09/06/2012

Suisses du Grand Genève, artisans, PME: votez Maudet

Ce vendredi soir, Pierre Maudet s’en est allé faire campagne auprès d’un électorat qui représente à lui seul près de 15% des voix habituellement rentrées dans les scrutins cantonaux : les Suisses de l’Ain et de la Haute-Savoie. Un gros morceau, presque autant que Meyrin, Vernier et Onex ensemble ! 18 000 de ces électeurs (environ la moitié) peuvent voter par correspondance, tandis que les autres peuvent choisir entre leur commune d’origine et leur dernière commune de résidence, pour voter dans le canton. Mon fils et moi avons choisi notre commune d’origine : Bellevue et ce sera donc, le 17, l’occasion d’aller y faire un tour en voisins.

Il est à ma connaissance le seul à le faire. Les autres n’ayant pas pris conscience de l’importance de ce vote, hésitant à se mouiller avec des « frontaliers » ou attisant même la haine envers tout ce qui vient de l’autre côté de la frontière. Ils ont tort, ces autres, car le débat qui s’est tenu avec la salle était de haute tenue. Tout le monde reconnait l’importance d’un développement concerté, pour utiliser plus efficacement les opportunités qu’offre notre magnifique région, et résoudre les problèmes posés par l’existence de deux systèmes législatifs différents dans un même bassin de vie.

Pierre Maudet s’est fait le porte-parole des petits entrepreneurs et patrons de pme genevois qui à chaque fois qu’ils veulent aller travailler sur France de l’autre côté de la frontière, se heurtent à un mur administratif… Qu’ils interprètent souvent comme une volonté de les exclure du marché, alors qu’il est très simple pour un patron français de débarquer en Suisse. Or c’est le même mur, souvent kafkaïen et fortement décourageant que doivent affronter tous les entrepreneurs et petits patrons français pour pouvoir simplement bosser chez eux. L’administration helvétique étant bien moins tatillonne et procédurière, du moins tant que le PS n’y met pas trop son nez. Tandis qu’à l’inverse, l’exigence suisse de devoir payer un salaire suisse parait totalement absurde aux petits patrons français, qui non seulement y perdent leur principal avantage comparatif, mais en plus doivent lui ajouter des charges sociales astronomiques, deux fois plus élevées en France qu’en Suisse !

Si l’on part du principe qu’il y a malignité de part ou d’autre, et volonté de nuire, on ne s’en sortira pas et l’on n’apprendra pas à profiter au mieux des fantastiques opportunités qu’offre l’existence à nos portes de vastes marchés dynamiques. Des entreprises suisses qui passent la frontière avec succès, il y en a et de nombreuses mêmes. Des très grosses, comme Migros France, devenu l’un des principaux employeurs des départements voisins, avec des activités très diversifiées, ou des PME, comme celle de Thomas Buchi, qui parvient à emporter des marchés prestigieux, comme le toit en « vagues » de bois du Vitam Parc de Saint-Julien, où la construction (par hélicoptère) du plus haut refuge du Mont-Blanc. Pour cela, ils ont créé des structures en France, ce qui évidemment coûte ce que coûtent les procédures administratives françaises.

Pourrait-on parvenir à faire plus simple ? Oui sans doute. C’est le rôle des politiques et des responsables d’associations économiques de s’y employer. De mettre en place des formalités simplifiées, de chercher à aiguiller au plus simple dans le dédale des procédures, tout en respectant les susceptibilités et les intérêts de chacun. Il y a là un vrai chantier. La MED, la Maison de l’Economie et du Développement, à Annemasse, active sur tout le secteur savoyard du Grand Genève peut être un relais sérieux. Elle conseille, forme, offre des structures d’accueil et ouvre grand les bras aux entreprises suisses qui veulent s’établir en France. Mais cela n’est pas suffisant. Pour une petite PME, il n devrait pas y avoir à créer une filiale. On pourrait imaginer des sociétés de portage, ou mieux des services dédiés, étant entendu que s’il y a bien un terrain sur lequel les entreprises françaises n’ont pas à craindre la concurrence helvétique, c’est en matière de dumping salarial !

Des problèmes de cet ordre, dans la région, il y en a des dizaines, qu’il s’agit d’identifier et de résoudre. Les taxis genevois, qui sont taxés de manière arbitraire par les douanes françaises, lorsqu’ils passent la frontière. Les malades d’Annemasse qui doivent aller se faire soigner à Findrol à 15km par l’autoroute, parce qu’un député UMP d’une circonscription voisine a voulu punir Annemasse la rose, mais ne sont remboursés qu’en cas d’extrême urgence s’ils viennent à Genève. La fin probable de la possibilité de recourir à des assurances privées françaises qui va lourdement ponctionner le revenu des salariés frontaliers et donc toute l’économie régionale.

