaine de pays sans le monde (dont les Etats-Unis, le Canada, la Suisse, la France, et la Belgique les autres étant en Afrique) et a été diffusée par une quarantaine de chaînes dans le monde, dont la France, la Suisse – 7 fois – la Belgique, les Etats-Unis, la Chine (chaîne locale de Beijin, 80 millions de spectateurs),  etc…

Le thème central d’Ashakara (qui a connu un énorme succès en Afrique du Sud comme ailleurs en Afrique) a dit-on poussé aux négociations ayant amené la conférence  de  Durban  à admettre des dérogations à la propriété intellectuelle pour le traitement du SIDA dans les pays pauvres.

Je ne crois pas qu’aucun des films réalisés par Rappaz soit jamais sorti en salles…

 

J'ai effectivement du quitter la TSR suite à un différent politique avec Claude Torracinta qui était venu me chercher alors que j'officiais au Téléjournal pour réaliser un Temps Présent sur le problème des transports à Genève. Le patron du TJ d'alors, Gaston Nicole (rival notoire de Torracinta), qui m’avait engagé deux ans auparavant, ne voulait pas me laisser partir et considérait mon départ comme une trahison. Il m'a clairement dit que si je partais, il devrait me remplacer et que ma place serait prise. J'ai malgré tout pris le risque d'aller aux magazines, plutôt que de continuer à assumer la co-rédaction en chef du Journal Romand . Mon Temps Présent a fait le meilleur score de l'année. Sauf que politiquement, il n'allait pas dans le sens souhaité par Torracinta, qui voulait un film très anti-bagnoles pour appuyer une motion de sa femme, députée au Grand-Conseil, qui s’opposait à la construction de la tranchée couverte du Lancy…

Hors, j’ai fait un film expliquant que les bagnoles étaient nuisibles en ville, mais qu’il fallait d’abord installer des transports publics performants avant de les enlever et que cela ne pouvait pas être l’un contre l’autre, mais en complémentarité. Et que multiplier les bouchons n’était pas la bonne solution.

En plus j’ai raconté l’anecdote à un copain député écolo, qui l’a raconté à un autre député écolo (les deux étant devenu depuis Conseillers d’Etat) sur les bancs du Grand Conseil… sans s’apercevoir dans un premier temps que Mme Torracinta était derrière eux et écoutait. Je ne parle pas de l’actuelle candidate socialiste mais de son père et de sa mère… Là-dessus, Torracinta père pique une grosse colère et me dit que je ne travaillerai plus jamais aux magazines et plus non plus à la télévision, car il avait fait son enquête (l’une de ses spécialités, on disait qu'il avait des fiches sur tout le monde dans ses tiroirs et était surnommé Kadhaffi déjà à l’époque, il y a 22 ans…) et s’était aperçu que je n’avais jamais été homologué.

J’ignorais même ce qu’était l’homologation.  En fait une procédure d’examen tombée alors en désuétude, qui ne s’était plus déroulée pour les journalistes depuis au moins 2 ans que j’étais à la télé. Avec des fonctions de réd en chef donc...

Là-dessus, mes collègues font une pétition signée par une cinquantaine de journalistes du TJ et des magazines et le groupement professionnel obtient que je sois testé aux sports, puisque Gaston m’avait aimablement répondu « je t’avais prévenu ! »

Je passe donc ma procédure d’homologation  en tant que journaliste sportif, au grand dam de Torracinta et c’est là qu’intervient Rappaz, qui était alors régisseur du TJ, avant de se faire virer pour avoir manqué de respect à l’égard de Catherine Wahli en pleine émission. Je le connaissais comme un type ayant des projets de cinéma, comme moi, et nous en avions parlé  une ou deux fois à la caf, sans plus.

Je devais présenter les sports à la fin du TJ et j’étais en train de commenter une descente de Pirmin Zurbriggen. J’avais prévu de « laisser parler l’image » durant une dizaine de secondes, à savoir de laisser les gens admirer le style du champion,  après avoir résumé l’essentiel. C’était annoncé comme tel sur la feuille de route dont Rappaz avait la copie en régie. Et là, surprise surprise, il enlève l’image de Pirmin et sélectionne la caméra sur moi alors que je n’avais rien à dire et qu'il le savait. Silence, gouttes de sueur qui perlent sur mon front, 4 ou 5 secondes de silence stressé en gros plan en direct, c’est interminable…

Exit ma carrière à la TSR. Je me suis longtemps demandé pourquoi Rappaz m'avait fait cela. On m’avait dit à l’époque qu’il était juste déjanté. J’ai compris bien après qu’il n’aimait pas les frontaliers, ce que j’étais alors, le premier journaliste de la TSR à n’avoir qu’un passeport français, n’étant pas encore naturalisé, bien qu’ayant passé mon enfance à Neuchâtel. Pour le reste je ne me souviens pas qu’il m’ait jamais traité de « piètre journaliste ». Je m’en souviendrais, car venant d’un régisseur à un journaliste, dans la hiérarchie de la Tour, ce serait un cas d’insubordination caractérisée. Comme si l’infirmière en salle d’op disait au chirurgien qu’il est un piètre médecin.

 

Sur l’immaturité de mes lecteurs comparée à celle de ceux de « Sir HENRY », je préfère ne pas me prononcer. Je risquerais d’éclater de rire.

 

Si mes simple mots ont fait l’effet d’un tir nourri sur la candidature de Stauffer, j’en suis ravi. Je n’ai nulle haine contre le personnage en tant qu’individu lambda. Je n’ai simplement pas envie que mon canton se couvre de ridicule en l’élisant aux plus hautes responsabilités de la République. Et j’utilise les armes à ma disposition : mes mots et mon clavier.

