04/06/2012

C'est le moment de voter utile

J'ai l'impression qu'en politique, trop de gens ont tendance à prendre leurs rêves pour la réalité. Moi le premier. Cela se traduit notamment par le fait d'espérer que son candidat préféré ait le don de faire des miracles. Dans des élections majoritaires à la française, avec un vrai premier tour et un vrai deuxième tour, cela ne porte pas à conséquence: vous pouvez multiplier les candidatures, comme dans le cas des législatives françaises en Suisse (21 candidats pour un taux de participation de... 22%) cela ne porte pas à conséquence: au 2ème tour, les deux candidats attendus seront encore là, à départager. Et les 19 autres auront disparu. Dont celle que je soutenais, en l'occurrence :-(. Mais cela ne remet pas en cause la possibilité de choix décisif, qui reste à faire

Dans l'élection complémentaire à Genève, il en va tout autrement. D'abord je dois confesser avoir cru, parce que je pensais l'avoir lu quelque part que le quorum était à 35%, or ce n'est pas le cas. Il est à 33%.  Ce qui signifie en clair que celui qui est devant est élu dès le 1er tour, s'il atteint le seuil de 33%. Et bien évidemment, si le celui est une celle, ça marche aussi.

La gauche l'a fort bien compris, qui ne présente aucun autre candidat que celle du PS, l'objectif étant d'atteindre les 33% du premier coup, à tout coup. Les candidatures du vert lib, du pirate, du prophète et même du MCG vont lui coûter quelques points, mais il y a peu de risques (ou de chances) que cela puisse l'empêcher d'atteindre le 1/3 des voix. Et s'ils sont deux à atteindre les 33%, c'est clairement celui (ou celle) qui est devant qui est élu(e).

Dès lors, il apparait clairement que la droite et le centre et plus généralement l'économie privée et les Indépendants, la classe moyenne et les entrepreneurs, mais aussi tous ceux qui pensent que la sécurité laisse à désirer et qu'il faut pouvoir avant tout y mettre des moyens, qu'il faut des logements, mais pas uniquement pour les personnes assistées... Et puis aussi tous les fonctionnaires qui en ont marre d'être bloqués dans leurs ambitions professionnelles parce qu'ils ne sont pas encartés chez les verts ou au PS, contrairement à leurs petits chefs, tous ceux-là, qui sont clairement la majorité à Genève, n'ont qu'un seul choix, une seule chance de voter d'une manière qui préserve leurs intérêts et l'avenir de Genève, c'est Maudet, dès le 1er tour. Tout de suite, maintenant.

Parce qu'il n'y aura pas de deuxième tour, contrairement à ce que j'ai pu écrire et que si Maudet n'est pas élu, ce sera la candidate socialiste qui le sera. Le Vert Lib n'a aucune chance et le MCG pas davantage. Le second fera certes cinq fois plus de voix que le premier, mais il restera loin en deça du quorum. Le MCG et l'UDC additionnés n'ont jamais atteint le 1/3 des voix à Genève, tout au plus le 1/4 et fusionnés, ils vont forcément faire moins. Parce qu'une bonne partie de l'UDC va voter Maudet (ou PS d'ailleurs) et que plusieurs personnalités du MCG vont également voter Maudet. Et pas que dans le secret des urnes, car cela se lit sur Facebook. D'ailleurs certaines étaient carrément présentes à la fête de Maudet à Carouge.

Dans cette affaire, l'intérêt du candidat Verts Lib' comme de celui du MCG est le même: strictement personnel et au détriment des idées et même des électeurs qu'ils prétendent défendre. Politiquement, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarettes entre Maudet et les Verts Lib. C'est juste une question d'ego de Laurent Seydoux qui veut se faire reconnaître. Pourquoi pas, sauf que ce n'est pas le moment. le cas du MCG est plus complexe. Il y a certainement des différences dans l'approche des problèmes. D'abord parce que d'un côté, il y a une vraie réflexion sur "que faire une fois au pouvoir pour améliorer la situation de Genève et des Genevois ?". Tandis que de l'autre la réflexion se limite à "comment vais-je arriver au pouvoir?", quitte à se fendre de quelques slogans tapageurs et sans lendemain.

