29/04/2013

Cahuzac et l’enfer fiscal français : mythes et réalités

Cahuzac a menti à son parti, à son Président, à ses collègues ministres et députés et surtout à ses électeurs, mais finalement il s’est d’abord menti à lui-même. En tant que ministre du Budget son job était clairement de conforter un système qui à l’évidence ne marche pas : plus de la moitié des ressources publiques françaises proviennent de cotisations sociales, de taxes professionnelles et d’impôt sur les sociétés, qui toutes pénalisent le coût du travail en France. Tandis que l’impôt sur le revenu ne représente que 6% des ressources de l’Etat.  

Il existe en fait des centaines de types de prélèvement obligatoire différents dans l’Hexagone, dont personne à ce jour n’est paru capable de dresser la liste exhaustive. Surtout pas l’Etat. Au point que le détail des recettes, catégorie par catégorie, hésite entre Prévert, Kafka et Harpagon : taxe sur l’essence, le tabac, les jeux, l’alcool, la valeur ajoutée, l’électricité, le décès, le logement, les médicaments, etc…  La plus grosse, vaste zone d’ombre intitulée « divers » constituant de loin le plus gros poste : 40% de l’ensemble, à base de micro-taxes rapportant moins d’un milliard chacune, le plus souvent sur les salaires !

C’est le fruit de décennies de défiance et de mauvaise humeur des citoyens français à l’égard de leurs gouvernants, qui les poussent à l’évasion fiscale. Craignant leur juste courroux, les gouvernants ont pris l’habitude de taxer plutôt l’indolore « part patronale » de la fiche de paye. Ce qui n’est qu’un grossier mensonge, s’agissant de l’argent bel et bien payé par le patron sur le coût du travail mais non versé au salarié. 

En Suisse, le gros des recettes de l’Etat et des cantons proviennent bel et bien de l’impôt sur le revenu, nettement plus lourd qu’en France à catégorie sociale égale ; et pourtant ça marche. Il serait naïf de croire l’évasion fiscale inconnue chez nous, mais elle n’est certainement pas le sport national pratiqué de longue date en France.

Le citoyen helvétique doit payer lui-même des primes d’assurance maladies astronomiques et un impôt sur le revenu très consistant. La facture a beau être salée, elle se révèle beaucoup plus digeste grâce la démocratie directe, aux référendums d’initiative populaire et à la proximité administrative : les ¾ des dépenses publiques sont décidées à l’échelon local en Helvétie, contre moins du quart en France. Du coup, le citoyen helvète a le sentiment d’avoir pu s’exprimer par son vote sur la manière dont l’Etat dépensait le fruit de ses impôts. Et comme on dit au cinéma, « il en voit la couleur à l’écran ». Ce qui n’est de loin pas toujours le cas du citoyen français.

Maintenant, lorsque la gauche française prétend que 60 à 80 milliards d’euros par année échappent à l’impôt, il faut savoir de quoi on parle. Il ne s’agit en tout cas pas du montant qui devrait être payé au fisc, car ce serait l’équivalent de ce que rapportent ensemble l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les bénéfices des sociétés : 65 milliards cumulés en 2009, sans doute dans les 80 en 2013. Evaluer des données cachées est forcément grossier et hasardeux, mais là cela signifierait que la moitié de l’activité économique française, dans tous ses secteurs même les plus prestigieux et surveillés se déroule « au black ». Ce n’est pas réaliste. 

Il ne peut pas davantage s’agir du montant des revenus et des bénéfices qui échapperaient à l’imposition sur une année. Ce qui – en impôt sonnant et trébuchant - ne ferait déjà même plus le tiers des 80 milliards annoncés.  Car même dans ce cas, 80 milliards échappant à l’imposition (sachant que le PIB français est de 2000 milliards dont plus de la moitié incombe à l’Etat et aux services publics et n’est donc pas imposable), cela représenterait encore l’équivalent d’un bénéfice de 8% pour toutes les entreprises privées françaises qui, intégralement, ne serait pas déclaré… Alors même que par les temps de crise qui courent,  95% des patrons français vendraient père et mère pour arriver à de telles marges même déclarées…

Bref, si ce chiffre de 60 à 80 milliards n’est pas une pure vue de l’esprit, il ne peut être crédible que s’il désigne en fait l’ensemble des biens d’origine française qui dorment (ou fructifient) à l’étranger et ce, pour certains d’entre eux, depuis des décennies. Ce que se gardent bien de préciser politiciens et journaliste qui avancent ce chiffre spectaculaire.  Car du coup, l’affaire perd beaucoup de son sel et  le montant à en tirer en impôt effectif varie entre 1 à 2 milliards par année, sur les revenus des placements, ou si l’argent est confisqué, à l’équivalent de ce qui sera confisqué, mais par définition, une fois et une seule.

