05/02/2013

Métastases, Cancer et Genevoiseries

Le MCG n’a pas apprécié que je l’assimile, sur Facebook, à un cancer gangrénant la société genevoise. Une image, bien sûr, chacun sait qu’un cancer ne gangrène pas, il répand son fiel par métastases. La dernière en date est une plainte pénale à mon encontre, avant même que j’ai publié le présent texte dans mon blog. Une tumeur maligne qui prétend restreindre la liberté d’expression dans notre République, paralyser de terreur quiconque s’en prendrait, par la plume ou la parole, au sacro-saint parti. Un véritable rouleau compresseur : il y a quelques jours, un simple esclandre dans un bistrot a suscité, en quelques heures, des dizaines de prises de position indignées des membres dans tous les médias de la République et de la toile. Plus trois communiqués officiels de la direction du parti…

En vérité, mon analyse politique reste fort civile en regard des flots d’agressivité distillés par le MCG à l’égard de nos autorités, de la France et des frontaliers. J’ai conservé, dans un recoin de mes disques durs, les torrents de haine et d’injures déversés quotidiennement par les blogs d’Eric Stauffer il y a quelques années. Depuis, la tension n’a fait que monter. Le premier mégaphone du parti, Pascal Décaillet, n’hésite plus à parler de guerre. Il légitime de fait la détestation de son prochain. Comme si, à l’intérieur de la République, le respect était dû à quiconque, tandis qu’à l’inverse, il était normal de n’avoir que mépris, condescendance et peur à l’égard de ce qui vient d’outre-frontière.

A force de côtoyer d’autres politiciens, les semeurs de zizanie sont parvenus à répandre leurs métastases, partageant un ressentiment irrationnel à l’égard de notre grand voisin. Un réservoir de voix fanatisées, précieuses aux élections… Sans autre perspective qu’un conflit ouvert, qui nous ramènerait aux heures sombres de notre histoire, synonymes de blocus et de récession économique. Par notre faute, parce qu’un petit groupe irresponsable espère que cela renforce leur emprise sur la société genevoise.

Il y a certes des désaccords avec la France, qui réclame que son Etat de droit, sa fiscalité et ses lois soient respectées. Cela remet en cause certaines pratiques passées, dont la Suisse et Genève ont bien profité. Il y eut de part et d’autre des manquements graves, certains avérés comme la manière dont certaines banques travaillaient clandestinement et illégalement en France, d’autres suspectés, comme les tentatives d‘officines françaises d’ausculter les fichiers desdites banques. On reste néanmoins dans le dialogue à fleurets mouchetés entre Etats civilisés. Une partie d’échecs où l’on règle les désaccords financiers par des voies contractuelles ou diplomatiques, le cas échéant judiciaires. Il ne s’agit pas pour autant d’une guerre et heureusement pour nous, car la Suisse et Genève conservent tous leurs droits à s’exprimer et à justifier leur point de vue. Posément, sans l’agressivité jappante d’un chihuahua, même en manchon de fourrure, à l’égard du saint-bernard.

Cette posture anti-française est stupide. Nous traitons tous les jours, à chaque minute, des centaines, des milliers d’opérations diverses avec cet Hexagone dans lequel nous sommes si étroitement imbriqués. Que certains Français soient insupportables et prétentieux, ignorant des réalités genevoises et helvétiques, c’est indéniable. Toutefois, des abrutis, on en trouve tout autant à Genève. Les problèmes commencent lorsqu’on prend parti pour ou contre un abruti du seul fait de son passeport.

Voué à l’accession au pouvoir de ses dirigeants, comme tout parti, le MCG n’est ni altruiste, ni voué au bien de la population, ni préservé des copinages et des magouilles. J’ai déjà été approché par deux de ses élus, qui m’ont fait miroiter la même chose : « on est une vraie famille, on s’entraide, on ne se tire pas dans les pattes… » Ce qui effectivement change considérablement des habitudes libérales :-). C’est la même idée maffieuse de solidarité clanique qui leur sert de ligne politique : défendre les résidents contre l’ennemi non membre du gang, le frontalier. Et tant pis si les prises de position qui en résultent se contredisent entre elles : le but n’est pas de les mettre en œuvre, les contradictions deviendraient vite évidentes, mais juste de ramasser des voix. 

