24/05/2012

Maudet élu. On parie ?

Le PS pense gagner l’élection complémentaire du 17 juin dans un fauteuil. Rien n’est moins sûr. Tout pourrait se jouer à quelques dixièmes de pour cent et pas forcément dans le sens prévu. Les forces en présence ont beaucoup bougé depuis les élections de 2009. L’Entente avait réalisé 35%, soit pile le quorum. Il est possible qu’elle ait un peu perdu, mais c’est loin d’être certain : Pierre Maudet a amplement prouvé qu’il avait de grandes qualités de rassembleur, ce qu’il parvient à faire bien au-delà du PLR ou du PDC, sur tous les fronts. Il n’est pas l’homme d’une idéologie figée, mais un pragmatique lucide, qui sait discerner l’intérêt général et adapter ses idées aux bouleversements de la modernité.

Les médias audio-visuels pourtant ne l'aident pas vraiment. Pascal Décaillet notamment a déclaré le soutenir, mais si l'on décompte les passages dans son émission depuis l'annonce de l'élection, on en est à 7 pour la candidate socialiste, 6 pour le trublion du MCG, 3 pour le Vert Libéral et 2 seulement pour Pierre Maudet. Sans aller jusqu'à réclamer l'égalité des temps de paroles à la manière française, le déséquilibre est choquant sur la seule télévision locale genevoise. Peut-être est-ce là comme une sorte de handicap que voudrait instaurer Décaillet, pour rétablir l'équilibre des chances, Maudet étant considéré comme si brillant qu'il part avec plusieurs longueurs d'avance ?

Toujours est-il que le PS, l’extrême-gauche, les Verts et les Ainés dépassaient ensemble 39% en 2009, mais que depuis lors, les Verts Lib sont apparus, dont on a vu qu’ils avaient pris 3% aux Verts. Le parti Pirate, avec un bon candidat, devrait également tirer son épingle du jeu et prendre des voix à gauche. Les Ainés de leur côté aiment bien Maudet. L’un dans l’autre, même si Maudet fait figure d’outsider, il ne devrait pas être loin de la candidate socialiste, et peut-être même devant. L'espoir est ténu, mais bien réel. Il suffit d'une mobilisation... Et aussi d'éviter de disperser les voix.

L’élection, une fois de plus, se jouera au centre, et plus particulièrement dans une catégorie d’électeurs particulièrement importante à Genève, vu la composition sociale du canton : les «  bourgeois-bohèmes ». Un électorat que vont se disputer pirates, verts-lib, verts, socialistes et … Maudet qui en défend le plus brillamment les principes en politique, même si c’est le plus souvent sous son uniforme costard-cravate de gendre idéal. Bien des électeurs de sensibilité verte modérée se reconnaissent en lui. Des gens qui font du vélo en respectant le code de la route et les piétons (si, si, il y en a) qui attendent une traversée du lac avec voie ferrée, qui apprécient l’idée des cleantechs, et qui savent que dans développement durable, il y a aussi développement. Des électeurs modernes, pour qui la candidate socialiste a tout d’une image du passé.

La question qui demeure est celle du score de la droite extrême. En 2009, MCG et UDC ensemble avaient dépassé 23%. On sait déjà qu’une partie de l’UDC ne votera pas Stauffer, plusieurs des ténors du parti genevois ne s’en étant pas cachés. Même au sein de l’électorat MCG, la personnalité par trop sulfureuse de leur candidat déplaît. Atteindre les 33% parait tout à fait hors de portée, et il devrait péniblement en atteindre la moitié. Dans l’hypothèse hautement improbable où il serait seul face à la gauche au 2ème tour, sa personnalité et ses déclarations tonitruantes sont un tel repoussoir qu’il est évident que la gauche passerait à coup sûr.

Pour avoir des chances d’être élu dans une partielle, il faut une personnalité rassembleuse, tout le contraire du tribun d’Onex. Dès lors sa candidature ne sert qu’à risquer de faire échouer le meilleur candidat, le plus apte à aider Genève à avancer dans la bonne direction. Ce qui pourrait d’ailleurs bien être le choix réel de l’extrême-droite, qui pense ne pouvoir arriver au pouvoir que si la situation s’aggrave. Il est évident que ce serait au détriment des intérêts des citoyens qu’elle prétend défendre.

A l’encontre de Maudet, on ne lit nulle part un argument rationnel. Même ceux qui s’en prennent à lui ne lui trouve apparemment aucun vrai défaut puisqu’ils ne font que nous faire part de leur détestation personnelle, ou de leur rancœur à l’égard de ses prédécesseurs du PLR. Mais à son égard à lui, rien de consistant! Les Indignés lui reprochent d’avoir voulu nettoyer les Bastions, l’avocat de Kadhafi veut se venger des radicaux, d’autres prétendent « donner une leçon au jeunot », ou veulent lui faire payer son questionnement d’une armée que chacun ressent inadaptée aux enjeux et aux risques de la période.

Pour tous ceux qui se sentent du centre ou de droite, ne pas voter Maudet revient à se tirer une balle dans le pied en offrant au PS le conseil d’Etat. Ce juste avant une législature qui s’annonce brutale pour les finances du Canton. La crise est à nos portes, les banques doivent changer de business model, les multinationales sont chahutées, la caisse de retraite des fonctionnaires doit être recapitalisée, ce n’est franchement pas le moment de faire tanguer la barque…

De plus, les Verts sont devant un dilemme : en élisant la candidate socialiste, ils offrent une longueur d’avance à un PS hégémonique, qu’ils avaient eu tant de mal à déboulonner. Hiler serait certainement réélu s’il se représentait – notamment grâce aux voix centristes et de centre-droite – mais il est peu probable qu’il le fasse : fatigué, le bon géant aspire à davantage de calme. Surtout, la base jeune et décroissante des verts lui reproche sa gestion pragmatique et ne le laissera pas facilement rempiler pour un 3ème mandat.

Son départ sera une grande perte pour le Conseil d’Etat et les finances cantonales. Le sens de l’Etat de Hiler prendra-t-il le dessus ? S’il renonce, les écologistes risquent de n’avoir plus qu’un seul élu en 2013. Voire aucun. Même si c’est injuste, car elles n'ont pas démérrité dans des postes très exposés, Michèle Künzler et Isabel Rochat vont toutes deux devoir batailler ferme pour conserver leurs fauteuils respectifs. Assurer l’élection de Maudet serait l’assurance d’avoir au CE un écologiste de cœur, si ce n’est de parti, qui ferait une paire remarquable avec son copain Hodgers si celui-ci se décide...

23/05/2012

La prospérité en danger

Les statistiques sont formelles : entraînée par le dynamisme genevois, la région lémanique s’est mieux comportée que le reste de la Suisse, face à la crise. En fait, nous sommes la région du monde qui tirons le mieux notre épingle du jeu, grâce à nos choix sociaux, législatifs, politiques et économiques depuis quelques décennies. Nous jouissons d’une économie plus dynamique, produisant davantage de richesses, que nous redistribuons de manière particulièrement généreuse. La plus généreuse du monde en réalité. Ce qui participe à la qualité de vie globale.

