24/05/2012

Maudet élu. On parie ?

Le PS pense gagner l’élection complémentaire du 17 juin dans un fauteuil. Rien n’est moins sûr. Tout pourrait se jouer à quelques dixièmes de pour cent et pas forcément dans le sens prévu. Les forces en présence ont beaucoup bougé depuis les élections de 2009. L’Entente avait réalisé 35%, soit pile le quorum. Il est possible qu’elle ait un peu perdu, mais c’est loin d’être certain : Pierre Maudet a amplement prouvé qu’il avait de grandes qualités de rassembleur, ce qu’il parvient à faire bien au-delà du PLR ou du PDC, sur tous les fronts. Il n’est pas l’homme d’une idéologie figée, mais un pragmatique lucide, qui sait discerner l’intérêt général et adapter ses idées aux bouleversements de la modernité.

Les médias audio-visuels pourtant ne l'aident pas vraiment. Pascal Décaillet notamment a déclaré le soutenir, mais si l'on décompte les passages dans son émission depuis l'annonce de l'élection, on en est à 7 pour la candidate socialiste, 6 pour le trublion du MCG, 3 pour le Vert Libéral et 2 seulement pour Pierre Maudet. Sans aller jusqu'à réclamer l'égalité des temps de paroles à la manière française, le déséquilibre est choquant sur la seule télévision locale genevoise. Peut-être est-ce là comme une sorte de handicap que voudrait instaurer Décaillet, pour rétablir l'équilibre des chances, Maudet étant considéré comme si brillant qu'il part avec plusieurs longueurs d'avance ?

Toujours est-il que le PS, l’extrême-gauche, les Verts et les Ainés dépassaient ensemble 39% en 2009, mais que depuis lors, les Verts Lib sont apparus, dont on a vu qu’ils avaient pris 3% aux Verts. Le parti Pirate, avec un bon candidat, devrait également tirer son épingle du jeu et prendre des voix à gauche. Les Ainés de leur côté aiment bien Maudet. L’un dans l’autre, même si Maudet fait figure d’outsider, il ne devrait pas être loin de la candidate socialiste, et peut-être même devant. L'espoir est ténu, mais bien réel. Il suffit d'une mobilisation... Et aussi d'éviter de disperser les voix.

L’élection, une fois de plus, se jouera au centre, et plus particulièrement dans une catégorie d’électeurs particulièrement importante à Genève, vu la composition sociale du canton : les «  bourgeois-bohèmes ». Un électorat que vont se disputer pirates, verts-lib, verts, socialistes et … Maudet qui en défend le plus brillamment les principes en politique, même si c’est le plus souvent sous son uniforme costard-cravate de gendre idéal. Bien des électeurs de sensibilité verte modérée se reconnaissent en lui. Des gens qui font du vélo en respectant le code de la route et les piétons (si, si, il y en a) qui attendent une traversée du lac avec voie ferrée, qui apprécient l’idée des cleantechs, et qui savent que dans développement durable, il y a aussi développement. Des électeurs modernes, pour qui la candidate socialiste a tout d’une image du passé.

La question qui demeure est celle du score de la droite extrême. En 2009, MCG et UDC ensemble avaient dépassé 23%. On sait déjà qu’une partie de l’UDC ne votera pas Stauffer, plusieurs des ténors du parti genevois ne s’en étant pas cachés. Même au sein de l’électorat MCG, la personnalité par trop sulfureuse de leur candidat déplaît. Atteindre les 33% parait tout à fait hors de portée, et il devrait péniblement en atteindre la moitié. Dans l’hypothèse hautement improbable où il serait seul face à la gauche au 2ème tour, sa personnalité et ses déclarations tonitruantes sont un tel repoussoir qu’il est évident que la gauche passerait à coup sûr.

Pour avoir des chances d’être élu dans une partielle, il faut une personnalité rassembleuse, tout le contraire du tribun d’Onex. Dès lors sa candidature ne sert qu’à risquer de faire échouer le meilleur candidat, le plus apte à aider Genève à avancer dans la bonne direction. Ce qui pourrait d’ailleurs bien être le choix réel de l’extrême-droite, qui pense ne pouvoir arriver au pouvoir que si la situation s’aggrave. Il est évident que ce serait au détriment des intérêts des citoyens qu’elle prétend défendre.

