08/05/2012

Place aux législatives. Mme de Tassigny risque fort de surprendre...

Dans un mois, la France va élire son parlement. Les socialistes espèrent une vague rose pour pouvoir gouverner sans entraves, la droite sarkozienne rêve au contraire d’une cohabitation qui contraindrait Hollande à nommer un premier ministre de droite. Tandis que le F-haine se voit déjà en haut de l’affiche, en position d’arbitre dans de nombreuses triangulaires... Dans lesquelles on peut s'attendre à ce qu'un sursaut républicain fasse mordre la poussière à ses candidats.

Soyons clairs, aucun de ces cas de figure ne peut être profitable pour la France, car ils seraient synonymes d’affrontement des camps perpétué jusqu’à l’infini. Or la France, comme l’Europe et comme la Suisse ont besoin de raison et d’unité pour effectuer les mutations profondes rendues nécessaires par les bouleversements du monde.

La gauche ne doit pas être largement majoritaire, car elle serait tentée de camper sur les acquits sociaux des siècles passés, quand le prolétariat rêvait de la disparition du travail, alors qu’aujourd’hui il se bat pour retrouver un job… Une gauche trop forte serait amenée à éviter les mutations en se contentant d'ouvrir les vannes de la redistribution sans en avoir les moyens financiers. Ce qui serait suicidaire à moyen terme. Heureusement, le risque est faible, si l’on en croit l’état des forces et les sondages qui grosso modo, se révèlent tout de même assez fiables.

L’UMP a tout aussi peu de chances de tirer son épingle du jeu, si elle s’obstine à ne pas entendre le message et à miser partout sur des sortants compromis par un système d’allégeance quasi-féodal. La France a besoin d’idées nouvelles et ce n’est pas l’UMP qui les représente dans l’imaginaire collectif. L’heure des centristes est venue, qu’ils soient de centre-gauche ou de centre-droite. Il est temps d’élire des députés qui sauront juger en leur âme et conscience de l’utilité d’une loi, plutôt qu’en fonction de l’étiquette de celui qui la porte…

Dans le Grand-Genève, qui devrait avoir 5 députés à Paris, plusieurs candidat(e)s répondent à cette définition. Ils et elles ont leurs chances, le PS n’en ayant aucune et les candidats UMP officiels n’étant pas de première force. Etienne Blanc mis à part, qui devrait conserver son siège et c’est heureux, car le député-maire UMP de Divonne est rompu au dialogue - y compris avec les poids lourds de la gauche modérée qui dominent la région - et c'est un connaisseur éclairé des réalités transfrontalières. La gauche aura-t-elle l'intelligence d'appuyer des candidats centristes susceptibles d'apporter leurs voix à des projets raisonnables ou préférera-t-elle jouer le clivage et la division, quitte à ne pas fournir à Hollande les moyens de gouverner ?

Il serait bon d'y réfléchir avant le 2ème tour, et peut-être même avant le premier, car après il sera trop tard. Si l'on prend l'exemple des Français de Suisse, par exemple, trois femmes sont en position d'être au 2ème tour, mais deux d'entre elles seulement peuvent espérer être élues. La candidate PS est assurée d'être au 2ème tour... et de perdre contre n'importe laquelle des candidates de droite ou du centre, sauf si deux d'entre elles se maintenaient - ce qui est peu probable, ces dames ayant parait-il passé un accord de désistement réciproque.

Avec le gros avantage d'être extrêmement bien enracinée dans toute la Suisse romande, depuis des années, contrairement à la candidate de l'UMP qui n'est implantée qu'en Suisse alémanique (soit moins de 10% des électeurs français de Suisse) Mme de Tassigny part avec une longueur d'avance. A défaut de l'onction sarkozyste, Mme de Tassigny reçoit celle de tout le centre à commencer par Borloo et les radicaux, le Nouveau Centre en pleine recomposition et  bien sûr le MODEM. Ce qui fait qu'elle prendra des voix aussi bien parmi les électeurs de Sarkozy que parmi ceux de Hollande. Il est d'ailleurs probable que certains socialistes votent pour elles dès le 1er tour, tant elle a su convaincre, par ses qualités humaines, durant toutes les années passées dans la haute administration de la Ville de Genève, ou comme élue, puis Présidente du Grand Conseil.

