27/04/2013

Suisse-UE : le symbiote qui refusait d’épouser la crémière…

 

Nous savons tous ce qu’est un parasite : un organisme qui se greffe sur un autre, dans lequel il puise sa substance vitale, au point de l’épuiser parfois, ce qui peut conduire à la mort des deux organismes.  La symbiose est un parasitisme un peu particulier, dans la mesure où le parasite apporte également des bienfaits à l’organisme hôte, ce qui les rend plus forts ensemble, plus efficients que séparément. Dans la nature, c’est toujours l’organisme le plus gros qui est qualifié d’hôte et quelques relations symbiotiques sont à l’origine des plus belles réalisations de la nature. A commencer par les lichens qui ont permis la colonisation de la Terre par la végétation.

En biologie, les deux organismes d’une symbiose sont dit symbiotiques,  ou symbiotes. En littérature, notamment de science-fiction, le symbiote est clairement l’organisme qui parasite, fournissant en échange à l’hôte des facultés, voire des pouvoirs, auxquels il n’accèderait pas sans lui. L’équilibre des échanges est bien sûr fondamental, si l’on veut éviter que la symbiose, bénéfique à chacun, ne redevienne du parasitisme pur et dur, qui risquerait d’être fatal à l’un des « partenaires » ou aux deux. Par étranglement de l’hôte ou par arrachage du parasite.

Par analogie, on peut clairement qualifier la Suisse de symbiote de l’Union européenne, les bilatérales ayant renforcé le phénomène. Au profit de la Suisse, qui du coup s’hypertrophie, grossit trop vite aux yeux de nombre de ses résidents/composants, attirant capitaux et travailleurs hautement formés particulièrement dynamiques… Loin de se réjouir de former un ilot de prospérité au beau milieu d’une crise mondiale, ces composants suisses ingrats – et inconscients – sont persuadés de pouvoir mieux réussir encore en s’éloignant de l’hôte, oubliant que si le lierre peut survivre sans arbre où s’accrocher, il végète au sol et croit au ralenti, tandis que la symbiose avec un arbre lui permet de s’élever dans les airs et de se développer à une vitesse spectaculaire !

Rappelons que l’économie suisse stagnait avant les bilatérales avec un taux de croissance inférieur à celui de l’Europe, ce qui s’est inversé après les bilatérales. Que par ailleurs plus des deux-tiers de nos échanges (importations et exportations), dont nous ne saurions nous passer, se font avec l’Union Européenne, dont nous représentons 5% des échanges. L’Union européenne est donc 13 fois plus importante pour nous que nous le sommes pour elle. Penser que l’on doit notre réussite à notre seul génie démocratique et à la minceur de notre code du travail est certes très agréable pour l’ego, mais c’est juste faux. La démocratie et le code du travail nous aident, mais ne suffisent pas.

Les Suisses aiment bien rappeler, par exemple, que la Suisse est le premier investisseur étranger dans l’Union Européenne. C’est vrai, mais pour l’essentiel, l’argent investi est de l’argent européen, déclaré ou non au fisc des pays européens dont il est issu, qui y retourne après avoir été placé à l’abri en Suisse. Des fortunes privées, autant que des bénéfices commerciaux de multinationales… Tant que le symbiote joue le jeu et offre un plus à l’hôte (ne serait-ce que le confort d’avoir une économie et une société stables en son cœur) tout va très bien dans le Meilleur des mondes, mais si l’échange devient par trop inégal, la tentation de court-circuiter le passage par le symbiote devient lancinant.

Les responsables ayant senti le danger, prônent de longue date la diversification des relations. Politique judicieuse, mais qui ne compensera jamais le fait que la Suisse est un symbiote INTERNE à l’Union Européenne, qui l’entoure entièrement. Même ses voies aériennes dépendent intégralement du bon vouloir de l’UE. Sans compter que la Suisse fait incontestablement partie du club occidental.  Tant que le monde vit en paix, la Suisse en profite, mais nos valeurs sont belles et bien occidentales, en plus de la géographie, qui nous place au cœur du continent.

En résumé, le symbiote suisse écrème le meilleur des produits de l’Union européenne : capitaux défiscalisés et jeunes diplômés formés à grands frais notamment. Il ne fait pas que cela, mais il fait aussi cela et c’est essentiel dans les rapports entre l’hôte et son symbiote. Dans les faits, l’intégration entre les deux organismes est tellement avancée, l’imbrication telle qu’une union de droit et non plus seulement de fait parait la solution la plus pertinente. Il s’agirait simplement de régulariser en épousant la crémière, depuis le temps qu’on vit à la colle… Le mariage est à la mode, ces temps.

Au lieu de quoi, la Suisse, du moins une forte partie d’entre elle, s’obstine à vivre dans le pêché. Pourquoi pas ? Après tout, les enfants sont grands. Bien sûr, la voix au chapitre dans les conseils de famille est réduite à la portion congrue : un murmure, depuis l’autre côté de la porte close. C’est embêtant, alors que le multilinguisme, la culture démocratique et l’expérience confédérale feraient à coup sûr merveille, dans les débats familiaux. Une chose est sûre cependant : couper les liens unissant le symbiote à son hôte serait suicidaire. Vivre à la colle, pourquoi pas, mais pas séparés : quel que soit l’état de santé du géant, son symbiote, privé des 2/3 de sa substance vitale,  ne s’en relèverait pas.

Se mêler des problèmes de la famille, les prendre à bras-le-corps et aider à les résoudre, c'est une attitude qui serait appréciée, au moment où le caractère un peu égoïste de la relation apparait au grand jour. C'est d'ailleurs ce que fait la Confédération discrêtement, par exemple en soutenant l'Euro. C'est autrement plus constructif et solidaire que l'attitude d'une certaine droite, qui se contente de dresser la liste des échecs, des demi-échecs ou des difficultés, en ressassant "on vous l'avait bien dit".  La Suisse ne s'est pas faite en un jour. L'UE n'a qu'une cinquantaine d'années. Au cours des siècles qui ont suivi 1291, les cantons n'ont cessé de se taper les uns sur les autres, manu militari, au moins autant qu'ils faisaient la guerre à l'extérieur. Alors la décence voudrait que l'on encourage les efforts de construction de l'Union européenne, qui nous assurent protection et stabilité, plutôt que d'applaudir à tous ses problèmes.

Et pour sourire: un dessin de videberg paru dans un blog du Monde

 

 

 

 

 

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