28/03/2013

Ces années sanglantes où la Suisse faillit éclater sous la menace du IIème Reich

Depuis quelques jours, on voit toute l’extrême droite de ce bout de pays courir à la rescousse d’un conseiller d’état valaisan pris la main dans le pot de miel. Quelques personnes naïves s’y laissent prendre et entonnent le refrain : « laissons-le faire ses preuves, pourquoi tant de haine, ce n’est qu’un drapeau anodin après tout ». Quelques petits malins enfoncent le clou en prétendant donner des leçons d’histoire pleines de morgue… Et enduites d’erreur : «  le IIème Reich n’était pas le IIIème, bandes d’incultes, faut pas tout confondre ».

Non, faut pas confondre. Ni tenter de berner le lecteur trop confiant. Parce que ce drapeau innocent a bel et  bien été aussi celui du IIIème Reich à ses débuts, durant deux ans. Puis il est resté celui de la Kriegsmarine, pendant toute la guerre. Or le Monsieur qui porte une queue de cheval dit lui-même l’avoir acheté en visitant un U-boot. Par ailleurs il est professeur d’Allemand. Censé être informé de l’histoire de ce pays et du sien. En principe.

C’est là que le bât rentre carrément dans la chair de l’âne. Parce que ce drapeau fut effectivement d’abord celui du IIème Reich, de l’unité allemande (contre la joyeuse pagaille décentralisée qui précédait), de Bismarck et de la guerre de 14-18. Durant laquelle la Suisse passa à deux doigts de l’éclatement. 7 000 Français de Genève sont morts dans les tranchées, mais aussi des milliers de Suisses. Après l’invasion de la Belgique neutre, plusieurs dizaines de milliers de Confédérés s’étaient engagés dans la Légion étrangère où ils se sont battus héroïquement contre l’hégémonie allemande, faisant du 1er Régiment Etranger le plus décoré de France. Parmi eux, un Neuchâtelois d’origine alémanique, Blaise Cendrars, qui y perdit un bras. Il n'est pas faux d'écrire que leur participation fut décisive et qu'en aidant la France, ils sauvèrent la Confédération d'une annexion pure et simple dans le IIème Reich.

Pendant ce temps en effet, un autre Neuchâtelois, Conrad Ulrich Wille, avait été élu général, commandant en chef de l’Armée Suisse, avec le soutien appuyé des 235 000 allemands résidant en Suisse orientale (dont l’ancêtre de Blocher), contre 68 000 français, presque tous à Genève. Né à Berlin dans une famille de collaborateurs du Roi de Prusse, Wille est marié à une comtesse von Bismarck, cousine du chancelier. Il va tout faire pour engager la Confédération aux côtés des Allemands, échouant de justesse à plusieurs reprises. Il masse ses troupes aux frontières françaises et italiennes et laisse le Rhin quasi sans défense, alors que les Prussiens ont envahi la France en violant la neutralité belge. Ses officiers supérieurs fournissent à leurs homologues allemands les codes de l’armée russe (et écopent gentiment de quinze jours d’arrêt…), il contribue au départ de Lénine, et surtout à au moins deux reprises, prépare des plans d’invasion de la France, stoppés in extremis par le Conseil Fédéral, qu’il insulte copieusement dans ses courriers privés. 

J’oubliais: le KronPrinz Guillaume est le parrain de son petit-fils. Conrad Ulrich est aussi le grand-père maternel d’Annemarie Schwarzenbach, écrivain morphinomane, amie d’Ella Maillart avec qui elle voyage en Afghanistan et surtout militante anti-nazie. Tandis que son oncle Ulrich Sigmund Wille (le père du filleur du Kronprinz) devenu à son tour Colonel commandant de corps, disputera sa fonction au Général Guisan, avec des intentions clairement pan-germanistes, voire pro-nazies vu les circonstances, au point qu’il sera finalement exclu de l’armée en 1942.