Qui mieux qu'elle pourra défendre efficacement, par le dialogue et non par l'affrontement stérile, les intérêts des Français de Suisse, à l'heure où il est question de les surimposer ? Surimposer, oui, car le taux d'imposition ne tiendrait compte que des réalités économiques françaises et non pas des conditions de vie en Suisse, qui sont bien différentes quant aux montants des charges à assumer ! Pour défendre ces postions sur des bases de justice et d'équité sociales, il faut être crédible et ne pas donner l'impression d'être un opposant systématique...

Dans les autres circonscriptions du Grand Genève aussi, des centristes ou des candidats dissidents de l'UMP seront en poisition d'être élus, à Thonon-Evian, Annemasse-Saint-Julien et Bonneville. Nous en ferons le tour, circonscription par circonscription, ces jours prochains.

Commentaires

J'ai été frappé par la justification de Hollande sur sa remise en cause de l'âge de la retraite, car c'est exemplaire du débat gauche-droite.
Notons tout d'abord qu'il n'est pas question pour le nouvel élu de la rabaisser pour tout le monde, mais uniquement pour les gens ayant commencé à travailler entre 18 et 20 ans, au prétexte qu'à 60 ans, ils auront déjà travaillé plus de 40 ans...
C'est un argument que je peux entendre, car en plus le genre de travail que l'on fait sans diplôme ni formation n'est que très rarement follement distrayant. C'est plutôt du genre pénible. Mais en même temps, commencer à travailler plutôt que de faire des études, cela peut être un choix. Comme de glander sur les bancs de l'école plutôt que de s'échiner à décrocher des notes correctes, par exemple.
Il est certain que tous ne son pas égaux devant la scolarité, le milieu culturel, les relations et les pistons, ou le recours éventuel à des écoles privées... Mais à l'inverse parler de pénibilité pour un môme qui commence à bosser à 18 ans comme vendeur dans une grande surface d'électronique comparé à l'étudiant en médecine qui se tape 50 à 60 heures d'études ardues par semaine et ensuite autant d'heures de garde et autres, comme interne, me parait un peu abuser...
Alors bien sûr il y a des métiers que l'on aime faire et d'autres qui sont un pensum quotidien, certains qui sont très bien payés ou prestigieux ou qui vous font voyager et d'autres rien de tout cela... Et puis il y a des cas d'espéce individuels, tous différents. La loi elle se devant d'être la même pour tous et point trop compliquée...
En même temps, le fait est que la population vieillit et qu'elle ne continue d'augmenter en France que grâce à l'immigration, dans un contexte mondial qui grosso modo va rogner sur nos marges de pays surdéveloppé, qu'on le veuille ou non. Il est plus que probable que la réalité se rapelle au bon souvenir de M. Hollande et que d'ici 5 ans, l'âge de la retrait doive encore être repoussé.
Peut-être serait-il judicieux de commencer à réféchir à des fonctions que l'on pourrait attribuer aux jeunes retraités, des fonctions de fonctonnaires, par exemple, pour réouvrir des services là où ils manquent mais ne sont pas rentables... Car augmenter encore l'âge de la retraite dans un système économique qui met à la poubelle les plus de 50 ans, cela tient de la gageure...

Écrit par : Philippe Souaille | 08/05/2012

Si la droite gagnait les législatives, ce serait un séisme et peut-être la fin de la Ve République, mais il est également possible que le régime présidentiel voulu par De Gaulle soit dépassé et impropre à la démocratie. Or, ce régime a été renforcé par l'instauration du quinquennat. Mais c'était prendre un gros risque, car il y aura bien un jour où les députés seront d'une autre couleur que le président, qui alors perdra tout, et on sera dans un régime parlementaire, et le président sera comme le chef de la religion républicaine de la même façon que la reine d'Angleterre est le chef de la religion anglicane: il pourra célébrer Jeanne d'Arc, Guy Mocquêt, les Glières et le reste, ce sera son métier, grand prêtre de la République. Il honorera les chrysanthèmes, et le parlement gouvernera. Est-ce vraiment un mal, on ne sait pas. Ce n'est pas sûr. La France est une anomalie, et le présidentialisme est aussi un centralisme. Il faut qu'avec le président normal la France devienne un pays normal.

