08/12/2012

Suisse, France, Europe : les fausses conclusions de l'AGEFI

Dans l’Agefi, que nous lisons à nouveau depuis que Grégoire y travaille, François Schaller s’est récemment fendu d’un édito indigne de sa fonction de rédacteur en chef d’une feuille économique. Il commence par le rappel bienvenu d’un constat oublié : les dix premières années qui ont suivi le rejet populaire de l’EEE ont été catastrophiques pour la Suisse. « Croissance anémique » rappelle-t-il au point qu’il a bien fallu conclure les bilatérales, qui ont renversé la tendance, plus que brillamment.

C’est là que Schaller joue à Mandrake le Magicien en escamotant les vraies causes du redressement spectaculaire qui a suivi, du selon lui à de sérieuses réformes qui auraient modifiées la société suisse en profondeur…  La bonne blague ? Quelles réformes ? Qui en a le souvenir ? Oui, la société suisse a su contenir ses dépenses plutôt que de faire tourner la planche à billets en s’endettant. En même temps, la principale force de la Suisse tient justement au fait que l’argent – des autres - y circule en abondance et s’y prête à des taux d’intérêts relatifs qui sont inférieurs à ce qu’ils sont ailleurs. Au point que même les pays de l’est venaient emprunter en Francs Suisses. Un loyer de l’argent moins cher, ça aide l’entrepreneur à investir et le consommateur à consommer. Sauf que c’était rendu possible par le secret bancaire et qu’il va maintenant falloir faire sans.

Oui la société suisse, une fois les bilatérales – et la libre circulation - acquises est parvenu à maintenir ses parts de marché à l’export et même à les développer. Oui nos entrepreneurs sont plutôt bons, et nos employés ne rechignent pas à bosser 42,5 heures par semaine (avec une productivité horaire nettement inférieure à celle de la France ceci dit), mais tout cela existait avant.  Les conventions collectives existaient avant. Le système social de charges sociales suisses, qui fait payer l’assurance maladie par l’assuré, à prime fixe une fois le salaire reçu, existait avant.  Tout ce fatras administratif français (ou italien) qui fait que 60% de ce que coûte un employé à son patron part en charges collectives alors que c’est 30% seulement en Suisse, cela existait avant. Le fait que l’on puisse virer très facilement un employé (ceux de l’ancienne AGEFI s’en souviennent), ce qui fait que du coup, on embauche plus facilement, cela existait avant. Les lois sur le travail qui tiennent dans une brochure en Suisse alors qu’elles occupent une étagère en France, cela existait avant. La TVA à 8% alors qu’elle est de 19.6% en France, cela existait avant.

En fait, même la tva suisse a légèrement augmenté durant ces dernières années, et la flexibilité à la Suisse tend à se restreindre, au lieu d’augmenter comme le laisserait entendre Schaller. Les statuts d’indépendants, par exemple, grande force de l’économie suisse par la flexibilité économique et libérale qu’elle favorise tendent à devenir de plus en plus étroitement contrôlés. Alors qu’en France, au contraire, Sarkozy a introduit le statut très proche d’auto-entrepreneur, qui pour l’heure n’est pas remis en cause par la gauche.  Bref, Schaller fait dans l’angélisme chauvin pour parvenir à hurler avec les loups et faire plaisir aux populistes qui voient dans la libre circulation l’épouvantail  à abattre.

La vérité, c’est que la structure légale et économique de la Suisse est favorable à l’entreprise et cela ne date pas d’hier. Comme ne date pas d’hier le fait qu’avec son gros salaire, découlant de ce qui précède, l’employé suisse doit faire face à des dépenses bien plus importantes que l’employé français. Ce dernier touche un salaire certes plus petit, mais avec lequel  il n’a pas d’assurance  maladie à payer, et peut au contraire devenir propriétaire de son logement très facilement, grâce à des aides nombreuses, des prix très inférieurs et des conditions d’accession au crédit plus favorables, bien que celui-ci soit globalement plus cher qu’en Suisse. Il n’y a pas que sur l’immobilier que les prix sont très inférieurs en France. Ou très supérieurs en Suisse. On me faisait remarquer hier soir que le prix du livre en Suisse est le prix le plus bas, en comparaison internationale, pour un produit manufacturé de grande consommation, mais malheureusement pour lui, c’est le seul dont le prix en euro en France est affiché sur la couverture… Du coup, les consommateurs-lecteurs ont le sentiment de se faire berner, mais en réalité, la différence de prix sur un médicament, un téléphone portable ou une voiture sont bien plus considérables. Sans parler d’un abonnement combiné tvHD/Internet haut débit/téléphone fixe, qui vaut 100CHF en Suisse et 25 € en France. Chaque mois.    

Au final,  l’employé suisse ne vit pas tellement mieux que le français, à profession égale. Sauf s’ils se mettent tous les deux à voyager ou à acquérir des biens sur le marché international payés en dollars. Ce qui fait aussi que la balance commerciale suisse à l’égard de la Chine est plus favorable que la française, car les Suisses ont les moyens d’acheter mieux que de la daube chinoise. L’avantage énorme de la Suisse, c’est qu’en favorisant l’entreprise, elle dope le jeu économique et l’emploi, là où la bureaucratie française le handicape lourdement. Mais cela était vrai avant les bilatérales, et l’ouverture à l’Europe n’a fait que nous permettre de pousser notre avantage à son maximum.  Si l’on se ferme à l’Europe, on se ferme à ces échanges qui nous donnent l’occasion d’être meilleurs. D’autant que la tendance n’est pas vraiment à l’amélioration de nos avantages. Tout au contraire, l’administration helvétique – puissamment soutenue par le PS et la gauche – tendent tous les jours à rogner ces avantages en corsetant davantage l’économie, rarement là où cela pourrait être justifié.

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