A l’encontre de Maudet, on ne lit nulle part un argument rationnel. Même ceux qui s’en prennent à lui ne lui trouve apparemment aucun vrai défaut puisqu’ils ne font que nous faire part de leur détestation personnelle, ou de leur rancœur à l’égard de ses prédécesseurs du PLR. Mais à son égard à lui, rien de consistant! Les Indignés lui reprochent d’avoir voulu nettoyer les Bastions, l’avocat de Kadhafi veut se venger des radicaux, d’autres prétendent « donner une leçon au jeunot », ou veulent lui faire payer son questionnement d’une armée que chacun ressent inadaptée aux enjeux et aux risques de la période.

Pour tous ceux qui se sentent du centre ou de droite, ne pas voter Maudet revient à se tirer une balle dans le pied en offrant au PS le conseil d’Etat. Ce juste avant une législature qui s’annonce brutale pour les finances du Canton. La crise est à nos portes, les banques doivent changer de business model, les multinationales sont chahutées, la caisse de retraite des fonctionnaires doit être recapitalisée, ce n’est franchement pas le moment de faire tanguer la barque…

De plus, les Verts sont devant un dilemme : en élisant la candidate socialiste, ils offrent une longueur d’avance à un PS hégémonique, qu’ils avaient eu tant de mal à déboulonner. Hiler serait certainement réélu s’il se représentait – notamment grâce aux voix centristes et de centre-droite – mais il est peu probable qu’il le fasse : fatigué, le bon géant aspire à davantage de calme. Surtout, la base jeune et décroissante des verts lui reproche sa gestion pragmatique et ne le laissera pas facilement rempiler pour un 3ème mandat.

Son départ sera une grande perte pour le Conseil d’Etat et les finances cantonales. Le sens de l’Etat de Hiler prendra-t-il le dessus ? S’il renonce, les écologistes risquent de n’avoir plus qu’un seul élu en 2013. Voire aucun. Même si c’est injuste, car elles n'ont pas démérrité dans des postes très exposés, Michèle Künzler et Isabel Rochat vont toutes deux devoir batailler ferme pour conserver leurs fauteuils respectifs. Assurer l’élection de Maudet serait l’assurance d’avoir au CE un écologiste de cœur, si ce n’est de parti, qui ferait une paire remarquable avec son copain Hodgers si celui-ci se décide...

Commentaires

Philippe, vous tergiversez sur pas grand chose. Il y a fort à parier qu'Anne Emery-Torracinta sera élue dans trois semaines, et peut-être qu'une gauche unie sera plus fonctionnelle qu'un centre droit désorganisé. Nous verrons bien, de toute façon les pronostics ne sont que pure masturbation intellectuelle.

Écrit par : Grégoire Barbey | 24/05/2012

Philippe,
Vous êtes vraiment injuste, non seulement envers LémanBleu qui à transmis, en direct pendant 20 minutes, la déclaration de candidature du candidat PLR (Pierre Maudet), mais également envers L’Hebdo ou encore Le Temps qui n’accordent pas la même « place » à tous les candidats.

Écrit par : Charly Schwarz | 24/05/2012

Jeune Grégoire, si aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années, en politique l'expérience (et l'analyse des chiffres) sont mères de jugements plus sûrs que le simple désir...
Charly, Merci de ton commentaire, je vais donc préciser. Rappelle-moi à quelle heure était le direct de la conférence de presse (non programmée) et sont taux d'écoute comparée à celui de Genève à Chaud auprès des Genevois s'intéressant à la politique ? Quant au Temps et à l'Hebdo, ils sont des médias écrits et payants libres, d'opinion, dans un monde qui en compte plusieurs, de toutes tendances. Nomal qu'ils défendent "leur" candidat, celui de leurs lecteurs. Léman Bleu en revanche est la seule et unique télévision locale, de plus reçue gratuitement et payée un peu par la pub, beaucoup par nos impôts.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

Philippe,
Difficile de vous répondre quand vous n’affichez pas les commentaires…

Écrit par : Charly Schwarz | 24/05/2012

"en politique l'expérience (et l'analyse des chiffres) sont mères de jugements plus sûrs que le simple désir... "

C'est le défenseur de la candidature Bayrou qui dit ça.