Écrit par : Rémi Mogenet | 08/05/2012

Je suis en grande partie d'accord avec votre commentaire, pertinent et réaliste.
Il y a cependant un point que je voudrais rectifier et qui vient directement du rideau de fumée dressé par les politiques concernant la retraite en France parce que les fonds de retraite capitalisés par Jospin jusqu'à l'horizon 2020 ont été dilapidés (et comment vivront ceux qui ont été licenciés à 45 ans et qui ne retrouvent pas de travail?).
Vous dites: "En même temps, le fait est que la population vieillit et qu'elle ne continue d'augmenter en France que grâce à l'immigration": les statistiques de l'INED montrent exactement le contraire: voir les soldes naturel et migratoire de l'Europe sur http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/graphiques_mois/solde_naturel_migratoire/
Ces statistiques prouvent que la France, comme 2 autres pays européens (les seuls!) a une population qui rajeunit: depuis la guerre, les naissances dépassent largement le nombre de décès. Ces privilégiés - ou ces optimistes - sont, par ordre croissant: les Pays-Bas, la France et l'Irlande.
La France a un solde migratoire bas. De plus, son excédent de naissances sur les décès est de 300'000 enfants venant en majorité de Françaises de souche, les jeunes femmes voulant 3 ou 4 enfants -il suffit de regarder autour de soi - , alors que la population immigrée devient moins importante et moins féconde. La population française a 5 millions d'habitants de plus, passant de 60 millions en 1999 à 65 millions en 2011! Cela entraîne 2 conséquences:
1) le besoin de restructurer l'Education nationale pour faire face aux besoins engendrés par l'accroissement des naissances (la suppression de dizaines de milliers de postes d'enseignants était une aberration),
2) confiance en l'avenir grâce à cette population qui rajeunit.
Par contre, vous verrez sur le graphique que l'Allemagne, les 10 nouveaux pays, l'Italie et la Grèce ont du souci à se faire car leur population décroit et vieillit (dramatiquement, elle se situe entre -0 et -2), alors que l'immigration est très importante (comble les vides).

Écrit par : Catherine Duffour | 08/05/2012

Madame Duffour, merci de votre commentaire. Il va de soi, mais je le précise, qu'en affirmant que la population française n'augmentait que grâce à l'émigration, je ne pensais pas au solde migratoire, connaissant fort bien l'efficacité de la politique nataliste française, à base d'allocations familiales confortables. Je pensais plutôt au taux de natalité dans les familles d'origine immigrée, relativement aux françaises d'origine européenne. Vous affirmez le contraire, mais pourrait-on savoir sur quels chiffres, achant qu'à ma connaissance il est interdit en France de tenir ce genre de statistiques, ce que personnellement j'approuve.
Si c'est juste du ressenti, comme vous le laissez entendre, permettez-moi de n'être pas d'accord du tout avec vos conclusions. N'étant pas branché catholique intégriste vieille France, je n'ai aucune mère de famille nombreuse française d'origine européenne dans mes relations. Je n'en ai vu que dans des films. En revanche, pour avoir vécu dans des quartiers dits difficiles et avoir été marrié 12 ans à une africaine, je puis vous assurer que si les taux de natalité diminuent effectivement très vite dans les familles africaines ou maghrébines, ils partent de si haut qu'ils restent bien en dessus de la moyenne européenne, notamment dans les milieux populaires.
Enfin, en plus du facteur démographique, l'économie doit être prise en compte. Le très confortable système d'assistance sociale à la française (y compris les allocations familiales et les retraites par répartition) a été rendu possible par l'exploitation des colonies dans un premier temps, du néo-colonialisme ensuite. Cette époque est révolue. Les pays d'Afrique, après ceux d'Amérique Latine et d'Asie, commencent à décoller. Cela prendra du temps et le développement de leurs classes moyennes fournira du travail à nos industries du luxe, mais globalement notre part dans les échanges économiques mondiaux va continuer à se réduire. Espérons-le pas trop en valeur mais en tout cas en proportion. Face à des coûts de matières premières qui prendront l'ascenseur, je ne suis pas du tout certain que nos économies puissent se permettre longtemps de payer des retraites sur des durées moyennes de 20 ans ou plus...

Écrit par : Philippe Souaille | 09/05/2012

"Qui mieux qu'elle pourra défendre efficacement, par le dialogue et non par l'affrontement stérile, les intérêts des Français de Suisse, à l'heure où il est question de les surimposer".