Cette prospérité entraîne quelques inconvénients mais comme on dit, mieux vaut faire envie que pitié: les nouveaux arrivants pèsent sur l’immobilier (logements subventionnés réservés aux plus pauvres et hausse des prix du marché libre), engorgent les transports, la sécurité péclote et le marché du travail devient plus concurrentiel. C’est la rançon du succès, mais la libre circulation est essentielle à notre bonne santé économique. Pour rester concurrentiels sur les marchés mondiaux, nous avons besoin d’un vivier de compétences internationales.

Par chance, il ne dépend que de nous de règler nos problèmes comme le logement, par exemple. Tandis que les autres régions d'Europe et du monde qui n'ont pas su prendre à temps le train de la modernité restent en rade avec un énorme problème de contre-performances économiques, bien plus délicat à régler, car dépendant pour une bonne part de l'extérieur.

Il n'y a pas d’alternative. La Genève provinciale du passé vivait d’industries aujourd’hui disparues. L’automation et la robotisation ont décimé les entreprises consommatrices de main d’œuvre non qualifiée et les 20% non automatisables ont été délocalisées. Parce que les salaires que pourraient verser ce type d’activités, pour rester rentables, seraient inférieurs à ce que l’on touche en émargeant à l’aide sociale !

L’Etat et la Ville sont devenus les premiers employeurs de la région. La fonction publique est pléthorique, mais elle fait tourner la machine au service d’un secteur privé très dynamique, tout en assurant la cohésion sociale par l’emploi des jeunes et moins jeunes formés localement. La proportion d'employés ayant grandi à Genève est bien plus grande dans la fonction publique que dans le privé. Dès lors ils votent également beaucoup plus, les employés du privé n'étant parfois que de passage.

Ce que les fonctionnaires ne doivent cependant jamais oublier, c’est que si leurs salaires (très très confortables en comparaison internationale) peuvent leur être versés, c’est uniquement parce que le privé, employeurs et employés, paient des impôts. Tout le monde se tient par la barbichette et tuer la poule aux œufs d’or serait une idiotie majeure. C’est pourtant ce dont rêve la gauche. On sait Sandrine Salerno hostile aux multinationales et point trop soucieuse du sort des cols blancs. Comme si le chômage leur était moins pénible qu'à un ouvrier... J’aime bien aussi ma copine Magali Orsini, double-nationale et cannoise comme moi. Cette ancienne conseillère municipale socialiste est actuellement candidate du Front de Gauche aux législatives pour les Français de Suisse. Et dans sa propagande elle affiche les revendications de son parti en matière de réorganisation fiscale.

Le Front de Gauche prétend récupérer 172 milliards d’euros par diverses mesures sur la fiscalité des entreprises et des particuliers. Dont 120 milliards directement d’augmentation de l’impôt sur le revenu. Hors celui a produit "seulement" 44 milliards d’euros en 2009. Soit un quasi triplement (sans diminution de la tva à 20%) et avec en plus 50 milliards de prélèvements supplémentaires sur les entreprises ! On imagine sans peine la catastrophe économique : diminution brutale de la consommation et des investissements dans les entreprises, augmentation directe du chômage, récession dramatique, etc… Les gens qui ont conçu ce plan sont des malades. De grands malades !

Alors bien sûr, l’extrême-gauche n’est pas le PS, mais elle le soutient. Sans faille, parce que le PS lui lâche des os à ronger, régulièrement. C’est vrai en France et plus encore en Suisse. Hors nous entrons dans une phase d’instabilité financière de tous les dangers. La crise nous rattrape et les années qui viennent seront pénibles. Il faudra prendre des décisions rigoureuses. On ne prête qu’aux riches et l’on a beaucoup prêté à Genève. Avec 11 milliards, notre canton est déjà extrêmement endetté. Si l'on y ajoute notre part de dette fédérale, conformément aux principes de l'UE qui additionnent toutes les dettes des collectivités publiques d'un pays, on arrive à près de 40 000 francs par tête. Soit au moins autant que la Belgique et beaucoup plus que... la Grèce, l'Italie ou l'Irlande !

Ce qui nous sauve, bien sûr, c'est notre richesse, notre très haut niveau de revenu et de PIB par habitant. Mais celui n'est de loin pas éternel, et continuer de dépenser toujours davantage tout en dénonçant les sources de revenus, c'est un peu comme de jouer au jeu de l'avion en demandant aux nouveaux passagers de descendre... Suicidaire. D'autant que contrairement à Washington, Bruxelles ou Berne, nous n’avons aucune planche à billets à disposition. Pour faire face, Genève aura besoin d’avoir les meilleurs à la barre.

La candidate socialiste est certes une excellente mère et l’augmentation des allocations familiales qu’elle a fait voter sont un ballon d’oxygène, chaque mois, pour les familles du canton. Seulement, malheureusement, ce n’est pas de ce genre de mesures dont les finances publiques vont avoir besoin dans les mois qui viennent. Contrairement à Pierre Maudet, on ne l'a pas du tout entendu s'exprimer sur ces questions essentielles que sont la recapitalisation (rendue nécessaire par la loi fédérale) des retraites des fonctionnaires. Comment va-t-on la financer ? Qui va payer, un secteur privé qui va connaître de grosses charrettes de licenciement dans les mois qui viennent, ou le secteur public, qui pourrait pour une fois montrer que la solidarité n'est pas forcément à sens unique ?

A noter au passage que même le mode de paiement des retraites par répartition nécessite avant tout une stabilité économique à long terme pour fonctionner de manière fiable. Tout le contraire de ce que réclame l'extrême-gauche et une partie des socialistes qui s'en prennent régulièrement à la prospérité dont ils vivent.

21/05/2012

12 raisons de barrer la route au pire candidat

Eric Stauffer fut un bon joueur de football américain. Sport consistant à stopper l’adversaire et à foncer dans le tas pour le bousculer. La politique, c’est tout le contraire : tisser des liens et réunir des majorités pour faire passer des projets. Depuis 7 ans au Grand Conseil, Eric Stauffer n’y est pas parvenu une seule fois. Par contre il est le principal artisan d’un grand nombre de blocages qui n’ont fait qu’aggraver la situation, en accroissant l’impression d’impuissance des politiques en place.

Stauffer l’a écrit : il veut flinguer la racaille française et boucler les sans papier récidivistes dans des containers. Pour protéger le business des délinquants « résidents » ? Comme si avant l’arrivée des africains et kossovars, il n’y avait ni vol ni drogue à Genève ! Si beaucoup de délits se déroulent au centre-ville, les grands ensembles où vivent les « bandes » de résidents viennent juste après dans les statistiques : Meyrin, Onex, Versoix. Territoires où la racaille française ne met pas pied.

