07/06/2012

Petites imprécisions et gros mensonges des candidats en campagne

J’étais hier soir, en voisin, au débat réunissant à Thônex les candidats au Conseil d’Etat. Où j’ai pu entendre, avec stupéfaction, quelques énormités. Les plus grosses, assénées avec un aplomb déconcertant venait évidemment du candidat MCG et, normal dans une commune frontière, concernaient… les frontaliers ! Mais la candidate socialiste émit également son lot d’idioties, prouvant s’il en était besoin qu’au cœur même de sa campagne, elle ne maîtrise pas ses dossiers principaux. Qu’au contraire, elle agit et réagit en idéologue, rouée et maligne certes, mais vouée à faire avancer sa cause et son parti plus qu’à assurer le bien des gens.

Des exemples ? Après avoir évoqué la constituante, le débat tourne sur l’aménagement, crucial dans la commune des communaux d’Ambilly. Un consensus se dégage, pour répondre aux interrogations de la salle, sur l’importance d’une meilleure concertation avec les communes, assortie de la nécessité de prévoir les aménagements d’infrastructure en amont de la construction… et non des années après la pose de nouveaux habitants dans les infrastructures anciennes ou inexistantes.

Mme Torracinta en convient et veut citer des exemples d’infrastructures à prévoir… Et là, surprise surprise, tout ce qu’elle trouve à dire, c’est:

« construire des habitations à loyer contrôlé », détaillant ensuite longuement le pourquoi du comment de l’utilité première d’avoir des logements assistés.

Mais Mme Torracinta, les infrastructures, ce sont des routes, des transports publics, des crèches, des écoles, des centres commerciaux, bref tout ce qui rend un quartier viable et facilite l’intégration de ses habitants dans l’environnement. Des aménagements à prévoir de toute manière, que les logements prévus soient des LUP ou de la PPE, si l’on veut éviter de planter des gens en rase campagne ou au contraire de les coincer dans des zones dépourvues d’accès.

Elle s’enferre ensuite lorsque les responsables de la commune s’étonnent qu’elle se dise favorable à la concertation, alors qu’au Grand Conseil elle a voté contre l’audition des élus de Thônex par la commission d’aménagement. Une duplicité assumée. Après avoir affirmé qu’elle défendait la très coûteuse hypothèse d’un aménagement souterrain de la gare, elle se dit prête à discuter d’une Traversée (vitale pour tous les habitants de la Rive Gauche, ce qui fait du monde) mais à condition (sourire en coin de la candidate ravie de sa bonne farce)

a) que Berne participe, finances du canton oblige

b) que le bord du lac soit densifié, puisqu’il sera proche de l’autoroute et qu’il faut construire près des infrastructures.

Or chère Mme Torracinta, en matière d’autoroute, ce qui compte, ce sont les accès. Sans accès, il n’y a aucune raison de construire davantage. Et les accès sont précisément prévus du côté de la Pallanterie et des Communaux d'Ambilly, là où une densification est sur les rails. Au bord du lac, il n’y aura pas d’accès et en plus le terrain y est hors de prix. Ce serait un horrible gouffre financier de vouloir y construire des LUP. Quand à Berne, on sait que si l’on attend la manne fédérale, on repousse la réalisation du projet. Alors qu’il est fort possible d’anticiper, d’envisager un financement mixte avec le privé (il y a des pistes avec ATMB) et d’obtenir la manne fédérale dans un deuxième temps, comme l’ont fait les alémaniques en diverses occasions. D’autant que le principal obstacle à nos projets à Berne, c’est l’indécision.

Par ailleurs, l’argument financier n’est pas recevable de la part d’une personne qui envisage sérieusement un surcoût de 500 millions au moins à la Gare pour sauver 150 logements (chiffre des CFF, Pagani en rajoutant 200 suite à des aménagements anti-bagnoles de son crû). 500 millions, pour 300 habitants à déplacer une fois et c’est déjà le ¼ du budget de la traversée routière et ferroviaire, qui elle va concerner des dizaines de milliers de gens, tous les jours pendant des dizaines d’années. Sans doute des siècles ! A tout prendre, avec ces 500 millions de surcoût, soit plus d'un million par famille, pourquoi ne pas construire 300 villas jumelles ailleurs dans le canton et leur offirer carrément ? Cela coûterait moins cher !

500 millions, c’est aussi ce qu’apporte au budget cantonal les frontaliers par leurs impôts, du moins la partie de ces impôts qui ne repart ni vers la France, ni vers Berne. De quoi justifier un peu de respect, sauf bien sûr dans les vitupérations de Stauffer, qui veut avant toute chose leur apprendre à respecter « le leadership genevois ». Leadership que d’ailleurs les élus français du Grand Genève ne contestent aucunement, mais tout est dans la manière. Celle qui consiste à vouloir parler du dominant au dominé, comme entre gorilles, n’est certainement pas la bonne entre voisins et égaux.