 Dans le premier cas, la France récupère chaque année 0,1% de son budget annuel  (et 2 à 3% du montant total de l’impôt sur le revenu). Dans le second, pour autant qu’elle parvienne à mettre la main sur tous les fonds évadés, ce qui parait très improbable, elle récupère l’équivalent de 6% de son budget annuel, mais une seule fois. C’est loin d’être négligeable, mais c’est nettement moins efficace que de tenter une vraie réforme de la fiscalité, pour mettre fin à un système qui ne marche pas…

Pour comprendre à quel point l’impôt sur le revenu est relativement peu important, dans l’ensemble de la fiscalité française, il suffit de savoir que mises ensembles, les taxes sur l’alcool, le tabac et l’essence rapportent davantage.  Ou que l’électricité, à elle seule, rapporte autant que l’ISF. Pour la simple et bonne raison que si les riches peuvent être très très riches, ils sont aussi extrêmement peu nombreux. Cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être imposés. Il est psychologiquement indispensable qu’ils participent largement à l’effort de solidarité exigé de tous en des temps difficiles. Mais ce n’est pas cela qui sauvera la France.

Les politiques vont donc devoir inventer de vrais remèdes et des solutions pérennes. L’exemple de la petite Suisse pourrait les y aider, s’ils voulaient bien se renseigner sérieusement sur comment ça marche ici, au lieu de rabâcher des clichés comme celui-ci , découvert sous la plume d’une journaliste de « La Tribune », hebdomadaire économique, pour expliquer le faible taux de chômage en Suisse :

« La Suisse a une prospérité liée à son rôle de place financière, explique Jacques Freyssinet (économiste au Centre d'études sur l'emploi) ; elle utilise très largement la régulation de l'immigration, qui est surtout sur des contrats courts", poursuit Jacques Freyssinet. Difficile de décrocher un CDI si l'on n'est pas suisse, la préférence nationale est effective. Il se murmure également que, de honte, certains Suisses au chômage ne s'inscriraient pas... » précise la journaliste.

Rien sur la durée du travail, sur la minceur du code du travail, sur le fait que la finance représente 5 % des emplois à tout casser et l’immigration 23% des actifs, voire davantage en incluant les frontaliers. L’économiste du centre d’études pour l’Emploi ignore apparemment l’inexistence de fait des CDI à la française et sa lecture de la régulation de l’immigration est juste l’inverse de celle du MCG. La vérité se situant probablement entre les deux.  

Bref si les études sur l’amélioration de l’emploi dans l’Hexagone dépendent d’experts aveugles et sourds, la France est mal barrée. Mais qui est ce Jacques Freyssinet ?  Un jeune débutant inexpérimenté ? Que nenni.  Né en 1937, professeur émérite d’Université, ancien dirigeant de l’UNEF aux sources du gauchisme, il a été Président du Conseil d’Administration de l’ANPE sous Mitterrand et se trouve à vrai dire en retraite  depuis 2002. Ne serait-il pas temps pour lui de laisser place aux jeunes, à des chercheurs sans œillères qui daigneront se renseigner et venir voir sur place comment ça marche, plutôt que de rester buté sur des théories franco-françaises qui poussent l’Hexagone à la faillite ?

27/04/2013

Suisse-UE : le symbiote qui refusait d’épouser la crémière…

 

Nous savons tous ce qu’est un parasite : un organisme qui se greffe sur un autre, dans lequel il puise sa substance vitale, au point de l’épuiser parfois, ce qui peut conduire à la mort des deux organismes.  La symbiose est un parasitisme un peu particulier, dans la mesure où le parasite apporte également des bienfaits à l’organisme hôte, ce qui les rend plus forts ensemble, plus efficients que séparément. Dans la nature, c’est toujours l’organisme le plus gros qui est qualifié d’hôte et quelques relations symbiotiques sont à l’origine des plus belles réalisations de la nature. A commencer par les lichens qui ont permis la colonisation de la Terre par la végétation.