Le programme de Stauffer est simple: devenir shérif. Sauf que le job n’existe pas et que ses éventuels futurs collègues prévoient encore moins de le lui confier. Qu’importe, il a déjà écrit et expliqué qu’il désorganiserait le collège jusqu’à ce qu’on le lui donne, en s’appuyant sur ses complicités à la police. On croit rêver devant l’annonce de ses futurs méfaits : putsch et lynchage ! Plus fort que Chuck Norris !

Stauffer ne respecte pas la loi. Un stationnement dépassé ou un excès de vitesse peuvent arriver à tout le monde, mais conduire après un retrait de permis !!! Qu’un tel individu, proférant régulièrement des menaces de mort veuille devenir le chef des corps armés (dont une partie semble à son entière dévotion), c’est carrément inquiétant !

Mark Müller a été poussé à la démission pour avoir tenté de cacher une plainte – retirée - pour bagarre le soir du Réveillon. Stauffer, qui prétend le remplacer, veut faire oublier la demi-douzaine d’actes de violence dans lesquels il a été impliqué ces dernières années. L’un étant pendant devant les tribunaux (ce qu’il nie). Le plus grave : la plainte –retirée – de son ex-amie. Cherchez l’erreur !

Stauffer aurait fait un bon chef de horde à l’époque des hommes des cavernes, voire au Moyen âge : grand, baraqué et totalement dépourvu d’inhibition. Manque de bol, nous sommes au XXIème siècle. La gestion des affaires du Canton demande de l’imagination et de solides qualités de gestionnaire. Ce dot il est fort dépourvu. Il fera donc comme à Onex depuis un an : rien, mais en touchant un plus gros salaire ! Où sont les concerts des Stones promis aux Evaux ?

Pour résoudre la crise du logement, Stauffer veut bâtir une nouvelle cité de 15 000 logements. Avec tous les problèmes d’insécurité de ces grands ensembles où le MCG réalise ses meilleurs scores. Sauf que ce qui manque à Genève, ce sont des appartements de qualité pour la classe moyenne, qui ne veut surtout pas des grands ensembles. Franco, Mussolini, Staline en ont tous construit. Parce que c’était la réponse la plus simple. Et la plus moche.

Excellent vendeur, Stauffer est un gestionnaire exécrable. Il a œuvré à la direction de neuf entreprises ayant fait faillite ! Et il a dénoncé le revenu du Président des SIG : 30 000 Francs/ mois, (pour 100 à 120% d’occupation et non 40%) dont 2/3 variable selon les résultats de l’entreprise et le nombre de séances des conseils d’administration où il représentait les SIG. Moins de la moitié étant payé par les SIG, le reste par des sociétés faisant 14 milliards de chiffre d’affaires, qu’il importe de gérer au mieux. Ce qui a un prix, dans les normes suisses et européennes pour un dirigeant de ce niveau. Stauffer aurait-il coûté moins cher ? En tout cas pas en cas de faillite…

Stauffer est directeur de Medinex, qui revend des forfaits téléphoniques aux fonctionnaires. La société fut modifiée fin 2010 pour répondre à un appel d’offres de la police genevoise. On imagine le scandale si une société dirigée par Mark Muller voulait vendre des ordinateurs au DITC… Après avoir vendu son abonnement – très concurrentiel - à plusieurs milliers de fonctionnaires (en utilisant illégalement des données de l’Etat) Medinex vient d’augmenter ses tarifs d’un seul coup de… 40% en court d’abonnement. Mais ce n’est pas de sa faute… Que dirait « le peuple » si ses impôts augmentaient de 40% d’un coup ?

Eric Stauffer est enfin récemment parvenu à se faire décerner un certificat de non-poursuite. En cumulant, aux frais du contribuable qu’il prétend défendre :

1) les jetons de présence du Grand Conseil et de nombreuses commissions (quitte à arriver en retard, signer l’acte de présence et repartir avant la fin…),

2) son revenu de conseiller administratif d’Onex,

3) CHF 50 000.- de cachetons d’assistant parlementaire de la constituante (du moins a-t-il essayé, car la justice les lui a repris).

4) Les revenus de son job à Medinex grâce auquel des milliers de fonctionnaires ont vu leur abonnement augmenter de 40% d’un coup.

Son nouveau surnom, c’est l’usine Tefal, parce qu’il produit les casseroles plus vite que son ombre et qu’elles glissent sur l’esprit de ses fans sans y accrocher. Que nombre de ses adorateurs soient gendarmes est une circonstance aggravante. Un tel déni de la réalité représente un grave danger potentiel pour la démocratie et la République.

En désespoir de cause devant tant de casseroles, ses fidèles quémandent dans les blogs qu’on le prenne à l’essai, juste pour un an… Et pourquoi donc ? L’élection au Conseil d’Etat n’est ni une œuvre de charité, ni un service de rééducation. N’importe lequel des autres candidat(e)s serait infiniment meilleur que lui. Pourtant, il va rassembler des voix. Cela me fait penser à ces gens qui se rendent chez les grands marabouts dont ils ont trouvé le nom dans leur boîte à lettres, qui répondent aux mails venu de Lagos leur proposant quelques millions de dollars en héritage, ou qui achètent la pierre magique vendue à pleines pages de pub dans les journaux. Il faut de tout pour faire un monde. Mais pas au Conseil d’Etat, Genève a déjà assez de problèmes comme ça !

17/05/2012

L'enjeu fiscal, un gros dossier pour le Grand-Genève

Le gouvernement dessiné par François Hollande pour gagner les législatives ne devrait pas avoir trop de mal. 2/3 des circonscriptions ayant été remportées par Hollande le 6 mai, la droite et le centre devraient se partager le tiers restant. Avec un seul impératif, pour les nouveaux ministres, gagner leur siège de député s’ils se présentent, ce qui n'est pas une obligation.

La Côte d’Azur et l’est devraient rester à droite, d’autant que le PS n’y a pas choisi des candidats rassembleurs, centristes ou radicaux de gauche, mais bien des idéologues militants. Idem de la Suisse et du Grand-Genève où les centristes de droite, ont de bonnes chances car porteurs d’un dialogue constructif et nécessaire plutôt que de clashes inutiles et contre-productifs.

L’heure est grave en effet pour Genève et son agglomération du Grand-Genève. La renégociation annoncée des accords fiscaux, selon ce à quoi elle aboutit, pourrait être catastrophique. Les ministères les plus importants pour nous seront celui du budget, qui échoit à Jérôme Cahuzac, celui de la Francophonie et des relations avec les Français de l’étranger qui voit arriver en politique la réalisatrice Yamina Benguigui et celui des affaires européennes qui gère en général les relations transfrontalières, avec Bernard Cazeneuve.

il se trouve que Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale (et adoubé à ce poste par l’UMP et Sarkozy qui prétendent aujourd’hui tout soudain barrer la route au projet), avait défendu l’idée d’une imposition des Français de l’étranger, dont le principe rassemblait déjà des élus du PS comme de l’UMP.