Voyons donc les principaux griefs de Stauffer à l’égard des Français.

1) Nous avons, dit-il construit de HUG extrêmement performants et surdimensionnés et au lieu de venir s’y faire soigner, les Français construisent un hôpital à côté d’Annemasse.

Si l’on comprend bien, les Français devraient venir payer chez nous 2 ou 3 fois plus chers que chez eux leurs soins de santé pour nous aider à corriger nos erreurs d’évaluation. Ne pas le faire ferait d’eux des félons. Comment justifier ce surcoût aux yeux de la sécu, M. Stauffer n’en a cure ! Par ailleurs les Français ont au contraire fermer leur hôpital public d’Ambilly pour le déplacer près de Bonneville, à 25 km plus loin de la frontière. Ce qui ne peut que favoriser les HUG. Au point qu’il se construit du coup un hôpital privé à Etrembières. Exactement comme il en existe à Meyrin (la Tour) ou à Chêne-Bougeries (les Grangettes). Qui font concurrence aux HUG… Donc si l’on comprend bien le « leadership » de M. Stauffer consiste à exiger des autres, au prix fort, ce que l’on n’est même pas capable d’obtenir chez soi.

2) M. Mathelier, le maire socialiste d’Ambilly, qui fait sa fortune en Suisse où il est enseignant, s’est transformé en promoteur immobilier en ponctionnant les Genevois de plus de 70 millions sur la vente des terrains des Communaux d’Ambilly

M. Mathelier n’est pas de mon bord politique, mais j’habite sa commune. Qui était le propriétaire légitime de ces terrains depuis la nuit des temps et l’est resté après 1814 et le rattachement à la Suisse d’une bonne partie de ses territoires qui sont devenus les communes des trois Chênes. Le propriétaire a vendu ses terrains au prix du marché, ce qui est son droit le plus strict. M. Mathelier ne s’est pas transformé en promoteur immobilier, il a transformé ce qui avait été convenu par son prédécesseur, soit une vente flat (en une fois), en une vente assortie d’un paiement différé sur 20 ans sur 25% de la somme. Le (mauvais) calcul étant qu’il valait mieux pour sa commune disposer de rentrées régulières que d’une fortune subite. Mauvais calcul parce que le traitement fiscal en France était bien plus favorable pour une vente flat que pour une vente saucissonnée. Lorsqu’il s’en est (tardivement) aperçu, M. Mathelier a préféré ne renégocier que le 25% du montant total. Mais nulle arnaque, ni spéculation immobilière, juste le respect de la loi.

3) Les Français nous arnaquent avec le CEVA, qui ne servira pas aux habitants de Saint-Julien ou d’Annecy et en plus ils remplacent les parkings de la Gare d’Annemasse par des bureaux.

Le CEVA ne servira pas non plus aux habitants de Lausanne ou de Belfort. C’est une ligne, qui dessert les points qu’elle relie. Pas Saint-Julien, mais Annemasse et aussi Thonon, Bonneville, Saint-Gervais… et Annecy, car il y aura des extensions ! C’est d’ailleurs pourquoi les PR seront construits en amont d’Annemasse et non pas au centre-ville, qui n’a, pas plus que Genève ou n’importe quelle commune suisse, vocation à être transformée en voie rapide. Ceci dit, il y aura des parkings au cœur du quartier de l’étoile (gare d’Annemasse) lorsque les travaux en cours seront terminés, mais en attendant, le train vers les Eaux-Vives lui-même est partiellement interrompu du fait des travaux du CEVA et les parkings de la Gare ne se justifient plus. Accessoirement les frontaliers (dont 40% de suisses ou anciens résidents suisses) laissent dans la caisse cantonale, chaque année, ce que met Berne pour le CEVA, soit plus de 500 millions.

PS: à noter, pour les lecteurs concernés par ces problèmes transfrontaliers, la réunion électorale de Claude Deffaugt, candidat franco-suisse divers droite aux élections législatives dans la circonscrition d'Annemase Saint-Julien qui se tiendra vendredi 8 à 20h à la maison de verre d'Ambilly (Clos Babuty)

 

Commentaires

500 millions de surcoût, au bas mot (et même 900 selon certaines estimations), pour conserver 150 logements ou même 350, c'est juste hallucinant. Cela fait nettement plus d'un million par logement. Dont des studios, des 2 pièces, etc, etc.
A ce tarif, on a meilleur temps de leur construire à tous une villa jumelle aux Communaux d'Ambilly et de leur offrir clés en main. ça coûtera moins cher

Écrit par : Soyons malins | 07/06/2012

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