Écrit par : Plouf | 24/05/2012

Gloups, Charly, erreur de manipulation, voilà qui est réparé.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

Philippe,
Merci d’avoir publié les divers commentaires.

Je peux ainsi essayer de répondre à vos remarques relatives tant à LémanBleu qu’à celles sur la presse écrite.

Concernant LémanBleu, je ne connais pas les audiences de Genève à Chaud, peut-être que vous les possédez. Dans ce cas il serait utile que vous puissiez les mettre à disposition.

Au sujet de la presse écrite, il me semble qu’elle bénéficie un appui direct ou indirect de la Confédération.

Mais de toute évidence, la liberté éditoriale doit être garantie dans chaque support.

Écrit par : Charly Schwarz | 24/05/2012

Plouf, je ne me suis jamais trompé sur la candidature de Bayrou. J'ai toujours dit qu'il serait élu s'il parvenait à passer l'écueil du premier tour, ce que tous les sondages, en 2007 comme en 2012 ont toujours confirmé. Mais l'écueil de 2012 était encore plus gros, pour cause de Mélenchonite aigüe... Après, je ne défends pas forcément que des candidats dont je suis certain qu'ils seront élus. C'est d'abord leur politique et leur personnalité qui compte. Il se trouve que Maudet,en plus de la bonne politique et de la bonne personnalité a aussi d'excellentes chances d'être élu. Un peu comme si Bayrou avait eu l'UMP dérrière lui, en plus du MODEM!

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

L'hypothèse d'un deuxième tour dans une élection où il suffit d'avoir un tiers des suffrages pour être élu au premier tour est à peu près aussi crédible que celle d'une élection de Mélenchon à la présidence de la République française... ça doit bien faire un siècle (mais je n'ai pas vérifié) qu'il n'y a pas eu de deuxième tour dans une élection exécutive à Genève...
cela dit, la question posée par Philippe (celle du score de la droite extrême au premier tour) est sans doute la seule vraie inconnue du scrutin... Pas plus que Marine Le Pen il y a quinze jours, Stauffer ne pense être élu (ou alors il est aussi délirant qu'il paraît l'être). En revanche, comme Marine Le Pen, il rêve sans doute du leadership à droite. Ou en tout cas d'être incontournable.
Mais après tout, c'est le problème de la droite, ça, pas celui de la gauche.
Allez, rendez-vous le 1er juin. Pas au Port Noir, au Palladium. On débarque où on veut.

Écrit par : Pascal Holenweg | 24/05/2012

Bien Charly, tu as donc pris la décision de me vouvoyer. C'est ton droit. Juste dommage que cela t'ais pris 30 ans... Je n'ai pas la connaissance détaillée des taux d'écoute de Léman Bleu, mais à ton avis entre 11 heures du matin et l'émission phare de la chaîne à 19h15, le rapport est de combien ? A mon avis probablement de 1 à 10...
Quant à l'appui de la Confédération à la presse écrite, il s'agit de peanuts, et tu devrais le savoir. Sauf erreur, il prenait la forme de tarifs préférentiels aux frais de postes pour les abonnements. Léman Bleu est largement financée par la concession, la Ville en détient encore un gros paquet d'action et toute l'infrastructure câblée rendant sa diffusion possible a été construite du temps de Guy-Olivier Segond.
Après liberté de ligne éditoriale, ça veut dire quoi ? c'est un joli mot, mais c'est de la langue de bois. A mon avis, un média peut avoir des positions partisanes, des préférences assumées, mais à condition qu'il ne soit pas en position de monopole dans son domaine (comme Léman Bleu, seule télé locale) et de surcroît largement financé par les derniers publics. Dans ce cas, le respect d'un certain équilibre devrait être la règle.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