Et justement, dans la stratégie d'accès au pouvoir, il y a "faire schmir la droite et le centre un max, jusqu'à ce qu'ils soient obligés de me prendre à bord". Tant pis si entretemps, c'est la gauche qui en profite et que la situation continue de se dégrader. Après tout la dégradation de la situation ne peut que me profiter au bout du compte.

Mais alors, que font la droite et le centre ? Pourquoi ne pas partager le pouvoir et lui donner la part qu'il réclame, c'est à dire tout d'abord un bon salaire de Conseiller d'Etat pour quelques années et la retraite qui va avec ? Après tout, ce seraient les impôts qui paieraient - donc tout le monde - et ce serait l'assurance d'une majorité stable pour un moment ? Oui, pourquoi, hein, pourquoi ? La gauche en fait bien autant avec l'extrême gauche en Ville par exemple ?

D'abord il y a les casserolles et le comportement imprévisible, donc incontrôlable du personnage en société. La crainte de ridiculiser davantage encore la fonction politique, déjà bien assez affaiblie comme cela. Ensuite il y a les considérations économiques. La sécurité, c'est bien joli, mais c'est d'abord essentiellement une question de coûts. Pour désengorger les tuyaux, tant à la justice qu'à la police ou même à Chandolle... Et pour pouvoir payer ces coûts, il faut une économie qui marche. C'est à dire sans socialiste majoritaire, mais sans UDC ou MCG hostiles aux accords bilatéraux au Gouvenerment. A moins que ceux-ci se montrent plus raisonnables. Parce que l'économie de Genève est basée sur les échanges et qu'il ne saurait en être autrement, pas par idéologie mais parce que Genève n'est pas en état de produire quoi que ce soit sans avoir besoin d'acheter des composants et d'exporter le produit fini.

Genève est une plaque tournante, cela fait 2600 ans qu'il en est ainsi. Une plaque tournante qui s'arrête de tourner périclite. Et pour tourner, elle a besoin de hamsters qui font tourner la roue. Nous. Pas d'énergumènes prêts à mettre des batons dans les engrenages.

 

Commentaires

Il faut de temps en temps un coup de sac comme au loto pour redonner de l'intérêt à la partie. Le coup de sac c'est Stauffer.

Écrit par : norbert maendly | 04/06/2012

Non M. Maendly, le coup de sac MCG ne va servir à rien, juste à renforcer le PS, en court-circuitant la concurrence. Est-ce vraiment bien ce que vous voulez ?

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2012

Vous dites trop de gens prennent leurs rêves pour des réalités,pourquoi mettre des élus sur un piédestal,et si on ne veut pas être déçu autant mettre le nom de son animal favori sur la liste électorale .Croire les yeux fermés à se qui se dit en période pré-électorale montre bien qu'aujourd'hui le citoyen se laisse facilement berner mais c'est normal ,on lui fait fait peur en inventant n'importe quel fait divers sordide justement pour l'amener là ou il ne faudrait pas aller.Certains partis agissent exactement comme des sectes,en inventant n'importe quelle théorie pourvu qu'elle soit reproduite à des milliards d'exemplaires grâce aux médias qui eux sont pain béni pour les partis,qui dirige qui en définitive ? les millénaristes ou fondamentalistes ont compris l'importance de leurs propres délires,ce n'est pas une raison pour les imiter,y'a déjà assez de faux espoirs sans en rajouter

Écrit par : lovsmeralda | 04/06/2012

Le "vote utile" que vous préconisez a placé tellement d'incompétents au pouvoir, à commencer de votre côté de l'échiquier politique, que je vois mal comment vous pourriez continuer à le vendre aux électeurs.
Vous devriez dire "votez utile mais si vous votez inefficace". Le but n'est pas de placer des hommes ou des femmes dont les couleurs politiques nous correspondent, mais des magistrats capables d'imposer leurs idées. Or, tout candidat à une carrière politique à long terme ne fera précisément rien de nature à le couper à une partie de l'électorat.
Comme vous le savez, lorsqu'on fait quelque chose en politique, on a contre soit ceux qui voulaient le faire à notre place, ceux qui voulaient le faire autrement, et ceux qui ne voulaient tout simplement ne rien faire du tout. C'est ainsi que pour durer en politique la majorité choisit l'inaction.
Eric Stauffer, lui, qu'il plaise ou non, fera quelque chose, vous pouvez en être certains, au risque de déplaire et de ne pas être réélu dans un an et demi. Eh bien donnons-lui cette chance de convaincre au lieu de le préjuger et de mettre à sa place des personnes, certes compétentes, mais dont les objectifs les rendront forcément consensuels, et donc dans la continuité de leurs prédécesseurs.

