02/05/2012

Sur 10 ans, le corps électoral français est étonnamment stable C’est juste que l’effet tornade Sarkozy a cessé d’agir.

1) Malgré la crise, il n’y a aucune progression du vote Front National, au contraire : en 2002, Le Pen père et Mégret (dissident « de droite ») du FN avaient fait ensemble au 1er tour plus de 18,2 % des voix, contre 17,9% à Marine… Si l’on y ajoute une partie des 4,2% de voix de Chasse, pêche nature et traditions, on s’aperçoit que le vote d’extrême-droite a en réalité baissé.

2) Même le fait que les jeunes constituent une partie de l’électorat FN n’a rien de nouveau. Depuis 68, Occident et le GUD, une part non négligeable de la jeunesse française entre en politique en commençant par s’engager à l’extrême-droite (ou à l’extrême-gauche). Pour l’extrême-droite on peut citer Madelin, Devedjian, Longuet, Schuller, Novelli, Gloasguen, entre autres qui ont ensuite fait des carrières nettement moins extrémistes. Ou encore le très anti-européen conseiller particulier de Sarkozy, Patrick Buisson. Exactement comme une bonne partie des cadres du PS (et parfois de l’UMP) sont issus des groupuscules trotskystes ou maoïstes de 68.

3) Le pourcentage de l’extrême-gauche (gauchistes et communistes) au 1er tour en 2002 frise les 14%. Contre moins de 13% en 2007 pour Mélenchon, LO et le NPA.

4) Aux 16,2 % de Jospin en 2002, il faut ajouter 14,6 % de voix vertes, vertes libérales, radicales de gauche et chevènementistes, soit 30,8 % en tout, à rapprocher des 30,9 de Hollande+Joly.

5) En 2007, Sarkozy a siphonné le vote FN par un discours ultra-droitier dès le 1er tour. Mais il ne l’a pas fait disparaître, d’autant qu’ensuite, affolé par le score canon de Bayrou (plus de 17%) il a officiellement mené une politique d’ouverture à gauche.

6) Chirac fait 19,9 % au 1er tour en 2002, Bayrou, 6,8, auxquels il convient d’ajouter les 5,1 de Madelin et Boutin, plus une partie des voix de Chasse, pêche etc… La droite et le centre font donc ensemble un bon tiers des voix, l’extrême droite frise les 20% et la gauche unie fait 45%.

7) Les résultats du scrutin de 2007 diffèrent de 2002-2012 parce que la gauche et la droite se sont fait peur en 2002, puis en 2005 au référendum sur la constitution européenne. La tornade Sarkozy mord alors largement sur l’électorat d’extrême-droite, ce qui offre un boulevard au centre… et à Bayrou son score historique. Ce qui paradoxalement explose l’ancienne UDF, restée traditionnellement ancrée à droite, au contraire du MODEM, nettement plus volatil.

8) Quelles conclusions en tirer ? La gauche en tant que telle n’est pas majoritaire en France. La droite encore moins. La droite ne le devient que si elle parvient à convaincre à la fois les électeurs d’extrême-droite et du centre, ce qui relève du grand écart. On le voit bien cette fois encore, où la dérive sarkozyste repousse à gauche une partie du centre. Par ailleurs, à l’opposition droite-gauche sur la manière de répartir la richesse s’est rajouté un clivage très fort sur l’Europe et la mondialisation qui divise (ou rassemble) à gauche, comme à droite.

9) L’avenir appartient aux politiques qui sauront rassembler autour d’un centre élargi les forces nombreuses et productives de la majorité silencieuse. Celle qui veut de l’Europe démocratique et de la mondialisation raisonnée, de la répartition sociale et du libéralisme économique, parce qu’il n’y a tout simplement pas d’alternative durable. Bayrou a montré la voie, mais il a échoué. Sans doute parce qu’il n’a pas su montrer les lendemains qui chantent après le présent austère…

10) Sarkozy a fait son temps. Il a mené des réformes, mais la baguette magique est cassée. S’il gagne dimanche, ce sera par les poils et le plus sûr moyen de mettre la France à l’envers sur les cinq années à venir. Parce que pour mener à bien les réformes nécessaires, il serait contraint de passer en force, conte la volonté de la rue, très remontée, sur sa droite comme sur sa gauche. Le Pen ne lui laissera rien passer, Mélenchon non plus.

11) Si au contraire c’est Hollande qui gagne, il lui sera impossible de mener une politique franchement de gauche, ce que d’ailleurs il ne souhaite probablement pas. Abonder dans le sens du Front de Gauche serait le plus sûr moyen de ruiner l’économie et d’installer Le Pen au pouvoir en 2017.

12) Plus l'avance de Hollande sera faible, plus nombreux seront les députés centristes ou de droite modérée élus au Parlement et plus Hollande comprendra qu’il doit mener une politique mesurée. Et habile. C’est tout ce qu’on souhaite à la France. Quant à taxer à 75% les revenus de plus d’un million d’euros par an (1,2 millions de Francs suisses de revenu après abattements, donc !), Françoise Hardy peut se tranquilliser, cela m’étonnerait fort qu’elle gagne encore de telles sommes sur ses droits d’auteur… En revanche, il serait urgent de prévoir des aménagements pour les jeunes stars et autres footballeurs qui gagnent énormément d'argent (et paient donc énormément d'impôts) sur de très courtes périodes et potentiellement beaucoup moins voire plus du tout ensuite. A l'échelle d'une vie, ils n'auront pas forcémment gagné plus qu'un cadre sup ou qu'un médecin, par exemple, mais payé en revanche nettement plus d'impôts. Ce qui est injuste. Un étalement sur 10 ou 20 ans ou le dégrèvement de sommes conséquentes "sanctuarisées" en prévision du futur serait une excellente chose.

Commentaires

Analyse détaillée et argumentée que je salue ! je partage en grande partie votre point de vue. La France est entrée dans une période très délicate de son développement et le futur président (peu importe son nom) n'aura pas trop de choix pour trouver la ligne pertinente (politique et économique) sinon je crains que la rue ne parle et, là, qui contrôlera quoi, nul ne le sait !

Écrit par : uranus2011 | 02/05/2012

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