 

Le seul point où je suis d’accord avec Rappaz, c’est que j’ai effectivement passé beaucoup trop de temps sur ce blog ces derniers jours, alors que j’ai des échéances professionnelles importantes. Le MCG peut donc respirer tranquille. Le sentiment de mon devoir accompli,  je m’en retourne à des activités plus lucratives.

Commentaires

Cher Philippe,

Si, selon Rappaz, je suis un lecteur immature parce que j'apprécie beaucoup votre blog ainsi que vos billets, alors j'en suis fier...

Écrit par : JMC | 02/04/2012

la scène politique n'est pas une cour de récréation où l'on compte les gnons les boutons de culotte perdus..
Si je décide de voter pour un candidat ce n'est pas uniquement en fonction de son passé " parlons par exemple de celui du jeune Ch. Grobet " mais un peu aussi en fonction de son projet politique, de ses réseaux dans le domaine social, à même de donner corps à ambition , vous vous attardez à des épiphénomènes concernant tel ou tel député inexistant, au dépend du lourd , à savoir des enjeux, des intentions qui permettent différencier un candidat d'un autre, vous finirez par singer Geneva'show on Leman blue

Écrit par : briand | 02/04/2012

Le canton est déjà ridicule sans Stauffer. Avec lui au CE le bouc émissaire serait tout trouvé.

Écrit par : norbert maendly | 02/04/2012

Briand, je note que dès que l'on égratigne la gauche, vous semblez changer d'optique. Pour ma part, je n'ai rien contre Mme Torracinta fille, dont j'ignore totalement le travail au Grand Conseil, et plus encore au DIP. J'en ai certes après son paternel, mais n'ait pas pour habitude d'inputer à César ce qui revient à son père... C'est donc uniquement sur sa ligne politique ou plutôt celle de son parti que je la jugerai, vu qu'au plan personnel, il n'est qu'un seul candidat qui m'inspire une défiance (forte) à priori...
Bref, je préfère Maudet, puis Seydoux, mais il n'a aucune chance et ensuite le Pirate, qui n'en a pas davantage, puis Mme Torracinta. Et enfin le candidat du MCG, qui pour moi n'en est pas un. Le fait que Mme Torracinta soit enseignante d'histoire parle à priori pour elle, l'histoire ayant été ma matière favorite durant toute ma scolarité. En plus, si ça se trouve, elle est dans la commission de profs (ou elle connait les profs) chargés en ce moment même d'évaluer la qualité de mon film sur l'histoire de Genève pour le DIP...:-)
Mais bon, le socialisme n'est pas/plus ma tasse de thé, même si je respecte leur travail et préfère clairement travailler avec eux plutôt qu'avec la droite extrême. J'espère juste qu'ils aient à mon égard la même objectivité que celle que j'essaie de maintenir à leur égard.

Écrit par : Philippe Souaille | 03/04/2012

Rappaz a sauf erreur réalisé au moins un film sorti en salles (et sorti des salles quelques jours plus tard). Un truc qui, si je me souviens bien, s'appelait "l'aube ne s'est pas encore levée" et dont personne ne s'est d'ailleurs relevé. A la fin, toujours si je souviens bien, les deux héros se suicidaient en se couchant sur le buse de sortie du jet d'eau juste avant l'ouverture des vannes... une sorte de prémonition de la campagne électorale de Gominator...

Écrit par : Pascal Holenweg | 03/04/2012

Eh bien...On apprend que la TSR c'était pas encore la Gestapo ou la Stasi...mais presque. Triste réalité où l'on espère que les journalistes sont des humanistes et non pas des petits dictateurs en puissance... La force des journalistes comme Torracinta (excellent dans son job)c'est de fouiller dans la vie des autres mais de ne jamais oser affronter leur propres fouilles historiques pas toujours joli joli. Certes, ils tomberaient alors de leur piédestal et adieu veaux, vaches, cochons télévisuels.

Bonne journée, Philippe. Merci de ce billet assez instructif sur le comportement humain des journalistes qui sont des personnages comme tout le monde et non des stars extraordinaires...plus libres et plus démocratiques que le commun des mortels.

Écrit par : pachakmac | 03/04/2012

Cher Monsieur Souaille,

J'ai été très marquée par votre note concernant les fiches de M. Torracinta.

Je sais qu'il arrive à chacun d'exprimer des choses plus ou moins vraies.

Je vous prie de répondre à la question suivante : est-ce vrai que Claude Torracinta tenait des fiches sur les employés de la TSR?

Si c'est vrai, je serai terriblement déçue, car j'ai beaucoup d'estime pour le journaliste. Si c'est faux, n'en parlons plus et passons à autre chose.

Écrit par : Bouget | 03/04/2012

Mme Bouget, vous mettez le doigt sur un détail important, qui est effectivement la seule chose que je ne puis affirmer comme vraie dans toute cette histoire. J'aurais du écrire "on racontait à la TSR qu'il tenait des fiches dans l'un des tiroirs à classeur vertical de son bureau", mais je ne les ai jamais vues et cela peut-être une légende, même si c'est un outil de gestion assez classique pour qui veut tenir une grande maison. Et pour un journaliste qui a intérêt à archiver ses données s'il ne veut pas que la mémoire lui fasse défaut... La vraie question serait plutôt de savoir ce qu'il y avait sur ces fiches éventuelles et là je n'en ai pas la moindre idée.
Mea culpa donc et mes excuses à Claude Torracinta sur ce point, le reste me paraissant d'ailleurs infiniment plus grave. Je corrige le texte.

Écrit par : Philippe Souaille | 03/04/2012

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