De par ses origines suisses - issue, saur erreur de ma part, de Nyon - Mme de Tassigny (je tairai son nom de jeune fille par courtoisie), illustre au fond très bien ce qui devrait prévaloir en Europe : permettre aux personnes voulant s'investir dans la vie politique, de siéger dans un législatif, quelles que soient leurs origines.

A l'heure où l'on travaille pour créer le grand Genève. il est regrettable que l'appartenance à un pays qui n'est pas celui dans lequel on vit fasse autant débat lorsqu'il est question d'autoriser - ou non ! - ces demi-citoyens à voter et siéger.

Écrit par : Michel Sommer | 09/05/2012

"...Mme de Tassigny risque de surprendre..."

Question, M. Souaille : où est le risque ? (!)

Écrit par : Michel Sommer | 09/05/2012

J'apprécie la discussion et la confrontation des points de vue qui permettent d'avancer dans la compréhension de notre société et de bousculer nos propres schémas.
Votre commentaire met en évidence que notre système et nos conduites économiques sont à repenser totalement car obsolètes pour la société mondialisée actuelle et donc inadaptés. Nous vivons sur des schémas confortables pour la pensée mais totalement dépassés. Il est urgent de les refonder. Effectivement les données changent, notamment avec les nouveaux et immenses gisements de matières premières dans les pays dits émergents pour lesquels je ne partage pas totalement votre optimisme car ils continuent à être pillés par les grands groupes (d'où l'explosion des favellas et bidonvilles et des populations devenues SDF - y compris vieillards, enfants et handicapés - qui n'ont pas de revenus donc d'autre choix que de vivre dans la rue, que ce soit en Asie, en Afrique, Amérique latine et même en Europe).
Nous n'avons malheureusement pas eu jusqu'à maintenant, dans nos gouvernements grassement payés, d'économistes capables d'affronter la réalité, de réfléchir au présent et à l'avenir et de mettre en place des solutions efficaces pour permettre à chaque citoyen d'avoir le minimum vital. La parité des femmes au pouvoir, plus pragmatiques, permettrait sans doute d'avancer plus vite...
Je voudrais simplement spécifier que pour moi, en ce qui concerne la natalité, le terme "françaises de souche" englobe toutes les femmes, y compris celles qui sont issues de l'immigration et naturalisées. (C'est ce brassage de cultures et d'origines qui a toujours fait notre richesse).
En ce qui concerne les populations plus récemment immigrées, que je côtoie, je maintiens le fait que leur taux de natalité très élevé diminue, ce qui est logique (mais reste important). Pour les autres, il suffit de regarder autour de soi - dans la rue, dans les écoles - pour voir l'accroissement de la natalité avec toutes ces jeunes femmes qui ont plusieurs enfants. J'en ai eu moi-même plusieurs, non pas par conviction religieuse ou par intérêt pour les allocations familiales (voulues par le Conseil National de la Résistance) - car l'éducation coûte beaucoup plus cher que les "allocs"- mais parce que j'aime les enfants, simplement. J'ai donc confiance dans cette jeunesse actuelle qui montre ainsi qu'elle a de l'espoir en l'avenir, malgré ses grandes difficultés, et qu'elle a d'autres valeurs à mettre en évidence et à exploiter.
Pour la retraite, je continue à penser que travailler plus de 40 ans, dans les conditions actuelles - stress énorme, insécurité de l'emploi, longs trajets quotidiens - sera de plus en plus usant et qu'il nous faut trouver les moyens économiques de financer les retraites futures. Peut-être aussi repenser la place des Aînés qui devraient retrouver leur rôle au sein de la société. Bref, un grand remue-méninges à faire faire d'urgence à nos politiciens et parlementaires !!!

Écrit par : Catherine Duffour | 09/05/2012

Marie-Françoise de Tassigny est née Glasson à Nyon, d'un père notable radical d'origine fribourgeoise et d'une mère française. Elle a suivi sa scolarité primaire et secondaire à Genève à Marie-Thérèse institution privée de système français qui était alors le pendant féminin de Florimont.
Elle est donc parfaitement double-nationale et bi-culturelle.
Elle a présidé le Grand-Conseil de Genève sous les couleurs radicales, travaillé de nombreuses années sous la houlette de Manuel Tornare, et fut élue à l'Assemblée des Français de l'Etranger, à la surprise génrale, sans y avoir été présentée par aucun parti.
Plus compétente et au-dessus de la mêlée qu'elle, je ne vois pas.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/05/2012

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