15/05/2012

Législatives : Claude DEFFAUGT vs Antoine VIELLIARD

Un duel contre nature va opposer deux outsiders dans la circonscription des frontaliers. Celle qui longe la frontière, de Saint-Cergues à Seyssel en englobant Annemasse et Saint-Julien. Le plus étonnant étant qu’ils ont chacun de bonnes chances de l’emporter, face aux deux candidats officiels UMP/PS qui partent avec de gros handicaps.

Le candidat du PS, Guillaume Mathelier ci-devant maire d’Ambilly, aura en effet contre lui près des deux tiers de l’électorat, qui ont voté Sarkozy au 2ème tour de la Présidentielle. Seule la ville d’Annemasse, dirigée depuis des années par Robert Borel puis Christian Dupessey, a donné, de peu, la priorité à Hollande. Ce qui ne suffira pas à remonter le gros handicap du reste de la circonscription.

De plus, si Borel et Dupessey sont proches du centre gauche, Mathelier est dit-on beaucoup plus proche de Montebourg. Ce qui n’est pas très porteur dans une circonscription ancrée à droite. Il aura des rivaux du côté des écologistes, de l’extrême-gauche et surtout du centre. A défaut de radical de gauche, le Président départemental du MODEM, Antoine Vielliard, conseiller général de Saint-Julien, se présente sur une ligne de soutien critique au gouvernement de Hollande. Il a pour suppléant Gabriel Doublet, le maire de Saint-Cergues. Tous deux tiennent un blog dans la Tribune de Genève.

A droite, la candidate officielle de l’UMP Virginie Duby-Muller a un double problème : son inexpérience et son parachutage. Oh elle ne vient pas de bien loin, puisqu’elle est de Bonneville, dans la circonscription d’à côté, mais enfin elle est toute jeune, a fait ses études à Grenoble et n’a aucun ancrage local, hormis celui de son suppléant, le député sortant Claude Birraux.

Claude Deffaugt, candidat de centre droite, est soutenu par l’UMP locale, qui s’est rebellée contre un parachutage effectué sans consultation. Il a également le soutien de nombreux maires ruraux et du patronat local dont il est l’un des représentants les plus en vue. Petit-fils du maire d’Annemasse, héros de la Résistance et juste parmi les nations, Deffaugt a un ancrage local des plus solides. Patron de Migros-France qui balise la circonscription à Etrembières, Archamps et Saint-Julien, il est double-national franco-suisse, comme plus de 15% des électeurs d’une circonscription qui compte 50% de frontaliers.

Si Mathelier a de grandes chances d’être au second tour, il n’en a pratiquement aucune d'emporter l’élection face à n’importe lequel des trois autres, Deffaugt, Vielliard ou Duby-Muller, sauf en cas de triangulaire, et encore… On peut d’ailleurs s’attendre à ce qu’il n’y ait pas de triangulaire, celui qui pourrait être accusé d’avoir fait élire Mathelier signant sa mort politique dans la circonscription.

En tant que centriste, fondateur du Modem suisse, même si j’en ai démissionné depuis, ayant de plus voté Hollande contre Sarkozy au 2ème tour, mon choix devrait se porter sur Antoine Vielliard. Cela ne sera pas le cas. La candidature de Claude Deffaugt me parait nettement plus porteuse d’espoir pour la région, et ce pour deux raisons, à mes yeux essentielles, car elles sont au cœur du débat politique actuel, des deux côtés de la frontière. L’attitude face à l’égard de la Suisse et face à la crise.

Antoine Vielliard s’est fait connaître par son opposition systématique à la politique d’accueil des multinationales (il fut à ma connaissance le premier à pointer du doigt le problème, bien avant que les socialistes, les verts et même l’UDC s’en emparent) et par son discours rugueux à l’égard des autorités genevoises, notamment des maires, qu’il accuse de ne pas construire assez. Ce qui n’est pas faux, mais les maires du Grand Genève, quel que soit le coté de la frontière où ils se situent, sont tous confrontés au même souci : préserver la qualité du cadre de vie et éviter les problèmes découlant d’une croissance démographique plus rapide que les aménagements prévus.