En biologie, les deux organismes d’une symbiose sont dit symbiotiques,  ou symbiotes. En littérature, notamment de science-fiction, le symbiote est clairement l’organisme qui parasite, fournissant en échange à l’hôte des facultés, voire des pouvoirs, auxquels il n’accèderait pas sans lui. L’équilibre des échanges est bien sûr fondamental, si l’on veut éviter que la symbiose, bénéfique à chacun, ne redevienne du parasitisme pur et dur, qui risquerait d’être fatal à l’un des « partenaires » ou aux deux. Par étranglement de l’hôte ou par arrachage du parasite.

Par analogie, on peut clairement qualifier la Suisse de symbiote de l’Union européenne, les bilatérales ayant renforcé le phénomène. Au profit de la Suisse, qui du coup s’hypertrophie, grossit trop vite aux yeux de nombre de ses résidents/composants, attirant capitaux et travailleurs hautement formés particulièrement dynamiques… Loin de se réjouir de former un ilot de prospérité au beau milieu d’une crise mondiale, ces composants suisses ingrats – et inconscients – sont persuadés de pouvoir mieux réussir encore en s’éloignant de l’hôte, oubliant que si le lierre peut survivre sans arbre où s’accrocher, il végète au sol et croit au ralenti, tandis que la symbiose avec un arbre lui permet de s’élever dans les airs et de se développer à une vitesse spectaculaire !

Rappelons que l’économie suisse stagnait avant les bilatérales avec un taux de croissance inférieur à celui de l’Europe, ce qui s’est inversé après les bilatérales. Que par ailleurs plus des deux-tiers de nos échanges (importations et exportations), dont nous ne saurions nous passer, se font avec l’Union Européenne, dont nous représentons 5% des échanges. L’Union européenne est donc 13 fois plus importante pour nous que nous le sommes pour elle. Penser que l’on doit notre réussite à notre seul génie démocratique et à la minceur de notre code du travail est certes très agréable pour l’ego, mais c’est juste faux. La démocratie et le code du travail nous aident, mais ne suffisent pas.

Les Suisses aiment bien rappeler, par exemple, que la Suisse est le premier investisseur étranger dans l’Union Européenne. C’est vrai, mais pour l’essentiel, l’argent investi est de l’argent européen, déclaré ou non au fisc des pays européens dont il est issu, qui y retourne après avoir été placé à l’abri en Suisse. Des fortunes privées, autant que des bénéfices commerciaux de multinationales… Tant que le symbiote joue le jeu et offre un plus à l’hôte (ne serait-ce que le confort d’avoir une économie et une société stables en son cœur) tout va très bien dans le Meilleur des mondes, mais si l’échange devient par trop inégal, la tentation de court-circuiter le passage par le symbiote devient lancinant.

Les responsables ayant senti le danger, prônent de longue date la diversification des relations. Politique judicieuse, mais qui ne compensera jamais le fait que la Suisse est un symbiote INTERNE à l’Union Européenne, qui l’entoure entièrement. Même ses voies aériennes dépendent intégralement du bon vouloir de l’UE. Sans compter que la Suisse fait incontestablement partie du club occidental.  Tant que le monde vit en paix, la Suisse en profite, mais nos valeurs sont belles et bien occidentales, en plus de la géographie, qui nous place au cœur du continent.

En résumé, le symbiote suisse écrème le meilleur des produits de l’Union européenne : capitaux défiscalisés et jeunes diplômés formés à grands frais notamment. Il ne fait pas que cela, mais il fait aussi cela et c’est essentiel dans les rapports entre l’hôte et son symbiote. Dans les faits, l’intégration entre les deux organismes est tellement avancée, l’imbrication telle qu’une union de droit et non plus seulement de fait parait la solution la plus pertinente. Il s’agirait simplement de régulariser en épousant la crémière, depuis le temps qu’on vit à la colle… Le mariage est à la mode, ces temps.

