25/04/2012

Droite, gauche, Serono, finances, capitalisme et si on parlait vrai ?

A Genève aussi, il devient urgent d’arrêter la guerre de tranchées GAUCHE vs DROITE pour commencer à examiner problèmes et solutions de la manière la plus objective possible. Mme Salerno a dit une grosse bêtise en relativisant le sort des cols blancs, et une encore plus grosse, quelques mois plus tôt en affirmant souhaiter la décroissance du nombre de multinationales à Genève. Mais elle avait parfaitement raison de relever que M. Bertarelli a vendu sa société au bon moment. Elle aurait pu ajouter que si la finance est nécessaire, elle ne saurait, comme la liberté, s’exercer sans entraves.

Edouard Gobbits n’a pas complètement tort lorsqu’il évoque la finance de casino qui a permis à Ernesto Bertarelli de vendre Serono au prix fort. Le fiston avait plus envie de profiter de son argent en le gérant en financier que de s’éreinter à le gagner comme industriel. Et comme il savait y faire, Harvard oblige, il a fait. Dans la foulée, il est parvenu à négocier un gros dégrèvement fiscal de ses gains dans le Canton de Vaud, expliquant simplement à Pascal Broulis que c’était à prendre ou à laisser, Londres, le pays de son épouse, lui assurant la défiscalisation complète en cas de déménagement…

Cependant les tuyaux de la recherche n’étaient pas complètement vides au moment de la vente. Ils étaient en réalité gros d’un hénaurme échec. Les traitements de l’infertilité ronronnaient. Le Rebif, contre la sclérose en plaques, principale source de profits, arrivait doucement en fin de course et son utilisation de manière peu orthodoxe lui avait valu une amende de près d’un milliard aux Etats-Unis. Le Raptiva, contre le psoriasis, était destiné à le remplacer, développé en partenariat avec Genentech. Si la sclérose en plaques est une maladie grave, mais rare, le psoriasis est une affection de la peau plus ou moins légèrement invalidante, mais très fréquente. 2% de la population mondiale en souffrent et c’est actuellement inguérissable. Les traitements permettent uniquement d’effacer plus ou moins durablement les symptômes. Mais dans les cas sérieux, il faut traiter régulièrement et à vie.

Coût du traitement au Raptiva : plusieurs milliers de Francs par an. Sur une maladie affectant plus de 100 millions de personnes, ça fait rêver… On parle là de dizaines de milliards de chiffre d’affaires annuel potentiel… Premier produit dans son genre, le Raptiva réduisait les défenses immunitaires (les lymphocytes T4) qui dans le cas du psoriasis attaquent l’épiderme considéré à tort comme cancéreux. L’idée était bonne et le médicament a été mis sur le marché en 2004-2005, mais son efficacité était variable. L’arrêt du traitement, notamment pouvait être catastrophique, déclenchant des poussées psoriasiques d’une violence inégalée. J’en fus personnellement le sujet et du recevoir un traitement hospitalier pour y faire face. Je n’étais pas le seul.

D’autres traitements, du même ordre, mais plus récents, plus pointus et plus efficaces commençaient à être testés par des concurrents de Serono. On en était là en 2006, quand Merck a racheté l’entreprise et ses produits. Les dermatologues savaient déjà que le Raptiva était sujet à caution, de même que les malades qui en avaient souffert, mais apparemment pas les analystes financiers, ni les patrons de Merck. Là-dessus, en 2009, le Raptiva doit carrément être retiré de la vente, mondialement, après trois cas de méningite mortelle consécutives à son administration régulière… A noter que si la genevoise Serono fut vendu à l'allemande Merck 16 milliards de Francs, Genentech, le partenaire étasunien de Serono dans l'aventure Raptiva fut vendue à la bâloise Roche en 2009 pour 43 milliards de dollars. D'aucuns on parlé de bulle spculative des biotechs...

A première vue, avec cette affaire Merck-Serono, on est dans un cas classique de vente habile, mais parfaitement légale suivie d’un accident industriel. Plus intéressant est le fond de l’affaire, à savoir les coûts énormes de développement requis aujourd’hui pour mettre au point et surtout tester pour homologation ces molécules biologiques. Le traitement du psoriasis par un des concurrents du Raptiva qui vient d’être mis sur le marché après des années de test coûte 24 000 Francs par an. A vie donc. Ce sont bien évidemment les caisses maladies qui paient, donc nous tous.

De tels coûts sont-ils justifiés dans le cas de simples maladies de peau ressemblant en gros à un sérieux eczéma ? Où s’arrêtera-t-on ?

Pour les entrepreneurs – et les capitalistes qui les financent – qui se lancent dans cette exploration, il faut compter des centaines de millions de coût de développement puis d’homologation par produit, en sachant au départ, que vous avez de gros risques que votre produit finisse à la poubelle. Ou même que vous soyez contraint à payer de gros dédommagements à d’éventuelles victimes…

Les PME n’ont clairement pas les reins assez solides pour jouer à ce genre de loteries, puisque même les multinationales ne sont pas certaines de les avoir…

Est-il prudent d’aiguiller Genève dans cette direction des biotechs qui ressemble à une quête de l’eldorado, avec le cortège d’Aguire et d’échecs potentiels que cela représente ? En même temps, les capitaux sont encore là… et l’on peut souhaiter qu’ils y restent, précisément parce que Genève est un carrefour, une plate-formes d’échanges entre capitaux et capital-risqueurs.

