30/05/2013

Pour sauver sa prospérité, la Suisse doit rentrer dans l’UE. Rapidement.

 Le business model qui a fait la prospérité de la Suisse a vécu. Du moins, l’un de ses piliers les plus essentiels est en train de s’écrouler. La poussière n’est pas encore retombée, mais tenter de relever les morceaux épars n’aurait aucun sens. Mieux vaut réfléchir très vite à la suite. En matière financière, la suite, c’est intégrer ce qui reste encore pour de nombreuses années le plus grand marché du monde et y faire les étincelles que notre savoir- faire est en droit d’espérer. Légalement et à la loyale. Sans prétendre se retrancher derrière un protectionnisme de très mauvais goût lorsqu’en parallèle, on écrème la richesse des voisins sous prétexte de concurrence fiscale…

Récapitulons. La fin de la guerre froide et l’effondrement du mur de Berlin ont changé la donne. La Suisse n’était plus le petit neutre utile à tout le monde qu’on protège parce qu’il peut servir, en dépit de ses incartades. La plus grosse de ces incartades étant de servir de coffre-fort au monde entier. A l’époque l’argent de la drogue, des dictateurs, de l’espionnage ou du terrorisme y circulait aussi facilement que celui,  bien plus honorable, des luttes de libération nationale, de victimes potentielles d’enlèvement ou de personnes ou d’entreprises persécutées par ces mêmes dictateurs.

Depuis, les choses ont bien changé et les procédures de lutte anti-blanchiment de nos banques sont certainement les plus sourcilleuses et efficaces du monde, à condition bien sûr d’être appliquées. Dans le même temps, l’affaire des fonds en déshérence sonnait la charge de Washington contre nos banques et dès la fin du vingtième siècle, celles-ci signaient un accord avec les Etats-Unis, pour pouvoir y travailler. Selon cet accord, les clients citoyens ou résidents étasuniens devaient signaler leurs avoirs par un formulaire ad hoc. Dès cette époque, l’UBS clame qu’elle n’a plus besoin du secret bancaire. Mais en sous-main elle fait transférer l’argent sur des comptes de sociétés écrans dans les paradis exotiques pour ne pas avoir à l’annoncer, tout en continuant de le gérer. Elle va même recruter de nouveaux clients.

Idem pour la perception fiscale sur les intérêts de l’épargne des riches clients européens, censée – cela fait partie des bilatérales - être rétrocédée à leur pays d’origine. Cela rapportera bien moins que prévu, car là-encore les fonds sont délocalisés dans les Caraïbes… Lorsque les Européens, fâchés demandent des comptes, des voix – y compris de politiciens - expliquent en Suisse que c’est de la faute des européens, qu’ils n’avaient qu’à prévoir cela dans le texte des accords. Donc en gros, les Européens sont coupables de n’avoir pas prévu la duplicité de certains, en Suisse.  Le genre de choses que l’on ne se fait pas dire deux fois, mais tout à fait caractéristique de l’impudence – incroyablement naïve et bête – de certaines personnes dans ce pays. Persuadés que leur malignité leur permettra toujours de passer entre les gouttes.

A l’image du conseiller national MCG Poggia. Quelques jours après qu’un des élus de son parti ait proposé d’arborer des croix gammées – propos condamnés du bout des lèvres par Poggia, qui n’a cependant pas exigé la démission du bonhomme apparemment – l’avocat ose comparer les juifs refoulés à la frontière durant la seconde guerre mondiale avec les très riches étasuniens dont les noms seront livrés au fisc de leur pays. En voilà, un point Godwin saugrenu ! Non Me Poggia, les contribuables étasuniens ne risquent pas la vie. Ils ne risquent même pas leur liberté. Juste de grosses amendes. Exactement comme ce serait le cas en Suisse en cas de fraude fiscale. Et contrairement aux juifs qui n’avaient rien fait de mal, ils ont commis un acte délictueux.

Profitons-en pour tordre le cou à deux légendes helvétiques. L’enfer fiscal chez les autres, qui justifierait l’évasion fiscale. Le niveau de fiscalité en France ou aux Etats-Unis n’est pas si différent du nôtre. En France, l’imposition à 75% des très grosses fortunes n’est pas entré en vigueur, tandis qu’à Genève, comme le relève David Hiler, l’imposition peut atteindre 72% du revenu, si l’on cumule avec les impôts sur la fortune… 3%, c’est un purgatoire bien mince… En fait le problème de la France, ce sont les charges sociales, pas les impôts. Et les Etats-Unis ne sont de loin pas l’enfer fiscal sur Terre.

De même, l’argument des niches fiscales offertes ça et là par les Européens, ou les Etasuniens, certes nombreuses et souvent exotiques n’est pas recevable. Chaque Etat démocratique est en droit d’imposer comme il l’entend la richesse qui se crée dans son pays. Ou de ne pas l’imposer en prévoyant des exceptions, pour des cas particuliers. La Suisse le fait et impose copieusement ses ressortissants et ses entreprises, ce qui fait qu’elle n’est pas un paradis fiscal. Pour ses propres citoyens. Pour les riches et les entreprises venus d’ailleurs en revanche, clairement, elle offre tous les avantages du Paradis et c’est là où le bât blesse.