Dans cette affaire, le Grand-Genève doit faire bloc, indépendamment des tendances politiques et les élus socialiste de France voisine auront, n’en doutons pas, à cœur de défendre les intérêts de notre région frontalière, tout comme nos représentants à Paris, que l’on attend plus centristes. L’écueil à éviter étant d’élire des députés UMP formatés qui, n’ayant que l’opposition à la bouche, contraindraient la gauche à passer en force au palais Bourbon et au Sénat, comme elle en aura les moyens, sans aucune perspective de compromis acceptable.

Or un compromis est possible, et souhaitable. Notre chance, c’est d’abord qu’en se contentant de renégocier avec la Suisse, la Belgique et le Luxembourg et pas avec les autres, comme il l’a annoncé pour des raisons d’efficacité, François Hollande créerait une inégalité de traitement inadmissible, injustifiable et très probablement anticonstitutionnelle entre Français de l’étranger en fonction de leur pays de résidence.

Il faut ensuite dissocier les intérêts de l’Etat de ceux du politique. Les intérêts de l’Etat – donc du budget - sont évidemment de récolter le maximum d’argent possible et dès lors d’imposer tout le monde, les revenus des quelques 200 000 Français de Suisse et frontaliers genevois (français ou suisses) s’avérant une mine considérable de ressources… Les intérêts du politique sont heureusement différents, car la mesure serait fondamentalement injuste et créerait un ressentiment ingérable. En plus de retombées économiques très négatives sur une des régions de France qui fonctionne le mieux. Quant à remettre en cause la rétrocession des fonds frontaliers qui représentent un bon tiers du budget des communes françaises du Grand-Genève, ce serait suicidaire.

Imposer les individus aux normes françaises après déduction de leur imposition suisse ne tiendrait pas compte du coût de la vie en Suisse, du nombre d’heures travaillées (l’équivalent d’un jour de plus par semaine tout de même) ni du fait que les assurances maladies sont à payer en aval du salaire dans le système helvétique. Y compris pour les frontaliers cotisant à la sécurité sociale ! Cela rapporterait à l’Etat mais représenterait une baisse sensible du pouvoir d’achat dans la région frontalière, sur laquelle l’Etat touche près d’un milliard de tva par année… Des milliers, peut-être des dizaines de milliers de double-nationaux rendraient leur passeport, tandis que beaucoup de frontaliers non-français chercheraient à reprendre un domicile fiscal en Suisse. Bref, ce serait contreproductif.

Cela, il faut le faire comprendre à Paris. En discutant plutôt qu’en s’affrontant. Le but du politique est d’ailleurs également symbolique dans cette affaire. Ceux qu’ils visent sont moins les Français qui travaillent en Suisse que les quelques 2% qui y sont exilés fiscaux, sur la base de revenus ou d’héritages français. Peut-on imaginer un système fiscal qui ne toucherait que ces derniers, et pas les 98% autres ? En théorie, oui, en pratique, c’est plus complexe, car sur quelles bases fait-on les déclarations ? Même si l’on n’impose qu’à partir d’un certain seuil (par exemple 1 million), ou seulement les revenus de source française, le fisc doit bien avoir connaissance des éléments permettant d’évaluer l'origine des revenus et s'ils atteignent ce seuil ?

On retombe alors dans le système étasunien : une paperasserie considérable, pour aider le fisc US à s’y retrouver dans des sources de revenus étrangères auxquelles il ne comprend rien. Des milliers de citoyens double-nationaux rendent leur passeport US chaque année, ou se font naturaliser ailleurs (et rendent leur passeport) pour éviter paperasses (les moins riches) et/ou les impôts supplémentaires (les plus riches). Le dernier en date étant le co-fondateur de Facebook, à Singapour, juste avant l’entrée en bourse de la société… Ce qui, aux dernières nouvelles, susciterait le vote d'une nouvelle loi, interdisant l'accès aux Etats-Unis à toute personne ayant renoncé à sa nationalité pour des raisons fiscales.  Si les Etats-unis en profitaient pour jeter un oeil sur la législation des trusts qui permet aux milliardaires (il faut avoir un sacré paquet de millions pour que cela vaille le coup) d'échapper quasiment à l'impôt, ce serait une excellente chose...

A noter que si les citoyens US, même double-nationaux et n‘ayant jamais vécu aux Etats-Unis sont astreints à payer au fisc la somme qu’ils devraient s’ils étaient résidents US (diminuée de ce qu’ils paient déjà en impôts dans leur pays de résidence) Washington ne rembourse jamais rien si cette somme est négative :-)

15/05/2012

Législatives : Claude DEFFAUGT vs Antoine VIELLIARD

Un duel contre nature va opposer deux outsiders dans la circonscription des frontaliers. Celle qui longe la frontière, de Saint-Cergues à Seyssel en englobant Annemasse et Saint-Julien. Le plus étonnant étant qu’ils ont chacun de bonnes chances de l’emporter, face aux deux candidats officiels UMP/PS qui partent avec de gros handicaps.

Le candidat du PS, Guillaume Mathelier ci-devant maire d’Ambilly, aura en effet contre lui près des deux tiers de l’électorat, qui ont voté Sarkozy au 2ème tour de la Présidentielle. Seule la ville d’Annemasse, dirigée depuis des années par Robert Borel puis Christian Dupessey, a donné, de peu, la priorité à Hollande. Ce qui ne suffira pas à remonter le gros handicap du reste de la circonscription.

De plus, si Borel et Dupessey sont proches du centre gauche, Mathelier est dit-on beaucoup plus proche de Montebourg. Ce qui n’est pas très porteur dans une circonscription ancrée à droite. Il aura des rivaux du côté des écologistes, de l’extrême-gauche et surtout du centre. A défaut de radical de gauche, le Président départemental du MODEM, Antoine Vielliard, conseiller général de Saint-Julien, se présente sur une ligne de soutien critique au gouvernement de Hollande. Il a pour suppléant Gabriel Doublet, le maire de Saint-Cergues. Tous deux tiennent un blog dans la Tribune de Genève.

A droite, la candidate officielle de l’UMP Virginie Duby-Muller a un double problème : son inexpérience et son parachutage. Oh elle ne vient pas de bien loin, puisqu’elle est de Bonneville, dans la circonscription d’à côté, mais enfin elle est toute jeune, a fait ses études à Grenoble et n’a aucun ancrage local, hormis celui de son suppléant, le député sortant Claude Birraux.

Claude Deffaugt, candidat de centre droite, est soutenu par l’UMP locale, qui s’est rebellée contre un parachutage effectué sans consultation. Il a également le soutien de nombreux maires ruraux et du patronat local dont il est l’un des représentants les plus en vue. Petit-fils du maire d’Annemasse, héros de la Résistance et juste parmi les nations, Deffaugt a un ancrage local des plus solides. Patron de Migros-France qui balise la circonscription à Etrembières, Archamps et Saint-Julien, il est double-national franco-suisse, comme plus de 15% des électeurs d’une circonscription qui compte 50% de frontaliers.