Pascal, les 33% du quorum semblent à portée de deux des candidats, et hors de portée des autres. Mais vu le nombre élevé de petits et moyens candidats susceptibles de récolter passablement de voix, aussi bien à gauche qu'à droite, il se pourrait bien que, pour la première fois depuis un siècle, dites-vous, il ne soit atteint par personne.
La constitution ne précise pas ce qui se passerait en cas de 2ème tour, hormis que le premier arrivé est élu. Nulle obligation de se retirer pour les petits et moyens candidats, même pas pour les derniers.
La question est donc bien de savoir qui de la candidate socialiste, dont le programme parait singulièrement inadapté à la crise, ou de l'action responsable l'emportera.
Quant à prétendre que le fait de savoir qui a le leadership sur la droite n'est pas le problème de la gauche, cher Pascal, vous devriez en parler à Brecht et surtout à Niemöller...

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

Je suis effaré par les mensonges dont sont capables certains, au Parti Socialiste genevois. Comme s'il suffisait d'affirmer une chose pour la rendre vraie. Je pense à Nicole Castioni, ancienne députée socialiste au Grand Conseil et juge assesseur à Genève, candidate du PS aux législatives françaises. Après avoir déclaré ses concurrentes du centre et de droite "exclues du pacte républicain", puis après l'épisode grotesque de ses prétentions ministérielles, annoncées à grands cris dans la presse romande, la voilà qui adresse ce jour à tous les Français de Suisse une lettre prétendant que la nouvelle majorité n'a nulle intention d'imposer les Français de Suisse !
C'est grossièrement faux. On sait qu'il y aura débat sur l'assiette de l'impôt, le nombre de ceux qui seront concernés, les déclarations à remplir par tous et même la constitutionnalité de la chose, mais nier l'existence du projet, en prétendant qu'il s'agit d'une invention de ses concurrentes, c'est particulièrement nul.
En l'occurrence c'est le candidat Hollande lui-même qui avait expliqué vouloir renégocier les accords fiscaux liant la France à la la Suisse, à la Belgique et au Luxembourg, pour permettre cette imposition. Par ailleurs le nouveau ministre délégué au budget, M. Cahuzac a présidé à l'étude du projet de loi à l'assemblée nationale, dont il présidait la commission des finances depuis 2010. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Mme Castioni est fort mal conseillée et pas du tout prête à assumer les fonctions auxquelles elle prétend. Savoir qu'elle a reçu l'appui du PS genevois dans sa démarche est assez éclairant sur la manière dont sont gérées les candidatures socialistes!

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

De toute façon, ça sert à quoi de présenter un candidat de gauche en Suisse pour les législatives, vu la densité d'exilés fiscaux aux bords du Léman.

Écrit par : michel | 24/05/2012

"Maudet élu au 2ème tour. On parie ?"

Combien?

Écrit par : Johann | 24/05/2012

A la réflexion, Johann, je pense que cela sera au 1er tour. Parce qu'il sera devant. L'enjeu, c'est évidemment un pari purement honorifique, que parier d'autre avec un pseudonyme ?

Écrit par : Philippe Souaille | 24/05/2012

Mauvaise réponse.

1er ou 2me tour, peu importe.

Combien?

Écrit par : Johann | 25/05/2012

C'est ma réponse, Johann. Je ne parie pas avec un ectoplasme. Ou un être virtuel si vous préférez. Ce serait trop inégal. Moi je prendrais le risque et vous aucun. Mais sur FB, j'ai parié une coupe de champagne avec un bogueur bien connu de la gauche socialiste. C'est une affaire de mana (comme disait Mauss), pas de manant.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/05/2012

hors Sujet? de dernière minute ça se passe à côté de chez moi: deux racailles R s'étripent sur le capot d'Eric qui sans son verre d'eau doit actionner les essuie-glaces grande vitesse, pourquoi mauvais esprit , je trouve que ça pue l'arnaque.
one more: plus ça va moins CEVA, avec les récents développements de "l'actualité Florissante" on comprend mieux l'acharnement thérapeutique de maitre P. pour assurer une vie digne aux platanes de Champel

Écrit par : briand | 25/05/2012

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