Au lieu de quoi, la Suisse, du moins une forte partie d’entre elle, s’obstine à vivre dans le pêché. Pourquoi pas ? Après tout, les enfants sont grands. Bien sûr, la voix au chapitre dans les conseils de famille est réduite à la portion congrue : un murmure, depuis l’autre côté de la porte close. C’est embêtant, alors que le multilinguisme, la culture démocratique et l’expérience confédérale feraient à coup sûr merveille, dans les débats familiaux. Une chose est sûre cependant : couper les liens unissant le symbiote à son hôte serait suicidaire. Vivre à la colle, pourquoi pas, mais pas séparés : quel que soit l’état de santé du géant, son symbiote, privé des 2/3 de sa substance vitale,  ne s’en relèverait pas.

Se mêler des problèmes de la famille, les prendre à bras-le-corps et aider à les résoudre, c'est une attitude qui serait appréciée, au moment où le caractère un peu égoïste de la relation apparait au grand jour. C'est d'ailleurs ce que fait la Confédération discrêtement, par exemple en soutenant l'Euro. C'est autrement plus constructif et solidaire que l'attitude d'une certaine droite, qui se contente de dresser la liste des échecs, des demi-échecs ou des difficultés, en ressassant "on vous l'avait bien dit".  La Suisse ne s'est pas faite en un jour. L'UE n'a qu'une cinquantaine d'années. Au cours des siècles qui ont suivi 1291, les cantons n'ont cessé de se taper les uns sur les autres, manu militari, au moins autant qu'ils faisaient la guerre à l'extérieur. Alors la décence voudrait que l'on encourage les efforts de construction de l'Union européenne, qui nous assurent protection et stabilité, plutôt que d'applaudir à tous ses problèmes.

Et pour sourire: un dessin de videberg paru dans un blog du Monde

 

 

 

 

 

23/04/2013

Echange automatique d’informations : Pourquoi les banques n’ont pas le choix

La plus grosse erreur sur ce sujet serait de confondre l'intérêt national avec une fierté mal placée. Beaucoup sont tombés dans le piège. Résumons.

L’économie suisse a de nombreux atouts, la puissance de ses banques étant primordiale, qui se traduit par d'incroyables quantités d’argent géré. La majeure partie de cet argent est aujourd’hui parfaitement légal et déclaré: fonds de pension, assurances, fonds souverains, trusts et autres qui profitent ici de la stabilité législative, politique et monétaire, d’interconnections nombreuses et du savoir-faire de la place financière. Mais bien sûr pour que cet argent reste ici, il faut qu’il travaille et fasse des petits, donc qu’il puisse être investi partout où ça rapporte, y compris dans les pays d’origine des fonds.

Une autre partie des fonds, une grosse minorité, mais qui tend à se réduire, est constituée d’argent disons « gris ». De l’argent honnêtement gagné en principe, mais pas forcément déclaré. Plus quelques résidus, par ci par là, d’argent carrément délictueux dont presque tout le monde aimerait bien se débarrasser, même si quelques margoulins sont encore attirés par le caractère très rémunérateur de ces fonds pour ceux qui daignent prendre le risque de s’en occuper.

La Suisse a longtemps joué sur les deux tableaux, privilégiant peu à peu le premier, l’argent légal et elle a bien fait, mais aujourd’hui, mise au pied du mur,  il lui faut choisir.

Défendre le secret bancaire, c’est défendre cette partie d’argent gris et les quelques restes carrément sombres. Peu viable à terme, comme on l’a vu depuis bientôt une quinzaine d’années avec le Etats-Unis, qui mettent dans la balance l’accès à leur marché  boursier et financier : si vous voulez travailler chez nous, dit Washington, informez-nous sur nos ressortissants. Et la Suisse informe, parce que si l’accès au marché US est coupé, c’est non seulement un gros morceau de profit en moins pour les banques, mais c’est aussi, pour l’argent placé et donc pour la clientèle, de très importantes perspectives de rentabilité qui s’envolent.

Il en va de même pour l’Europe et bientôt pour les principaux marchés émergents, Brésil en tête, depuis qu’à Bruxelles on a compris la combine.  La Suisse peut choisir de se recroqueviller sur son secret bancaire et de défendre corps et âmes les personnes ayant placé de l’argent dissimulé, mais ce sera au détriment de ses profits et plus grave, de ceux de ses clients honnêtes et propres sur eux, qui sont aujourd’hui majoritaires. Accessoirement, l’économie classique helvétique paierait également les pots cassés, en risquant de voir se fermer des marchés essentiels, de proximité. Les Asiatiques étant globalement allergiques aux produits laitiers, ce n’est pas en Chine que l’on va vendre le Gruyère d’alpage. Sans compter (et c'est primordial) que  la Chine, le Brésil et les autres font aussi partie du G20  de l’OCDE et du GAFI, et qu’ils ont tout autant intérêt que Bruxelles ou Washington à voire se réduire la colossale évasion fiscale mondiale.