Pour parvenir à résoudre ces problèmes concrets, il faut des personnalités pragmatiques et ouvertes, sans à priori, qui connaissent bien les deux côtés. Tout le monde, loin de là, ne correspond pas à ce profil parmi les candidats qui s’affrontent d’ici dimanche 17, des deux côtés de la frontière. Certains, la grande majorité, méconnaissent totalement la réalité de la moitié de l’agglomération ou ne veulent pas la connaître, d’autres la connaissent mais se posent en défenseurs de la patrie, d’un côté ou de l’autre. Or Genève n’est pas la Suisse, et la Savoie ou le Pays de Gex ne sont pas la France. Il n’est pas ici question de patriotisme, ce n’est pas la bonne échelle, mais tout simplement d’intérêts communs à exploiter de manière optimale. Pour le bien de tous. Nous formons un sous-ensemble commun, rattaché à deux ensembles. Avec ppcd (plus petit commun démoninateur) et pgcd (plus grand commun dénominateur) comme on dit en maths « modernes ».

Travailler intelligemment ensemble amène incontestablement un surcroit de prospérité. Il faut apprendre à résoudre, ensemble et de manière résolue, les problèmes qui en découlent.

Commentaires

Vous écrivez comme quelqu'un qui ne résonne qu'en thermes de rendements. Exister c'est autre chose. On ne doit pas tout sacrifié au seul confort matériel. D'ailleurs ça ne marche pas.

Écrit par : norbert maendly | 09/06/2012

Bonjour Philippe,

Tu as raison, je suis certaine aussi qu'il faut aller discuter avec les élus de Haute-Savoie, de la Savoie, de l'Ain, nous devons penser la région, ce qui doit considérablement déplaire au candidat MCG, puisque lui ne fait que dénigrer les frontaliers suisses ou français d'ailleurs. La région est en train de se construire, le Grand Genève, alors Pierre MAUDET, a totalement raison de s'enquérir de ces problématiques.
D'ailleurs, je suis convaincue que certains élus français n'attendent que ce dialogue.
Merci pour ton très bon billet.
Cordialement,
Béatrice FUCHS

Écrit par : fuchs beatrice | 09/06/2012

M. Maendly, je ne suis pas du genre à tout sacrifier au confort matériel, très loin de là. Sinon pour commencer, j'aurais un autre métier et un autre mode de vie. J'ai des idéeaux, qui sont au moins aussi grands que les vôtres, et en matière de train de vie ou de signes extérieurs de richesse (ou plutôt de bling bling, dans son cas) je vis à des années lumières de votre candidat.
Mais voyez-vous je suis aussi lucide et pragmatique. Les habitants de Genève sont habitués à des conditions de vie, très au dessus de la moyenne si l'on compare avec n'importe quel autre endroit dans le monde. C'est vrai pour toutes les catégories de population. Pour un assisité comparé à un assisité n'importe où ailleurs (en termes de qualité de revenu assuré, de qualité de logement aidé etc...), pour un travailleur non qualifié comparé à un travailleur de même catégorie ailleurs, pour un employé, un cadre etc...
Ce niveau de vie qui est le nôtre ne repose aucunement sur des qualités particulières qu'auraient collectivement les habitants de Genève, eux-mêmes bien souvent issus du monde entier, mais sur la qualité et la quantité des rapports commerciaux et professionnels que nous entretenons avec le reste du monde.
On peut décider collectivement que l'on veut mettre fin à tout ceci et faire de Genève une ville de province. C'est d'ailleurs ce qui nous pend au nez avec deux des principaux candidats, le MCG et la socialiste qui tous les deux à des degrés divers, font peser de lourdes hypothèques sur l'avenir et la qualité des relations internationales de Genève. On peut le décider, mais en étant conscient que cela entraînera fatalement et rapidement une réduction radicale de notre qualité de vie à tous. En n'étant même plus sûr de pouvoir payer les gendarmes nécessaires à notre sécurité, eux aussi les mieux payés du monde dans leur domaine de policiers en uniformes.
Le problème, c'est que ce qui nourrit, justement les rancoeurs xénophobes et les tentations populistes, c'est justement le sentiment viscéral que l'on vit mieux ici et que l'on veut la garder pour nous cette qualité de vie, qui semble tendre à se réduire. C'est là toute l'arnaque du candidat MCG, véritable boni-menteur de la parole publique, qui se vend en protecteur de nos conditions de vie, alors que sa politique de haine à l'égard de la région et des frontaliers, ajoutée à la politique de fermeture et de repli de ses alliés UDC ne peut avoir pour conséquence que la dégradation rapide et accélérée de notre économie et donc de nos conditions de vie à tous.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/06/2012

A force de ne rien vouloir partager, on finira par tout perdre.
Il sera trop tard alors d'écouter les sirènes.

Écrit par : Michel Sommer | 10/06/2012

Vous avez parfaitement raison M. Sommer et nous sommes tous coupables:
- Les patriciens aux poches pleines d'oursins
- Le petit peuple qui se la pète: il est de G'nève nom de dzou! Le privilège vaut de l'or quand il voyage au pays et ça lui monte à la tête.
- La classe moyenne surconsomme et n'a aucune envie de partager parce qu'elle bosse dur et qu'elle juge avoir droit à des compensations.
- Les Gauchistes Indignés veulent plus d'Etat providence et que d'autres bossent pour produire les richesses à leur place.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/06/2012

Les commentaires sont fermés.