18/06/2013

Pourquoi le PLR doit voter la Lex USA

Contrairement à ce qu’écrit la presse, l’avis des instances dirigeantes du PLR est beaucoup moins tranché qu’il n’y parait, sur la Lex USA. En fait ce que la direction du parti reproche et demande au Conseil Fédéral et à Mme Widmer-Schlumpf en particulier, c’est de n’avoir pas pris ses responsabilités et d’avoir voulu donner l’onction parlementaire à un texte qu’il était tout à fait dans ses prérogatives de décréter sans consulter personne. En gros d’avoir fait montre d’esprit démocratique sur un sujet éminemment émotionnel et qui plus est dans l’urgence, sans avoir le temps de préparer l’opinion. De n’avoir pas osé jouer le Winkelried jusqu’au bout, de ne pas avoir osé sacrifier sa carrière politique à l’intérêt général. 

Car sur le fond, l’intérêt général commande à l’évidence d’accepter la lex USA. Qui n’est pas un diktat des Etats-Unis, mais une demande suisse de transaction globale. Les Etats-Unis, et le Département de la Justice en particulier, n'étaient pas les demandeurs et se satisferont tout autant de procès interminables et médiatisés, instaurant un climat délétère d’insécurité juridique, ce que déteste particulièrement le monde des affaires. Au lieu d’un accord conclu rapidement, permettant de passer à autre chose. Les banques veulent majoritairement cet accord. Les banques suisses et les banques étrangères en Suisse, les privées et les autres, celles qui sont impliquées comme celles qui ne le sont pas.

Que le parti socialiste refuse de voter l’accord n’est pas étonnant. Sa fraction gauchiste est appâtée par l’idée que si l’économie financière dévisse, il pourrait être plus facile à la gauche de récolter les raisins de la colère sociale. Car c’est bien de cela qu’on parle. Le refus de l’accord va faire mal à l’économie, et à la place financière en particulier, en retardant et compliquant sa stratégie de reconversion vers la gestion exclusive de l’argent propre. Pas seulement dans le discours. Des banques sont menacées de faillite. Dont les banques cantonales de deux des trois plus importantes régions économiques du pays, ce qui contraindrait les contribuables à boucher les trous.

Cette suspension des règles du droit helvétique est momentanée. Les amendements introduits aux Etats améliorent la défense des employés. Qui ne sont pas forcément tous blancs dans l’affaire. Il est facile de crier haro sur les patrons, qui c’est vrai, demandent du chiffre, mais il est patent que les consignes dans certaines banques étaient de ne pas accepter de clients US, à fortiori non déclarés, et que ce sont parfois des employés eux-mêmes qui ont cherché à contourner les consignes pour justement « faire du chiffre » et gonfler démesurément leur bonus annuel.

En résumé, si j’étais conseiller national PLR, je voterai sans hésiter la Lex USA. Quitte à me le voir reprocher par la frange épidermique et nationaliste de mon électorat. Car l’intérêt du pays est d’abord d’avoir une économie qui fonctionne de manière optimale. Et derrière la cabale montée contre la loi, il y a les intermédiaires financiers privés, les petites officines et juristes affairistes qui craignent de se voir livrés en pâture aux enquêteurs étasuniens alors qu’ils sont à priori protégés par le maintien du secret bancaire. Ils étaient pourtant en première ligne au moment des faits, au moins autant que les banques, prêts à agiter les liasses de billets sous le nez des jeunes employés de banque pour les faire craquer et accepter, malgré les consignes, des fonds indésirables. Quitte à fournir de fausses informations, en complet désaccord avec la loi suisse. Il est temps que la vérité soit dite. 

Si la loi ne passe pas, les margoulins individuels resteront à l’abri ou pourront se retourner, en Suisse, contre les banques si celles-ci les dénoncent. Or les banques ont fait d’énormes et très coûteux efforts depuis plusieurs années, pour tenter d’éradiquer les pratiques à risque. Cela vaut-il la peine de sacrifier quelques points de PIB pour sauver la Cayenne et les vacances en Floride d’intermédiaires peu scrupuleux?  Je n’aime pas les mouchards et je resterai une tombe, à titre personnel. Mais si nous sommes en guerre, il faut savoir préserver l’essentiel, à savoir les forces vives et les infrastructures du pays. Les francs-tireurs, dans un tel cas de figure, doivent accepter de payer le prix de leurs attitudes aventureuses et peu morales.

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