En vérité, les services juridiques des banques, compliance, aml et autres se préparent de longue date à cela, qui coûtera d’ailleurs moins cher que les machines à Tinguely que constitueraient des accords séparés et spécifiques avec chaque pays, impliquant d’entretenir des armées d’avocats spécialisés dans le droit de chaque pays. En plus de la coûteuse collecte d’informations rendue nécessaire sur la clientèle, ou de la valeur très relative d’un certificat de déclaration fiscale exigé du client. On l'a bien vu dans l'affaire Cahuzac.  

Reste l’épineuse question des fonds placés depuis longtemps dans un cadre légal en Suisse (parfois pour fuir des dictatures ou autres), mais qui se retrouvent aujourd’hui menacés par ces accords internationaux. Cela fait aujourd’hui cinq années au moins qui ont pu ou auraient du être mises à profit pour trouver une solution. Individuellement, les comptes ont pu être clôturés et collectivement, la plupart des banques suisses et l’ASB ont fait le maximum pour parvenir à des compromis honorables, comme les accords RUBIK. Plusieurs pays ont joué le jeu, proposant des solutions d’amnistie qui leur ont rapporté à chacun de jolis paquets de milliards.  

Certaines banques, UBS en tête (devenue en bonne partie arabo-singapourienne sous la houlette d’Ospel lorsqu’elle a été renflouée par les fonds souverains en 2007) ont préféré continuer à jouer un double-jeu qui ne lui ont valu que des ennuis, éclaboussant largement toute la profession et même la Suisse entière. On peut espérer que c'est aujourd’hui terminé. Aujourd’hui, la Suisse n’a plus d’autre choix que l’échange automatique. Il ne lui reste qu’à le vendre du mieux possible, en obtenant en échange le libre accès aux marchés, et la transparence des trusts. Ce qui est dans l’intérêt de tous et l'argent transféré ces dernières années à Singapour et ailleurs n'est qu'en sursis. A moins d'y avoir été transféré en cash, les traces électroniques existent et sont connues des autorités concernées. Dans les mois et les années qui viennent, les structures bancaires de ces eldorado insulaires de l'off-shore seront tous passés au grill. Et l'on a vu, avec Chypre, quelle était la fragilité de ces structures qui n'ont que la finance pour pilier. Si j'avais de l'argent, je préfèrerais qu'il soit en Suisse. 

19/04/2013

Le guru des populistes italiens et le jacuzzi des populistes genevois

Passionnant reportage d’Envoyé Spécial hier soir, sur France 2. Le mouvement populiste « Cinque Stelle » de Beppe Grillo y était ausculté de l’intérieur. Ce qui a permis de constater quelques points communs et aussi des différences fondamentales d’avec le MCG, mais aussi une analyse très particulière et extrêmement troublante de la mondialisation et des crises actuelles.

D’autant plus troublante que le mouvement a tout d’une secte, y compris le guru caché, mais une secte qui ferait 8 millions de voix et aurait 163 députés. Une secte aussi dont le leader officiel a déclaré hier à l’AFP vouloir exporter sa « révolution sans guillotine… pour l’instant » dans toute l’Europe. Tandis que son conseiller de l’ombre va plus loin : lui voit l’occident, grâce à sa refonte morale 5 étoiles, sortir vainqueur de la 3ème guerre mondiale, programmée pour 2020, afin d’instaurer le paradis sur Terre, à base de développement durable et de communautarisme virtuel.

La différence qui tue, pour le MCG, c’est que Grillo, au moins en apparence, met son parti en conformité avec son discours du « tous pourris » : pour être candidat 5 Etoiles, il faut n’avoir jamais fait de politique auparavant. Tandis que le MCG est principalement composé de politiciens blanchis sous le harnais, mais recalés par leurs anciens partis, qui ne jugeaient pas leurs aptitudes en corrélation avec leurs ambitions.