Ces problèmes, il faut les gérer ensemble, en coordination et non pas les uns contre les autres. Si quelqu’un à Genève, sur la rive droite rejetait toute la faute sur la rive gauche, en traitant ses élus de voyous, il serait vite déconsidéré. Idem d’un annemassien qui s’en prendrait sempiternellement aux gens de Saint-Julien en les insultant. Or, entre France et Suisse, ces discours de haine et de division sont rendus possibles et même rencontrent un succès certain du fait de l‘existence de la frontière. Je ne partage pas cette manière de voir. La frontière, il faut chercher à la gommer, si l'on veut vivre ensemble harmonieusement, pas la souligner et l'exacerber.

De fait, le mitage du territoire français est de l‘entière responsabilité des élus français. C’est à eux de faire en sorte de construire là où il faut, ce qu’il faut, et pas n’importe quoi, n’importe où. La démarche de Gabriel Doublet, qui a reclassé en zone agricole des terrains à construire va dans le bon sens, même si elle concourt à réduire l’offre et donc à faire monter les prix. Pour éviter ce dernier écueil, les responsables locaux, politiques et économiques, doivent s’entendre pour construire du logement de qualité à prix abordable pour les membres de leur personnel et leurs familles. Ce qui sera le meilleur moyen de conserver en France les travailleurs nécessaires dans des conditions satisfaisantes pour tous.

Il est frappant de constater que les populistes, de part et d’autre de la frontière, tiennent le même discours, ont le même ressenti : l’autre côté nous dicte sa loi, nous impose ses choix et bien sûr est le principal responsable de nos maux : c'est la faute à Genève et à la Suisse en France voisine, celle des frontaliers et de Bruxelles à Genève. Cela ne peut évidemment pas être vrai. Pas les deux en même temps. Ou plus exactement, comme dans toute forme de cohabitation et d’échange, toute forme de vie sociale, il faut faire des concessions et apprendre à partager. C’est le discours de Claude Deffaugt, un discours d’apaisement et de raison et je le soutiens à 200%.

Quant à la croissance et au poids des multinationales, il est bon de rappeler quelques faits : 10% seulement des emplois créés dans la région et des nouveaux arrivants viennent directement du fait des multinationales. L’immense majorité de l’immigration dans le Grand Genève, des deux côtés de la frontière, est le fait de gens qui viennent d’eux-mêmes, attirés tout simplement par la santé de l’économie et la qualité de vie. Tout le monde voudrait créer des emplois pour les chômeurs locaux sans qualification, mais ce type d’emploi est à l’agonie dans toute l’Europe, sauf dans les services. Donc on a le choix entre les multinationales et la désertification économique.

Si de manière globale, les ressources de la planète montrent leur limite, nulle loi ne nous empêche d’essayer de tirer notre épingle du jeu, dans l’intérêt général, en étant plus durable, plus propre mais aussi économiquement plus forts. Pour cela, il y a des complémentarités à construire, des améliorations à apporter dans la formation ou ailleurs, des projets à soutenir. Claude Deffaugt est armé de cette vision-là, celle d’un entrepreneur qui imagine et qui crée. Antoine Vielliard, s’il fait de bonnes analyses, reste un spécialiste du marketing et des études de marché. Nous avons besoin de sociologues et d’analystes, mais aux postes à responsabilité, je préfère un entrepreneur, armé d’une solide vision sociale, du genre de celle que confère une entreprise coopérative comme la Migros.

Commentaires

Je ne pense pas qu'Antoine Vielliard oppose systèmatiquement Genève et la France voisine, il attire au contraire l'attention sur le travailler ensemble qu'il met en place au conseil général de haute-savoie. Votre position est respectable mais n'essayer pas de l'objectiver avec de faux arguments. J'attire votre attention sur le fait qu'Antoine n'est plus président du Modem de Haute-Savoie. Le président du Modem 74 est M. Jean-Charles Vandenabeele.

Écrit par : Lionel Bally | 15/05/2012

On peut discuter sur le "systématiquement" M. Bally. Antoine fait incontestablement partie de ceux qui ont à coeur de construire une agglomération plus homogène. Mais il vit son action dans le rapport de force et la confrontation plus que dans le dialogue et la concertation. Pour ma part, je me confronte à mes adversaires et j'essaie de dialoguer avec mes amis. Il peut m'arriver d'inverser les choses, aucune manière de communiquer n'est à exclure à priori lorsqu'on a des problèmes à règler, mais le crêpage de chignon familial, chez moi, c'est l'exception, pas la règle. Au final je pense que l'on avance au moins autant qu'en faisant valdinguer les assiettes un soir sur deux.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/05/2012

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