Ainsi, le MCG ne veut ni augmenter les impôts, ni réduire les prestations aux très nombreux fonctionnaires genevois. Pour payer, il prétend sacrifier la culture. Ce qui jetterait au chômage quelques milliers de résidents… Pas grave on leur trouvera du travail à la place des frontaliers… Le non-résident, voilà l’ennemi. Sauf que plusieurs dizaines de milliers de nouveaux non-résidents à passeport suisse votent désormais à Genève… Alors on se contorsionne pour différencier le méchant frontalier français sans droit de vote du gentil frontalier suisse qui vote... Pourtant ce que reproche le MCG aux frontaliers, c’est de bénéficier de conditions de vie nettement meilleur marché en France. Ce qui est autant le cas des frontaliers suisses que des frontaliers français… Sans oublier que les Vaudois ne paient pas un sou d’impôt à Genève, tout en résidant eux aussi dans des contrées moins chères. Mais non, le frontalier français, voilà l’ennemi !

Pour le MCG et son mentor Décaillet, les bilatérales et la libre circulation sont le diable… Drôle de diable, qui a permis à Genève de rester en croissance, tandis que la crise de 2007 terrassait le reste du monde et notre géant voisin. Bilatérales et libre circulation n’ont pas que des avantages, nobody’s perfect, mais sans elles, où en serions-nous ? Entre 1992 (rejet de l’EEE) et l’entrée en vigueur de la libre circulation, la Suisse a progressé moins vite que ses voisins. La récession menaçait et le chômage grimpait. Parce que nous vivons de notre commerce avec nos voisins. Jusqu’en 92, la Suisse avait caracolé en tête, sortie intacte de la guerre, puis profitant de ses échanges avec l’Europe à six en pleine croissance des Trente Glorieuses. Sauf que les règles et le contexte économique d’alors ont changé.

La Suisse ne peut pas décider seule des règles du jeu, surtout après avoir refusé de participer au comité d’élaboration des règles. Bien des observateurs se demandent pourquoi elle semble la cible numéro un, là où le Luxembourg et d’autres s’en sortent... C’est pourtant limpide : ces autres-là sont membres de l’UE. Ou, plus lointains, protégés par un des supergrands acteurs économiques du monde : USA, Chine, Ligue Arabe… pas la Suisse. Nous sommes seuls et sans ami, par notre seule et unique faute. Le prix de l’Alleingang et d’une certaine suffisance… Beaucoup plus grave, le gros du savoir-faire industriel occidental a été transféré dans des pays à moindre coût. Ce qui a permis à ces pays de booster leur développement et peu à peu de nous rejoindre. Genève, si elle veut maintenir son niveau de vie, donc ses coûts de personnel astronomiques en comparaison internationale, n’a qu’une seule issue: haut de gamme, forte valeur ajoutée et technologies de pointe.

Cela nécessite du personnel de haut niveau, que la main d’œuvre locale ne suffit pas à fournir. Des gens qu’il faut loger. Sans la libre circulation, qui permet à des européens de s’établir dans le Genevois français pour travailler en Suisse, la réussite économique de ces dernières années serait impossible. La situation de l’immobilier ne serait pas meilleure, car on n’aurait pas construit davantage. Par contre, quelques dizaines de milliers de Suisses n’auraient pas pu s’établir dans le Genevois français. Ils pèseraient bien davantage sur le marché genevois que les quelques milliers d’expatriés qui se sont logés à Genève dans le même laps de temps. Parce que même si la population indigène croit peu, la demande de logement augmente bien plus vite: des familles divorcent (et il faut deux grands apparts pour recevoir les enfants) ; des enfants quittent la maison (mais les parents restent dans le grand appartement loué au prix d’il y a 30 ans) ; même les veufs ou les veuves restent dans les grands appartements (pour ne pas payer plus cher pour plus petit…)

Pour les gens d’ici qui n’ont pas les capacités ou la formation nécessaire à cette course à la qualité, il faut développer des emplois adaptés. Mais cela coûte, et mieux vaut pour y faire face avoir une économie qui ne fonctionne pas au ralenti. Ce qui adviendrait avec le MCG : si l’on abandonne le terrain de l’excellence, ou si l’on se coupe de nos débouchés, qui restent principalement et d’abord les marchés voisins, on se replace dans la même catégorie que nos voisins, avec les mêmes résultats, peut-être même pires, car nos produits resteront plus chers. En fait depuis les années 30, on n’avait plus vraiment vu de parti en mesure d’accéder au gouvernement qui soit prêt à pratiquer la politique du pire pour asseoir son pouvoir, au détriment de l’intérêt général.