Écrit par : mauro poggia | 04/06/2012

Tout d'abord vous dire que je vous suis gré d’avoir le courage de prendre vos responsabilités en démontrant régulièrement pourquoi c’est totalement irresponsable de voter Stauffer. Vos dénonciations régulières du caractère, des méthodes et des solutions simplistes du candidat MCG devraient, espérons le, finir par être entendues.

Par contre, vous me permettrez de n’être pas d’accord par rapport à votre compréhension de la candidature verte libérale. Certes ce parti a besoin de visibilité et cette campagne (restreinte) constitue effectivement le meilleur moyen de se faire entendre et donc connaitre.

Sauf que cette élection complémentaire couteuse résulte d'abord d’une erreur de casting du PLR. C’est donc bien à cause de ce parti si les genevois doivent aujourd’hui faire un choix entre une candidate de gauche et une droite effectivement divisée, il faudrait voir à ne pas l’oublier.

Quoi qu’il en soit, suite à la démission de M. Muller on aurait pu imaginer que le PLR entreprendrait une certaine autocritique. Malheureusement, ce parti a très vite décidé qu’il était au contraire parfaitement cohérent de remplacer son conseiller démissionnaire par un autre, comme ça, sans la moindre remise en question.
C’est son droit, mais est-ce que, dans le cadre de l’entente, cela n’aurait pas été plus correct de présenter plutôt un PDC ou encore mieux de s’entendre pour soutenir le candidat vert’ libéral dont vous dites vous-même qu’il a le profil PLR ?
Mais non, avec l’arrogance qui le caractérise, le PLR a préféré jouer son ultime atout sans état d’âme et surtout sans le minimum requis d’humilité que l’on pourrait attendre d’un parti dont les errements finissent pas nous coûter cher…
Dans ces conditions, peut-on vraiment s’étonner si les vert-libéraux et même les pirates profitent de cette élection pour se faire connaitre sans tenir compte des intérêts d’un parti qui n’a visiblement que son mépris à leur offrir ?

Écrit par : Vincent | 04/06/2012

Maudet ne sera pas élu, certes et en dépit d'un vote "utile" très improbable en l'occurrence. Et cela pourrait avoir quelque avantage, ne serait-ce que celui de barrer la route à Sandrine Salerno qui, quoique plus discrètement que Maudet, vise aussi une place au conseil d'état.

Cela étant, Maudet manque singulièrement d'expérience de vie. Il n'a jamais travaillé, n'a jamais été embauché et n'a jamais subi les étapes difficiles d'un recrutement professionnel. Ses réussites familiale et militaire ne sauraient suffire à faire de lui un homme d'état, doté d'un réel sens du service public.

Quant à l'amalgame que vous faites au sujet des motivations de Stauffer et de Seydoux, elles sont largement hors champ.