Si Mathelier a de grandes chances d’être au second tour, il n’en a pratiquement aucune d'emporter l’élection face à n’importe lequel des trois autres, Deffaugt, Vielliard ou Duby-Muller, sauf en cas de triangulaire, et encore… On peut d’ailleurs s’attendre à ce qu’il n’y ait pas de triangulaire, celui qui pourrait être accusé d’avoir fait élire Mathelier signant sa mort politique dans la circonscription.

En tant que centriste, fondateur du Modem suisse, même si j’en ai démissionné depuis, ayant de plus voté Hollande contre Sarkozy au 2ème tour, mon choix devrait se porter sur Antoine Vielliard. Cela ne sera pas le cas. La candidature de Claude Deffaugt me parait nettement plus porteuse d’espoir pour la région, et ce pour deux raisons, à mes yeux essentielles, car elles sont au cœur du débat politique actuel, des deux côtés de la frontière. L’attitude face à l’égard de la Suisse et face à la crise.

Antoine Vielliard s’est fait connaître par son opposition systématique à la politique d’accueil des multinationales (il fut à ma connaissance le premier à pointer du doigt le problème, bien avant que les socialistes, les verts et même l’UDC s’en emparent) et par son discours rugueux à l’égard des autorités genevoises, notamment des maires, qu’il accuse de ne pas construire assez. Ce qui n’est pas faux, mais les maires du Grand Genève, quel que soit le coté de la frontière où ils se situent, sont tous confrontés au même souci : préserver la qualité du cadre de vie et éviter les problèmes découlant d’une croissance démographique plus rapide que les aménagements prévus.

Ces problèmes, il faut les gérer ensemble, en coordination et non pas les uns contre les autres. Si quelqu’un à Genève, sur la rive droite rejetait toute la faute sur la rive gauche, en traitant ses élus de voyous, il serait vite déconsidéré. Idem d’un annemassien qui s’en prendrait sempiternellement aux gens de Saint-Julien en les insultant. Or, entre France et Suisse, ces discours de haine et de division sont rendus possibles et même rencontrent un succès certain du fait de l‘existence de la frontière. Je ne partage pas cette manière de voir. La frontière, il faut chercher à la gommer, si l'on veut vivre ensemble harmonieusement, pas la souligner et l'exacerber.

De fait, le mitage du territoire français est de l‘entière responsabilité des élus français. C’est à eux de faire en sorte de construire là où il faut, ce qu’il faut, et pas n’importe quoi, n’importe où. La démarche de Gabriel Doublet, qui a reclassé en zone agricole des terrains à construire va dans le bon sens, même si elle concourt à réduire l’offre et donc à faire monter les prix. Pour éviter ce dernier écueil, les responsables locaux, politiques et économiques, doivent s’entendre pour construire du logement de qualité à prix abordable pour les membres de leur personnel et leurs familles. Ce qui sera le meilleur moyen de conserver en France les travailleurs nécessaires dans des conditions satisfaisantes pour tous.

Il est frappant de constater que les populistes, de part et d’autre de la frontière, tiennent le même discours, ont le même ressenti : l’autre côté nous dicte sa loi, nous impose ses choix et bien sûr est le principal responsable de nos maux : c'est la faute à Genève et à la Suisse en France voisine, celle des frontaliers et de Bruxelles à Genève. Cela ne peut évidemment pas être vrai. Pas les deux en même temps. Ou plus exactement, comme dans toute forme de cohabitation et d’échange, toute forme de vie sociale, il faut faire des concessions et apprendre à partager. C’est le discours de Claude Deffaugt, un discours d’apaisement et de raison et je le soutiens à 200%.

Quant à la croissance et au poids des multinationales, il est bon de rappeler quelques faits : 10% seulement des emplois créés dans la région et des nouveaux arrivants viennent directement du fait des multinationales. L’immense majorité de l’immigration dans le Grand Genève, des deux côtés de la frontière, est le fait de gens qui viennent d’eux-mêmes, attirés tout simplement par la santé de l’économie et la qualité de vie. Tout le monde voudrait créer des emplois pour les chômeurs locaux sans qualification, mais ce type d’emploi est à l’agonie dans toute l’Europe, sauf dans les services. Donc on a le choix entre les multinationales et la désertification économique.

Si de manière globale, les ressources de la planète montrent leur limite, nulle loi ne nous empêche d’essayer de tirer notre épingle du jeu, dans l’intérêt général, en étant plus durable, plus propre mais aussi économiquement plus forts. Pour cela, il y a des complémentarités à construire, des améliorations à apporter dans la formation ou ailleurs, des projets à soutenir. Claude Deffaugt est armé de cette vision-là, celle d’un entrepreneur qui imagine et qui crée. Antoine Vielliard, s’il fait de bonnes analyses, reste un spécialiste du marketing et des études de marché. Nous avons besoin de sociologues et d’analystes, mais aux postes à responsabilité, je préfère un entrepreneur, armé d’une solide vision sociale, du genre de celle que confère une entreprise coopérative comme la Migros.

11/05/2012

Les enjeux rêvés des Jeux de Genève

Demain et dimanche vont se tenir les premiers Jeux de Genève depuis les années 40. Dans différents lieux du canton, notamment à la queue d’Arve, aux Vernets (Caserne et centre sportif où sera situé le « village des Jeux »), au Port Noir et au Bois des Frères. Des compétitions dans 22 sports qui rassemblerons les jeunes sportifs de tout le canton, jusqu’à 18 ans.

Les organisateurs (L’Association genevoise des sports, la Ville et le Canton) souhaitent en faire une manifestation régulière, tous les deux ans, qui devrait accueillir également les jeunes sportifs du Grand Genève, vaudois et français. Ce qui serait une excellente chose, ne serait-ce que pour leur apprendre à se connaître, puisqu’ils sont appelés à partager le même bassin de vie active. L’une des questions à résoudre étant d’ailleurs de savoir si les partenaires seront stricto sensu ceux de l’agglomération (le Grand Genève) qui y montrent un réel intérêt, ou tout le Canton de Vaud et tous les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie dont les villes capitales sont disons plus frileuses.

Voilà pour l‘enjeu socio-politique, mais qu’en est-il des autres enjeux ?

Pour les jeunes sportifs d’abord, quel est leur intérêt à participer, hormis d’essayer d’y vaincre pour la beauté du geste en jeunes amateurs exemplaires qu’ils sont ? Ne pourrait-on imaginer des prix qui soient plus motivants qu’une simple médaille, un voyage par exemple, offert par un sponsor ? C’est la porte entrouverte sur toutes les déviances du sport professionnel, certes, mais en même temps, c’est de nature à motiver et attirer davantage public et sportifs. Et la glorieuse incertitude du sport est plus glorieuse devant des salles remplies. Ce n’est pas forcément une bonne idée, mais c’en est une qui mérite d’être discutée.

Sur le plan éducatif, puisque nous parlons de jeunes de moins de 18 ans, je trouve dommage que ce type de manifestation soit uniquement sportive. Les Etats-Unis ont parfois de bonnes idées et parmi celles-ci les « olympiades » qui opposent des équipes de collèges dans toutes sortes de discipline sportives, artistiques et intellectuelles : il y a du rock, des maths, de l’histoire, de la danse de rues, et bien sûr du basket ou du foot américain. L’équipe qui gagne est celle qui a les meilleurs résultats dans toutes les disciplines.