La Suisse a fourni à des générations de riches et d’entreprises du monde entier la possibilité d’échapper au fisc de leurs pays respectifs. Tout en défendant par ailleurs ses propres intérêts par un protectionnisme extrêmement sourcilleux, en particulier en matière de conditions salariales. C’est un fait, incontestable et les gouvernements du monde entier, à de rares exceptions près, ont estimé que cela suffisait comme cela. A commencer par les maîtres du monde, à Washington, immédiatement suivis de nos puissants voisins. L’aide de la Chine sera utile, certes, mais insuffisante, à moins d’avoir envie d’être abreuvé d’aspirine frelatée, d’aliments empoisonnés et de fauteuils qui occasionnent des brûlures… Entre autres joyeusetés culturelles et démocratiques à ingurgiter…

Oui, c’est une guerre commerciale, entre un petit pays isolé et enclavé et quasi le reste du monde qui en a plus qu’assez de se faire tondre. La sagesse commande de rendre les armes avant qu’il ne soit trop tard. Avant d’avoir réduit à néant toutes le recettes de nos succès économiques, basés, rappelons-le sur la qualité de nos échanges. Les pommes de terre du plan Wahlen, si c’est pour échapper au nazisme et à la guerre, d’accord, mais si c’est pour préserver un modèle d’affaires immoral et inéquitable, je ne vois franchement pas l’intérêt !

Entrer dans l’UE, c’est aujourd’hui notre meilleure porte de sortie pour sauver notre industrie financière et notre prospérité. L’exemple du Luxembourg et d’autres montrent bien que c’est possible. Nous savons gérer l’argent. Celui des autres et le nôtre. Très bien même, puisque plus de la moitié des fonds gérés à Genève sont des fonds institutionnels – tout ce qu’il y a de plus légal – accourus du monde entier. Gérer cet argent, ça rapporte et c’est le métier de beaucoup d’entre nous. Bien des pays veulent aujourd’hui rapatrier cet argent chez eux. Cela s’appelle le retour du protectionnisme et c’est une fort mauvaise nouvelle pour la stabilité du monde. Et plus encore pour l’économie suisse. Des signes clairs vont dans ce sens, provenant des Etats-Unis en particulier.

Toutefois, si l’argent des autres devient de plus en plus difficilement accessible, entrer dans l’UE permet de s’assurer l’accès à l’argent de l’UE comme s’il était le nôtre. Au sein de l’Union européenne, pas de protectionnisme qui tienne et il faut au contraire tout faire pour hâter l’intégration. Et faire pression, par nos alliances diverses et l’habileté de nos diplomates, au sein de l’OMC notamment, pour repousser les écueils du protectionnisme. Là, Genève a clairement une carte à jouer. En tant qu’entité autonome d’un vaste ensemble continental, autant que comme ville abritant la plupart des ministères du monde.

A armes égales, nous avons de nombreux atouts, à commencer par notre législation du travail et notre culture de la perfection, que rien ne nous empêche de préserver dans le cadre de l'autonomie dont jouissent les régions européennes, autonomie que nous devons contribuer à renforcer, de même que nous devons nous battre pour répandre l'usage des droits démocratiques.

Au lieu de cela, certains faux amis ou mauvais acteurs de la place financière pensent pouvoir continuer à jouer au même jeu. Parfois ce sont les mêmes qui, en 2008-2009, alors que le ciel s'était écroulé sur l'UBS, affolés par l'odeur de l'or accouraient pour tenter de récupérer les clients US ou tentaient de les faire héberger par des établissements sérieux qui, les uns après les autres, les refusaient. Ils étaient parfaitement conscients des risques encourrus, mais les niaient ou les relativisaient, comme des toxicomanes en manque. Ce sont là ceux qui  risquent d'être livrés aux autorités US, et donc de se voir privés du plaisir de fouler le sol de la très grande nation, voire condamnés à de lourdes amendes.
Il faut tourner la page, et le plus tôt sera le mieux sur ces pratiques dépassées. Même Singapour aujourd'hui propose à la Suisse de signer les accords de l'OCDE. Qu'attendons-nous pour repartir du bon pied ? 

Genève a bien des cartes en main et les moyens de son ambition. En tant que fils d’ingénieur automobile, je suis par exemple séduit par la nouvelle Tesla électrique, totalement hors de mes moyens malheureusement. Mais Genève fut, il y a un siècle, le siège de la première tentative de construction en série de voitures électriques au monde, produisant à l'époque déjà des locomotives électriques très performantes. Et nous restons au cœur d’une région réputée pour son excellence technologique. Cela ne vous donne pas des idées, MM les investisseurs ?

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