18/05/2013

La France n'est pas notre ennemie. Tâchons qu'elle ne le devienne pas!

Par la langue, la culture, l’histoire et la géographie, Genève et au-delà, toute la Romandie, sont intimement liées à la France. Je ne vais pas détailler ici ce qui fait l’objet de mon prochain ouvrage, à paraître en novembre « Cette Suisse qui a fait la France et réciproquement ». Je me contenterai de dire qu’il y en a suffisamment pour remplir un bouquin dense de 900 pages, soit 1 million 300 000 signes…

En même temps, si Genève est française, c’est à la manière du village des irréductibles gaulois, à la fois mouche du coche, matrice d’idées révolutionnaires, relais financier, refuge aux persécutés et rebelle à l’autorité centralisée. Une principauté autonome, par essence et par nature. En fait Genève forme avec la France un couple indissociable dans les faits, avec des hauts et des bas, tant leur symbiose est forte et nécessaire aux deux partenaires.

Vu de Paris, cela peut prêter à sourire, mais c’est par Genève que la France est devenue romaine, puis catholique (Sainte-Clotilde, épouse de Clovis était genevoise) et c’est à Genève, incontestablement qu’ont commencé les révolutions de 1789, 1848 et même la Commune, par la tenue, à Genève puis à Lausanne, des deux premiers congrès de l’Internationale ouvrière. Louis XI, François 1er, Henri IV, Louis XIV, Napoléon et plus encore Napoléon III, qui était suisse, ont tous entretenu des rapports essentiels, d’amour ou de haine pour notre ville.

On peut inverser le prisme sans problème, il marche aussi bien dans l’autre sens. La France et ses souverains ont certainement fait davantage, pour l’existence de la Suisse et l’originalité de ses institutions, volontairement ou involontairement, que Guillaume Tell et la prairie du Rütli.  Sans oublier qu’à côté des Rousseau, Voltaire, Calvin ou Dunant existent des centaines d’hommes et de femmes qui jouèrent des rôles considérables.

Cependant, à chaque fois que les querelles de famille ont débouché sur des guerres ouvertes, Genève (ou la Suisse) ont perdu contre la France, pour une raison évidente, qui tient à la disparité des forces en présence.  Dans la vraie vie, David gagne rarement contre Goliath lorsque Goliath est dix ou cinquante fois plus gros. En tout cas pas sans une puissante aide extérieure, comme l’a amplement démontré le Congrès de Vienne. La France de Talleyrand y a tout raflé jusqu’à ce que le retour du vindicatif petit caporal pour les Cent jours ligue contre lui l’Europe entière et sauve Genève. Faut-il rappeler cependant qu’aujourd’hui la Suisse est seule face à l’UE ?

Et l’Escalade ? Me rétorqueront quelques incultes… L’Escalade est la dernière escarmouche d’une guerre qui durait depuis 13 ans et fit des centaines de mort, dans laquelle la France et Genève étaient alliées, contre la Savoie. D’aucuns aujourd’hui, à l’instar du jeune et brillant politicien valaisan Philippe Nantermod se figurent que parce que la Suisse fait meilleure figure économique que l’Europe en crise, nous sommes invincibles, voire même inattaquables ! Rien n’est plus faux. D’abord parce que les pieds d’argile de notre prospérité sont largement enracinés en Europe. Ensuite parce que face à l’excitation d’un peuple ulcéré, il faut parfois mieux faire pitié qu’envie…

Il est clair qu’à tous points de vue et pour les deux parties, mieux vaut s’entendre et négocier que de casser les assiettes, ce qui ne rapporte que désolation et rancœur. Certains Français sont certes prétentieux et souffrent d’un désastreux complexe messianique de supériorité intellectuelle, mais à la vérité, bien des Suisses n’ont rien à leur envier sur ce point, planquant juste un peu mieux leur égo pour tirer leur épingle du jeu…

Tirer notre épingle du jeu, c’est à quoi nous devons nous efforcer, avec les alliés de fait que constituent les régions françaises qui nous entourent, Savoie et Franche Comté, qui n’ont aucun intérêt à voir s’effondrer nos échanges. De l’affrontement n’est jamais rien né de bon. Durant la période qui se termine, la Suisse et Genève ont bien profité d’une situation géo-politique qui est aujourd’hui bouleversée. La France et l’Europe réclament des changements qui vont nous causer du tort, mais dont ils pensent qu’ils vont améliorer des situations dont ils pâtissaient et dont nous profitions.

Résister, pousser des hauts-cris, insulter ou même tenter des démonstrations de force n’est pas une réponse adéquate, ni même intelligente. Quand on est rattrapé par la patrouille, on se la coince. Et l’on cherche des solutions pour s’en sortir au mieux, sans contester ce qui ne doit pas l’être. Ces solutions existent, nous avons d’innombrables atouts à faire valoir, y compris en matière fiscale, mais en respectant les règles du jeu. Par exemple imposer toutes les sociétés de manière uniforme, comme le propose David Hiler, soutenu au niveau fédéral par les élus PLR, sans privilégier les multinationales, mais à un taux suffisamment bas pour que les multinationales restent. Et utiliser la flexibilité de notre marché du travail, basée sur la souplesse de nos lois, pour être toujours  parmi les meilleurs et les plus efficaces.  A armes égales, grâce à notre réactivité.

L’affrontement ne doit pas être une option, car il coûterait bien plus cher, aux deux parties, que la négociation. En plus de nous conduire à coup sûr à la défaite, face à des grands voisins qui ont faim, ne serait-ce que de justice sociale, parmi lesquels les leaders populistes ne manquent ni à droite, ni à gauche. Ce qui implique que nous devons savoir lâcher du lest. Il se trouve que nous en avions accumulé pas mal, depuis quelques décennies. Au pire, une petite cure d’amaigrissement devrait nous aider à nous remettre en forme.

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