Même sur le plan de la sécurité, le MCG ment. Tout le monde connait les clefs d’une amélioration: aggraver les peines, créer des places de prison et augmenter la présence policière dans la rue. Le premier dépend de la justice, donc des lois, pour l’essentiel fédérales. Le poids du MCG en la matière est quasi nul. Les places de prison, le Gouvernement s’y emploie. Reste la présence policière. Genève sous-traite depuis des siècles sa sécurité à du personnel ne venant pas du Canton. La proportion de policiers valaisans ou fribourgeois reste considérable, mais ils ne sont plus assez nombreux. Des auxiliaires frontaliers permettraient de résoudre les problèmes de recrutement au meilleur prix. Mais le MCG ne veut pas en entendre parler, agissant en syndicat de gendarmes plutôt qu’en parti politique soucieux de l’intérêt collectif. En plus de la peur irrationnelle du géant voisin qu’il distille par tous les pores de la peau.

Pourtant, comme l’écrivait Denis de Rougemont, c’est dans l’Europe que pourront le mieux se construire et se préserver les autonomies régionales. On vient de découvrir les premières conséquences de cette animosité vindicative : des dents cassées à Argentières… Dans tous les aéroports du monde, les hôteliers utilisent des navettes pour amener leurs clients depuis l’aéroport et vice versa. Sauf à Genève, où l’on voudrait imposer aux hôteliers savoyards le recours, à prix d’or, à des taxis suisses. Ce grâce à l’intervention surmédiatisée d’Eric Stauffer, qui a obtenu la mise en place permanente d’un agent de sécurité à l’aéroport... Au lieu de régler le problème par une négociation régionale et par l’accès réservé à un parking d’attente pour des navettes dûment enregistrées. Car les navettes n’étant pas des taxis à la demande, ne doivent pas relever des mêmes lois. Par ailleurs, pour la jurisprudence fédérale, les sociétés de transport non-genevoises n’ont pas à payer de taxes dans le canton de Genève…

Il est illusoire de penser qu’un britannique lambda payera 400 CHF un taxi pour aller skier à Chamonix, plus cher que son vol depuis Londres ou Glasgow. La région et l’aéroport risquent juste de perdre un client. Qui en principe est Roi, sauf avec le MCG aux commandes.  Une concertation avec nos voisins aurait permis de lever les lièvres subsistant de part et d’autre (par exemple la tva en France pour les taxis genevois, prélevée à bien plaire…). Au lieu de cela, à cause du MCG, on saisit la lorgnette par le petit bout et l’on en fait une lunette de visée, pour tirer sur les voisins. Parmi lesquels  il y a aussi quelques excités, qui ne peuvent que riposter. Tout laisse à penser que c’est exactement ce que cherche le MCG : envenimer les choses !

Eric Stauffer a foncé tête baissée, sans regarder devant, derrière, ou sur les côtés, juste le bout de ses pieds. Comme lors de ce débat sur Facebook, à propos de la fusion des caisses de pension. Après soixante commentaires de divers politiciens, Eric Stauffer intervient pour prétendre que le MCG, en 2005 déjà, dénonçait le scandale… Et là surprise, les textes qu’il colle parlent tous de… l’assurance maladie !  Atteindre un tel degré de confusion mentale en public, il n’y a qu’au MCG qu’un leader politique peut se le permettre sans conséquence. La dernière « acquisition » du MCG confirme la règle. L’ancien N°2 de la police cantonale – et à ce titre au courant de tout, avant tout le monde – explique ainsi qu’il n’aime pas trop les radicaux qui soutiennent l’Etat… Mais dit entrer au MCG pour soutenir la fonction publique ! Il confesse aussi « ne pas aimer être commandé »… Après avoir choisi de servir dans un corps à la hiérarchie militaire !  