On pourrait imaginer des équipes constituées par quartier, ou par collège, respectivement lycée ou gymnase (ou ECG etc…). Avec le risque d’une exacerbation des tensions déjà existantes entre bandes rivales de quartier, mais j’ai plutôt l’intuition qu’il y aurait là un parfait exutoire aux petites rivalités du quotidien. En tout cas, l’impact en termes d’audience serait certainement très positif. Reste que l’association genevoise des sports, qui invite et organise, n’est pas structurée de la sorte. Y aurait-il un moyen de mixer les deux, malgré tout ?

Sur le plan éducatif et financier encore, l’organisation d’une telle manifestation est un énorme boulot. Qui fait appel à toutes sortes de compétences et très largement au bénévolat. Pourquoi ne pas chercher à impliquer davantage les jeunes dans ce bénévolat (et dans l’apprentissage – sur le tas - de ces compétences), comme cela se faisait spontanément pour les premiers festivals de la Bâtie ? Dans les bois, tout le monde était à la fois spectateur, artiste et organisateur. Un grand moment d’intégration à la genevoise. On pourrait même imaginer que la bonne participation à l’organisation rapporte des points à l’équipe ?

09/05/2012

Lettre ouverte à une candidate socialiste qui me fait déjà regretter d’avoir voté Hollande

Chère Madame la candidate « socialiste » à la députation dans la 6è circonscription de Suisse-Liechtenstein, j’ai été profondément choqué par l’outrance de vos écrits, qui m’ont fait regretter d’avoir voté Hollande, 3 jours à peine après le scrutin ! Accuser le centre et la droite d’avoir violé le pacte républicain en soutenant le président sortant, c’est le violer vous-même. Ainsi selon vous, la République ne serait composée que de vous et vos amis ? Belle leçon de démocratie !

La rancœur de n’avoir aucune chance d’être élue n’excuse en rien l’immaturité de vos écrits. Même votre évident manque de culture politique et d’humanisme ne l’excuse pas. Ainsi donc, à chaque fois que le PS Suisse, dont vous êtes membre, vote un projet de loi en même temps que le MCG au plan cantonal ou avec l’UDC à Berne, il violerait le pacte républicain ? Et que dire alors de votre conseiller national qui soutenait implicitement le terrorisme des FARC et de la ETA contre des gouvernements démocratiquement élus ?

Mme de Tassigny, pour ne parler que d’elle a soutenu Sarkozy au 2ème tour, c’était son choix et son droit. Son humanisme, son ouverture d’esprit et ses valeurs républicaines sont inattaquables et maintes fois prouvées. Contrairement aux vôtres. Elle recevra donc les voix de nombreuses personnes ayant voté Hollande au 2ème tour, à commencer par les soutiens de Bayrou qui comme moi sont dans ce cas. Ils sont 3000, si l’on décortique les résultats et ils ne sont pas dupes de vos accusations infâmes. Ils représentent 15% des voix de Hollande en Suisse…

Bayrou a fait 14,5% des voix au premier tour et l’on peut s’attendre à ce que Mme de Tassigny fasse davantage car elle est extrêmement bien implantée et représente non seulement officiellement Bayrou en Suisse, mais aussi le parti radical de Borloo et d’autres centristes de droite.

Hollande a fait 19,5% des voix au premier tour et à mon avis, après la publication de votre ignoble lettre (en gros : « Tout ce qui n’est pas avec moi n’est pas républicain ! »), vous ferez moins. D’autant qu’il vous faudra partager non seulement avec une excellente candidate mélenchonienne et néanmoins ouverte d'esprit, Magali Orsini et avec une verte, mais aussi avec une radicale de gauche.

De toute manière, au 2ème tour, avec de tels propos, vous êtes cuite… D’autant que vous n’avez jamais remis en cause la promesse électorale profondément inique de votre champion à l’égard des travailleurs français de Suisse, soit l’imposition de leurs revenus selon les barèmes français, en sus de ce qu’ils paient déjà comme impôts en Suisse. C’est profondément inique car un revenu suisse de base est un gros revenu en France et donc lourdement imposé. Or les barèmes français ne tiennent évidemment aucun compte du coût de la vie et des loyers en Suisse, du fait que l’assurance maladie n’est pas prélevée en amont du salaire, etc… Sans compter le surcroit de procédure administrative… Ce qui s’annonce avec une telle mesure, c’est probablement l’abandon de leur double nationalité par des dizaines de milliers de franco-suisses, les jeunes expats n’ayant malheureusement pas cette possibilité.

Pour expliquer cette réalité à Paris et les convaincre que le jeu n’en vaut pas la chandelle (il faudrait en plus renégocier la convention fiscale franco-suisse), notre députée devra être rompue à la négociation, avoir des entrées privilégiées et faire preuve d’une grande diplomatie. Mme de Tassigny réunit toutes ces qualités. Celà n’est pas votre cas, ni celui de votre alter-ego de l’UMP.

08/05/2012

Place aux législatives. Mme de Tassigny risque fort de surprendre...

Dans un mois, la France va élire son parlement. Les socialistes espèrent une vague rose pour pouvoir gouverner sans entraves, la droite sarkozienne rêve au contraire d’une cohabitation qui contraindrait Hollande à nommer un premier ministre de droite. Tandis que le F-haine se voit déjà en haut de l’affiche, en position d’arbitre dans de nombreuses triangulaires... Dans lesquelles on peut s'attendre à ce qu'un sursaut républicain fasse mordre la poussière à ses candidats.

Soyons clairs, aucun de ces cas de figure ne peut être profitable pour la France, car ils seraient synonymes d’affrontement des camps perpétué jusqu’à l’infini. Or la France, comme l’Europe et comme la Suisse ont besoin de raison et d’unité pour effectuer les mutations profondes rendues nécessaires par les bouleversements du monde.

La gauche ne doit pas être largement majoritaire, car elle serait tentée de camper sur les acquits sociaux des siècles passés, quand le prolétariat rêvait de la disparition du travail, alors qu’aujourd’hui il se bat pour retrouver un job… Une gauche trop forte serait amenée à éviter les mutations en se contentant d'ouvrir les vannes de la redistribution sans en avoir les moyens financiers. Ce qui serait suicidaire à moyen terme. Heureusement, le risque est faible, si l’on en croit l’état des forces et les sondages qui grosso modo, se révèlent tout de même assez fiables.

