23/05/2012

La prospérité en danger

Les statistiques sont formelles : entraînée par le dynamisme genevois, la région lémanique s’est mieux comportée que le reste de la Suisse, face à la crise. En fait, nous sommes la région du monde qui tirons le mieux notre épingle du jeu, grâce à nos choix sociaux, législatifs, politiques et économiques depuis quelques décennies. Nous jouissons d’une économie plus dynamique, produisant davantage de richesses, que nous redistribuons de manière particulièrement généreuse. La plus généreuse du monde en réalité. Ce qui participe à la qualité de vie globale.

Cette prospérité entraîne quelques inconvénients mais comme on dit, mieux vaut faire envie que pitié: les nouveaux arrivants pèsent sur l’immobilier (logements subventionnés réservés aux plus pauvres et hausse des prix du marché libre), engorgent les transports, la sécurité péclote et le marché du travail devient plus concurrentiel. C’est la rançon du succès, mais la libre circulation est essentielle à notre bonne santé économique. Pour rester concurrentiels sur les marchés mondiaux, nous avons besoin d’un vivier de compétences internationales.

Par chance, il ne dépend que de nous de règler nos problèmes comme le logement, par exemple. Tandis que les autres régions d'Europe et du monde qui n'ont pas su prendre à temps le train de la modernité restent en rade avec un énorme problème de contre-performances économiques, bien plus délicat à régler, car dépendant pour une bonne part de l'extérieur.

Il n'y a pas d’alternative. La Genève provinciale du passé vivait d’industries aujourd’hui disparues. L’automation et la robotisation ont décimé les entreprises consommatrices de main d’œuvre non qualifiée et les 20% non automatisables ont été délocalisées. Parce que les salaires que pourraient verser ce type d’activités, pour rester rentables, seraient inférieurs à ce que l’on touche en émargeant à l’aide sociale !

L’Etat et la Ville sont devenus les premiers employeurs de la région. La fonction publique est pléthorique, mais elle fait tourner la machine au service d’un secteur privé très dynamique, tout en assurant la cohésion sociale par l’emploi des jeunes et moins jeunes formés localement. La proportion d'employés ayant grandi à Genève est bien plus grande dans la fonction publique que dans le privé. Dès lors ils votent également beaucoup plus, les employés du privé n'étant parfois que de passage.

Ce que les fonctionnaires ne doivent cependant jamais oublier, c’est que si leurs salaires (très très confortables en comparaison internationale) peuvent leur être versés, c’est uniquement parce que le privé, employeurs et employés, paient des impôts. Tout le monde se tient par la barbichette et tuer la poule aux œufs d’or serait une idiotie majeure. C’est pourtant ce dont rêve la gauche. On sait Sandrine Salerno hostile aux multinationales et point trop soucieuse du sort des cols blancs. Comme si le chômage leur était moins pénible qu'à un ouvrier... J’aime bien aussi ma copine Magali Orsini, double-nationale et cannoise comme moi. Cette ancienne conseillère municipale socialiste est actuellement candidate du Front de Gauche aux législatives pour les Français de Suisse. Et dans sa propagande elle affiche les revendications de son parti en matière de réorganisation fiscale.

Le Front de Gauche prétend récupérer 172 milliards d’euros par diverses mesures sur la fiscalité des entreprises et des particuliers. Dont 120 milliards directement d’augmentation de l’impôt sur le revenu. Hors celui a produit "seulement" 44 milliards d’euros en 2009. Soit un quasi triplement (sans diminution de la tva à 20%) et avec en plus 50 milliards de prélèvements supplémentaires sur les entreprises ! On imagine sans peine la catastrophe économique : diminution brutale de la consommation et des investissements dans les entreprises, augmentation directe du chômage, récession dramatique, etc… Les gens qui ont conçu ce plan sont des malades. De grands malades !

Alors bien sûr, l’extrême-gauche n’est pas le PS, mais elle le soutient. Sans faille, parce que le PS lui lâche des os à ronger, régulièrement. C’est vrai en France et plus encore en Suisse. Hors nous entrons dans une phase d’instabilité financière de tous les dangers. La crise nous rattrape et les années qui viennent seront pénibles. Il faudra prendre des décisions rigoureuses. On ne prête qu’aux riches et l’on a beaucoup prêté à Genève. Avec 11 milliards, notre canton est déjà extrêmement endetté. Si l'on y ajoute notre part de dette fédérale, conformément aux principes de l'UE qui additionnent toutes les dettes des collectivités publiques d'un pays, on arrive à près de 40 000 francs par tête. Soit au moins autant que la Belgique et beaucoup plus que... la Grèce, l'Italie ou l'Irlande !

Ce qui nous sauve, bien sûr, c'est notre richesse, notre très haut niveau de revenu et de PIB par habitant. Mais celui n'est de loin pas éternel, et continuer de dépenser toujours davantage tout en dénonçant les sources de revenus, c'est un peu comme de jouer au jeu de l'avion en demandant aux nouveaux passagers de descendre... Suicidaire. D'autant que contrairement à Washington, Bruxelles ou Berne, nous n’avons aucune planche à billets à disposition. Pour faire face, Genève aura besoin d’avoir les meilleurs à la barre.