Écrit par : Déblogueur | 04/06/2012

Vincent, le début de la sagesse en politique, c'est d'avoir le sens des réalités. Or :
1) Le PLR reste incontournable pour faire élire un candidat de droite ou du centre. C'est dire que les aventures nocturnes de son précédent candidat restent mésaventures individuelles.
2) Le PLR seul ne suffit pas, non plus que n'importe quel parti d'ailleurs. Si le PS avait par exemple présenté Pascal Holenweg, ou Catherine Armand, que je considère comme des amis, ils n'auraient eu aucune chance. Parce qu'ils n'ont pas le profil. Il faut il y ait un candidat susceptible d'emporter les suffrages. Ce qui est le cas de Maudet, bien davantage que de Seydoux, qui n'est pas encore assez connu et de plus se débrouille moyennement en public. Sans remettre en cause ses compétences par ailleurs, il se trouve que les électeurs élisent un orateur au moins autant qu'un gestionnaire et qu'un visionnaire. Maudet cumule les trois. Pas Seydoux.
3) Le PDC a accepté le candidat PLR a l'unanimité, ou quasi. Parce qu'il n'entendait pas remettre en cause les équilibres au sein de l'Entente à l'occasion d'une partielle et que le candidat Maudet lui convenait plus que parfaitement. D'ailleurs ils font sa campagne autant que les rad-lib.
4) Le PLR ne manquait pas d'autres bons candidats potentiels, et même de très bons, mais aucun ne s'est présenté parce que tous ressentaient la candidature de Pierre comme encore meilleure et qu'ils devinaient que l'opération étant risquée, seul le meilleur candidat avait une chance de l'emporter.
5) Personne n'a pensé à vous demander votre avis et c'est un tort, je le reconnais, parce que personne n'a pensé que vous alliez présenter un candidat sans la moindre chance d'être élu dans une partielle à 33% en sachant que vous vous disiez de centre-droite et que le candidat potentiel de l'Entente représentait parfaitement vos valeurs... C'est là où je décèle un problème d'ego. Qui m'a d'ailleurs été confirmé par deux membres de votre parti. Je serais à la place de M. Seydoux, je me retirerai demain matin, pour être en accord avec mes idées, en appelant à voter Maudet. Quitte à convenir de l'organisation d'une primaire de l'Entente élargie pour 2013... Mais je ne suis pas à sa place.
Le problème en cas de primaire à droite, ce sont moins les partis que les égos et les clans. La gauche en a tout autant, mais ils savent respecter ce qui a été convenu et s'asseoir sur leurs mortifications respectives. Cela semble plus difficile à droite et au centre. La bataille d'égos à laquelle on est en train d'assister lors des législatives françaises à l'échelle régionale est juste pathétique. Je dois dire que si j'ai oeuvré, en vain, au rapprochement de certaines candidatures - qui unies avaient une chance alors que désunies, elles s'exposent à l'échec - j'en ai aussi traitées d'autres - à titre personnel - par le mépris. J'ai eu tort.
Mais même en réunissant toutes les voix du centre, de centre-gauche et de droite non UMP du 1er tour de ces législatives pour les Français de suisse, on arrive certes à un score très honorable, talonnant les deux candidates finalistes, mais derrière elles. Ce qui démontre bien l'impact des franchises nationales que sont les partis ayant pignon sur rue. Certes, il y a des modifications, à chaque élection, mais elles ne sont que très rarement brutales.
Donc non décidément, votre candidat n'a malheureusement aucune chance et il n'en aurait eu qu'un peu plus, mais pas assez s'il avait été présenté par le PLR. Ce qui aurait de plus été particulièrement difficile à faire avaler aux militants: 3% des voix et un Conseiller d'Etat, alors que le PLR en a certes trois, mais avec 30% des voix...

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2012

M. Poggia, si M. Stauffer était élu, ce qui ne sera heureusement pas le cas, il fera la même chose que ce qu'il fait à Onex: RIEN ! Parce qu'il voudra toucher sa paye de ministre le plus longtemps possible et la retraite qui va avec et qu'il en a davantage besoin que qui que ce soit. Par ailleurs il n'a aucune idée, mais alors vraiment aucune de comment on fait pour faire avancer des dossiers en collégialité. Donc sa seule chance de survie, c'est pas une oreille qui bouge. Comme à Onex. Le reste, vos raisonnements tortueux, il y a de moins en moins de gens qui y croient.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2012

Déblogueur, Maudet a affronté bien d'autres choses qu'une procédure de recrutement. A commencer par le suffrage des électeurs, qu'il est allé chercher à plusieurs reprises, et qui vaut largement le regard inquisiteur de tous les DRH à mon avis.
Le vote utile est loin d'être une chimère improbable. C'est celui d'une grande majorité d'électeurs qui savent où est leur intérêt et réagissent avec leur matière grise plutôt qu'avec leurs tripes.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2012

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