L’UMP a tout aussi peu de chances de tirer son épingle du jeu, si elle s’obstine à ne pas entendre le message et à miser partout sur des sortants compromis par un système d’allégeance quasi-féodal. La France a besoin d’idées nouvelles et ce n’est pas l’UMP qui les représente dans l’imaginaire collectif. L’heure des centristes est venue, qu’ils soient de centre-gauche ou de centre-droite. Il est temps d’élire des députés qui sauront juger en leur âme et conscience de l’utilité d’une loi, plutôt qu’en fonction de l’étiquette de celui qui la porte…

Dans le Grand-Genève, qui devrait avoir 5 députés à Paris, plusieurs candidat(e)s répondent à cette définition. Ils et elles ont leurs chances, le PS n’en ayant aucune et les candidats UMP officiels n’étant pas de première force. Etienne Blanc mis à part, qui devrait conserver son siège et c’est heureux, car le député-maire UMP de Divonne est rompu au dialogue - y compris avec les poids lourds de la gauche modérée qui dominent la région - et c'est un connaisseur éclairé des réalités transfrontalières. La gauche aura-t-elle l'intelligence d'appuyer des candidats centristes susceptibles d'apporter leurs voix à des projets raisonnables ou préférera-t-elle jouer le clivage et la division, quitte à ne pas fournir à Hollande les moyens de gouverner ?

Il serait bon d'y réfléchir avant le 2ème tour, et peut-être même avant le premier, car après il sera trop tard. Si l'on prend l'exemple des Français de Suisse, par exemple, trois femmes sont en position d'être au 2ème tour, mais deux d'entre elles seulement peuvent espérer être élues. La candidate PS est assurée d'être au 2ème tour... et de perdre contre n'importe laquelle des candidates de droite ou du centre, sauf si deux d'entre elles se maintenaient - ce qui est peu probable, ces dames ayant parait-il passé un accord de désistement réciproque.

Avec le gros avantage d'être extrêmement bien enracinée dans toute la Suisse romande, depuis des années, contrairement à la candidate de l'UMP qui n'est implantée qu'en Suisse alémanique (soit moins de 10% des électeurs français de Suisse) Mme de Tassigny part avec une longueur d'avance. A défaut de l'onction sarkozyste, Mme de Tassigny reçoit celle de tout le centre à commencer par Borloo et les radicaux, le Nouveau Centre en pleine recomposition et  bien sûr le MODEM. Ce qui fait qu'elle prendra des voix aussi bien parmi les électeurs de Sarkozy que parmi ceux de Hollande. Il est d'ailleurs probable que certains socialistes votent pour elles dès le 1er tour, tant elle a su convaincre, par ses qualités humaines, durant toutes les années passées dans la haute administration de la Ville de Genève, ou comme élue, puis Présidente du Grand Conseil.

Qui mieux qu'elle pourra défendre efficacement, par le dialogue et non par l'affrontement stérile, les intérêts des Français de Suisse, à l'heure où il est question de les surimposer ? Surimposer, oui, car le taux d'imposition ne tiendrait compte que des réalités économiques françaises et non pas des conditions de vie en Suisse, qui sont bien différentes quant aux montants des charges à assumer ! Pour défendre ces postions sur des bases de justice et d'équité sociales, il faut être crédible et ne pas donner l'impression d'être un opposant systématique...

Dans les autres circonscriptions du Grand Genève aussi, des centristes ou des candidats dissidents de l'UMP seront en poisition d'être élus, à Thonon-Evian, Annemasse-Saint-Julien et Bonneville. Nous en ferons le tour, circonscription par circonscription, ces jours prochains.

03/05/2012

La déclaration de François Bayrou

Voilà, ci-dessous la déclaration de François Bayrou. Je ne saurai mieux dire. Il ose aller au bout de sa démarche et il a raison. Les affrontements stériles n'ont que trop duré. Hollande apporte un sang neuf, mais il aura besoin de tout le monde s'il veut redresser vraiment la situation et contrer la crise. Cela ne pourra pas être sur une ligne à gauche toute en matière économique. Cela passe à mon avis moins par des postes ministériels - encore que quelques centristes comme Peyrelevade feraient d'excellents ministres de l'économie - que par une inflexion du programme et la mise en place concertée d'une large majorité d'ouverture à l'Assemblée, laissant la porte ouverte au centre, ainsi qu'à la droite modérée désireuse d'apporter son soutien aux réformes utiles au pays.

"J’ai examiné depuis deux semaines l’évolution du deuxième tour de l’élection présidentielle, au travers de la lettre que j’ai adressée aux deux candidats, de leurs réponses, des interventions publiques et du débat d’hier soir. 

Je l’ai fait au nom d’un courant politique qui a été soutenu au premier tour par plus de trois millions de Français. Au sein de ce courant politique, il est des sensibilités diverses, plus à droite, plus à gauche, très au centre. Et c’est naturel : le courant central du pays quand il est soumis au choix impitoyable de la bipolarisation est forcément divers.

Cette diversité, j’y tiens. Elle est notre nature propre. C’est pourquoi je ne donnerai pas de consigne de vote. Chacun de mes amis, chacun de mes électeurs s’exprimera en conscience. Je sais qu’il y aura des expressions différentes. Et je les respecterai.

Je veux donc vous dire mon jugement personnel.

Nicolas Sarkozy, après un bon score de premier tour, s’est livré à une course-poursuite à l’extrême droite dans laquelle nous ne retrouvons pas nos valeurs, dans laquelle ce que nous croyons de plus profond et de plus précieux est bousculé et nié dans son principe. L’obsession de l’immigration dans un pays comme la France, au point de présenter dans son clip de campagne un panneau « Douane » écrit en Français et en Arabe, qui ne voit à quels affrontements, à quels affrontements entre Français, cela mènera ? L’obsession des « frontières » à rétablir, comme si elles avaient totalement disparu et que nous y avions perdu notre âme, qui ne voit que cela conduit à la négation du projet européen auquel le centre et la droite, autant que la gauche modérée, ont donné des décennies d’action et de conviction ? Et quant à l’idée que l’école, ce devait être l’apprentissage des frontières, qui ne voit que c’est une déviation même de l’idée d’école, qui est faite au contraire pour que s’effacent les frontières entre les esprits, entre les consciences, entre les époques ?

La ligne qu’a ainsi choisie Nicolas Sarkozy entre les deux tours est violente, elle entre en contradiction avec les valeurs qui sont les nôtres, pas seulement les miennes, pas seulement celles du courant politique que je représente, mais aussi les valeurs du gaullisme, autant que celles de la droite républicaine et sociale.

Comment en est-on arrivé là ? Ce sera l’histoire de cette élection, de cette rupture au sein du peuple français, rupture qui vient de loin, rupture économique, sociale et morale. Je ne veux pas voter blanc. Cela serait de l’indécision. Dans ces circonstances, l’indécision est impossible.

Reste le vote pour François Hollande. C’est le choix que je fais. Il s’est prononcé, de manière claire, sur la moralisation de la vie publique dans notre pays. Il aura fort à faire.

J’ai dit ce que je pensais de son programme économique. Je ne partage pas ce programme : je pense que ce programme est inadapté à la situation du pays et encore plus à la crise qui vient, que j’ai annoncée, je crois certaine.

Mais je pense que devant cette crise inéluctable il n’y aura qu’une attitude possible : une unité nationale qui réunira des femmes et des hommes venus d’horizons différents, pour permettre au pays de se ressaisir.

