23/04/2013

Echange automatique d’informations : Pourquoi les banques n’ont pas le choix

La plus grosse erreur sur ce sujet serait de confondre l'intérêt national avec une fierté mal placée. Beaucoup sont tombés dans le piège. Résumons.

L’économie suisse a de nombreux atouts, la puissance de ses banques étant primordiale, qui se traduit par d'incroyables quantités d’argent géré. La majeure partie de cet argent est aujourd’hui parfaitement légal et déclaré: fonds de pension, assurances, fonds souverains, trusts et autres qui profitent ici de la stabilité législative, politique et monétaire, d’interconnections nombreuses et du savoir-faire de la place financière. Mais bien sûr pour que cet argent reste ici, il faut qu’il travaille et fasse des petits, donc qu’il puisse être investi partout où ça rapporte, y compris dans les pays d’origine des fonds.

Une autre partie des fonds, une grosse minorité, mais qui tend à se réduire, est constituée d’argent disons « gris ». De l’argent honnêtement gagné en principe, mais pas forcément déclaré. Plus quelques résidus, par ci par là, d’argent carrément délictueux dont presque tout le monde aimerait bien se débarrasser, même si quelques margoulins sont encore attirés par le caractère très rémunérateur de ces fonds pour ceux qui daignent prendre le risque de s’en occuper.

La Suisse a longtemps joué sur les deux tableaux, privilégiant peu à peu le premier, l’argent légal et elle a bien fait, mais aujourd’hui, mise au pied du mur,  il lui faut choisir.

Défendre le secret bancaire, c’est défendre cette partie d’argent gris et les quelques restes carrément sombres. Peu viable à terme, comme on l’a vu depuis bientôt une quinzaine d’années avec le Etats-Unis, qui mettent dans la balance l’accès à leur marché  boursier et financier : si vous voulez travailler chez nous, dit Washington, informez-nous sur nos ressortissants. Et la Suisse informe, parce que si l’accès au marché US est coupé, c’est non seulement un gros morceau de profit en moins pour les banques, mais c’est aussi, pour l’argent placé et donc pour la clientèle, de très importantes perspectives de rentabilité qui s’envolent.

Il en va de même pour l’Europe et bientôt pour les principaux marchés émergents, Brésil en tête, depuis qu’à Bruxelles on a compris la combine.  La Suisse peut choisir de se recroqueviller sur son secret bancaire et de défendre corps et âmes les personnes ayant placé de l’argent dissimulé, mais ce sera au détriment de ses profits et plus grave, de ceux de ses clients honnêtes et propres sur eux, qui sont aujourd’hui majoritaires. Accessoirement, l’économie classique helvétique paierait également les pots cassés, en risquant de voir se fermer des marchés essentiels, de proximité. Les Asiatiques étant globalement allergiques aux produits laitiers, ce n’est pas en Chine que l’on va vendre le Gruyère d’alpage. Sans compter (et c'est primordial) que  la Chine, le Brésil et les autres font aussi partie du G20  de l’OCDE et du GAFI, et qu’ils ont tout autant intérêt que Bruxelles ou Washington à voire se réduire la colossale évasion fiscale mondiale.

En vérité, les services juridiques des banques, compliance, aml et autres se préparent de longue date à cela, qui coûtera d’ailleurs moins cher que les machines à Tinguely que constitueraient des accords séparés et spécifiques avec chaque pays, impliquant d’entretenir des armées d’avocats spécialisés dans le droit de chaque pays. En plus de la coûteuse collecte d’informations rendue nécessaire sur la clientèle, ou de la valeur très relative d’un certificat de déclaration fiscale exigé du client. On l'a bien vu dans l'affaire Cahuzac.  

Reste l’épineuse question des fonds placés depuis longtemps dans un cadre légal en Suisse (parfois pour fuir des dictatures ou autres), mais qui se retrouvent aujourd’hui menacés par ces accords internationaux. Cela fait aujourd’hui cinq années au moins qui ont pu ou auraient du être mises à profit pour trouver une solution. Individuellement, les comptes ont pu être clôturés et collectivement, la plupart des banques suisses et l’ASB ont fait le maximum pour parvenir à des compromis honorables, comme les accords RUBIK. Plusieurs pays ont joué le jeu, proposant des solutions d’amnistie qui leur ont rapporté à chacun de jolis paquets de milliards.  

Certaines banques, UBS en tête (devenue en bonne partie arabo-singapourienne sous la houlette d’Ospel lorsqu’elle a été renflouée par les fonds souverains en 2007) ont préféré continuer à jouer un double-jeu qui ne lui ont valu que des ennuis, éclaboussant largement toute la profession et même la Suisse entière. On peut espérer que c'est aujourd’hui terminé. Aujourd’hui, la Suisse n’a plus d’autre choix que l’échange automatique. Il ne lui reste qu’à le vendre du mieux possible, en obtenant en échange le libre accès aux marchés, et la transparence des trusts. Ce qui est dans l’intérêt de tous et l'argent transféré ces dernières années à Singapour et ailleurs n'est qu'en sursis. A moins d'y avoir été transféré en cash, les traces électroniques existent et sont connues des autorités concernées. Dans les mois et les années qui viennent, les structures bancaires de ces eldorado insulaires de l'off-shore seront tous passés au grill. Et l'on a vu, avec Chypre, quelle était la fragilité de ces structures qui n'ont que la finance pour pilier. Si j'avais de l'argent, je préfèrerais qu'il soit en Suisse. 

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