Si l’on chasse, ou qu’on laisse partir les multinationales, par quoi les remplacer ? Les PME, c’est bien joli, tout le monde est d’accord, mais à part des PME de services, qui doivent trouver sur place des clients à servir (donc potentiellement des multinationales), quel type de production concurrentielle des PME pourraient-elles bien assurer à Genève aujourd’hui, avec les conditions salariales quasiment les plus élevées du monde ??? Alors que nous n’avons que la matière grise comme matière première et pas forcément plus qu’ailleurs ? Rêver d’une économie pleine de PME payant des impôts, c’est bien joli, encore faut-il qu’elles soient capables d’en payer…

 

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Commentaires

Parler vrai et arrêter les simplifications abusives et les raccourcis douteux, cela devient nécessaire partout. En Suisse comme en France. Sarkozy va perdre le 6 mai parce que son rapprochement de l’extrême-droite nationaliste fait peur et qu’il prend les Français pour des idiots en tentant de leur faire peur avec pour unique leitmotiv : « Non au Président chamallow ». Un slogant qu'aucun fait concret ne corrobore, alors que les Français ont eu tout loisir de constater ce que donnait un « Président girouette ».

Pour autant, il est vital qu’aux législatives, les députés de droite et du centre soient élus le plus nombreux possible. Et si possible plutôt du centre. Pour contraindre le pouvoir à s’exercer de manière lucide et réaliste . L’heure est grave et les pays d’Europe n’ont plus droit à l’erreur.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2012

l'Eldorado prêt de chez soi ou plutôt de chez moi en fait dans moi, mon ADN mes gènes qui ne demandent qu'à être séquencés , dans le but de me prédire avec quelle nouvelle molécule qui ne fonctionne bien que sur moi, j'éviterai de devenir Mister Gaga , ou que le crabe qui n'a d'yeux que pour ma prostate s'en ira voir ailleurs si j'y suis.
C'est dans cette perspective que des centaines de têtes chercheuses s'agitent dans un temps que le monde de la finance fixe et au-delà duquel si pas de succès pas de nouveautés , un tilt irrémédiable tombe qui ne donne pas une nouvelle partie gratuite.
Je suis en bonne santé , et bien changeons les règles , en fait je suis pro- pré diabétique , avec un début hypercholestérolémie, associée à une tension artérielle en phase de devenir très légèrement au-dessus des valeurs jusqu'alors admises.. etc etc. Cette marchandisation du vivant est en effet une terra incognita beaucoup de jeunes formés dans les Unis de Genève et de Lausanne découvrent dramatiquement aujourd’hui que la nature comme la finance est aussi une jungle

Écrit par : briand | 25/04/2012

"Plus intéressant est le fond de l’affaire, à savoir les coûts énormes de développement requis aujourd’hui pour mettre au point et surtout tester pour homologation ces molécules biologiques."
Genève abrite la section de MSF la plus active et la plus virulente pour se battre contre la propriété intellectuelle des brevets des médicaments pour pouvoir les distribuer gratuitement dans le tiers-monde. Comme c'est beau !
Juste un détail : les principaux producteurs de ces médicaments sans recherche-développement (1 milliard CHF par molécule, minimum), donc volés aux méchants pharmas occidentaux, ce sont les Indiens. MSF Suisse est maintenant dirigée par un Indien.
Question : qui croit que c'est un hasard ?

Écrit par : Géo | 25/04/2012

Géo, il se trouve que c'est un domaine que je connais mieux que bien, puisque c'est le thème de mon premier film (et ma seule fiction à ce jour) Ashakara, qui fit oeuvre de précurseur dans ce domaine dix ans avant les accords de Durban. Il est vrai qu'à l'époque on ne parlait pas de biotechs. Et je ne crois pas qu'il y existe déjà des médicaments génériques pour des médicaments génétiques ? On ne parle pas ici de molécules chimiques, mais de médicaments d'une certaine manière vivant. Biologiques en tout cas. Hors si le traitement coûte 24 000 Francs/ an pour 4 injections à 6000 Francs pièces, c'est moins à cause de la R&D que du coût de fabrication du médicament lui-même. Qui devrait donc être moins élevé pour un générique, mais pas tant que ça.
Sur le fond, ceci dit, je suis un chaud partisan des génériques. La santé humaine doit primer sur les considérations financières, du moins tant que l'on ne sombre pas dans l'irréalisme au point où l'on est prêt à payer annuellement, pour une maladie de peau, l'équivalent du revenu social minimal annuel à Genève ou encore de quoi nourrir une famille africaine (ou indienne) de 4 personnes pendant deux siècles...

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2012

"l'équivalent du revenu social minimal annuel à Genève ou encore de quoi nourrir une famille africaine (ou indienne) de 4 personnes pendant deux siècles..."

La fameuse redistribution, donc...

Écrit par : Johann | 25/04/2012

Je souris (sans rire forcément)...Derrière tant de remontrances digne d'un vieux réac de 68, votre esprit garde toujours la lucidité, lucidité qui fait tant défaut aux politiciens actuels de votre bord. M. Souaille, je ne vous dirai donc pas mon dicton favori vous concernant aujourd'hui, la place aux jeunes attendra un autre jour!

Meilleures salutations. Robert Pahud.

Écrit par : Bob Pahud | 25/04/2012

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