Bref, pour un partisan de l’indépendance jalouse du peuple des bergers contre l’emprise européenne, l’emblème semble mal choisi, qui fut celui du pan-germanisme ouvertement désireux d’avaler la Suisse, au moins dans sa partie alémanique.
Sauf bien sûr si c’est bel et bien son adoption comme signe de ralliement par l’extrême-droite nazillone européenne qui motive la présence de l’emblème dans la cave du Conseiller d’Etat valaisan. De même que son apparition à la télévision. L’ultime provoc à destination de ses nombreux fans dans les milieux racistes et identitaires : « Regardez, je suis au Gouvernement, avec ça chez moi. » Pure supputation bien sûr, mais peut—être bien la provoc de trop. A noter que même Marine le Pen ne tolère pas ce genre d’excès et exclut systématiquement tous ceux qui arborent des symboles d’une époque honnie.

On a donc ainsi officiellement en Suisse une UDC qui va plus loin que le Pen. Cela n’a rien d’anodin et les cris d’orfraie en défense du tribun à queue de cheval, réclamant le respect pour l’homme, sa fonction et ses électeurs, sont nuls et non avenus lorsqu’on voit la violence avec laquelle les mêmes milieux n’hésitent pas à conspuer les édiles en place, respectueuses du pacte républicain et du système confédéral. La condamnation en justice d’un rédacteur en chef valaisan qui avait laissé passer des rapprochements déplacés sur les origines communes entre le tribun à queue de cheval et le dernier chancelier du Reich prend soudain un goût amer.

Concrètement, cela n’est pas sans incidence sur nos prochaines élections cantonales. On sait que le nouveau Conseiller d’Etat valaisan a toujours été pour un rapprochement entre l’UDC et le MCG. Le soutien qu’il a reçu des membres de ces deux partis confirme au besoin qu’on est bien en présence de deux formations d’extrême-droite. Dans les blogs et sur Facebook, le débat est allé très loin, jusqu’à relativiser les crimes nazis, au prétexte de la colonisation, ou de la collaboration. Positions indéfendables. Qu’il existe des tueurs de vieilles dames, par exemple, ne réduit en rien l’ignominie d’un serial-killer violeur d’enfants… Ni la nécessité de mettre le mal hors d’état de nuire. Pour cela, le vote pour des formations démocratiques sans ambiguité apparait une impérieuse nécessité. 

26/03/2013

Traversée: le Conseil d'Etat ne lâche pas prise

La Traversée en 2030, c'est une excellente nouvelle, d'autant qu'elle serait gratuite, ou tout au moins payée par la Confédération. Elle a été annoncée en point presse par Michèle Künzler et François Longchamp dès la semaine dernière, confirmée ce matin par les responsables techniques de la question dans l'administration cantonale. L'élargissement de l'autoroute actuelle est prioritaire. Elle gagnera une, voire deux voies supplémentaires dans chaque sens,  pour des travaux qui devraient être achevés dans 7 à 12 ans... Le scoop, c'est que la traversée du Lac n'est pas morte et enterrée, tout au contraire.

Doris Leuthard et les responsables de l'OFROU (Office Fédéral des Routes) l'ont encore confirmé tout récemment. L'idée serait d'inclure le projet dans le plan de financement de l'achèvement des toutes nationales, en 2015. Pour une inuaguration, idéalement, en 2030. Je ne sais pas vous, mais moi je serai en retraite depuis déjà un paquet de temps. Mais pour l'économie lémanique et pour le quotidien des habitants du Grand Genève, c'est vital.

On a pu croire que le Conseil d'Etat  délaissait le projet, voire qu'il le faisait avec un certain plaisir, enfourchant avec délectation l'excuse "Berne n'en veut pas", pour éviter d'avoir à se coltiner une votation compliquée. Il n'en est rien.  Le Conseil d'Etat in corpore est bien décidé à aller de l'avant et nul doute que les trois élus PLR qui rempilent sauront faire passer le message dans le nouveau collège. Michèle Künzler, collégiale, s'est-elle in fine laissée convaincre par les arguments des techniciens ? C'est tout ce que l'on peut lui souhaiter pour sa réelection et nous ne manquerons pas de le lui demander. 

 

On sait Pierre Maudet convaincu de longue date. François Longchamp, c'était moins évident. Mais depuis qu'il est responsable de l'urbanisme et des affaires régionales, il est appelé à se déplacer bien davantage et il nous confiait récemment combien il lui semblait urgent de désenclaver la rive gauche. Si Berne (et les chambres fédérales) se laissent convaincre, le contournement autoroutier de Genève serait bouclé avec de l'argent fédéral quasi exclusivement. Ce qui complique un peu la perspective d'y faire passer les transports publics. Les autobus où l'on circule debout ne sont pas admis sur les routes nationales, où la ceinture est obligatoire en tout cas. Rien n'empêche en revanche de prévoir suffisamment large dès le départ pour réserver des voies éventuelles aux  trasnsports publics.