La candidate socialiste est certes une excellente mère et l’augmentation des allocations familiales qu’elle a fait voter sont un ballon d’oxygène, chaque mois, pour les familles du canton. Seulement, malheureusement, ce n’est pas de ce genre de mesures dont les finances publiques vont avoir besoin dans les mois qui viennent. Contrairement à Pierre Maudet, on ne l'a pas du tout entendu s'exprimer sur ces questions essentielles que sont la recapitalisation (rendue nécessaire par la loi fédérale) des retraites des fonctionnaires. Comment va-t-on la financer ? Qui va payer, un secteur privé qui va connaître de grosses charrettes de licenciement dans les mois qui viennent, ou le secteur public, qui pourrait pour une fois montrer que la solidarité n'est pas forcément à sens unique ?

A noter au passage que même le mode de paiement des retraites par répartition nécessite avant tout une stabilité économique à long terme pour fonctionner de manière fiable. Tout le contraire de ce que réclame l'extrême-gauche et une partie des socialistes qui s'en prennent régulièrement à la prospérité dont ils vivent.

Commentaires

"Il n'y a pas d’alternative."

Merci pour n ème billet de propagande ultra-libérale.

Écrit par : Djinus | 23/05/2012

Néo-libéral ? Alors que je vante les mérites d'un Etat fort et d'une administration puissante, cependant pas au point d'asphyxier l'économie privée dont ils dépendent ? Vous déraisonnez Djinius. Tout cela est une question d'équilibre, comme à chaque fois que des organismes vivent en symbiose: ils se renforcent et sont plus forts qu'individuelement, à condition que l'un ne se mette pas à pomper toute l'énergie des autres. C'est de l'écologie basique.
Pour le reste vous feriez mieux de m'expliquer quelle pourrait être l'initiative, si vous penser qu'elle puisse exister.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/05/2012

Très bon billet, qui rappelle que ce sont les Genevois encore là dans 10, 15, 20 ans qui vont trinquer quand le PIB chutera irrémédiablement. Et dire qu'aucun des partis gouvernementaux n'a comme priorité la réduction de la dette, de gauche comme de droite. Vous avez raison de mettre en cause l'irréalisme de la gauche, mais vous devriez transmettre ce billet aussi au candidat que vous soutenez (M.Maudet), qui est en faveur de la traversée de la rade, projet pharaonique qu'on estimait en 2011 à 3,1 milliards pour le pont et 3,7 pour le tunnel. On voit déjà avec le CEVA les coûts gonfler, je n'imagine pas ce que ça serait avec un tel projet + les frais d'entretien, qui paiera?

Écrit par : michel | 23/05/2012

Pas du tout d'accord "Michel". Il n'est inscrit nulle part que le PIB doive chuter irrémédiablement. La crise, oui, elle arrive, elle est là. Genève en a affronté plusieurs dans son histoire et s'en est toujours relevée, en réorientant ses activités économiques. Nous avons des avantages, de par nos lois, notre localisation et nos savoirs faire, qu'il s'agit d'exploiter. Les cleantechs sont une piste, la fonction internationale une autre: dans un monde changeant, la diplomatie, la régulation et la normalisation, qui sont nos spécialités, restent indispensables.
Ce n'est cependant pas une raison pour dépenser à tout va, nous sommes d'accord. Mais il faut discerner entre les dépenses courantes, voire inutiles ou superflues, sur lesquelles on doit pouvoir faire des économies, et les dépenses d'investissement qui vont non seulement améliorer de manière importante la qualité de vie des gens (donc y compris l'attractivité économique de la ville), mais continuer d'être utile dans le futur, dans 20, 30 ou 40 ans, pour nos enfants qui finiront de les payer.
Personne ne se plant aujourd'hui que nos ancêtres de la fin du XIXème siècle aient creusé des tunnels sous les Alpes et posé des rails de chemin de fer. Que leurs enfants et petits enfants aient créé l'aéroport, puis l'autoroute Genève-Lausanne.
Par ailleurs, il y a une vraie utilité anticyclique à entreprendre de grands travaux publics en période de crise. Cela crée de l'activité, de l'emploi et de la richesse lorsqu'ils manquent. L'exemple du New Deal est le plus connu, mais le Gouvernement genevois, depuis 2007, a sciemment accéléré et ouvert tous les chantiers possibles dans le canton, précisément dans ce but. Il se trouve que nous avions les moyens financiers de le fairer et cela a pesé de manière très favorable sur les réactions meilleurs qu'ailleurs du bassin lmanique face à la crise.
Le CEVA, comme la traversée du lac sont de bons projets, des projets utiles et écologiques (la traversée réduira considérablement les bouchons et la pollution en ville et permettra d'y améliorer les mesures de dissuasion - en plus de prévoir la traversée privée et transports publics par le même ouvrage). Ils seront utiles à tous et pour longtemps, quel que soit demain l'énergie qui alimentera nos déplacements. Maudet a donc parfaitement raison de les soutenir, et le silence de Mme Torracinta sur la question est assourdissant. C'est regrettable.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

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