L’autre différence, qui contraste fortement avec le MCG, c’est que le Mouvement de Grillo a un vrai programme, comportant des éléments révolutionnaires, comme l’instauration d’un revenu minimum pour tous et le refus de bénéficier  des financements publics ou le fait de diviser le salaire des députés par trois. Là où Eric Stauffer, sitôt élu, cherche à augmenter le sien. Pour payer l'eau chaude de son jaccuzzi sur la terrasse de son penthouse d'Onex ?  Le Maire 5 étoiles de Parme, lui, roule en vélo et a revendu tous les véhicules de fonction… Bref, un agenda chargé pour Grillo et les grillistes, même s’il est en partie caché, tandis que le MCG n’est qu’un parti attrape-tout, sans ligne claire, soutenant chaque chose et son contraire, du moment que cela peut rapporter des voix. 

Le but de Grillo et de son guru Gianroberto Casaleggio est d’arriver au pouvoir pour changer l’Italie et le Monde, sans forcément nous demander notre avis, tandis que le but des cadors du MCG se limite à devenir calife à la place du calife.  On se demande ce qui est le pire, d’autant que les deux formations ont un gros point commun : la fabrication de boucs émissaires. Quoi de plus porteur qu’un ennemi responsable de tout, qu’il suffit de vaincre pour arranger les choses ? Les miracles étant rares en ce monde, c’est difficile à gérer sur le long terme,  une fois au pouvoir… Mais pour y arriver, c’est un coup de booster garanti sur les performances électorales.

Le frontalier du Mouvement 5 étoiles, c’est le politicien en place, responsable de tous les maux de l’Italie. Mais bien sûr. Les Italiens, eux, ne sont responsables de rien. Même pas d’avoir élu Berlusconi ou d’avoir érigé la combinazione en sport national. Pas davantage que les Genevois. Ou les Français. Ou les Etasuniens, les Chinois ou les Africains. C’est là le propre de toutes les démagogies de gauche, de droite, ou des étoiles, d’exonérer le peuple et les citoyens de toute responsabilité, au moins partagée. Pour mieux les berner. Dans le cas des Cinq étoiles, les citoyens (eux aussi adorent ce terme) sont invités à faire des propositions d'action, qui sont consignées et débattues non pas en public, mais uniquement sur Internet. Ce qui restreint le champ des intervenants. 

Or Internet, c'est précisément la spécialité du guru Casaleggio, qui a fait carrière - et fortune - dans le développement de sites et de blogs, y compris pour des multinationales, obtenant des performances de fréquentation exceptionnelles. Tous les sites internet du mouvement sont gérés et manipulés par l'entreprise du guru Casaleggio, Casaleggio Associatti. Et tout le parti est géré par l'intermédiaire d'Internet, sans aucune règle de démocratie formelle.  Or rien n'est plus facile que de manipuler des débats et des votes sur internet, qui se déroulent sur des sites dont on détient toutes les clefs. Toutes les attaques, douces ou dures, disparaissent immédiatement des sites du mouvement, tandis que des milliers d'internautes grillistes croisent le fer ardemment partout ailleurs... Ce qui n'est pas sans rappeler la pratique des militants MCG, sur la Tribune électronique et ailleurs.

Pour le reste, l’analyse du Guru Casaleggio sur l’avenir de la planète et de l’humanité dans les années à venir ressemble en bien des points à celle que j’exposais dans mon livre l’Utopie Urgente en 2007 (éd. Slatkine). A savoir que la montée en puissance des pays émergents, la stagnation de l’occident, les ressources limitée de la planète (même si l’on peut espérer trouver de nouvelles sources d’énergie) et l’excitation nationaliste ou religieuse en constante croissance forment un cocktail excessivement explosif. Avec l’augmentation des inégalités comme détonateur. 

A partir de là, nos analyses divergent. Pour éviter la 3ème guerre mondiale, ou en sortir si elle survient, je rêve d’une amélioration quantitative et surtout qualitative de la gouvernance mondiale, conjuguée à de fortes décentralisations démocratiques. Casaleggio, lui, parie sur ce qui pourrait bien être la fin de la démocratie classique, appuyée sur la maîtrise d’Internet (où comme il le dit lui-même, 10% des internautes produisent 100% des contenus) et la victoire de l’occident qu’il voit seul capable d’imposer la paix et la stabilité au monde. Une vision ethnocentrée qui traduit le caractère d’un homme apeuré et inquiet, ayant davantage voyagé dans les mondes virtuels épurés que dans la réalité complexe d’une petite planète multipolaire. 