Nul doute en tout cas qu'une telle traversée permettra de résoudre une bonne partie des problèmes de circulaton, de fluidité et de pollution du Centre ville. Vivement 2030...

 

 

22/03/2013

Budget & fiscalité: le consensus n'est pas mort, il est juste blessé

Sur son blog, puis dans Facebook, et finalement hier soir, devant l’assemblée des délégués du PLR, le sémillant Renaud Gautier a émis l’idée que nous étions en plein changement d’ère. Que le temps du consensus, qui a fait les beaux jours de la Suisse, était échu, et que celui des affrontements était venu. Quasiment classe contre classe. Il en a bien sûr rejeté la responsabilité sur la gauche, ce qui n’est pas entièrement faux. Mais force est de constater que ce discours, à l’extrême droite et notamment chez certain journaliste vedette de la Praille, il y a belle lurette qu’on le tient.

Plus piquant et plus évocateur, en bon gérant de fortunes, Renaud s’est placé sur le terrain du possédant, à qui la gauche entend faire les poches. Avec au besoin la complicité active du MCG, qui voit là un moyen commode de se placer auprès de son électorat populaire, tout en cognant comme un sourd sur la gauche bobo intello et internationaliste le reste du temps.

Renaud étant fort intelligent, son discours n’est pas faux. Il est juste partiel. Oui la gauche veut prendre aux riches pour donner à sa clientèle de pauvres et de fonctionnaires. Oui le MCG entend la concurrencer sur ce terrain, avec une clientèle différente, moins intellectuelle, plus petits entrepreneurs, lumpen prolétariat d’origine étrangère et agents de sécurité.

Ce sont là, des situations très classiques, déjà vécues en Europe et à Genève en particulier, il y a 80 ans. La principale différence étant le degré de violence, qui pour le moment reste anecdotique. Souhaitons qu’il continue à en être ainsi.  

Sur le fond, ce que semble oublier Renaud, c’est qu’en dehors de fortunes établies – et même pour celles-là – ce qui compte c’est moins le taux d’imposition que la possibilité de créer de la richesse, ou à l’inverse, la destruction de cette dernière, dans des conflits de toute nature, qui se traduisent -  toujours – par une forte aggravation de la pression fiscale et un rétrécissement considérable des écarts entre riches et pauvres. Sur ce plan d’ailleurs, si l’on se place d’un point de vue strictement égalitariste, on pourrait écrire que les guerres ont du bon. Ce qui serait oublier tout ce qu’elles ont de mauvais.

Pour être concret, voyons le budget comme le gâteau des dépenses publiques à partager, la fourniture des ingrédients étant à répartir entre les différentes catégories de contribuables. Il faut s’attendre à la diminution des réserves de fournitures, parce que l’économie occidentale péclote gravement, ce dont Genève ne pourra pas éternellement se tenir à l’écart. Pour maintenir coûte que coûte la taille du gâteau à répartir dans leur clientèle, la gauche et les populistes veulent augmenter la quote-part demandée aux fournisseurs, quand bien même ces derniers vont voir leurs réserves se réduire à cause de la crise. Ce qui risque de faire fuir certains fournisseurs et donc d’aggraver encore la pression sur ceux qui restent. De plus comme les frontaliers et les expatriés ont été désignés boucs émissaires, les socialistes et plus encore le MCG, veulent leur mettre des chicanes et des barrières. Ce qui immanquablement va nuire à l’économie, donc réduire encore les réserves de fournitures.