Cette unité nationale, elle ne se réalisera jamais si chacun reste dans la logique des camps anciens, une opposition en embuscade contre une majorité dont le seul but est qu’elle se casse la figure. La situation de notre pays, et encore davantage la situation que notre pays va connaître est trop grave pour cela.

Je ne suis pas et ne deviendrai pas un homme de gauche. Je suis un homme du centre et j’entends le rester. Et je suis certain que le jour venu, il faudra aussi qu’une partie de la droite républicaine soit associée à ce qu’il va falloir faire pour que la France s’en sorte.

Par mon choix, je rends possible pour la première fois depuis longtemps cette union nationale, la vraie mobilisation des Français au service de la France.

Il appartiendra à François Hollande, s’il est élu, de réfléchir à la situation et de prendre en compte cette nécessité pour le pays.

S’il en reste à la gauche classique et à son programme, je serai un opposant, dans une opposition vigilante et constructive. Il faudra une opposition constructive, mais déterminée, quand il s’agira d’empêcher les erreurs annoncées.

Il est des moments dans l’histoire où l’engagement devient vital. Je crois que le moment est venu de franchir des pas décisifs : nous devons tous, où que nous soyons, nous dépasser et nous rassembler pour que la France se reconstruise."

02/05/2012

Sur 10 ans, le corps électoral français est étonnamment stable C’est juste que l’effet tornade Sarkozy a cessé d’agir.

1) Malgré la crise, il n’y a aucune progression du vote Front National, au contraire : en 2002, Le Pen père et Mégret (dissident « de droite ») du FN avaient fait ensemble au 1er tour plus de 18,2 % des voix, contre 17,9% à Marine… Si l’on y ajoute une partie des 4,2% de voix de Chasse, pêche nature et traditions, on s’aperçoit que le vote d’extrême-droite a en réalité baissé.

2) Même le fait que les jeunes constituent une partie de l’électorat FN n’a rien de nouveau. Depuis 68, Occident et le GUD, une part non négligeable de la jeunesse française entre en politique en commençant par s’engager à l’extrême-droite (ou à l’extrême-gauche). Pour l’extrême-droite on peut citer Madelin, Devedjian, Longuet, Schuller, Novelli, Gloasguen, entre autres qui ont ensuite fait des carrières nettement moins extrémistes. Ou encore le très anti-européen conseiller particulier de Sarkozy, Patrick Buisson. Exactement comme une bonne partie des cadres du PS (et parfois de l’UMP) sont issus des groupuscules trotskystes ou maoïstes de 68.

3) Le pourcentage de l’extrême-gauche (gauchistes et communistes) au 1er tour en 2002 frise les 14%. Contre moins de 13% en 2007 pour Mélenchon, LO et le NPA.

4) Aux 16,2 % de Jospin en 2002, il faut ajouter 14,6 % de voix vertes, vertes libérales, radicales de gauche et chevènementistes, soit 30,8 % en tout, à rapprocher des 30,9 de Hollande+Joly.

5) En 2007, Sarkozy a siphonné le vote FN par un discours ultra-droitier dès le 1er tour. Mais il ne l’a pas fait disparaître, d’autant qu’ensuite, affolé par le score canon de Bayrou (plus de 17%) il a officiellement mené une politique d’ouverture à gauche.

6) Chirac fait 19,9 % au 1er tour en 2002, Bayrou, 6,8, auxquels il convient d’ajouter les 5,1 de Madelin et Boutin, plus une partie des voix de Chasse, pêche etc… La droite et le centre font donc ensemble un bon tiers des voix, l’extrême droite frise les 20% et la gauche unie fait 45%.

7) Les résultats du scrutin de 2007 diffèrent de 2002-2012 parce que la gauche et la droite se sont fait peur en 2002, puis en 2005 au référendum sur la constitution européenne. La tornade Sarkozy mord alors largement sur l’électorat d’extrême-droite, ce qui offre un boulevard au centre… et à Bayrou son score historique. Ce qui paradoxalement explose l’ancienne UDF, restée traditionnellement ancrée à droite, au contraire du MODEM, nettement plus volatil.

8) Quelles conclusions en tirer ? La gauche en tant que telle n’est pas majoritaire en France. La droite encore moins. La droite ne le devient que si elle parvient à convaincre à la fois les électeurs d’extrême-droite et du centre, ce qui relève du grand écart. On le voit bien cette fois encore, où la dérive sarkozyste repousse à gauche une partie du centre. Par ailleurs, à l’opposition droite-gauche sur la manière de répartir la richesse s’est rajouté un clivage très fort sur l’Europe et la mondialisation qui divise (ou rassemble) à gauche, comme à droite.

9) L’avenir appartient aux politiques qui sauront rassembler autour d’un centre élargi les forces nombreuses et productives de la majorité silencieuse. Celle qui veut de l’Europe démocratique et de la mondialisation raisonnée, de la répartition sociale et du libéralisme économique, parce qu’il n’y a tout simplement pas d’alternative durable. Bayrou a montré la voie, mais il a échoué. Sans doute parce qu’il n’a pas su montrer les lendemains qui chantent après le présent austère…

10) Sarkozy a fait son temps. Il a mené des réformes, mais la baguette magique est cassée. S’il gagne dimanche, ce sera par les poils et le plus sûr moyen de mettre la France à l’envers sur les cinq années à venir. Parce que pour mener à bien les réformes nécessaires, il serait contraint de passer en force, conte la volonté de la rue, très remontée, sur sa droite comme sur sa gauche. Le Pen ne lui laissera rien passer, Mélenchon non plus.

11) Si au contraire c’est Hollande qui gagne, il lui sera impossible de mener une politique franchement de gauche, ce que d’ailleurs il ne souhaite probablement pas. Abonder dans le sens du Front de Gauche serait le plus sûr moyen de ruiner l’économie et d’installer Le Pen au pouvoir en 2017.

12) Plus l'avance de Hollande sera faible, plus nombreux seront les députés centristes ou de droite modérée élus au Parlement et plus Hollande comprendra qu’il doit mener une politique mesurée. Et habile. C’est tout ce qu’on souhaite à la France. Quant à taxer à 75% les revenus de plus d’un million d’euros par an (1,2 millions de Francs suisses de revenu après abattements, donc !), Françoise Hardy peut se tranquilliser, cela m’étonnerait fort qu’elle gagne encore de telles sommes sur ses droits d’auteur… En revanche, il serait urgent de prévoir des aménagements pour les jeunes stars et autres footballeurs qui gagnent énormément d'argent (et paient donc énormément d'impôts) sur de très courtes périodes et potentiellement beaucoup moins voire plus du tout ensuite. A l'échelle d'une vie, ils n'auront pas forcémment gagné plus qu'un cadre sup ou qu'un médecin, par exemple, mais payé en revanche nettement plus d'impôts. Ce qui est injuste. Un étalement sur 10 ou 20 ans ou le dégrèvement de sommes conséquentes "sanctuarisées" en prévision du futur serait une excellente chose.