13/04/2013

Danger: l'extrême-droite censure la vérité

Pour la première fois depuis bientôt huit ans que je tiens ce blog, suivi mensuellement par plusieurs milliers de lecteurs, même lorsque je n’écris plus qu’un texte par mois, j’ai été censuré par la Tribune de Genève. Le thème en était l’extrême droite et l’offshore. Plus spécialement la méthode consistant à obtenir un gros crédit, parfaitement légal, de banques habituellement très prudentes qui, à l’instar de la fourmi de la fable, sont peu prêteuses par nature. A moins de présenter de solides garanties.

Une garantie que les fourmis banquières adorent, c’est la mise en cautionnement, quelque part, d’une somme d’argent égale ou supérieure au prêt plus les intérêts. Pas nécessairement déclarée, la somme, sinon, à quoi bon payer des intérêts dessus ? La manip s’apparente donc à du blanchiment, en permettant d’utiliser des fonds de provenances diverses pour, par exemple, financer une campagne électorale.

Il n’y avait rien de faux ni de mensonger dans mon texte, qui ne citait que des faits publics et connus, disponibles sur Internet et pour l’essentiel même sur Wikipedia, et ce depuis des années. La seule valeur ajoutée de mon papier, en dehors d’une pointe de causticité, consistait au rapprochement de faits épars, qui prenaient ainsi un sens nouveau. J’y parlais d’une célèbre dynastie de l’extrême droite française, connue pour avoir obtenu un étonnant crédit de l’UBS pour sa toute petite PME active dans l’industrie du divertissement, un secteur habituellement fui comme la peste par cette institution bancaire qui connut jadis des jours meilleurs et des dirigeants d’une honorabilité au-dessus de tout soupçon.

J’y évoquais également un habitué des prétoires, politicien genevois collectionneur de casseroles, qui a obtenu de la Tribune, donc, le retrait de mon texte sur mon propre blog. Sous la menace non pas d’une plainte en diffamation ou pour calomnie, mais pour atteinte à l’honneur. Le détail a son importance, car dans l’atteinte à l’honneur, le fait rapporté peut être vrai et prouvé, cela n’empêche pas la condamnation, si le fait de le mentionner a pour but essentiel de nuire au plaignant. Une disposition très chrétienne du droit helvétique, ayant entre autres pour ambition de faciliter la réinsertion des personnes condamnées, en empêchant de rappeler sans cesse leur condamnation.

La Tribune, en tant qu’hébergeur, ayant été récemment condamnée conjointement avec Eric Stauffer, pour atteinte à l’honneur, suite à des propos tenus par ce dernier sur son blog, ne souhaitait pas remettre la compresse, en dépit de la valeur exemplaire et particulière de la situation. Il y avait en effet un détail d’importance, qui m’aurait protégé ainsi que la Tribune, selon la jurisprudence. Mon intention n’était nullement de nuire au politicien incriminé en tant que personne, mais simplement d’alerter l’électeur genevois sur les antécédents d’un candidat à de hautes responsabilités. Le fait d’avoir, par le passé, trempé dans des affaires du type de celles qui sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité et conditionnent l’avenir du canton, en le contraignant à repenser des pans entiers de son économie, ce n’est pas anodin. La moindres des choses est que l’électeur en soit informé.

Que cette évocation soit censurée par crainte (heureusement discutable) d’une action judiciaire, c’est un fait plus grave qu’il n’y parait dans une République jusqu’ici réputée pour sa liberté de parole. Liberté de parole d’ailleurs largement usitée, jusqu’à fatiguer, par le politicien en question qui a conspué le ban et l’arrière-ban de la République à de réitérées reprises, sous couverture (transparente à force d’être élimée) de la défense du bien commun. C’est aussi la preuve éclatante de ce qui nous attend si par malheur nous commettons l’erreur d’élire de tels personnages, qui passent leur temps à insulter toute la République, mais ne tolèrent à leur égard que le lèche majesté, menaçant et censurant à la moindre égratignure d’un simple blogueur.

Un comportement totalitaire avant même d’être au pouvoir, il fallait oser.  Tant mieux, cela permet de le reconnaître plus facilement.