Il y a une catégorie de politiques dont il faut se méfier par-dessus tout, ce sont les politiques à vocation messianique. Eric Stauffer en est l’archétype, parfaitement contraire à la mentalité helvétique au demeurant, puisqu’il semble affligé d’une idée fixe : faire en sorte que sa tête dépasse… Ce qui lui vaut un certain succès parmi les déçus de la prospérité générale. Dès lors, il devient inutile de chercher à évaluer les véritables capacités du bonhomme, même si son passé dans le privé et ses nombreuses faillites les laisse supposer relatives… L’admiration que lui vouent ses fidèles repose sur un acte de foi, sur la crédulité qu’il parvient à engendrer chez eux. C’est dangereux. Très dangereux. A fortiori quand un parti populiste tel que le MCG cumule chef messianique et enracinement anormalement élevé au sein des corps armés en uniforme. Même en retraite.

 

 

 

PS: Pour ce qui concerne l'affaire des horions d'Argentières, j'ai depuis reçu le très intéressant éclairage ci-dessous, apporté par un taxi de mes amis, responsable syndical, que les intéressés reconnaitront :  

Je rebondis en quelques mots sur ton texte afin d'apporter quelques compléments qui te permettront de mieux cerner la problématique des transporteurs professionnels à l'aéroport.
Les taxis genevois n'ont jamais demandé ni bataillé pour la suppression ou la diminution d'une saine concurrence dans le domaine du transport de personnes.
Tout au plus demandons nous l'applications des règles élémentaires qui assurent la loyauté d'une telle concurrence.
Tu seras peut-être surpris d'apprendre que les taxis français se joignent à nos revendications pour dénoncer ces transporteurs sauvages qui sont pour la plupart des sous-traitants en provenance d'Angleterre, l'Italie, de Pologne et de Lituanie. Les chauffeurs n'ont pas de permis professionnel et seraient susceptibles d'être attaqués par les assurances en cas d'accident. Ils ne paient pas les émoluments prévus par les différentes lois et règlements nationaux puisqu'ils ne sont pas déclarés. Ce qui nous mène dans la situation absurde où les services en charge de l'application de la loi (Scom) ne sanctionne que les administrés enregistrés qui jouent le jeu et se prétend incompétent pour traiter les tricheurs. La coopération trans-frontalière avec l'URSAF est difficile, mais les contacts sont pris et les douanes semblent jouer le jeu.
Je suis en contact avec A. Vieillard pour essayer de trouver des solutions d'harmonisation qui permettraient de lisser les différences qui faussent la concurrence entre les divers acteurs. J'ai évoqué les conventions qui régissent la zone franche sans les connaitre, mais avec l'idée qu'elles pourraient être mises à jour et englober ces aspects.
Certes la légalité de l'encaissement d'un émolument pour la prise en charge de clients à l'aéroport est susceptible d'être remise en compte par des recours, notamment sur la base de ce qui s'est fait dans le cadre de la LMI. Le TF a donné raison aux confédérés contre le prélèvement d'une telle taxe.
Pourtant il est important de mettre en place des structures sur le site de l'aéroport qui permette le contrôle de l'activité ne serait-ce que pour garantir la sécurité des passagers qui font, en toute bonne foi, appel à un transporteur censé être légal, assuré et équipé. Ces structures et leur exploitation ont un coût qui doit être pris en charge par les prestataires. Les taxis genevois ont récemment fait des propositions pour participer à ce financement. Ils sont aussi concernés par des manquements à la LTaxis, notamment les refus de petites courses pour n'évoquer que le plus scandaleux.

Je partage tes inquiétudes sur la montée du MCG ainsi que la plupart de tes remarques à leur sujet.
Je suis aussi parfaitement conscient que Stauffer utilise les taxis pour avoir plus de visibilité.
Nous ne sommes pas dupes, comme j'ai eu l'occasion de le relever à Léman bleu. Cependant, nous avions besoin d'un relai politique au CA de l'aéroport pour dénoncer ces irrégularités avec un minimum de chance d'être écoutés, à défaut d'être entendus.
Je travaille sur ce dossier depuis plus de 4 ans en commission consultative. Nous avons noirci des tonnes de papier pour rien. Il a suffit du coup de gueule du troublion de la république pour qu'enfin les autorités bougent.
Je trouve ça parfaitement scandaleux. Et je passe pour un faible aux yeux de la profession parce que je n'ai pas voulu favoriser le rapport de force et les coups d'éclats.