La pente naturelle, celle qu’incite à suivre le journaliste de la Praille et sur laquelle se laissent glisser plusieurs députés PLR, c’est de s’allier au populisme – de préférence l’UDC plutôt que le MCG - pour construire une majorité qui tienne debout et soit de taille à imposer ses choix au parlement. Et éventuellement ailleurs.
C’est une mauvaise idée. D’abord parce que le MCG et l’UDC, maintenant qu’ils sont à nouveau réunis (les fondateurs du MCG sont des transfuges de l’UDC), ne se laisseront pas séparer facilement. Le Conseiller d’Etat valaisan à queue de cheval a très concrètement briffé l’UDC genevoise sur ce point et comme il peut aujourd’hui faire figure de Guru à l’extrême-droite, ses conseils seront écoutés.
Ensuite parce qu’une majorité qui se construirait avec les populistes serait contrainte d’abonder dans leur sens. Soit en ponctionnant davantage d’impôts, soit plus probablement en concédant quelques barrières anti-frontalières qui vont nuire à l’économie, donc à la création de richesse et de fourniture, sans améliorer d’un iota la situation des Genevois. Au contraire, les Suisses de France – et les frontaliers, qui en ont le droit - vont avoir tendance à rentrer en Suisse, ce qui va augmenter la pression sur les loyers, et à grossir l’exode sur le Canton de Vaud, donc la baisse des recettes fiscales genevoises, sans améliorer le taux de chômage…

Dans tous les cas, les fournisseurs (= les contribuables) sont grugés : on tend à réduire leur nombre et l’état de leur fortune, tout en les ponctionnant davantage. Existe-t-il pour autant une alternative ? Pas sûr…

Si le PS s’entête dans son jusqu’auboutisme et si les verts refusent de se montrer lucides, le seul espoir des Genevois réside dans un score canon de l’Entente, susceptible de la rapprocher de la majorité au Grand Conseil et de la consolider au Conseil d’Etat. Ce n’est pas seulement l’intérêt des possédants, car les revenus de tout le monde dépendent de la bonne santé de l’économie globale, que les attitudes suicidaires du PS et du MCG menacent gravement. Sur ce point au moins, je suis entièrement d’accord avec Renaud Gautier. Le renfort des Verts Lib ou même des Pirates serait bienvenu, mais malheureusement, je crains fort que ni l’un ni l’autre n’atteignent le quorum et que donc les voix qui se portent sur ces deux petit partis soient des voix qui amoindrissent l’Entente et donc renforcent les populistes.

Maintenant, quel sera  dans les faits le niveau de la crise dans les deux, trois ou même cinq années qui viennent, nul ne peut le dire. Pas davantage que l’on ne peut chiffrer l’impact désastreux qu’auraient les mesures d’un populisme transversal, gauche-droite, victorieux, ou même simplement influent. Mais si la crise se révèle aussi grave que certains le craignent, les solutions d’économie et d’allègement de l’Etat ne suffiront pas (d’autant qu’elles sont elles-mêmes causes de baisse de croissance à terme) et il faudra aussi revoir l’assiette fiscale. C’est une question vitale pour la santé de l’équilibre social. Si l’on demande des sacrifices, il faut que ceux-ci soient répartis. Personnellement, je verrais assez dans les faits une sorte d’accord et d’engagement plus ou moins formel à se tenir prêts à gouverner sans dogme, ni d’un côté ni de l’autre, si ce n’est à maintenir un gâteau de qualité dans la mesure des ingrédients raisonnablement disponibles. Bref une gestion de bon père de famille, qui sait économiser quand les récoltes sont mauvaises, mais aussi se priver au besoin pour nourrir ses enfants. Sans en faire des enfants gâtés pour autant.

Un accord consensuel qui pourrait réunir l’Entente, les Verts et pourquoi pas les modérés au sein du PS et des populistes. François Longchamp l'a esquissé hier soir: "Si je devais choisir entre l'emploi et l'impôt, je choisirais l'impôt". Parce que les politiques anticycliques sont aussi de la responsabilité d'un gouvernement qui travaille à l'intérêt général.
Ce serait la logique bien helvétique du partenariat qui prévaudrait, plutôt que l’affrontement camp contre camp, à la française ou à la valaisanne…
Il n’est jamais trop tard pour entendre la voix de la raison.
Et pour mes amis du PLR qui ont peur que l’on vienne leur faire les poches, j’aimerais leur rappeler qu’il vaut mieux travailler à avoir de quoi les remplir ( = aux conditions cadre du fonctionnement économique et donc à lutter contre le protectionnisme) que de risquer d’oblitérer cette possibilité par crainte de perdre la monnaie qui y est déjà.